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Projet Alpha Zero

Chapitre Premier
Code d'alerte rouge


Station spatiale des recherches génétiques Alpha Zéro en orbite autour de Callisto ; Heure de la station : 1h 37 min 17 Novembre 2127
; Température extérieure : -1° Température intérieure : 19°

Le soleil déclinait lentement derrière la masse imposante que dessinait la planète Callisto. Il ne fallut que quelques minutes pour que les derniers rayons lumineux de l'étoile soient cachés, annonçant la nuit sur une moitié de sa surface.
Avec ses panneaux solaires dépliés, la station spatiale Alpha Zéro ressemblait à un gigantesque oiseau au plumage métallique. Ses ailes commencèrent à se replier doucement ; la lumière du soleil n'étant plus présente, l'oiseau de proie allait bientôt entrer dans un état proche de l'hibernation. Mais il fallait savoir que la station spatiale ne dormait jamais.
Une petite lumière apparut, puis une seconde et encore une troisième. Bientôt, l'immense volatile fut recouvert d'un plumage de feu, résultat de l'énergie accumulée avec les panneaux solaires. Ainsi, chaque pièce qui composait les différentes parties de la station avait sa propre source d'énergie, et toutes étaient allumées, permettant la poursuite des recherches scientifiques que menaient ses membres à bord. Toute, sauf une seule.

Cette pièce resterait sans doute très longtemps dans l'ombre, ce qu'elle contenait étant particulièrement fragile. Seuls deux organismes étaient vivants à l'intérieur.
Le premier était un jeune homme, tout ce qu'il y avait de plus normal. Les cheveux bruns, soigneusement coiffés sur le sommet de son crâne , il ne devait sans doute pas dépasser la vingtaine. Il avait sûrement une petite amie et peut être un ou deux enfants, qui sait...
Sa blouse blanche trahissait son rôle sur la station, comme n'importe quel chercheur, scientifique ou savant qui composaient près de 75% des postes sur Alpha Zéro. Elle aurait pu être banale si les recherches menées ici n'étaient, tout simplement, pas illégales.
Le jeune scientifique avait les yeux rivés vers le fond de la salle. Regardait-il le puissant ordinateur mural dont l'écran de veille affichait de petites spirales multicolores ? Ou bien était-il intéressé par ce panneau de commande manuelle ? La réponse se trouvait entre les deux, dans une cuve de verre contenant un liquide bleuâtre.
On entendit le bruit d'une bulle d'air éclatant à la surface : quelque chose respirait à l'intérieur, et le jeune scientifique savait ce que c'était, ayant participé à « sa création ».

-Tout va bien Bryan ? Vous n'avez pas bougé de cette salle depuis deux heures.
Bryan sursauta et se retourna au moment où un homme au dos courbé refermait l'unique porte de la pièce derrière lui. Habillé d'une blouse bleu pâle, le chercheur avait les des cheveux grisonnants. Cet homme était très vieux.
-Professeur Jefferson...je ne vous avais pas entendu entrer. Tout va bien professeur, c'est juste que j'avais besoin d'être un peu seul.
-Vous êtes sûr de ne pas aller rejoindre vos camarades à la cantine ? De plus, vous n'étiez pas tellement seul...Mais je peux vous laisser si c'est cela que vous désirez.
-Votre présence ne me gêne nullement professeur, dit le jeune homme avec un sourire.
Le vieil homme pouffa avant de venir rejoindre l'apprenti scientifique qui venait de reprendre sa contemplation. Bryan avait toujours aimé la compagnie du professeur J.P Jefferson. C'était un homme plein de bon sens qui possédait de très nombreux secrets sur la vie. De plus, ses connaissances sur la génétique n'étaient surtout pas à sous-estimer. Mais Bryan se sentait tout petit face à lui, comme s'il n'était qu'insignifiant. Il n'avait jamais compris ce que lui trouvait ce vieil homme et il se sentait à la fois honoré et gêné de cette marque d'attention.
Les deux chercheurs restèrent longtemps silencieux, concentrant le regard sur la cloche de verre, devinant facilement les remous qu'il y avait à l'intérieur. Voulant mettre fin au silence pesant qui régnait depuis déjà plusieurs minutes, le professeur Jefferson s'exclama.

-A-t-elle refait une nouvelle crise depuis la dernière fois ?
-Non, professeur, je pense que ses implants se sont enfin habitués à son métabolisme. Il était temps...
-Voilà une nouvelle qui m'enchante tout particulièrement Bryan. Nous allons peut-être pouvoir procéder aux premiers tests plus tôt que prévu.
-Si vous le dites, professeur...
-Vous semblez pensif.
Bryan se tourna vers le vieil homme avec un très léger sourire. Il n'avait surtout pas envie d'altérer la bonne humeur du scientifique, celui-ci avait attendu si longtemps pour pouvoir effectuer les premiers tests du projet. C'était un homme très préoccupé par son métier, et ce projet lui tenait vraiment à c½ur. Le devoir du jeune chercheur était de le soutenir par tous les moyens.
-Oui, un peu. Je réfléchissais depuis tout à l'heure en la regardant à propos de...Oh regardez professeur, je crois qu'elle rêve.
-Etes-vous sûr Bryan ?

Le jeune homme hocha affirmativement la tête avant qu'ils ne s'approchent tous deux un peu plus près de la cuve. Bientôt, ils purent deviner les contours d'une silhouette féminine nue, recroquevillée sur elle-même, entourant ses genoux de ses bras. Les yeux fermés, son visage abhorrait une expression neutre, tandis que les doigts de sa main droite s'ouvraient et se refermaient lentement. Apparemment, le rêve chez un cobaye à ce stade était rare puisque les deux hommes semblaient réellement impressionnés.
-Et vous dites qu'elle n'a que...
-...Quatorze ans, oui c'est exact Bryan. Elle résiste étrangement bien à nos traitements et le rêve chez un sujet est presque impossible. Je ne pense même pas qu'elle ressente une douleur plus ou moins forte là où les implants sont actifs.
-Elle est...tellement belle pour son jeune age...
-Attention Bryan, fit le professeur Jefferson en pouffant, ce n'est pas le moment de tomber amoureux. Mais il est vrai qu'elle semble tout simplement...parfaite.
Bryan se mit à rougir fortement avant de rire, imité par le vieux chercheur. C'était étrange de parler de ce genre de chose avec le professeur Jefferson. C'était comme s'il parvenait à deviner toutes les pensées du jeune homme. Il était décidément quelqu'un à qui l'on ne pouvait rien cacher.

-Mais pensez vous qu'elle soit réellement prête ? De plus, où devraient se passer les premiers tests ? Il n'y a pas de salles appropriées sur la station.
-Nous allons procéder aux tests sur Callisto. Cette planète d'attache était vraiment un endroit parfait, loin des troubles que l'on peut trouver sur les autres planètes. De plus...
Mais le professeur ne pu finir sa phrase car un violent tremblement suivi d'un bruit assourdissant le coupa net. Les deux hommes se retrouvèrent par terre, tandis que de nombreux objets étaient renversés et se fracassaient sur le sol métallique.
Lorsque cela cessa et que tout redevint silencieux, Bryan consentit enfin à ouvrir les yeux. Prenant sa tête entre ses mains, il se releva lentement, jaugeant les dégâts du regard.
-Tout va bien Bryan ? Rien de cassé ?
-Je...je ne pense pas professeur. À part un mal de tête, je devrais m'en sortir sans la moindre coupure...mais que s'est il passé ?
-Je ne sais pas...nous avons peut être heurté un astéroïde ou bien...
Le ton que prenait le professeur prouvait qu'il n'était pas sûr de lui-même pas sûr de ce qu'il disait. Le jeune homme s'appuya contre une table renversée avant de se masser le crâne, ne retenant pas la grimace qui était apparue sur son visage. La pièce était sens dessus dessous, comme si une tornade l'avait dévastée avant de disparaître soudainement. Bryan espérait que...

Sans même réfléchir davantage, il se précipita vers la cuve du fond de la pièce, l'examinant en détail pour repérer d'éventuels dégâts. « Elle » était si sensible et instable, la moindre secousse ou choc pourrait ramener le projet à son début. C'était absolument inconcevable.
-Alors Bryan ? J'espère qu'elle n'a rien, lança le vieux professeur inquiet.
-Tous va bien professeur Jefferson. Je crois même qu'elle ne s'est rendu compte de rien.
En partie rassuré, il s'épongea le front, regardant la vitre de verre avec un soupir lorsque son regard s'attarda sur une petite éraflure.
-Attendez...je crois que la vitre est tout de même attaquée...
-Montrez-moi ça...ce n'est rien. Heureusement que ce verre est très résistant. Mais demain, nous allons devoir la changer de cuve, nous devons limiter les risques.
-Mais vous n'avez vraiment aucune idée sur ce qui a pu se passer ? Vous savez très bien qu'il n'y a pas d'astéroïde en orbite autour de Callisto.

Jefferson ne répondit pas, les yeux rivés sur quelque chose derrière le jeune chercheur. Ses poings étaient fortement serrés, ses phalanges se mettant à blanchir lentement. Inquiet, Bryan pivota sur lui-même avant de lever les yeux à son tour.
La petite lampe qui était habituellement blanche ou éteinte venait de virer au rouge clignotant inondant la salle d'une agréable couleur pourpre. Et pourtant, elle signifiait beaucoup plus pour les deux hommes qui commençaient à paniquer. Quelques secondes après, une puissante alarme retentit, accompagnée d'une voix féminine qui essayait de s'exprimer tout en gardant son calme.
« Alerte de code rouge ! Alerte de code rouge ! Au personnel scientifique, il est demandé de rejoindre la grande salle principale ! Possibilité d'évacuation immédiate ! Ceci n'est pas un exercice ! Je répète, ceci n'est pas un exercice ! »

La voix renouvela plusieurs fois son message avant de se taire pour de bon, suivie de quelques parasites. Le silence légendaire qui régnait dans la station ne tarda pas à revenir, parfois interrompu par les clapotis de l'eau que contenait la cloche.
Les deux scientifiques se regardèrent longtemps, ne sachant quelle attitude adopter. Ce fut finalement le professeur J.P Jefferson qui fit le premier pas vers la porte de la salle, suivi de Bryan qui jeta un dernier regard inquiet vers la cuve.
-Venez Bryan, elle ne risque absolument rien ici. Vous avez entendu l'alarme ? C'est un code d'alerte rouge.
-J'arrive professeur...Se résigna le jeune homme.
Quelques secondes après, la porte claquait derrière le jeune scientifique, laissant l'objet de l'expérimentation seul dans son récipient. On aurait presque pu la prendre pour un poisson sommeillant paisiblement dans son aquarium. Ses cheveux flottaient doucement au-dessus d'elle, comme animés d'une étrange vie. Lentement, très lentement, la jeune fille leva sa main ouverte avant de porter son pouce à ses lèvres, comme l'aurait fait un nouveau-né tétant.
Cela faisait depuis maintenant une heure que la nuit était tombée sur la station spatiale d'Alpha Zéro. Elle aurait très bien pu se passer comme toutes les autres nuits lorsqu'une violente explosion retentit dans une aile de la station. Puis une autre, cette fois du côté Sud. Bientôt, des cris se mirent à résonner à l'extérieur de la salle, tandis que celle-ci fut de nouveau secouée, cette fois plus violemment. Une large zébrure apparut sur la vitre de la cloche, s'élargissant de plus en plus comme si son but était d'atteindre le sommet de la cage de verre.

Tous ces bruits, toutes ces secousses ne gênaient pas l'étrange fille qui ne se sentait pas concernée par tout cela. La seule chose qu'elle voulait était de continuer à dormir et rêver, rien de plus.
La porte de la pièce vola en éclats tandis qu'un geyser de feu entrait violemment à l'intérieur, brûlant tout sur son passage. Les flammes vinrent lécher la vitre, fissurant de plus en plus celle-ci. De petites gouttes se mirent lentement à couler des nombreuses fissures qui recouvraient la cloche de la jeune fille, comme de petits ruisseaux qui tombaient en cascade le long d'un ravin.
Bientôt la vitre se brisa, déversant son contenu sur le sol et éteignant du même coup le feu qui menaçait de se propager. La petite fille tomba mollement sur le sol humide, ne se réveillant même pas sous le choc.
Dans cette salle d'expérimentation, tout n'était que dévastation et chaos. Et pourtant, rien ne permettait de pressentir cela quelques minutes auparavant. Des explosions résonnaient encore dans la station, mais les cris de stupeur et d'épouvante s'étaient enfin tus, étouffés par de nombreux bruits de pas.

Mais la jeune cobaye continuait à dormir, bien que le sol humide et dur soit...inconfortable. D'ailleurs, pourquoi faisait il si chaud ? D'où venaient tous ces bruits ? Et cet oxygène si...différent ?
Elle se força à emplir ses poumons de cet air si indispensable, alors qu'elle ouvrait lentement ses yeux, de très jolis yeux bleus. Elle cligna lentement, aveuglée par toute cette lumière rouge qui dansait rapidement devant elle et qui dégageait une forte chaleur.
Elle posa sa main droite devant elle, essayant de s'appuyer dessus pour tenter de se relever. Quel étrange monde dans lequel elle se réveillait. Un monde de destruction et de feu. Puisqu'il en était ainsi...Elle se mit lentement debout, ses jambes tremblant légèrement. Elle en avait presque oublié comment s'y prendre pour marcher.
La jeune fille tourna la tête vers la cuve brisée qui l'avait maintenue endormie si longtemps...Sur son poignet droit se trouvait un étrange bracelet métallique. L'eau ruisselant dessus, on pouvait maintenant facilement y lire : Léïtia N°13...



Projet Alpha Zero

# Posté le dimanche 18 novembre 2007 16:48

Modifié le jeudi 06 décembre 2007 17:47

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