Diantre, qu'il fait chaud dans cet infernal tramway ! Bien que tout les passagers se soient habillés avec des vêtements courts et légers, cela ne les empêche pas de chauffer comme de véritables bouilloires posées sur un grand brasier du feu de l'enfer. Certaines répugnent à boire le contenue de leur bouteille d'eau, ne raffolant pas spécialement de l'eau chaude en guise de boisson, surtout durant une canicule. Tout le monde est d'une humeur maussade et irritable, gardant les yeux baissés et épongeant leur front trempé toutes les cinq secondes. On plaint ceux qui ont prit l'initiative de prendre un manteau avec eux...peut-être pensaient-ils, ce matin et par le plus grand des hasards, que ce serait une véritable mousson qui viendrait accompagner cette journée ? On peut dire qu'ils s'étaient mis le doigt dans l'½il jusqu'à l'omoplate !
Le tramway s'arrête et les portes s'ouvrent : les passagers en ébullition et sur le point de fondre s'attendent à voir entrer une autre petite victime de la chaleur. Et bien que nenni, Mesdames, Mademoiselles, Messieurs ! C'est une dame d'un age très avancé et tirant son sac de provision qui pénètre à l'intérieur de ce four, marchant à petits pas tranquilles vers une place de libre. Elle n'est pas vraiment vêtue chaudement...mais il était difficile de croire que cette dame aux cheveux blancs arrivaient à se déplacer avec des vêtements normaux. Et le pire...le pire dans tout ça, c'est qu'elle ne paraissait nullement accablée par cette maudite chaleur ! Ce qu'il faut savoir, c'est qu'elle avait un secret...
Intrigués, l'ensemble de ces gens rassemblés la regardèrent chercher quelque chose dans son sac à provisions. Quelle ne fut pas leur surprise de voir une magnifique mandarine dans sa main ridée. Tout le monde l'observait éplucher son fruit avec ses grands ongles, alors que la peau orange était arrachée pour laisser la place à un corps juteux et acidulé. Ses dents transpercèrent cette douce chair alors que la vielle dame se désaltère d'une façon incroyablement personnelle et efficace.
Dès qu'elle a finit sa mandarine, et en bonne partageuse, elle se remet à fouiller son sac, proposant un autre de ses fruits à son voisin de droite qui refusent poliment d'un geste de la main. Que cela ne tienne, sa voisine de gauche accepte avec joie ! Puis c'est le tour de la personne d'en face, puis de celle qui se tient debout près de la barre métallique. Les mauvaises humeurs disparaissent alors que tout le monde se régale avec ce fruit miraculeux. La vielle dame est aux anges, souriant de toutes ses dents et satisfaite de voir les gens autour d'elle se désaltérer avec ses jolies mandarines. Qui n'a pas eut sa part ?