Prologue
Cette nuit, les nuages cachaient la lune, provoquant une vague d'obscurité dans toute la forêt. La température était glaciale, bien plus que d'habitude, et la plupart des petits animaux à plumes ou à fourrure ne prenaient pas le risque de sortir de leur nid ou de leur terrier, terrifiés par le murmure d'une peur sans nom. Une menace invisible mais néanmoins bien présente émanait de ce lieu sombre et humide. Toute la nature s'était tue, même le vent ne faisait pas gémir les branches des arbres.
Un bruit très léger vint mettre fin au silence oppressant : celui d'une goutte d'eau tombant au sol, un chuchotement presque imperceptible mais que toutes les créatures autour entendirent. La seconde d'après, plusieurs autres vinrent la rejoindre et la forêt s'anima enfin sous la pluie naissante. Plusieurs flaques d'eau firent ainsi leur apparition, rendant ce lieu plus froid et humide encore. Mais plus inquiétant, plusieurs silhouettes sombres, aux allures de bêtes, se déplaçaient a présent de façon rapide et silencieuse a travers les buissons et les ténèbres.
Les nuages s'écartèrent, permettant à la lune de déverser sa pale lumière sur le monde. Une silhouette féminine se mit alors à courir sous la pluie. Ses cheveux mouillés étaient plaqués sur sa tête et devant une bonne partie de son visage. Ses vêtements étaient sombres, permettant en partie de la camoufler. Son visage était caché part une étoffe noire, empêchant de distinguer clairement ses traits. Aussi étrange que cela pouvait paraître, elle se déplaçait les pieds nus, bien qu'elle n'eut pas l'air gênée pour autant. Les obstacles ne la ralentissaient pas, elle sautait par dessus ou les évitait avec agilité. Elle s'arrêta un moment pour reprendre son souffle. Sa poitrine se soulevait rapidement au rythme de sa respiration saccadée.
Un mouvement furtif sur sa droite lui fit aussitôt reprendre sa course incertaine à travers les arbres.
La lumière émise par l'astre de la nuit ne tarda pas à être de nouveau cachée et bientôt des bruissements effrayants se firent entendre de tous cotés. La jeune femme accéléra l'allure, ne prenant pas même le temps de tourner la tête vers la menace qui s'était aussitôt mise à sa poursuite. Posant le pied dans de nombreuses flaques d'eau, sa tunique fut bientôt trempée, gelant encore plus ses membres endoloris par le froid. Elle n'entendit bientôt plus de bruit et risqua un coup d'½il derrière elle. Ses poursuivants ne pouvaient pas déjà avoir été semés, cela semblait impossible alors qu'elle ne courait que depuis une dizaine de minutes.
Elle ralentit lentement sa course, non pas à cause de sa fatigue évidente, mais parce qu'une imposante silhouette se dressait à présent devant elle. C'était un être entièrement recouvert par une cape noire. Même ses mains se trouvaient cachées dans les manches de son vêtement. Seul le bas de son visage était visible, sa bouche s'étirant pour dessiner un sourire cruel. La jeune femme put facilement distinguer l'absence d'une des dents de la mâchoire supérieure.
L'homme encapuchonné baissa doucement le bras et on put entendre le son caractéristique de l'acier sortant du fourreau. Enfin il s'avança lentement, comme pour bien faire comprendre à sa proie qu'elle n'avait aucune chance de s'échapper. La jeune femme ne s'y prit pas deux fois avant de réfléchir et s'élança en avant. Au moment où le tueur levait le bras, elle sauta sur un arbre proche, prit pied dessus et s'élança une seconde fois vers la tête de son agresseur avant de violemment lui décocher un violent coup de talon vers l'endroit où aurait du être sa joue. Le choc fut tel que sa cagoule se renversa en arrière avant qu'il ne tombe lourdement au sol. Puis la chasse continua.
Elle ne prit pas le temps de regarder le visage de son agresseur mais elle l'entendit clairement beugler à travers toute la forêt au moment où il se relevait.
« Elle est ici ! Elle est ici ! Ne la perdez pas de vue, il faut l'encercler ! »
La jeune femme sentait l'intérieur de ses poumons en feu, qui commençait, à présent, à refuser de la laisser respirer. A une telle allure elle allait finir par s'évanouir. Elle se plaqua contre un grand chêne, juste sous son ombre, et essaya de contrôler sa respiration. Son front était trempé d'eau et de sueur, trop fatiguée, elle ne prit pas la peine de l'éponger. Respirer silencieusement par petite goulée d'air lui était une torture, et ses membres au repos sous la pluie menaçaient de la laisser tomber. Elle fit la seule chose qu'elle pouvait faire pour le moment : elle prêta l'oreille et écouta avec attention. Mis a part le clapotis de l'eau tombant au sol, rien ne se faisait entendre. Elle tourna instinctivement la tête sur le coté et ne vit que les silhouettes sombres des arbres dont les feuilles dansaient au rythme de la pluie.
La pluie commença à s'intensifier et elle résista à l'envie de se déplacer de sa cachette pour tenter de découvrir celles de ses ennemis.
Soudain un éclair zébra le ciel, illuminant la forêt de tout sa lumière blanche. Ils étaient partout, elle en compta peut être une dizaine au moment où tous se retournaient vers elle et la pointaient du doigt. Elle jura entre ses dents et sauta pour atteindre une branche au dessus d'elle. Pendant qu'elle entreprenait l'escalade du grand chêne, les ombres se rapprochaient lentement, entourant l'arbre d'une ronde mortelle. Plusieurs se mirent alors à grimper tandis que les autres regardaient leurs « camarades » se rapprocher dangereusement de leur proie. Elle ne pouvait plus aller loin maintenant, ils le savaient. Alors pourquoi se dépêcher alors qu'ils avaient tout leur temps ?
Elle essaya de grimper encore plus haut, mais une main tendue attrapa son pied, la tirant vers lui pour tenter de la faire basculer dans le vide. La chute ne serait pas mortelle, mais elle serait suffisamment sonnée pour qu'ils puissent tranquillement la cueillir au sol. Elle commença à agiter sa jambe, donnant des coups de pied a tout va. Plusieurs petites branches craquèrent dans sa man½uvre et l'arbre fut comme s'il était secoué par le vent. Elle parvint à se dégager au moment où une main du second homme qui se trouvait derrière elle se posa sur son épaule. Elle mordit furieusement les doigts si généreusement offerts à ses petites dents pointues. La jeune femme sentit le goût du sang sur sa langue pendant que le traqueur hurlait à la mort en se tenant le bras. Elle se dégagea de nouveau et appuya ses deux pieds sur le ventre de l'infortuné pour le faire basculer dans le vide. L'homme continua de hurler juste avant qu'il ne tombe au sol. Un horrible craquement se fit entendre, son cou se brisant sous le choc. Il gisait à présent de façon grotesque, les membres désarticulés.
Les traqueurs regardèrent le cadavre avant de lever à nouveau les yeux vers le grand chêne. Fini de jouer, à présent ils allaient mettre la main sur elle coûte que coûte.
Le traqueur restant et la femme se trouvaient maintenant à deux sur la même branche qui menaçait de se plier sans qu'ils ne sentent le danger omniprésent. Elle se jeta sur lui mais il réussit à lui attraper le poignet au vol et à la plaquer contre le tronc du chêne. Sa victoire semblait à présent assurée. Un sourire sadique apparut sur son visage a demi caché par la capuche noire. Il se passa la langue sur les lèvres et la jeune femme remarqua avec dégoût une horrible cicatrice traversant les deux lèvres. Elle pensa coquettement qu'autrefois son visage aurait pu être beau, ou le bas en tout cas puisque le reste était caché. Relevant une main aux ongles sales et irréguliers, il arracha la bande d'étoffe de la jeune femme, révélant un visage d'une beauté rare et incomparable.
Ses yeux étaient à la limite entre le vert-clair et le noir-gris, son nez petit et ses lèvres fines et délicates. Alors que son visage semblait jeune et pur, l'expression de son regard trahissait une grande maturité.
Il s'apprêta à dire quelque chose jusqu'au moment où la branche craqua pour de bon, entraînant les deux victimes dans un ballet aérien. Le traqueur s'arrêta violemment sur une branche un peu plus bas, le souffle coupé et perdit connaissance. Le cercle d'ombre s'ouvrit au moment où la branche touchait le sol. La poursuivie se réceptionna alors habilement à quatre pattes. Elle les observa tous un par un, la fureur se lisant dans son regard, et ils en firent de même. Elle savait qu'elle était perdue, mais elle essayerait tout de même d'en blesser le plus possible pour ne pas leur laisser la tâche facile.
Elle repensa à ce qui l'avait amenée à cette situation. Au fond elle n'avait pas échoué, personne ne lui en voudrait car elle avait fait ce qui était nécessaire pour son peuple. Il y aurait quelqu'un de solide à sa place, quelqu'un qui saurait mener le trône. Et puis le taux de chance pour qu'elle puisse sortir de ce guêpier avait toujours été quasi-nul. Elle avait accepté les risques...non elle n'avait pas à s'en vouloir.
Elle leur lança un regard méprisant pendant que le cercle se refermait lentement sur elle. Ils s'élancèrent alors tous en même temps. La jeune femme s'abaissa de peu vers le premier qui vint sur elle et le frappa violemment à l'estomac. L'homme se plia de douleur au sol mais déjà un autre était sur elle et lui maintenait un bras. Elle tenta de se débattre en lui griffant cruellement le visage. Un autre vint la plaquer au sol. Se débattre ne servait plus à rien, mais elle continuait, elle continuait jusqu'à sentir l'épuisement dans ses muscles. Bientôt Ses bras et ses jambes furent écartés et plaqués au sol, tout mouvement était à présent impossible. Elle essaya de se dégager une dernière fois, mais une violente gifle la calma pour de bon. Les traqueurs qui n'étaient pas occupés à la tenir s'assirent à même le sol détrempé et reprirent lentement leur souffle. Le plus proche la regarda avec un regard assassin puis contempla la plaie de sa main.
-Elle m'a mordu cette gueuse !
-Estime toi heureux, tu aurais pu finir la nuque brisée.
L'homme à la main violentée se leva et se campa juste devant le visage de la détenue. Il était un peu plus grand que les autres, et sûrement bien plus violent et cruel.
-Je ne sais pas ce qui me retient de te refaire le visage ! ça ne serait qu'un juste retour des choses !
Aucune réponse ne vint, elle se contentait de le fixer du regard le plus sauvage qu'elle pouvait.
-On attend quoi au juste ? Autant la finir tout de suite et on n'en parle plus. dit-il avant de se retourner vers elle. Je prendrais plaisir à te passer la lame à travers le corps !
Sa colère augmenta nettement d'intensité lorsqu'elle lui cracha au visage. Le coup de poing qu'elle reçut alors au menton fut tel que sa tête se cogna violemment au sol. De petites étoiles dansèrent devant ses yeux et elle sentit à nouveau le goût du sang, le sien cette fois. Sa lèvre inférieure lui faisait à présent horriblement mal, s'étant cognée contre ses dents. La douleur n'était pas insupportable...mais pas spécialement agréable non plus !
-J'espère que tu en as bien profité, parce que la prochaine fois ça fera bien plus mal !
-La pluie a cessé, c'est déjà bien. J'espère qu'on ne devra plus attendre très longtemps.
Ce fut seulement à ce moment qu'elle remarqua que la pluie s'était arrêtée. Ses vêtements se collaient à sa peau, se mélangeant à la boue du sol. Elle ferma les yeux, pensant qu'on allait la laisser un petit moment tranquille, mais elle dut les rouvrir lorsqu'un des traqueurs lui donna un coup de pied désagréable dans les cotes.
-Garde les yeux ouverts toi, tu attendras avec nous !
Soupirant intérieurement, la jeune femme se résigna. Dans cette position, ses membres, maintenus par les autres traqueurs, lui procuraient des sensations désagréables, qui remontaient jusqu'à son dos. Elle entendit une voix aigue derrière sa tête, elle ne pouvait pas voir l'homme qui parlait.
-Si on l'attachait à même le sol ? on va pas rester toute la nuit comme ça à la maintenir, quand même, non ?
-La terre est trop boueuse à présent. On va plutôt l'attacher à l'arbre, ça sera plus pratique.
De solides mains la retournèrent sans ménagement pour pouvoir lui entraver les pieds et les mains a l'aide de cordes. Elle ne put s'empêcher de pousser un gémissement plaintif lorsqu'ils serrèrent les cordes un peu trop fort. Puis deux autres traqueurs la soulevèrent et la traînèrent vers l'arbre le plus proche. Sa vision était encore brouillée quand ils l'immobilisèrent contre le chêne, faisant plusieurs tours avec la corde autour de ses jambes et de son ventre. Enfin ils s'écroulèrent tous au sol. Certains burent le contenu de leur gourde tandis que d'autres conversaient bruyamment. Il se passa une heure avant que les traqueurs ne se redressent et se mettent au garde-à-vous. Une nouvelle silhouette sortit des sous-bois.
L'homme était de taille moyenne, sa cape rouge virevoltant dans le vent. Il portait quelques pièces d'armure aux genoux, aux bras et au torse. Un masque d'argile cachait un de ses yeux ainsi qu'une grande partie de son visage. Deux créatures de cauchemar le suivaient juste à coté. Elles semblaient être le mélange entre un chien, un ours et une panthère. Leur pupilles rouges dégageaient une aura de méchanceté pure et des grognements sourds sortaient parfois de leur gueules garnies de crocs aussi grands que des lames de poignards. Une épouvantable odeur de pourriture et de décomposition se mit à régner dans les bois qui semblaient venir des créatures de l'ombre.
L'étrange troupe s'arrêta devant les traqueurs et tous s'inclinèrent au sol, sauf un qui s'avança avec courage vers le nouvel individu, jetant des coups d'oeil inquiets sur sa « garde personnelle ». Puis il s'inclina a son tour. La jeune femme put reconnaître de la peur dans la voix de celui-ci.
-Salutations, seigneur Kannan. Comme vous pouvez le voir nous avons rattrapé la fugitive. Comme promis nous...
-Oui je vois ça, le coupa-t-il d'une voix sifflante qui lui fit baisser la tête. Vous serez récompensé comme convenu, ne vous en faites pas.
-Merci seigneur Kannan, je n'ait pas douté une seule fois de vos paroles.
-Bien...bien... (il se retourna vers la captive). Et bien que vous arrive t-il reine Alisha ? J'aurais juré avoir demandé à mes hommes de vous traiter plus convenablement. Toutes mes excuses ma reine.
L'arrogant personnage fit une courbette des plus ridicules. Aussitôt les traqueurs se mirent à rire méchamment, ce qui eut pour effet de faire rougir les joues de la jeune reine. Alisha senti la colère lui monter aux joues. Encore heureux qu'elle soit attachée, quel plaisir cela aurait été de resserrer ses mains autour de son cou. Un petit coup d'½il sur ses « animaux de compagnie » lui fit abandonner toutes tentatives. Elle laissa retomber sa tête, mais le seigneur ne faisait que commencer avec elle. Il lui releva le menton du bout du doigt.
- Venons-en aux faits ma Dame. Vous êtes ici parce que vous me posez un problème. Un gros problème même.
Sa voix sifflante la faisait frissonner. Elle se promit intérieurement de ne pas lui montrer sa faiblesse.
-Votre peuple continue de vouloir s'imposer contre la volonté de l'empire. MA volonté. J'en ai plus qu'assez de votre petite troupe de rebelles. Cela me fatigue à un tel point qu'il m'arrive de perdre le sommeil. Vos soi-disant prophéties ne se réaliseront malheureusement pas. Toutes vos croyances sont erronées. Une personne comme vous ne devrait pas avoir à s'impliquer dans une affaire comme celle là...
Kannan approcha doucement la main pour caresser la joue de la jeune reine qui détourna aussitôt la tête. Nul ne pouvait voir l'expression que reflétait son visage derrière son masque. Il parla cependant avec une voix pleine d'humour, comme si la situation présente le faisait rire.
-A présent ma reine, dites moi où se trouve votre précieux artefact dont vos prophéties parlent tant. Dites le moi et vous pourrez repartir parmi votre peuple sans quelconques représailles.
Alisha ne put s'empêcher cette fois de sourire.
-Hélas pour vous, seigneur Kannan, la pierre des cinq lois a déjà dépassé notre frontière. Ce n'était pas moi son porteur. Je crains que vous ne puissiez plus la retrouver désormais. Toutes mes excuses seigneur Kannan.
Plus personne ne parla, les traqueurs se regardèrent, embarrassés, d'avoir couru après une proie inutile. Mais ils commençaient tous, à présent, à être inquiets. La colère du seigneur Kannan allait retomber avec tellement de force sur Alisha que cela s'entendrait certainement à plusieurs kilomètres à la ronde. Mais à leur grand étonnement, il se mit à rire. Même Alisha en fut stupéfaite. Les traqueurs se mirent donc à rire avec leur seigneur.
Soudain, il posa sa main sur le front de la jeune reine qui commença à hurler de douleur, ses membres attachés essayant de se dégager de leurs entraves. Et pendant ce temps le seigneur Kannan continua de rire de plus belle. Les traqueurs angoissés se demandaient ce qu'il était en train de faire subir à la pauvre reine. Oui, à présent ils avaient pitié d'elle. La voir hurler à la mort secouant la tête dans toutes les directions pour tenter de chasser la douleur était quelque chose d'effrayant. Du sang se mit alors à goutter de son nez. Et il continuait, riant à gorge déployée.
Il releva finalement la main. La jeune reine continua de hurler avant que sa tête ne retombe mollement sur le coté, du sang continuant à perler sur sa tunique. La douleur avait était telle, qu'elle perdit aussitôt conaissance. Ses cris avaient enragé les deux monstrueuses créatures de Kannan qui maintenant grattaient furieusement le sol en roulant des yeux exorbités. Le seigneur fit craquer les jointures de ses doigts et tourna la tête vers ses traqueurs qui le regardaient avec une peur grandissante .Certains faisaient rouler distraitement des cailloux sous leur semelles pour ne pas montrer leur malaise.
-Elle ne nous sera plus utile à présent. Vous pouvez la garder. Vendez la. Tuez la. Faites en ce que vous voulez. Moi même je suis si fatigué par toutes ces idioties que je ne veux pas lui consacrer plus de mon temps.
-Bien...seigneur Kannan. Mais...que faites vous du fameux...porteur dont elle a parlé ? Voulez vous que nous nous lançions à ses trousses ?
-Ce n'est pas nécessaire, mes petits animaux vont s'en occuper. Voilà longtemps que je ne les ai pas envoyés en promenade.
-Bien seigneur Kannan...
-Je suis las de tous ces résistants stupides et arrogants. Faites le bien comprendre au peuple de notre « reine ».
-Il sera fait selon vos désirs mon seigneur.
-Bien...
Il regarda un moment la lune qui s'était découverte, puis dans un bruissement de cape, il se dirigea vers les ténèbres de la forêt, suivi de ses deux monstruosités. Quelques secondes après, ils avaient déjà disparu. Les traqueurs relâchèrent aussitôt la pression accumulée et soufflèrent un bon coup. La présence de leur maître leur avait toujours été désagréable, mais pas à ce point là.
-Moi dès que j'ai ma part je démissionne !
-Tu parles, il nous ferait subir le même sort !
-Tu parles d'une vie...bon on en fait quoi de celle là ?
Tous les regards se portèrent sur la reine évanouie. Le plus grand des traqueurs s'approcha d'elle et lui tata le bras.
-On peut en tirer pas mal. Du coté de la frontière ça nous rapportera cinq pièces chacun.
-Moi ça marche, mais on ne pourrait pas s'amuser un peu avec ?
-Non, le prix risquerait de baisser. Les marchands d'esclaves le remarqueraient aussi.
Toutes les têtes approuvèrent d'un simple hochement. Beaucoup commençaient déjà à replier leurs affaires et à se préparer à repartir. Le grand traqueur s'approcha de la détenue et entreprit de couper les liens qui la retenaient au gros chêne. Quand elle lui tomba dessus, ses cheveux s'écartèrent sur la droite, révélant une oreille des plus étranges. Pas celle d'un humain, mais d'un chat, dont les poils, très fins, étaient de la même couleur que sa longue chevelure. Il ne put s'empêcher de tendre un doigt crasseux pour caresser doucement l'oreille dans le sens du poil.
-C'est vraiment bien dommage que l'on doive se débarrasser de toi.
Il la prit sur ses épaules et reprit la route avec ses compagnons. Bientôt personne ne pourrait dire ce qu'il s'était passé ici. A travers la cime des arbres, on pouvait voir le soleil se lever.