Rei chapitre 1: L'appel du vent partie1

Chapitre1: L'appel du vent partie1


L'ocarina jouait un morceau long et langoureux, alors que le musicien laissait ses doigts ne faire qu'un avec le petit objet de bois. Son souffle était devenu un instrument, son haleine chaude se transformant en un son à la fois simple et mélodieux. Le petit doigt ici et il produisait un sifflement aigu ; le majeur par là et la résonance devint plus grave, faisant frémir les branches des arbres.
Assit sur son rochet plat, les yeux fermés et les genoux croisés, le musicien accéléra son air lorsque la prisonnière tomba dans l'herbe, ses cheveux sales s'éparpillant dans tout les sens possibles. Il ôta son harmonica de ses lèvres, regardant la jeune fille d'un froncement de sourcil.
-Vous-y êtes pas allés un peu trop fort cette fois ?
L'un de ses comparses haussa des épaules, attrapant la prisonnière par les cheveux pour lui forcer à relever le visage, tandis que celle-ci obtempérait, le visage crispé dans un rictus de douleur sans que ses cris ne sortent de sa bouche.
-Ben non, tu vois bien ? Elle bouge toujours.
D'un geste négligent, il lâcha cette chevelure informe pour ensuite s'essuyer les mains sur sa tunique, tandis que l'herbe verte et humide venait de nouveau accueillir le visage en sueur de la pauvre fille. Le musicien en profita pour jeter un coup d'½il à cette pauvre petite chose qui semblait être au bord de l'évanouissement.
Elle ne possédait, pour unique vêtement, qu'une simple et longue robe blanche...enfin, plus si blanche que ça avec la poussière qui la recouvrait, la boue qui collait à certains endroits et à l'herbe écrasée qui venait tacher cette délicate texture. Ses jambes nues et ses pieds non chaussés laissés apparaître de belle marques rouges et un liquide pourpre s'écoulait en petite quantité par l'une d'entre elles. Une chose si mignonne et pourtant si fragile...mais les plus belles choses sont indestructible ! La petite fille sembla frémir lorsque la douce mélodie résonna de nouveau dans la clairière.
-C'est pas bien solide à cet age-là ! grogna l'un des trois bandits. Vous croyez que ses parents vont s'inquiéter ?
Le plus grand de ces trois gaillards passa sa grosse main dans sa longue barbe broussailleuse, écoutant d'une oreille distraite la musique que produisait l'ocarina. Même un bandit de grand chemin pouvait apprécier cet art...
-Possible que non. C'est une orpheline, c'est le gérant de l'auberge qui me l'a dit. Il paraîtrait même que cette morveuse fait l'aumône tout les matins.
-Une pauvre ? T'es pas bien tombée ma p'tite !
Le musicien n'écoutait qu'à moitié, regardant le ciel clair de cette magnifique journée ensoleillé. Pas un nuage, pas une once de vent à part une légère brise rafraîchissante...c'était au dieu du ciel qu'il offrait sa musique aujourd'hui. Ses yeux se posèrent sur le grand bandit qui faisait les cent pas, les mains derrière le dos. Avec sa barbe poivre-sel tressée en trident et son unique sourcil, il aurait presque fait penser à un démon. Mais c'est que Sato était le genre de personne qui pouvait intimider uniquement grâce à sa stature de colosse !
La mélodie augmenta en sonorité lorsque Sato tira une nouvelle fois la prisonnière par les cheveux, la repoussant brutalement pour qu'elle puisse tomber sur le dos. Les yeux inondés de ses larmes, elle recula sur les coudes le plus loin possible jusqu'à cogner son dos contre l'arbre le plus proche, repliant ensuite ses genoux et les entourant de ses bras tout en jetant un regard terrifié aux trois bandits.
-Et mais c'est qu'elle pleure, la gamine !
-Ça t'étonne ? Tu lui as fait mal, voilà tout.
Marlin était de loin le plus petit du groupe...ainsi que le plus cruel ! Le musicien frémit et se noya dans sa musique en se rappelant de ce que Marlin serait capable de faire subir à la petite fille uniquement dans le simple but d'assouvir son plaisir personnel. Il adorait les enfants...même un peu trop ! Et sous son masque bien rasé, bien coiffé et bienveillant, rien ne laissait envisager qu'un esprit tordu se cachait derrière et n'attendait qu'une chose : pouvoir refermer ses griffes sur une pauvre âme innocente.

Marlin regardait néanmoins la petite fille d'une mine ennuyé, comme si elle ne l'inspirait pas plus que cela. Il était également le genre méticuleux qui choisissait ses proies avec soin. L'idée d'avoir prit la première petite pauvresse qu'il avait croisé ne l'enchantait guère apparemment.
-On aurait pas pu prendre autre chose ? Et dérober quelques objets en même temps ? Nous sommes définitivement à court d'argents cette fois.
-Impossible ! maugréa Sato. Nos descriptions avaient déjà fait le tour de la cité. Si nous étions restés plus longtemps, cela aurait été les gardes...et la pendaison assurée !
Le musicien n'écoutait pas, regardant la petite fille qui l'observait à son tour...ou plutôt qui avait les yeux rivés sur l'ocarina. C'était un mélange de curiosité, de stupeur et d'inquiétude qui se mélangeait dans ses mes magnifiques iris bleu ciel, sans compter la peur des bandits ! Amusé, l'homme leva l'ocarina vers le haut, constatant que les yeux de la prisonnière suivaient la course de son bras.
-Sato, Marlin, regardez ça !
Et le musicien répéta le même geste, mais cette fois vers la droite. Sato ne pu s'empêcher d'éclater d'un rire gras alors que Marlin gardait une expression impassible sur son visage.
-Amusant...elle sait en jouer tu crois ?
-Vas-y, essaie pour voir !
D'un mouvement du bras, le propriétaire de l'instrument jeta celui-ci en direction de la prisonnière, tandis que le petit objet de bois décrivait un cercle dans les airs avant de retomber sur l'herbe fraîche dans un bruit étouffé. Bien évidemment, se sentant de nouveau agressée, la fille aux cheveux sales se releva pour se plaquer totalement à l'arbre, son corps se soulevant rapidement aux rythmes de sa respiration saccadée. Son attitude ne sembla pas plaire à Marlin, de plus en plus agacé.
-Joues ! hurlait-il, et cela deux fois de suite.
Avec une légère hésitation, elle se pencha donc pour ramasser l'instrument d'une main tremblante, le tournant et le retournant ensuite entre ses petits doigts frêles. Elle adressa un regard apeuré au musicien qui comprit tout de suite ce que cela voulait dire. Il se retourna avec un soupir sur son rocher, alors que Marlin s'approchait de sa victime, lui décochant une gifle magistrale qui eut pour effet de lui cogner la tête contre l'écorce rugueuse de l'arbre derrière elle.
-Quelle idiote ! Elle ne nous servira définitivement à rien !
-C'est pire que ce que je pensais...même comme esclave, elle ne serait pas rentable ! Elle est trop jeune, trop faible et surtout peu intelligente !
Sato aussi semblait excédé, il s'était d'ailleurs remis à faire les cents pas, les bras croisés derrière le dos alors que Marlin soulevait des mottes de terre à coups de pied furieux dans le sol. Le musicien, regardait la jeune fillee tremblante qui s'était recroquevillée sur elle même, un filet de sang coulant de son nez et s'insinuant dans le creux de ses lèvres.
Les trois comparses avaient été bien décidés à fouiller la cité de Palomba et à tirer quelques petites fortunes, histoire d'avoir les poches un peu moins vides. Mais comme l'avait précisé Sato, ils étaient également recherchés dans ce côté-ci du territoire Jovanien. En conclusion, une grande surface de la carte leur était interdite et ils n'avaient pu tirer qu'une maigre consolation qui serait plus un poids mort qu'autre chose !
-Encore heureux que l'alerte n'ai pas été donné...mais on est mal, c'est certain !
-Ne parle pas comme ça ! se mit à rugir le bandit à la grosse barbe. Tu m'énerves ! Et quand je suis énervé, j'ai envie de m'acharner sur quelqu'un !
-Acharne toi sur elle ! répondit Marlin d'un ton froid. Au moins, tu servira à quelque chose pour une fois !
-Répète un peu, pour voir !

Tentative de provocation de la part de Marlin ? Le musicien se rongea l'ongle du pouce droit, en signe d'épuisement. Ces deux là s'adoraient et se détestaient en même temps...c'était à se demander ce qui avait bien pu créer une relation aussi instable ! L'homme se leva de sa pierre plate après avoir étiré les muscles de ses bras, s'apprêtant à récupérer son instrument auprès de la petite fille. Seulement...ils avaient tout deux disparus !
Pas de panique, il fallait plutôt réfléchir ! La gamine avait sûrement du profiter de la disputes entre les deux bandits pour prendre la poudre d'escampette. Car, après tout, une fille aussi craintive ne pouvait pas disparaître comme cela d'un claquement de doigts !
-Hey, vous avez finit de jacasser comme des pies bavardes ? On a un nouveau problème sur les bras.
Il avait parlé de la façon la plus tranquille qui soit, époussetant ses vêtements de l'herbe qui s'étaient collés à cause de l'humidité de la forêt Palomba. Marlin et Sato ne tardèrent pas à cesser leur querelle pour constater, un peu trop tard, qu'il ne restait qu'un tapis d'herbes aplaties à l'endroit où se tenait la prisonnière. Ce n'était pas étonnant que personne n'est remarquée sa disparition...une chose aussi petite devait facilement passer inaperçue ! Le sort de la gamine ne devait sans doute pas intéresser Sota, qui se contenta d'un simple haussement des épaules.
-Qu'importe ? De toute façon, elle ne nous aurait servi à rien.
-Sauf qu'elle est la seule à savoir que le trio se trouve aux abords de la forêt Palomba et si elle atteint la cité...commença Marlin
-C'est la corde assurée !
Sato mit un temps à rassembler tout ces détails et à les assembler pour ne former qu'une seule et même idée. Il était grand de force, mais petit d'intelligence...Lorsqu'il eut comprit ce que cela impliquait, son visage se figea dans une expression apeurée. L'idée de la potence lui avait toujours donné des sueurs froides. À présent, il pouvait presque sentir le contact froid de la corde passant autour de son cou avant de se resserrer en une boucle solide et implacable...Oh l'horrible idée !
Le musicien avait un peu moins peu de la mort. Par contre, ce qui l'ennuyait vraiment, c'était que la petite fille était partie avec son instrument, et ça ce n'était pas vraiment très gentil de sa part ! Sato eut tôt fait de dégainer le long couteau de chasse qui se trouvait à sa ceinture, se précipitant déjà à la poursuite de la fuyarde. L'homme au sourire amusé pouvait aisément l'imaginer courir à travers les bois, s'égratignant bras et jambes dans les fourrés et les ronces et tentant de mettre plus de distances entre elle et ces tueurs sans âmes ni remords ! Il n'était pas si loin que cela de la vérité...
En ce moment même, la jeune fille courait à en perdre haleine, ses cheveux sales bataillant derrière sa tête. Elle courait, aussi loin que ses maigres jambes pouvaient la porter. Elle courait parce qu'elle avait peur...peur de ces hommes, peur de ce qu'ils pourraient lui faire endurer !
La poitrine en feu, elle du s'arrêter, ses jambes se dérobant alors qu'elle tombait à genoux dans un massif de jolies fleurs bleues. Sa petite main était bien serrée autour de cet étrange objet en bois, ne voulant le lâcher pour rien au monde. Sans doute que l'homme calme serait furieux d'apprendre qu'elle s'était enfuie avec son bien...elle devait mettre le plus de marge entre elle et lui !
Un grognement d'ours lui faire écarquiller les yeux, alors qu'elle regardait, terrifiée, le tueur à la barbe, découper branche basse et petits buissons pour se frayer un chemin dans cette jungle luxuriante. Marche petite fille, marche...mais qu'attends tu, relève toi ! Mais ses jambes ne voulaient plus lui obéir ! Il était si près à présent qu'elle pouvait distinctement voir la folie dans ses pupilles, un feu dévorant et à la couleur aussi sombre que les ténèbres eux mêmes.
-Espèce de petite demeurée ! Tu va passer un sale quart d'heure ! hurlait-il en crachant un flot de postillons sur le sol humide.
Folle de peur, la petite fille peina à se relever, ses pieds nus et endoloris dérapant sur cette terre boueuse et instable. Elle sentait encore la trace brûlante de la marque sur sa joue, tandis que le goût de cuivre sur sa langue venait se mélanger à l'odeur de sa peur. Jamais encore elle n'avait vue des hommes si violents...elle avait souvent vue des visages qui l'ignoraient ou la regardaient avec dégoût, mais jamais encore elle n'avait vue de visage qui reflétait la vive intention de lui faire mal ! Quel monde de brutes !
La paume sensible de ses pieds rencontra un caillou plus coupant que les autres, écorchant cruellement sa peau déjà suffisamment meurtrie. Incapable de rétablir l'équilibre qu'elle était en train de perdre, la fuyarde chuta lourdement, allant jusqu'à faire un roulé boulé pour s'immobiliser définitivement, tremblant de tout ses membres.
-Maladroite ! Ça va te coûter ta misérable vie !
« Oh non pitié », aurait-elle voulut gémir de tout son corps, de tout son âme. Elle ne voulait plus être frappée, elle ne voulait pas mourir ! Elle voulait jusqu'on la ramène à son état de pauvresse et qu'on la laisse en paix !
Quelque chose s'arrêta tout près de sa tête...la petite fille n'avait pas besoin de lever les yeux pour deviner que le bandit venait s'arrêter près de son corps grelottant, sans doute pour mieux observer sa victime avant de lui porter le coup de grâce. Serrant fermement l'objet de bois dans sa main, elle ferma les yeux, n'empêchant pourtant pas ses larmes de couler en abondance sur son visage blanc.
Qu'attendait-il pour la frapper ? Voulait-il qu'elle le regarde une dernière fois avant de se décider enfin à briser son corps ? Non, elle ne voulait pas regarder la mort en face...elle ne voulait pas voir une deuxième fois son visage déformé par la haine. Et pourtant...pourtant elle ne pu empêcher son visage, enfouit dans l'herbe, de se redresser. Et ce qu'elle le vit lui glaça le sang !

Cet homme...il était si terrifiant...une sorte de bandeau blanc lui recouvrait tout le bas du visage, de telle sorte que les traits les plus importants de celui-ci resteraient sans doute secrets à jamais. Ses cheveux blonds et longs étaient placés dans un chignon très serré. Tout cela semblait normal...mais c'étaient ses yeux qui étaient réellement effrayant. Des yeux bruns, sombres, dénués de toutes expressions : des yeux sans âmes !
Ses yeux se posèrent dans ceux de la petite fille qui les écarquilla d'épouvante. C'était un regard si dérangeant, comme si il semblait évident que cet homme avait déjà nombre de fois croisé la mort en face ! la fuyarde se remit sur le dos, essayant de s'éloigner de cette personne qui ne semblait pas humaine...jusqu'au moment où elle se cogna à une autre pair de jambes : celles du fou furieux !
Il aurait du réagir, il aurait du la frapper, la battre ou même la tuer...mais il ne faisait rien, il se contentait de regarder l'étrange visiteur comme s'il était lui même surprit de sa venue.
-Étranger, qui que tu soit, j'ai décidé de ne prendre qu'une seule vie aujourd'hui et ce ne sera pas la tienne. Consens à faire demi-tour et à oublier ce que tu as vue, car je ne renouvellerai pas ma proposition.
L'homme ne répondit pas, croisant les bras sous sa poitrine...qui paraissait véritablement étrange lorsqu'on la regardait à deux fois à travers son ample tunique blanche ! C'était sûrement un guerrier à voir la garde de la grande épée qui dépassait de derrière son cou. La fuyarde ne savait se décider lequel de ces deux hommes était le plus terrifiant...
L'inaction du nouvel arrivant sembla irriter Sato qui haussa le ton, écartant du pied la gêneuse qui venait de se prendre dans ses jambes.
S'étant une nouvelle fois reculée le plus possible des deux agresseurs, blottit contre un bouleau mort, la petite fille regardait les deux individus se défier du regard. Le démon à la barbe en trident semblait s'être rapidement calmé, ne respirant plus comme les gros b½ufs de campagne. Néanmoins, son regard avait quelque chose de monstrueux, de parfaitement dégoûtant, comme s'il était en train d'imaginer la façon dont il pourrait tuer son adversaire. Ce dernier, quant à lui, faisait bien plus peur...car, à l'inverse de Sato, il n'exprimait aucun sentiment !
Le vent souffla, secouant les ramures des arbres et produisant un sifflement aigu lorsque les feuilles s'arrachaient de leurs branches, ballottées dans les airs avant de se poser gracieusement sur le lit de la forêt. Les cheveux du démon virevoltèrent en rythme derrière sa tête alors que la cape blanche de l'inconnu se pliait à sa gauche, suivant le sens du vent. Ce fut à ce moment que le brigand en profita pour relancer se menace.
-Tu ne comprends pas on dirait ! Tu n'es pas le premier individu stupide qui tente de s'opposer à moi ! J'ai affronté plus d'une trentaine de jeunes bretteurs fous et tous ont péri par ma main !
À première vue, c'était une simple tentative d'intimidation...à première vue seulement ! Mais la jeune fille pouvait voir tout ce qu'il se passait de là où elle se trouvait ! Sato se contentait simplement de distraire l'intrus, alors que Marlin s'était faufilé derrière lui, avançant à pas de loup, une large dague dans sa main droite. Il n'allait pas tarder à lui sauter dessus...elle voulait le prévenir, elle voulait lui faire signe de faire attention et de se retourner...mais elle ne pouvait pas ! Il lui faudrait se contenter de fermer les yeux ou même de profiter de la distraction des bandits pour s'enfuir loin d'ici ! Même ça, elle ne pouvait se résoudre à le faire !
-Toujours aussi stupide ? Tant pis pour toi ! Vas-y Marlin !
Epouvantée, la fuyarde ne pu que regarder l'horrible scène qui s'offrait à ses jeunes yeux...mais cela ne se passa pas comme prévu, pour elle comme pour les deux bandits. Une grimace d'effort se lisant sur ses lèvres, Marlin se jeta en avant, bras écarté et sa dague prête à s'abattre sur sa proie. Mais, comme s'il avait anticipé cette attaque de lâche, le guerrier pivota sur lui-même, saisissant le poignet du tueur en plein vol et le brisant net.
Un cri de douleur résonna dans la forêt de Palomba, alors que la lame de la dague qui tournoyait dans les airs réfléchissait les lumières du soleil sur sa surface. Elle retomba dans la main libre du guerrier qui maintenait maintenant le tueur à genoux. Son pied vint se placer juste sous le ventre de l'infortuné, le soulevant brutalement à un mètre du sol alors que l'homme faisait un tour sur lui-même. Ce fut rapide mais précis...
La dague transperça la nuque de l'infortuné alors que celui-ci venait juste d'être soulevé. Lorsqu'il s'écrasa sur le sol de Palomba, ce fut uniquement pour se tordre dans un rictus d'agonie avant qu'il ne s'immobilise à jamais, sa propre arme ayant traversé son cou de part en part...et cela le temps de deux battements de c½ur ! Alors c'était cela prendre la vie d'un humain ? C'était encore plus horrible qu'elle ne l'aurait pensé, tandis qu'elle regardait, avec des yeux pétrifiés, le corps sans vie de celui qui avait laissé l'empreinte de ses doigts sur sa joue.

Apparemment, même Sato ne s'était pas attendue à une telle performance puisqu'il adoptait la même attitude que sa prisonnière, la bouche crispée et regardant le cadavre de son compagnon. Ce n'est quand regardant le démon que la jeune fille aperçue le musicien, juste derrière lui, et qui observait sans broncher le « danseur ».
-Je te félicite pour ta performance. Malheureusement, ce n'est pas quelques tours de passe-passe et une rapidité incroyable qui pourront rivaliser avec la force brute de Sato. Néanmoins, je pense que tu mérite au moins la possibilité de t'enfuir !
Pourquoi souriait-il comme s'il s'amusait avec un enfant ? La fuyarde ne l'avait pas remarqué tout à l'heure, mais désormais elle en était certaine : c'était lui le plus dangereux des trois bandits ! De plus, à un contre deux, le combat allait devenir bien trop inégal ! Elle avait honte, mais elle ne doutait pas un seul instant les paroles du musicien ! Sa petite main resserra l'ocarina, son c½ur battant la chamade dans sa poitrine. Pourquoi ce monde était-il aussi violent ? Et pourquoi n'était-elle qu'une toute petite fille perdue qui ne savait rien faire, pas même pouvoir encourager cette personne qui, sans le vouloir, l'avait protégé des foudres de Sato ? C'était injuste !
Comme pour mieux narguer le guerrier, le musicien se mit à applaudir de ses mains, rapidement imité par Sato qui avait repris du poil de la bête. Celui-ci souriait de toutes ses dents, la dragonne de son couteau de chasse resserrée autour de son poignet tandis que son arme se balançait doucement de gauche à droite. La dragonne quitta son poignet, alors que le couteau fusait droit vers le guerrier, lancé de toutes ses forces par son propriétaire.
Alors que l'arme aurait du se planter dans le corps de sa cible, l'homme mystère fit un pas de danse sur le côté, esquivant sans peine. Quel intérêt de sacrifier ce « coupe-coupe » de cette façon ? Sato avait simplement décidé de profiter de cet instant de distraction de la part du tueur de Marlin pour se jeter sur lui, une épée courte dans sa main. Ça y est, pensa la jeune fille, il est mort !
Mais, comme s'il avait encore une fois prévenu cette tentative puéril de déstabilisation, l'étrange homme se baissa, arrachant presque la dague de Marlin de la plaie béante et sanguinolente. C'était la première fois qu'elle entendait ce son : celui de l'acier rencontrant l'acier, celui des petites étincelles bleues qui clignotaient sous ce choc frontal ! S'ensuivit une étrange danse, où le premier qui ferait un faux pas serait incontestablement le grand perdant. A la fois fascinée et effrayée, la fuyarde regardait le combat alors qu'elle savait pertinemment qu'elle aurait du fuir depuis longtemps.
Le guerrier ne semblait montrer aucun signe de fatigue, alors que les mouvements de Sato se faisaient plus lents et désordonnés. Il beuglait comme un buffle enragé, frappant de toutes ses forces mais avec de moins en moins de précisions. Alors que la partie n'était pas encore jouée, l'étrange homme fit la chose la plus stupide qui soit : il jeta la dague par terre qui alla se planter juste entre les pieds de son adversaire.
Le bandit aurait du profiter de cette occasion pour tuer...oui, il aurait du le faire ! Mais trop surprit, il recula d'un pas, essayant de comprendre ce qu'il se passait. Trop tard ! La jeune fille entendit deux sons très caractéristiques ! Le premier était celui du métal sortant de sa rengaine en cuir. Le deuxième fut semblable à un léger sifflement, alors que l'épée du guerrier frappait à la verticale.
Sato se prit la gorge à deux mains, reculant comme l'aurait fait un aveugle alors que ses doigts se recouvraient de son fluide vital...Tout ce sang...mais que s'était il passé ? Le guerrier frappa une deuxième fois, faisant un tour majestueux sur lui-même tandis que la grande épée fendait l'air, aussi rapide que le vent.
Une curieuse pluie tomba, tombant en de nombreuses gouttes sur les bras, le visage et la robe de la jeune fille. C'était chaud, c'était visqueux...c'était rouge ! De plus, quelque chose tomba et roula non loin d'elle...elle se mit à trembler de tout ses membres en apercevant la tête de Sato non loin de son corps, figé dans une expression de stupeur. Elle aurait voulut hurler...mais elle ne voulait pas, se contentant de regarder ses mains qui étaient couvertes du sang du bandit !
La lame du guerrier siffla une nouvelle fois dans le vide, projetant les dernières gouttes de sang qui maculaient sa surface alors qu'elles tombaient sur l'herbe de la forêt de la Palomba en produisant de petits « floc » écoeurants. D'un seul coup, elle ne se sentait pas bien...mais alors pas bien du tout !
-Bravo ! Magnifique ! C'est tout simplement magnifique !

Qu'est ce que ce fou de musicien était en train de dire ? Il était en train de complimenter celui qui n'avait eu aucun problème à éliminer son comparse ? Etait-il réellement dérangé à ce point là ?
-Je dois admettre que je n'aurai jamais pensé que quelqu'un puisse triompher de Sato de cette façon ! Je te tire mon chapeau ! Malheureusement, je ne me sens pas encore près à découvrir le tranchant de ta lame ! J'espère que nos chemins se recroiseront à l'avenir !
Quoi ? il allait s'enfuir ? Mais il était bête ou quoi ? Ce tueur ne lui en laisserait jamais l'occasion ? Alors qu'elle éloignait la tête de Sato du bout de son pied nu, elle voyait distinctement l'étrange homme lancer la dague de Marlin vers le musicien. Mais celui-ci se contenta d'un simple pas sur le côté, alors que l'arme du défunt bandit venait se planter contre l'un des arbres de la forêt de Palomba. Avec un sourire narquois, il humecta son doigt avant de le pointer vers le ciel, son regard se posant sur la jeune fille qui se raidit aussitôt.
-Les vents sont avec moi aujourd'hui...par contre, petite sotte, je te laisse mon instrument en guise de paiement pour tout les problèmes que nous t'avons causé. J'espère que tu ne le perdras pas !
Qu'insinuait-il par là ? Jamais encore elle n'avait rencontré de personne avec une once d'honneur sur le blason. Non seulement il respectait celui qui avait eut raison de ses comparses, mais il déboursait aussi pour les coups et blessures que la fuyarde avait reçut...À moins qu'il ne soit tout simplement très lâche et très stupide !
Le musicien fouilla dans l'une des poches de sa tunique, sortant ensuite un petit sachet à l'allure suspecte. Ayant compris ses intentions, le guerrier se précipita vers celui-ci...mais bien trop tard ! Le sachet fut claqué sur le sol, explosant en une infime quantité de poussières noires. Poussées par les vents, elles ne tardèrent pas à enrober la jeune fille et son sauveur, alors que le musicien ne perdit pas une seconde pour partir sans demander son reste.
C'était âcre, ça piquait les yeux et sa faisait tousser ! L'ancienne prisonnière du se plaquer le visage contre le lit d'herbes de la forêt pour pouvoir se protéger de cette poussière agressive. Lorsqu'elle diminua en intensité, il était déjà trop tard : Le troisième membre du trio...ou de ce qu'il en restait en tout cas...avait définitivement disparue !Alors pourquoi ne se sentait-elle pas soulagée, en sachant qu'elle était sans doute tirée d'affaire ? Peut-être parce que le guerrier masqué était en train de la regarder en ce moment, ses yeux bruns inexpressifs reflétant tout de même une légère colère : celle d'avoir laissé échapper sa proie. C'était de sa faute ? Allait-elle être tuée simplement parce qu'elle l'avait gêné ?
Le guerrier se contenta de planter son épée dans le sol, se dirigeant vers l'endroit où le troisième bandit se tenait il y a une minute déjà. Sa main gantée de cuir blanc caressa le sol de la forêt de Palomba, cherchant sans doute quelques traces qui lui auraient montré une piste vers le fuyard. Mais il n'y avait plus rien...pas même une branche ou de la terre retournée, rien du tout ! Cette fois il allait réellement se mettre en colère !
Il se dirigea vers la jeune fille qui se raidit aussitôt, cachant son visage de ses bras et se préparant à recevoir une nouvelle pluie de coups. Non ? L'étrange inconnu s'était contenté de ramasser la tête de Sato en le tirant par les cheveux, des gouttes de sang gouttant encore de son artère tranchée. Ça...ça dégageait une odeur épouvantable, c'était à en vomir ! Il n'aurait pas été surprenant pour la jeune fille de ressentir un nouvel accès de nausée, la couleur de son visage palissant horriblement. Elle serrait toujours le cadeau du musicien dans sa main, bien qu'elle en avait presque oublié sa présence. Toujours inquiète et sur ses gardes, elle se contenta de rester dos à son arbre, observant le tueur.
Tenant toujours la tête du bandit par les cheveux, il se dirigea vers son corps, le retournant sur le dos d'un simple coup de pied puis dégrafant sa cape. Avec ce gros morceau de tissu, il pu enrouler cette tête sanguinolente à l'intérieur, fermant le tout avec un n½ud bien solide. Pourquoi la protéger ainsi ? Dans tout les cas la tête finirait par se détériorer ! Peut-être qu'il voulait simplement garder un trophée...un collectionneur de morts ? La jeune fille en avait déjà entendu parler et cette idée était tout simplement infecte !
Après avoir accrochée ce paquetage à sa ceinture, le guerrier rengaina son épée derrière son dos, regarda une dernière fois l'ancienne prisonnière, puis se retourna, reprenant son chemin le plus simplement du monde.
La jeune fille regarda ses mains recouvertes de sang, sentant ce liquide, maintenant tiède, couler également sur son visage et tacher sa robe blanche. Que s'était-il passé ici ? Etait-elle encore en vie ? Pourquoi tremblait-elle autant ? Tant de questions qui se bousculaient dans son esprit et qui, pourtant, ne voulaient absolument rien dire ! Elle regarda l'ocarina qu'elle avait si longtemps tenu dans sa petite main, dernier cadeau de cet homme fou. A présent, elle était seule...de nouveau seule dans cette forêt...au fond, elle avait toujours été seule !
L'ancienne prisonnière se releva, s'aidant de son arbre pour pouvoir se tenir debout alors que ses jambes menaçaient de se dérober. Une fois stable, elle chercha des yeux le chemin qu'avait pris le guerrier avant de commencer à avancer, marchant à petit pas tout en veillant bien à ne pas faire de faux mouvements. Les oiseaux, qui s'étaient longtemps tues suites aux troubles causés par les bandits, reprirent leur chanson en c½ur, sans se douter une seule seconde qu'ils étaient écoutés d'une oreille attentive par une fillette maladive.




Rei chapitre 1: L'appel du vent partie1

# Posté le lundi 19 mai 2008 05:39

Modifié le lundi 19 mai 2008 16:19

Rei chapitre 1: L'appel du vent partie2

Rei chapitre 1: L'appel du vent partie2


Cachée derrière un pin mort, elle attendit que l'étrange guerrier eût fini de scruter la forêt derrière lui et reprît sa route pour pouvoir sortir de sa cachette, marchant droit devant elle. Une heure s'était passée depuis que la jeune fille avait commencé à suivre discrètement son sauveur, ses yeux fiévreux observant les habits de cet étrange personnage.
Il avait réellement tout du combattant expérimenté, à savoir : une cape blanche qui n'arrivait qu'à mi-fesse, son éternel bandeau blanc devant le bas du visage, de très grosses épaulières en métal, des bottines en métal également, alors que le reste était une tunique en une seule pièce, ample et entièrement blanche. Sa large épée n'était rangée dans aucun fourreau mais simplement dans un anneau en métal située entre le haut de son dos et sa cape.
Une heure s'était donc écoulée et plus d'une fois ce grand personnage s'était retourné, ayant sans doute compris qu'il était suivi par une petite créature faible et sans intérêt. D'ailleurs, il portait régulièrement la main à son trophée qui était accroché à une ceinture de cuir noir. Qui aurait pu deviner que dans ce carré de tissu humide et odorant se trouvait une tête finement tranchée ? Sans doute personne !
La jeune fille n'avait pas tardé à comprendre que le guerrier se dirigeait vers la cité d'où elle même avait été capturée. Elle ne s'était jamais souvenue du nom de cette ville, sachant très bien que cela ne lui aurait servi à rien ! Depuis combien de temps n'avait-elle pas mangé ? Son ventre ne tarderait pas à la supplier, mais elle n'y faisait pas vraiment attention, se contentant de marcher droit devant elle sans jamais faiblir.
Absorbée dans ses pensées, elle n'aperçut pas tout de suite l'homme masqué qui la regardait de ses grands yeux bruns et pénétrants. Elle s'arrêta à son tour, l'observant d'un air endormit et curieux. Il se contenta d'un simple haussement d'épaule avant de reprendre sa route, ignorant superbement cette impertinente qui le suivait comme son ombre. Tant mieux si cela ne le gênait pas, elle n'aurait plus à se cacher à l'avenir !
Une autre heure se passa, puis une autre encore jusqu'à ce que le guerrier se retourne une nouvelle fois, s'approchant de la jeune fille qui avait également stoppé sa marche. La lame siffla dans l'air avant de s'arrêter pile au niveau de son cou, chatouillant sa peau sensible. Mais l'intéressée n'avait pas bougé, sans doute trop fatiguée pour se rendre réellement compte du danger. Et elle continuait de le regarder droit dans les yeux, ses paupières papillonnant sous l'effort.
L'homme masqué grommela quelques paroles inaudibles avant de reprendre son chemin pour la énième fois mais en accélérant sa marche, bien décidé à semer l'impertinente. Rien n'y fit, elle arriva à garder le rythme, courant s'il le fallait pour mettre le moins de distance entre lui et son sauveur.
La journée ayant été fort entamée durant l'altercation, la nuit ne tarda pas à tomber, rendant toutes avancées presque impossibles. La jeune fille fut soulagée de voir le guerrier réunir un petit tas de bois secs et d'y mettre le feu. Harassée par cette longue journée de marche, elle se laissa tomber par terre, cachée dans l'ombre alors que l'homme masqué posait son épée sur ses genoux, retirant ses épaulières et ses protéges poignets. Il passa sans doute une nuit bien chaude au coin du feu...La jeune fille passa sa nuit dans le froid et les ténèbres !
Le sauveur était bien matinal...à peine eut-elle ouvert les yeux qu'elle le voyait étouffer son feu avec de la poussière, déjà préparé à repartir ! Et la journée qui suivit fut identique à celle de la veille ! À savoir que cet homme ne faisait que peu de pauses, le temps de boire à une rivière de manger un fruit cueillit au passage. Alors que la route avait commencé le plus simplement du monde, voilà qu'elle se compliquait avec des buissons épineux, des herbes hautes ou parfois des crevasses le long de la même rivière.

L'ancienne prisonnière n'était pas dupe et elle avait rapidement compris que ce guerrier essayait avant tout de la décourager à le suivre, allant jusqu'à faire des détours incroyables vers les endroits les plus dangereux ! Mais elle ne renonçait jamais : elle s'égratignait bras et jambes, avait faim, froid et soif, mais elle continuait à avancer. Elle était même si fatiguée que le danger n'avait plus aucun sens, ne représentant qu'un simple obstacle. À force de tenir le cadeau du musicien, sa main avait même fini par s'engourdir alors que ses doigts ne lui répondaient plus. Tant mieux, comme cela elle aurait moins de chance pour perdre cet objet précieux ! Ce qui était vraiment difficile à supporter, c'était le sang séché du bandit qui maculait sa robe et son visage par petites gouttes.
À l'aube du troisième jour, elle avait paniqué, constatant que le guerrier avait levé le camp depuis un moment. Elle s'était donc mise à courir droit devant elle, à travers la forêt de Palomba, espérant de tout son c½ur que le chemin qu'elle prenait était le même que celui de son sauveur. Sa course dura toute la matinée, asséchant un peu plus sa gorge en feu et endolorissant ses cuisses.
Ses pas la menèrent bientôt vers une rivière qu'elle connaissait bien...et pour cause, c'était celle que le guerrier avait si longtemps longé, sans doute avec l'infime espoir de pouvoir la semer ici. Quelle ne fut pas sa joie d'apercevoir sa silhouette loin devant, alors qu'il se retournait pour constater avec stupéfaction l'arrivée assez sonore de cette fille incroyablement tenace.
Mais ses réflexes s'étant amoindris avec la montée de sa fatigue, ses pieds étaient instables sous les cailloux rond et glissant qui recouvraient les deux bords de la rivière. La paume de ses pieds nues rencontrèrent quelque chose de long et de pointu, découpant aisément sa peau fragilisée. Elle perdit l'équilibre, son autre pied glissant sur une pierre froide et gluante. La jeune fille eut juste le temps de voir le soleil une dernière fois avant que l'eau de la rivière ne vienne accueillir son corps. Puis ce fut le froid et les ténèbres...

***

Douce chaleur...ne me quitte pas et vient bercer mon corps meurtri...Douce chaleur...vient me prendre dans tes bras et réchauffer mon c½ur affaiblit...Ce fut de doux et agréables sons qui la sortirent de sa semi-torpeur, alors qu'elle gardait les yeux fermés. Elle ne sentait plus le poids lourd de sa robe sale mais plutôt quelque chose de doux, de léger mais qui ne recouvrait qu'une toute petite partie de son corps. Sur le côté droit, elle pouvait aisément sentir la chaleur d'un feu de camps qui venait lécher ses petits pieds gelés.
C'était agréable...mais ces sons étaient plus agréables encore ! On aurait dit ceux qu'avait produits le musicien, il y a trois jours, mais assemblés différents pour former quelque chose de plus calme, de plus lent, de plus revigorant. Longtemps, elle resta immobile, à écouter ces notes et tentant de les associer à chaque bruit qu'elle avait déjà entendu. C'était comme un jeu...un jeu qui la calmait efficacement après toutes ces journées de marche. Son ventre criait toujours autant famine, mais elle se surprit à ne plus avoir la gorge irritée...sans doute parce qu'elle avait largement but la tasse dans la rivière !
La musique cessa enfin, alors que les véritables sons de la forêt venaient reprendre leurs droits. La jeune fille se força à ouvrir les yeux, apercevant, non loin devant elle, un feu dansant et clignotant qui achevait de consumer une grande quantité de bois morts. Juste à côté se trouvaient les épaulières, le baluchon au macabre contenue et même la tunique blanche du guerrier. Cette dernière était entièrement trempée, étalée sur le sol et en train de sécher à l'aide du feu. Il avait sans doute dû ôter tout son attirail avant de se jeter dans la rivière pour aller la chercher avant qu'elle ne se noie...D'un côté elle avait honte, mais d'un autre côté elle se sentait satisfaite !
-Espèce d'idiote...
Cette voix...ce chuchotement...ainsi, c'était la première fois qu'elle l'entendait parler ! Mais étrangement, cette tonalité dans la voix ne ressemblait pas à celle de la gente masculine ! Où était-il d'ailleurs ? Il ne se trouvait nulle part autour du feu ! Épuisée, elle laissa sa tête reposer contre le sol lorsqu'elle le vit...ou plutôt LORSQU'ELLE la vit !
Dégagés et libres, ses cheveux blonds paraissaient plus longs désormais. Ses yeux bruns, presque aussi inexpressifs qu'à l'habitude, affichaient tout de même une sévérité non contenue. Mais qu'est-ce que le bas de son visage était beau...des lèvres fines, un nez parfait, un beau menton...pas de doute, lorsque son bandeau blanc, qui était rabaissée jusqu'à son cou, ne recouvrait pas sa bouche, et que ses cheveux était bien serré en chignon, il était impossible de deviner que c'était une femme !
Elle se trouvait assise sur une branche d'un arbre, juste au-dessus d'elle. Pas étonnant qu'elle ait eut du mal à la trouver du regard ! Sa tunique devait être ample, puisqu'elle était censée cacher un autre habit qui, au contraire, moulait généreusement ses formes féminines. Ce tissu semblait si doux à l'½il, d'un blanc aussi pur que le lys et qui ne laissait apparaître que ses pieds, ses mains et son visage. Elles se regardèrent mutuellement, l'une curieuse et l'autre agacée.
-Espèce d'idiote ! répéta t-elle un peu plus fort.

Sa main se leva alors que ses lèvres venaient accueillir l'embout de l'ocarina. Un son, tout aussi mélodieux que les précédents, éveilla les sens de la jeune fille qui se mit à l'écouter, se rendant uniquement compte à l'instant que la nuit était déjà tombée. Finalement, la guerrière reposa l'instrument en équilibre sur la branche, les mains sur les genoux et contemplant l'ancienne prisonnière.
-Tu es fière de toi ? Avec toutes tes bêtises, tu m'as obligé à te secourir ! Je peux savoir ce qui te trotte dans la tête ?
La jeune fille se contenta de la regarder, la bouche entrouverte et la tête couchée sur le sol pour mieux la voir. Oui...avec tout ça, il aurait été impossible de deviner que c'était une femme !
-Tu ne parles pas ? Peu importe, je vais te demander d'arrêter de me suivre, je ne suis pas une vulgaire nourrisse qui va veiller sur toi ! Tu es un poids mort !
Un peu reposée, elle se décida à se relever, repoussant délicatement la cape de la guerrière et se redressant de ses deux mains puis levant les yeux vers le haut de l'arbre pour ne pas la perdre de vue ? Où était sa robe au fait ? Sans doute en train de sécher près du feu...
-Hé ho ! s'impatienta la femme blanche. Tu as une langue, non ? Tu sais t'en servir ? Ou bien tu es en train de te moquer de moi ?
Elle ne pouvait pas répondre...mais elle ne voulait pas laisser cette jolie femme se mettre en colère pour cela ! Elle ouvrit donc grand la bouche, avant de la refermer, désignant ensuite sa gorge de l'index. La guerrière sembla comprendre son geste puisque l'expression de son visage se radoucit, ainsi que le ton de sa voix.
-Ah je vois ! Bon, ça ne fait rien, on va plutôt prendre ça pour un non . Est-ce que tu va me suivre encore longtemps comme ça ? Non, on va faire plus simple...tu dois bien avoir de la famille quelque part, n'est-ce pas ? Des parents, des oncles ou même des cousins qui s'inquiètent pour toi ?
Un simple hochement négatif de la tête. À quoi bon ? Elle avait peut-être des oncles, en effet, ou bien des cousins ou quelques parents éloignés ! Mais quoi qu'il en soit, elle ne les connaissait pas. La seule personne qui avait pu jouer le rôle de « mère » avait rejoins ses propres parents depuis longtemps, plongée dans un sommeil éternel. À ce qu'il paraît, elle était en ce moment même en train de vivre son rêve pendant qu'elle dormait...des rêves emplis de fleurs, de parfums enivrants, de châteaux et de joies de vivre. Est-ce que le bandit Sato faisait le même rêve en ce moment ? Est-ce qu'un bandit pouvait seulement rêver ?
La guerrière sembla gênée, et même décontenancée. Il ne faisait aucun doute que le poids que représentait cette jeune fille allait s'alourdir d'avantage encore ! Elle ramena ses genoux vers elle, les tenant de ses bras alors qu'elle se retrouvait en parfait équilibre sur sa branche.
-Donc ils avaient raison ? Tu es un vraie sans abri ? Ça ne m'arrange pas ! Bon, on s'occupera de ton cas plus tard...tu as bien un nom au moins ? Ça me ferait mal de t'appeler « hey toi », « idiote » ou encore « gamine » !
Un nom ? La jeune fille porta un doigt sur son menton, regardant le sol sombre et se mettant à réfléchir. Cela faisait depuis longtemps qu'elle n'avait eut personne pour l'appeler par son vrai prénom...avec le temps, vue qu'elle s'était habituée à ne plus l'entendre, elle avait fini par l'oublier. C'était gênant ! Elle n'avait pas envie d'énerver d'avantage la guerrière qui semblait déjà contenir une colère éclatante. Enfin c'est de cette façon qu'une personne normale aurait réagi.
Elle releva les yeux vers les branches de l'arbre, un air désolé déprimant ses traits tandis qu'elle se tenait le bras droit, l'un de ses pieds jouant avec un caillou rond. Elle allait passer pour une demeurée à ne pas même connaître son propre nom ! Mais à son grand étonnement, il n'en fut rien ! Elle fut même agréablement surprise par une réaction à laquelle elle ne s'attendait pas.
-À mon avis, je ne pense pas que Sato aurait pu faire grand chose de toi. Bon cela ne fait rien, moi je t'appellerai Rei. Ça te va Rei ?
Rei baissa les yeux, réfléchissant à ce nouveau patronyme qui était le sien. C'était comme un son doux, quelque chose de simple, bercé par les vents. Quelque chose qui pouvait se mélanger aux odeurs, qui pouvaient se confondre parmi tout les bruits de cette terre. Rei releva les yeux vers la guerrière, souriante et reconnaissante. Satisfaite, celle-ci attrapa l'ocarina et sauta de sa branche, atterrissant avec souplesse sur le sol et soulevant quelques cailloux du bord de rivière.
Elle allait se rendre de l'autre côté du feu lorsque Rei la retint, tirant doucement sur le tissu de cette tunique blanche. Comme elle était grande...Elle devait au moins faire deux fois sa taille ! Elle était même plus grande que beaucoup d'hommes ! La femme blanche la regarda un instant, se demandant sans doute ce que cette fille lui voulait. Rei la fixa avec insistance, ayant le regard de quelqu'un qui voulait savoir quelque chose.
-Pardon ? Que veux...ah, tu veux peut-être connaître mon nom à moi, c'est ça ?
Rei acquiesça, laissant ses bras retomber le long de son corps. Du coin du l'½il, elle pu apercevoir l'instrument de musique dans cette main si agile pour faire endormir les gens...
-Je m'appelle Kimiko. Maintenant, il faudrait penser à me laisser cinq minutes, j'ai à faire...non, je ne vais pas déserter pendant ton sommeil puisque je suis responsable de toi pour un temps...en partie par ta faute !
Kimiko semblait avoir lu dans les yeux de Rei, alors qu'elle s'en allait après avoir posé l'ocarina près du feu puis s'être saisit de son épée. Ki, mi et ko...On aurait dit quelque chose de tout aussi léger, d'aussi libre qu'un papillon...Rei adorait ce nom ! Souriante, elle alla se retourner dans cette sorte de couchette très précaire qui lui avait été préparée. Mais finalement, elle se releva, se réappropriant le cadeau du musicien et patientant au coin du feu, ses longs cheveux sales achevant de se sécher. Elle ne dormirait pas avant le retour de Kimiko, c'était juré !

***

Ce fut une goutte d'eau tombant sur son nez qui la réveilla, alors qu'elle ouvrit largement les paupières pour savoir ce qu'il se passait. Le ciel se mit à gronder, les nuages aussi sombres que la nuit elle-même, cachant un soleil craintif. Rei se leva, ne prenant pas même la peine de s'étirer, puis se dirigea vers l'endroit où reposait sa robe sèche...qui ne le serait plus pour très longtemps !
Kimiko n'était là...mais elle ne pouvait pas avoir déserté comme ça ! De plus, ses épaulières et sa cape, qui avait servi de couverture pour la jeune fille, étaient toujours là. Et pour finir, elle le lui avait dit qu'elle ne s'en irait pas durant son sommeil...elle le lui avait dit ! L'ancienne fuyarde s'installa près du feu de camp qui n'était plus que braises rouges, fumantes, chaudes et odorantes.
Son regard se posa ensuite sur l'ocarina qui reposait par tête, salie à cause de l'eau de la rivière et de la poussière qui était venue se coller à sa surface. Rei l'attrapa, l'examinant et le retournant entre ses doigts. Il avait sans doute été travaillé dans un bois brut mais solide. Il y avait deux rangées de quatre trous, de tailles variées : l'une sur la gauche et une autre plus bas vers la droite où se trouvait l'embout de l'instrument. En mettant l'embout dans ses lèvres, le rescapé du trio ainsi que Kimiko avaient pu produire divers sons. Mais uniquement en mettant l'embout de leur bouche ?
Rei fit de même, constatant qu'il ne se passait rien. Déçue, elle regarda ses trous d'un peu plus près, se demandant à quoi ils pouvaient servir...à aérer l'instrument ? Non, c'était stupide ! Contrariée, elle reposa l'ocarina sur le sol humide, attendant la guerrière et le déluge qui ne devraient pas tarder à arriver.
Le vent se leva, soulevant ses cheveux sales qui dansaient et virevoltaient avec légèreté. Une légère note se mit d'ailleurs à résonner, suivant la puissance du vent avec précision. Rei mit plusieurs minutes avant de comprendre que cela venait directement de l'ocarina. Etait-ce le vent accompagné de l'instrument qui pouvait produire cette note de musique ? La jeune fille reprit son ocarina et replaça l'embout dans sa bouche. Rien...même le son s'était tu...et si elle essayait de reproduire le vent en soufflant dedans ? Ce fut chose faite !
Un son strident se répercuta dans la nature, faisant vibrer ses tympans et effrayant plusieurs oiseaux qui s'envolèrent de leur arbre. Surprise, Rei laissa retomber l'instrument qui toucha le sol avec un bruit mou. Est-ce que c'était elle qui venait d'émettre un son ? Elle qui n'avait jamais pu prononcer le moindre mot de sa vie, elle avait pu produire un son avec ce morceau de bois travaillé ?
Le vent augmenta en intensité, s'amusant de nouveau avec l'ocarina qui produisait une note très douce, très pure...alors que celle de Rei avait été sauvage, directe, puissante et vulgaire ! Et si elle essayait d'imiter le vent ? Elle le reprit une nouvelle fois, désireuse d'aller plus loin dans cette découverte excitante. Ses joues se gonflèrent mais expirèrent bien plus lentement, produisant un son plus lent et plus calme...voilà, c'était bien mieux !

Le vent souffla plus fort, propulsant les cendres du feu mourrant dans les airs. Rei tenta de limiter, essayant de reprendre la même tonalité. C'était parfait ! Là, le vent recommença une nouvelle fois, faisant frémir les branches des arbres aux alentours ! Il fut accompagné par l'instrument de la jeune fille, qui reproduisait ce même son à sa façon mais avec le même calme...un calme de Dame-nature !
Le tonnerre gronda alors qu'un éclair déchira le ciel. Quelle puissance ! Et la mesure que produisait Rei ne représentait en rien les vibrations de la foudre ! Encore une fois, à quoi servaient ces trous ? Et si elle soufflait après en avoir bouché un ? Surprise ! Elle venait de produire un son, très différent du premier ! L'ancienne prisonnière ôta l'embout de ses lèvres tremblantes, ne regardant plus l'ocarina de la même façon et prenant ce cadeau comme le plus gracieux et le plus magnifique des présents.
Un peu plus sûre d'elle-même, elle se mit en devoir d'essayer de trouver LA note qui représenterait cet éclair. Quelle ne fut pas sa joie d'entendre le son de sa propre foudre s'échapper de l'instrument, proposant au ciel un petit jeu de sons. Une demi-heure passa et Rei s'essaya à tout les bruits qu'elle entendait : le gémissement des arbres, la pluie tombant maintenant à grosses gouttes sur la terre, la rivière s'agitant sous les intempéries. Rien n'était laissé de côté, tout était écouté, expérimenté et reproduit...mais à sa façon ! Oui, c'était comme un véritable jeu, un jeu de sons ! Et Rei accompagnait la nature avec ses propres sons, produisant une chorale qu'elle baptisa « tempête ».
Son corps se raidit et se laissa tomber en arrière, l'embout de l'ocarina s'échappant de ses lèvres alors que ses cheveux se recouvraient de la boue du sol. Sa robe, qui avait été si propre au moment où elle l'avait enfilé, n'était plus qu'un chiffon sale et humide. Mais peu importe, la jeune fille était heureuse car elle avait parlé. Oui, elle avait parlé ! Certes, si on l'avait écouté, personne n'aurait compris son message...mais peu importe, elle en était certaine, elle venait de parler à sa façon !
Rei grelotta, ses jambes se repliant alors qu'elle tentait de se réchauffer en se frictionnant les cuisses. Un bruit d'éclaboussure, un juron retentissant et la jeune fille se sentie soulevée, reposant dans les bras de Kimiko qui lui frottait les bras, serrant son corps froid et mouillé contre elle.
-Espèce d'idiote...répétait-elle sans arrêt tandis qu'elle l'amenait à l'abri sous les arbres de la forêt.
Elle se sentit reposer contre un arbre au feuillage dense, tandis que plus une seule goutte ne venait ruisseler sur son visage. La guerrière l'abandonna un instant, le temps d'aller chercher ses affaires près du fort. Ses épaulières rebondirent sur le sol en produisant un tintement pur, alors qu'elle
suspendait sa cape à une branche basse, non sans l'avoir essorée au préalable.
-C'est à se demander si tu réfléchis à ce que tu fais ! Je ne peux même pas te laisser cinq minutes sans que tu ne te laisse attraper la mort, c'est incroyable !
Oui, Rei était honteuse...mais au fond d'elle-même elle souriait. Si seulement Kimiko savait qu'elle venait de parler...




Rei chapitre 1: L'appel du vent partie2

# Posté le mercredi 21 mai 2008 12:00

Modifié le samedi 24 mai 2008 01:33

Rei chapitre 1: L'appel du vent partie3

Rei Chapitre 1: L'appel du vent partie3


-Tu ferais mieux d'en profiter pour te laver ! Tu as repris assez de forces et il est hors de question que nous restions une journée de plus à côté de cette rivière ! J'ai mes obligations et tu me ralentis.
Rei avait facilement deviné ce qui occupait son esprit : la tête de Sato ! Elle avait beau fait attention de la protéger des intempéries et des charognards, elle finirait bien par pourrir. Comme elle venait de le dire, elle n'était restée ici quand attendant que la jeune fille soit suffisamment rétablie. Ses blessures aux jambes n'étaient que de toutes petites traces rouges alors que les stigmates de la fatigue avaient finalement abandonné son corps.
-J'en profiterai pour laver ta robe aussi. Si tu ne veux pas te nettoyer, c'est moi qui te jetterai à l'eau ! Je ne veux pas être accompagnée par une gamine à l'odeur de louve malade.
La jeune fille porta les yeux sur sa robe, constatant, catastrophée, qu'elle était réellement sale et même déchirée par endroits. C'était le seul vêtement qu'elle avait ! À l'avenir, elle devrait vraiment y faire attention...Rei laissa donc sa robe glisser le long de sa peau, pouvant enfin apprécier autre chose que le tissu mouillé et collant sur son corps. Sous les yeux de Kimiko, déjà prête et qui s'était approchée pour ramasser le vêtement sale, la jeune fille pénétra dans la rivière. L'eau était froide mais elle avait l'habitude du froid maintenant...et puis sentir toutes cette poussière et cette boue sèche se séparer de sa peau était tout de même une sensation exquise !
-Tu prendras aussi un fruit avant que nous partions. Tu n'as que la peau sur les os ma grande !
C'était vrai et bien vrai...Mais elle n'avait pas envie de porter son regard sur son corps si fragile, plongeant la tête dans l'eau de la rivière pour débarrasser ses cheveux de toute leur crasse. Kimiko, quand à elle, se contenta de laver la robe sale, la plongeant dans l'eau avant de la frotter de ses doigts. Et dire que le tissu de son vêtement était si blanc et propre...la robe de Rei commençait vraiment à devenir plus un chiffon qu'un vêtement de jeune fille ! Néanmoins, elle retrouva une certaine blancheur, bien que les petits trous à certains endroits ne pourraient, bien sûr, pas disparaître. Mais la guerrière avait du mal à retenir une remarque.
-Tu la porteras encore mouillée, mais avec ce début de soleil ça devrait vite sécher. Par contre, il faudrait vraiment que tu trouve autre chose à te mettre sur le dos car c'est vraiment...primitif !
La jeune fille était gênée...elle aurait aimé paraître plus jolie...au moins aux yeux de Kimiko ! Elle tenta d'apercevoir son reflet dans la rivière mais c'était peine perdue : l'eau était trop vaseuse et trop agitée. Elle se laissa donc revenir vers la berge avant d'essorer ses cheveux bien plus propres désormais. Finalement, la guerrière avait préféré attendre une heure le temps que la robe de Rei soit un peu moins trempée. Celle-ci avait pu en profiter pour s'exercer d'avantage avec son instrument. Kimiko, qui était partie une nouvelle fois pour une nouvelle raison secrète, n'avait toujours pas pu entendre sa prestation de « tempête ». Sans doute pensait-elle qu'elle ne savait même pas en jouer...Le grand départ arriva au retour de la guerrière !

Pendant un temps, ils se contentèrent de suivre le long de la rivière, à l'opposée de son courant. Rei avait même pu retrouver l'endroit précis où son malaise l'avait précipité la tête la première dans l'eau. A bien y regarder, elle avait échapper à la noyade...le courant était bien plus fort sur cette partie-ci de la rivière ! La jeune fille en eut des frissons.
Cette femme, au caractère féroce, lui expliqua que le trajet vers la cité durerait sans doute plusieurs jours. Elles s'étaient toutes deux profondément enfoncées en forêt, alors que la guerrière tentait d'échapper à cette fille un peu trop collante ! Une question traversa l'esprit de Rei : Quand elles seraient arrivées en ville, que ferait Kimiko ? La laisserait-elle là-bas avant de repartir ? L'abandonnerait-elle ou bien accepterait-elle la présence de cette fille derrière son ombre ? Dans tout les cas, si elle ne voulait pas d'elle, Rei ne commettrait pas la même bêtise : elle retournerait simplement dans son coin de ruelle avec son ocarina, essayant d'égayer les foules pour tenter de gagner un petit plus d'argent que par le passé.
Mieux valait s'exercer tout de suite, pensa t-elle...il fallait se remettre à écouter les sons et à tenter de les reproduire ! À sa palette, Rei pu ainsi ajouter le bruit des bottines en métal de Kimiko, celui des oiseaux piaillement dans les arbres et le ciel ainsi que le coassement d'une grenouille de rivière. Mais pour cette dernière, le son fut très mal reproduit et la petite bête, surprise, plongea dans l'eau pour s'y cacher. La jeune fille regarda l'ombre de la grenouille, déçut, avant de se rendre compte que la guerrière était en train de l'observer.
Ce regard était si différent des autres...très curieux et décontenancé. Rei s'arrêta à son tour, se contentant par contre de regarder le sol tout en cachant son instrument derrière son dos. Maintenant elle allait passer pour plus idiote qu'elle ne l'était déjà !
-Tu étais en train de reproduire des bruits ? C'est bien ça ?
Relevant brusquement la tête, la jeune fille approuva d'un rapide hochement, offrant un sourire réjouit à Kimiko. Celle-ci répondit par un froncement de sourcil, arrêtant sa marche pour s'asseoir à même le sol recouverts de ces petits cailloux blancs et bien ronds.
-C'est original comme façon de communiquer...mais qu'est ce que c'est faux ! Donne-le-moi, je vais te montrer comment on joue !
Cette guerrière n'aurait pas pu lui faire de plus belle demande ! Elle allait lui apprendre à jouer de l'ocarina ! Évidemment, ce fut moins fructueux que prévu et elle ne lui expliqua que les bases pour ne pas faire de fausses notes...mais Rei se sentait déjà soulagée de savoir que ses sons servaient au moins à quelque chose...pour le moment !

Une grande partie de la matinée se passa à remonter la rivière, tandis que le ciel redevenait nuageux sans pour autant s'alléger de toute sa teneur en pluie. À force de jouer de son instrument, la jeune fille avait fini par avoir la gorge sèche et dû arrêter ses expérimentations, observant les remous de l'eau.
À un certain moment, cette rivière se divisa en plusieurs petites sources claires, qui suivaient pourtant toujours la même direction. Ce fut précisément ici que la femme blanche abandonna la berge pour revenir vers la forêt, le bruit de ses bottines à présent étouffé par la terre encore humide. Alors qu'elle suivait sa guide, Rei s'arrêta brusquement, sentant un contact froid et humide le long de sa jambe tandis que le contenue d'une flaque de boue venait recouvrir sa peau. Des trous d'eau étaient parsemés vraiment partout dans ces bois, et il serait impossible pour la jeune fille d'en sortir sans dommage.
-Et bien ? Pourquoi tu ne viens pas ? Je dois venir te chercher ?
Rei lui jeta un regard de chien battu, tentant d'essuyer discrètement le bas de sa robe qui était très légèrement salie. Après tout, Kimiko avait pris la peine de la laver et lui avait même fait la remarque d'être un minimum propre avant leur arrivée dans la cité. La jeune fille n'avait surtout pas envie de la décevoir.
Apparemment, la femme blanche avait compris ce qui semblait tracasser Rei puisqu'elle vint la rejoindre, un demi-sourire agacé s'étirant sur ses lèvres fines.
-Tu m'as l'air réellement douée, toi ! Je me demande comment tu as fait pour t'en sortir jusqu'à maintenant car ça tient réellement du miracle ! Bon allez, viens un peu par ici, qu'on puisse régler ce problème vite fait !
Et sans un mot de plus, la guerrière attrapa la jeune fille, la soulevant comme si elle n'était qu'un poids plume, puis la passa par dessus ses épaules, ses maigres jambes se trouvant de chaque côté de son visage. Rei découvrit alors une toute nouvelle façon de voyager ! Comme le monde semblait bien plus petit et bas à cette hauteur ! Elle en eut presque le vertige...Mais c'était amusant ! Elle en aurait même ris aux éclats si elle avait pu le faire !
Ses cuisses reposaient sur les épaulières de métal de Kimiko, sa peau en contact avec ce métal froid et incroyablement brillant. L'une de ses fesses était même appuyée contre la garde de cette épée si grande, elle aussi ! Curieuse, la jeune fille laissa ses doigts se refermer autour du manche mais une tape sur l'un de ses pieds l'en dissuada aussitôt.
-Pas touche ! C'est dangereux !
Elle le savait que c'était dangereux...tant pis, elle se contenterait de continuer ses recherches vers de nouveaux sons à reproduire ! Jusqu'à maintenant, elle n'avait jamais accordé d'importance à la vie d'une forêt...mais à présent c'était effrayant comme tout était animé : le bruissement des buissons, des chuchotements bestiaux d'animaux divers, le bruit de griffes des écureuils grattant sur l'écorce des arbres. Il y avait tant de sons qu'elle en vint finalement à se dire qu'elle n'aurait sans doute jamais assez de notes pour pouvoir tout imiter ! Tant pis, elle s'adapterait...elle l'avait toujours fait après tout !
Sa joue vint se poser contre la chevelure soyeuse et blonde de sa sauveuse, alors que ses bras venaient enlacer son cou. Et ce qui lui fit réellement plaisir, c'est qu'aucune main ne vint les déloger avant que la jeune fille ne ferme les yeux.

***

Rei retrouva enfin la terre ferme après plusieurs heures de marches forcées. Bon c'est vrai, ce n'était pas vraiment elle qui avait parcouru cette distance...mais bon, ne pas bouger c'était aussi fatigant ! Si Kimiko avait insisté pour la déposer, ce fut sans doute parce que la cité n'était plus qu'à une seule journée de marche ! La forêt se trouvait à quelques mètres derrière tandis que devant-elle s'étendait une large plaine agrémentée d'une route principale. Malheureusement, le soleil ayant presque disparut à l'horizon, il était impensable de ne faire ne serait-ce qu'un kilomètre de plus.
-Toi, tu me prépares de quoi allumer un feu, c'est-à-dire que tu mets en tas toutes les feuilles sèches et les vieilles branches que tu trouvera. Moi, je reviens dans quelques minutes.
Rei s'était habituée à ces fréquentes éclipsions. En général, cela se passait deux fois pas jour, soit une fois le matin et une autre fois le soir. La jeune fille s'était souvent mise à imaginer ce qui pouvait pousser la guerrière à disparaître le temps d'une bonne centaine de battements de c½ur. Oui...de battements de c½ur...car elle avait découvert, entre d'autres sons tout aussi variés, qu'elle était capable de reproduire le bruit que faisait son c½ur contre sa poitrine et parvenait même à l'accompagner avec son instrument.
Ca faisait Boom Boom, Boom Boom et Boom Boom, et ainsi de suite ! c'était très répétitif...mais cela avait également la même efficacité que les plus puissantes des herbes calmantes. Comme Rei aurait voulu pouvoir entendre les battements de c½ur de Kimiko...mais ce serait sans doute trop lui demander !
Elle se contenta donc d'obéir, ramassant des branches cassées au pied des arbres, arrachant l'écorce sèche, réunissant un tas de feuilles mortes et tout cela en veillant bien à ne pas salir ni déchirer sa robe qui était spectaculairement blanche. Un blanc douteux, mais un blanc quand même !
Il ne restait plus qu'à attendre le retour de Kimiko car seule elle était capable de pouvoir faire du feu. Ça pouvait pourtant être utile dans sa vie de vagabonde...mais Rei n'avait jamais apprit à le créer et, de toute façon, elle n'avait même pas les outils qu'il fallait !
La femme blanche revint plus rapidement que les fois précédentes, sa silhouette se dessinant à travers les ténèbres qui commençaient à se former avec l'arrivée de la nuit. Au fond, ces bois abritaient-ils des bêtes sauvages ? Sans doute comme dans n'importe quelle forêt...Sans le feu, c'était pure folie que de passer une nuit en ces lieux !
Kimiko s'agenouilla près du tas que Rei avait fait, remuant le tout avant de hocher de la tête d'un air satisfait. Comme pour toutes les autres nuits, elle dégaina sa longue épée, tâtant ensuite le sol pour trouver une pierre adéquate. Une fois sa nouvelle acquisition faite, elle commença à faire aller la pierre contre le métal de son épée, produisant de petites étincelles colorées qui venaient tomber en pluie sur le tas de bois. L'odeur de brûlée se mit à chatouiller les narines de la jeune fille, jusqu'à ce qu'un panache de fumée se dégage des feuilles fumantes.

Finalement, la femme blanche se laissa tomber près du feu nouvellement allumé, retirant ses épaulières, ses bottines, sa cape et sa première tunique avant de planter son épée dans le sol. Rei, quant à elle, avança ses mains vers la délicieuse chaleur, sentant sa peau picoter et se réveiller après cette trop longue journée.
-Nous jeûnerons pour ce soir, je n'ai rien à manger car je n'avais pas prévu de passer tout ce temps dans la forêt de Palomba. Par contre, nous arriverons en ville demain quand le soleil sera haut, et c'est là que nos chemins se sépareront.
Miroir qui se brise...rêves envolés...Mais c'était la vie et Rei ne pouvait rien y faire ! Néanmoins, elle posa ses yeux couleur du ciel dans ceux de Kimiko, l'implorant du regard. Celle-ci avait replié un genou vers elle, détournant le regard avec un air presque indifférent.
-Écoute, c'est comme ça un point c'est tout ! Tu as déjà eut beaucoup de chance d'échapper à Sato, à la famine, au froid et la noyade ! Rester avec moi impliquerait des dangers encore plus grands et je ne veux en aucun cas être responsable de ta mort ! Retourne d'où tu viens et oublie-moi.
Cela semblait si facile dit comme de cette façon...est-ce qu'elle parviendrait à y arriver un jour ? Non, l'ocarina lui rappellerait à chaque fois la mélodie du musicien est les magnifiques yeux de Kimiko ! Devait-elle le jeter ? Alors qu'elle avait découvert une nouvelle source d'expression ? Devait-elle réellement tout oublier ?
-Tu ne vas pas pleurer pour ça, quand même ! Je te donnerai un peu d'argent et tu essayeras de te débrouiller avec.
Ne s'étant pas même aperçut que ses larmes avaient silencieusement commencé à créer de petites rivières sur ses joues, la jeune fille les essuya d'un revers du bras, tendant ensuite ses mains vers le feu joyeux. À mieux y réfléchir, c'était peut-être la meilleure solution...et la femme blanche ne voulait sans doute pas d'elle, ce qui était tout à fait compréhensible. Tant pis, elle retournerait dans les quartiers bas de la cité, à mendier quelques pièces pour avoir la possibilité de manger un petit pain pour toute la journée.
Kimiko redevint silencieuse, se couchant sur l'herbe jaune de la prairie avant de placer ses mains derrière sa tête, fermant les yeux d'un air pensif. Elle les rouvrit quelques minutes après, sentant cette petite créature se blottir contre elle. Elle avait déjà esquissé un moment pour la repousser, mais la respiration de Rei était déjà devenue régulière, sa tête posée contre son ventre. La guerrière soupira, une main posée sur le dos de la jeune fille alors que son bras revenait supporter sa tête. Comme le ciel était peu étoilé ce soir...
-Bon d'accords pour cette nuit ! Mais ça sera la seule fois !
À quoi bon le lui dire ? Rei dormait déjà...et de toute façon, elle avait sans doute facilement deviné qu'il n'y aurait pas d'autre fois.




Rei chapitre 1: L'appel du vent partie3

# Posté le lundi 26 mai 2008 12:47

Rei chapitre 1: L'appel du vent partie4

Rei Chapitre 1: L'appel du vent partie4


Alors c'est comme cela qu'elle s'appelait ? La cité de Devdan ? Kimiko lui avait expliqué que cela voulait dire « Don de Dieu », avec pour légende que c'était les dieux qui avaient donné aux hommes les matériaux célestes pour voir créer et façonner la ville. Il est vrai que son architecture de pierre ancienne était agréable à l'½il. Mais c'était un endroit sec, poussiéreux et qui commençait sérieusement à se délabrer. C'était ici que Rei avait vu le jour. C'était ici qu'elle vivait depuis la nuit de sa naissance.
Toute la cité était entourée par un mur d'enceinte important. Cela pouvait être impressionnant...mais il n'y avait aucun garde patrouillant sur tout son long, de même qu'il n'y avait pas un seul soldat pour garder l'entrée largement ouverte. Il y avait eut une porte de pierre avant...mais elle était si lourde et difficile à man½uvrer qu'elle fut très vite enfoncée, tandis que ses gravats s'éparpillaient devant ce qu'on appelait « le trou de la grotte ».
-Nous y sommes : Devdan ! Tout d'abords, pas un mot sur...je veux dire, interdiction formelle de dévoiler mon identité ! Tu va m'accompagner encore un peu, le temps que je revende ma marchandise, plus je trouverai bien quelqu'un qui pourra s'occuper de toi.
Rei posa un regard étonné sur la femme blanche. Ainsi donc, elle n'avait jamais eut la réelle intention de la laisser repartir à l'état de pauvresse ? Dans sa grande miséricorde, et après lui avoir maintes fois sauvé la vie, elle allait jusqu'à tenter de lui redonner un semblant de « vie normal ». Savait-elle seulement que c'était une pauvresse et que pour Rei, « vie normale » ne voulait absolument rien dire ?
La jeune fille approuva, les mains derrière le dos serrant encore et toujours son instrument de musique. À Devdan, les rues n'étaient que peu fréquentées. De plus, personne ne semblait se connaître ici...peut-être parce que la cité était immense et qu'il y avait des heures de sorties pour tout le monde. Ici, tout les hommes se différenciaient par leur carrure, leur vêtements, leur cheveux...au contraire des femmes qui se trouvaient souvent dans les mêmes robes que leurs consoeurs, les mêmes coiffures et portaient parfois un voile devant le visage, signe que la personne n'avait pas encore été promise à un mari riche et aimant.
Rei jeta aussitôt un rapide coup d'½il sur Kimiko, constatant que celle-ci avait remis son bandeau devant le bas de son visage et resserré ses cheveux en un chignon parfait, cachant toute sa féminité. C'était triste de penser qu'il fallait se cacher pour pouvoir avoir le droit de...tuer ? Elle trembla à cette pensée !
La jeune fille pensait que Kimiko les emmenaient toutes deux vers le c½ur de la cité. Mais en fait, la femme blanche, redevenue un homme, se contentait de suivre la route principale, ne prenant pas la peine d'observer les étalages de marchand de vielles brocantes et autres buvettes à l'air libre. La marchandise dont elle parlait était la tête finement tranchée de Sato ? Allait-elle la revendre à un collectionneur de morts? Rei n'arrivait toujours pas à se faire à cette idée !

À devdan, les bâtiments se ressemblaient tous ! Taillés dans la même pierre, leurs formes rappelant à chaque fois celles de leurs voisins, seules quelques pancartes de bois se balançant au dessus des échoppes provoquaient une légère différence. Et c'est d'ailleurs devant l'une de ces structures que la guerrière s'arrêta après avoir regardé l'enseigne...que Rei n'arrivait d'ailleurs par à lire. Il y avait une chose qu'elle reconnaissait dans tout ça : c'était le visage grossièrement dessiné de Sato sur le mur de cette maison. Alors c'était à ça qu'il pensait lorsqu'il parlait de ses descriptions dans la cité ?
L'intérieur de la battisse ressemblait beaucoup à l'extérieur : en pierre, poussiéreux et sombre surtout ! La seule lumière provenait de l'escalier se trouvant au fond à droite de l'unique pièce ainsi que de l'entrée qui ne comportait aucune porte. Au centre se trouvait un large bureau en bois sombre, et derrière ce bureau il y avait un homme dont la jeune fille avait déjà entendu parler : Le Lieutenant qu'il s'appelait !
Barbu, habillé d'une tunique verte et très simple comme beaucoup d'habitant, il était en train de lustrer une magnifique dague-à-dents en sifflotant, mais arrêta bientôt son manège en apercevant ses visiteurs.
-Des étrangers ? Bienvenue à Devdan ! Que puis-je faire pour vous ?
Rei se sentait honteuse...même le Lieutenant ne semblait se souvenir d'une misérable vagabonde en robe blanche...ou peut-être parce qu'elle était propre, tout simplement ! En guise de réponse, Kimiko détacha son paquet de sa ceinture avant de le jeter vers la table d'un geste négligent. Le « cadeau » tomba sur le bois avec un bruit moue...la jeune fille pu d'ailleurs constater avec horreur que le tissu, auparavant de couleur marron, avait prit une teinte sombre et écoeurante !
Etonné par cette attitude, le barbu prit tout de même la peine d'ouvrir son paquetage. Sans doute ne s'attendait-il pas se retrouver nez à nez avec la tête d'un second barbu...une tête à la peau blanche, aux cheveux sales et dont la blessure avait prit une consistance douteuse. Celui-ci fit un bond en arrière après avoir renversé sa chaise, lâchant sa dague du même coup qui percuta le sol dans un bruit métallique.
-Mais...mais...mais c'est le...le bandit Sato ! Vous...vous l'avez tué ?
Une question bête qui n'avait pas besoin de réponse ! La femme blanche se contenta de croiser les bras sous sa poitrine, ses yeux inexpressifs semblant tout de même attendre quelque chose. Rei avait les yeux rivés sur cette tête pourrissante, tandis que le Lieutenant s'épongeait le front avec un chiffon provenant de sa ceinture, essayant de se remettre de sa frayeur.
-Je pense que je dois vous remercier d'avoir débarrassé nos Terres d'une belle vermine...Il ne se trouvait pas si loin de la cité apparemment, n'est-ce pas ? Cela fait peur de savoir que même à Devdan, le don de Dieu, nous ne sommes pas protégés.
Silence et toujours pas de réponses. Comme Rei plaignait ce pauvre homme ! La première fois, le regard de Kimiko l'avait vraiment effrayé ! Mais c'était sans compter que ce regard n'était qu'un simple leurs...ou peut-être pas.
-Je suppose que vous êtes ici pour la récompense, n'est-ce pas ?
Récompense ? Alors c'était ça la raison d'avoir apporté cette tête dans la cité ? La jeune fille posa son regard sur Kimiko qui n'eut toujours pas de réactions, attendant patiemment. L'homme barbu monta ses escaliers avant de les redescendre moins d'une minute après, un sac de toile autour de l'une de ses épaules.
-C'est une grosse somme, mais mes avis que vous la méritez ! Il paraît que Sato était l'une des pires fripouilles tueuses qui puissent exister ! Mais si sa...est ici, c'est que le trio est mort au complet ? Oui, bien sur ça ne peut-être que ça !
Le Lieutenant se mit à rire de sa propre phrase, très certainement soulagé de la mort d'un des bandits les plus dangereux de son espèce. En fait, le trio n'avait pas complètement été détruit...mais qu'importe, c'était bien la récompense pour Sato qu'il y avait là et non pour le trio au grand complet, n'est-ce pas ? Dans ce cas-là, il n'y avait aucun problème ! Le lieutenant barbu posa le sac sur la grande table, ramassant sa magnifique dague avant de se rasseoir d'une façon bien plus décontractée désormais.
-Faites attention avec ça, d'accords ? Et évitez d'exhiber votre récompense ! Nombreux sont les vauriens du coin qui feraient tout pour un peu d'argent ! Mais de ce côté si, je vous fait confiance pour...vous défendre !
Ses yeux avaient presque dérapé vers la poignée de l'impressionnante épée de Kimiko, alors que celle-ci s'emparait de ce qui lui revenait de droit. Avant de sortir, Rei jeta un dernier regard en ce lieu, pensant sans doute qu'elle ne pourrait plus jamais revenir ici alors que c'était pourtant sa propre ville. L'homme lui adressa un signe de la main que la jeune fille répondit par un sourire avant de suivre la guerrière...qui avait déjà franchir l'entrée en sens inverse.

Le soleil était suffisamment haut dans le ciel. Maintenant, il commençait sa descente vers l'horizon, provoquant une vague de chaleur sur la cité de Devdan. À cette heure-ci, Rei le savait, les rues n'étaient presque plus fréquentées. Les gens se rendaient dans les tabernacles pour se désaltérer et profiter de la fraîcheur des souterrains de la ville...ces souterrains qui n'avaient plus pour unique fonction de servir d'abri en période de sécheresse.
La petite adressa un regard intimidé vers la silhouette de Kimiko, s'attendant à une réaction de sa part. Mais elle était bien trop occupée à vérifier le contenue du sac qui se traduisait en lingots davdaniens. Elle plongea une main dans ce sac avant d'en extirper deux lingots, les tendant à la jeune fille qui fut incroyablement surprise.
-Tiens, ça te permettra de tenir toute seule un moment. Je vais tout de même tenter de te trouver quelqu'un pour s'occuper de toi, donc utilise les avec parcimonie et uniquement en cas de besoin.
Cette voix douce était presque étouffée par la pièce de tissu devant sa bouche...comme elle aurait aimé entendre le son de sa vrai voix...mais il ne fallait pas trop demander non plus car, après tout, chaque lingot davdanien valait une petite fortune ! C'était un métal des souterrains qui n'était plus extirpable désormais, les mines de lingots ayant offert toutes les ressources qu'elles contenaient. Elle ne pourrait jamais accepter une pareille somme qu'elle n'avait pas méritée !
Et pourtant Rei le fit, s'appropriant l'argent d'une main tremblante tout en posant ses yeux couleurs de ciel dans ceux de Kimiko. Elle aurait tellement aimé que, au lieux du souffle du vent, se soit un gémissement qui résonne dans la rue, sortant directement de sa gorge meurtrie. La femme blanche restait impassible, comme si elle n'était qu'une créature sans émotion humaine.
-Bon c'est ici que nous allons nous séparer. Ne t'éloigne pas trop de cette rue, je trouverai une personne qui pourra te garder sous son aile. Mais fais attention à toi, Rei !
Rei savait maintenant qu'elle s'était trompée, que Kimiko possédait de vraies émotions. Et qu'importe qu'elle parte ainsi, suivant simplement la rue avec sa récompense sans même se retourner et lui adresser un dernier signe de la main. Ce qui comptait le plus pour la petite fille, ce n'était pas le fait qu'elle ait de quoi manger pendant plusieurs mois...non, ce qui comptait le plus, c'était que Kimiko l'avait appelé pour la première fois par le prénom qu'elle lui avait donné...

***

Honte...honte sur elle...honte sur sa stupidité...honte sur ce qu'elle était tout simplement ! Si seulement elle avait été plus courageuse, elle se serait donné la mort ! Mais avec quoi et de quelle façon ? Non...à bien y réfléchir, elle n'était pas faite pour ces choses-là. Alors que pouvait-elle faire ? Rien du tout ? Cette idée était pire encore ! Mais la vérité était parfois très dure à accepter.
Voilà depuis maintenant trois jours que Kimiko avait disparu de son champ de vision. Les deux premiers jours, Rei les avait passé en compagnie d'une femme à l'age indéterminé mais tout à fait charmante. Elle n'avait reçut aucun payement, elle avait accepté de garder la petite fille sous sa garde simplement par envie, l'appât du gain ne signifiant rien pour son caractère doux et tendre.
Joie de pouvoir porter autre chose que cette horrible robe blanche d'une propreté douteuse ! Une seconde robe, noire celle-ci, avait remplacé l'ancienne. Une belle ceinture en cuir permettait de la serre à sa taille tandis qu'un épais bandage incolore venait protéger sa poitrine encore naissante. Il avait été impossible de lui faire porter des chaussures, cela l'emprisonnait trop. Néanmoins, elle avait pu avoir la permission de porter une sacoche en bandoulière qui gardait son instrument de musique...instrument qui lui avait été interdit car n'étant pas adapté, sois disant, aux jeunes filles de son age.
Et des jeunes filles, elle avait pu en croiser plus qu'elle n'en avait vue de toute sa vie. Oui, Rei avait eut tout pour vivre heureuse...mais tout était gâché par l'absence de Kimiko. À quoi bon pouvoir profiter de tout ce que cette femme avait pu lui offrir si elle n'était pas même là pour lui en faire la remarque ? Curieusement, ses brimades lui manquaient...enfin, c'était jusqu'à ce matin encore !
Ce matin alors qu'elle errait sans raison valable près des souterrains de la cité. Ce matin où elle avait senti une main lourde sur son épaule avant que ses yeux et sa bouche ne soient obstrués et cachés par des bandes de tissus, alors que d'autres mains la touchaient et la palpaient pour ensuite s'emparer de ses deux lingots davdaniens. Cela ne l'avait pas alarmé, et étrangement elle n'avait pas eut peur. Seulement, ses ravisseurs ne s'étaient pas contenté de ce simple forfait !
Ses jambes commençaient à s'engourdir sur cette chaise de pierre alors que les liens qui la retenaient lui démangeait horriblement. Elle n'avait pu que dégager ses bras sans qu'ils ne puissent remarquer cela...mais elle avait gardé le bandeau devant ses yeux par peur de les mettre en colère, son bâillon ayant été ôté depuis bien longtemps.
Il y a deux choses dont il ne faisait aucun doute : premièrement, elle était certaine de se trouver dans les souterrains après avoir entendu ses ravisseurs converser entre eux. En tout, elle avait entendu plus de trois voix différentes, ce qui voulait dire qu'ils agissaient comme une véritable bande, bien qu'ils soient désorganisés. Deuxièmement, c'était pour le reste des lingots qu'ils avaient commis cette capture !
Idiote qu'elle était d'avoir accepter cette somme monumentale devant tout le monde ! Des yeux indiscrets n'avaient pu échapper à ce spectacle et le résultat était là ! Combien de temps attendraient-ils, en sachant que Kimiko était loin désormais ?
Rei ne les entendait plus. Sans doute qu'ils s'étaient éloignés...après deux jours restée dans le silence, pouvait-elle se permettre de « parler » ? Pouvait-elle se permettre un tel risque ? Peu importe le risque, elle ne ferait rien de mal et elle n'en pouvait plus désormais !
Ces doigts se posèrent sur la boucle de son sac, cherchant la cordelette qui le fermait avant de l'ouvrir très doucement. Quelle sensation exquise que de se sentir sa peau en contact avec cet instrument de bois ! Ses lèvres tremblantes accueillirent l'embout alors qu'un son grave et pur emplissait les lieux. Cela résonna une fois, deux fois, trois fois...
Amusée, Rei recommença avec une autre note plus aigue, écoutant le son de sa propre musique. L'écho voulait jouer avec elle ? Alors elle acceptait le jeu à bras ouvert ! Tempête se réveilla...même lorsqu'elle se trouvait sous terre, elle restait accessible, calmant l'esprit tourmenté de la jeune fille tandis que se répercutaient le gémissement des arbres, le souffle du vent, la pluie tombant sur son corps, les bottines de Kimiko tapant dans les cailloux...

Rei avait oublié les souterrains depuis longtemps. Elle était revenue dans le passé, la pluie se déchaînant sur son corps tandis qu'elle attendait le retour de la femme blanche. Combien de temps joua t-elle ainsi avec l'écho ? Sa gorge se dessécha, ses lèvres se firent lourdes et son souffle vint bientôt à manquer. Devait-elle se laisser dépérir de cette façon ? S'en était presque tentant...mais ses doigts lâchèrent l'instrument en entendant un son bien caractéristique qu'elle n'avait pas prévu.
Cela avait été comme un cri d'horreur ou un rugissement de peur. Rei se tortilla en tout sens pour faire céder ses liens. Elle voulait juste récupérer son instrument...mais elle cessa bien vite lorsque des bruits de pas précipités résonnèrent autour d'elle. Elle n'était pas assez folle pour se faire remarquer par ses ravisseurs !
-Morts, morts ! Nous sommes tous morts !
-Chut, tais toi...elle est peut-être toute proche...
-Tu as vue la façon dont elle a fracassé la hache de Yostin et qu'elle la soulevé de terre d'un seul bras ?
-Mais chut à la fin ! Tu va nous faire repérer !
-C'est une démone ! Il faut lui rendre la fille ! Elle aussi est sûrement une démone et peut-être que cette créature est sa génitrice !
-Je sais que c'est une démone ! J'ai vue la marque dans son dos !
-Alors c'était ça le tatouage ? La marque des créatures de cauchemar ?
C'était du charabia...Rei ne comprenait pas une seule phrase de la conversation que ses ravisseurs apeurés avaient engagé. La seule chose dont elle était sûre, c'est qu'il y avait quelque chose d'effrayant qui se trouvait dans les souterrains ! Devait-elle avoir peur elle aussi ? Elle n'avait jamais cru aux monstres...mais son esprit fatigué ne devait pas fonctionner normalement !
Il se passa un temps où les seuls sons qu'elle pouvait percevoir étaient le souffle rauque et rapide de ces hommes, les battements de son propre c½ur qui avaient accéléré contre sa poitrine. Puis, au moment où tout semblait étrangement calme, un immense vacarme se répercuta dans les souterrains, suivit par les cris de terreur de ses ravisseurs. Ce fut la débandade, accompagnée de tintement bien commun du métal contre le métal. Enfin, ce fut le silence.
Rei n'osait bouger, ne sachant pas s'il y avait encore quelqu'un ou quelque chose de vivant dans la pièce. Devait-elle retirer son bandeau ? Non, même ça elle n'en avait pas le courage ! Soudain, un claquement contre le sol ! C'était un son qu'elle avait si longtemps entendu et qu'elle reconnaissait sans peine...Et ces douces mains qui venaient lui retirer ce voile noir devant ses yeux.
Enfin, un visage qu'elle avait espéré revoir un jour...un si beau visage ! Ses yeux, qui n'étaient plus habitués à la lumière, peinaient à distinguer ses contours. Mais elle reconnaissait aisément ce petit nez, ces lèvres parfaites, cette peau à la fois rose et blanche. Kimiko sortie de son champ de vision, faisant le tour de la chaise pour trancher les liens qui retenaient la jeune fille. Devait-elle croire à un miracle ?
-Toujours à tombée tête la première dans les ennuis ? Tu es irrattrapable !
Partout, des chaises brisées, des tables éventrées et même un mur enfoncé dans cette pièce éclairée par quelques torches. Etrangement, il n'y avait pas un seul corps par terre. Kimiko ne portait pas la même tunique...elle était toujours blanche, mais ses épaulières avaient disparu, ainsi que ses protéges poignets. De plus, son ventre, ses cuisses et son dos étaient largement apparemment, offrant une vue tout simplement incroyable !
Sur toute cette peau offerte à la vue se trouvaient des symboles aux formes de ronces rouges. Et dans son dos, ses ronces s'entrelaçaient autour d'un crâne aux cornes de boucs. C'était une vue effrayante...mais Rei n'avait pas peur car Kimiko était revenue !
La jeune fille lui tendit ses bras, les larmes aux yeux, alors que la guerrière, dans un soupir extenué, la laissa venir l'enlacer...
-Je ne sais pas pourquoi je dis ça...mais ça fait plaisir de te revoir...Rei !






Rei chapitre 1: L'appel du vent partie4

# Posté le mercredi 28 mai 2008 02:40

"Le côte obscur"

"Le côte obscur"
****Nous avons tous nos bons et nos mauvais s, bien que je consire uniquement cela sous forme d'un point de vue. Une personne ne peut pas être tout à fait méchante ou tout à fait gentille. C'est ce que j'essaie d'expliquer avec Kimiko la violente et Rei la timide. Ceci n'était qu'un ger avant goût et j'esre qu'il vous aura plus...et oui, je vous avez pvenu que cela serait incroyablement long! N'sitez pas à me donner vos avis, critiques et commentaires dessus: ils seront toujours les bienvenus
****

# Posté le vendredi 30 mai 2008 14:20

Modifié le jeudi 12 juin 2008 15:45