L'ocarina jouait un morceau long et langoureux, alors que le musicien laissait ses doigts ne faire qu'un avec le petit objet de bois. Son souffle était devenu un instrument, son haleine chaude se transformant en un son à la fois simple et mélodieux. Le petit doigt ici et il produisait un sifflement aigu ; le majeur par là et la résonance devint plus grave, faisant frémir les branches des arbres.
Assit sur son rochet plat, les yeux fermés et les genoux croisés, le musicien accéléra son air lorsque la prisonnière tomba dans l'herbe, ses cheveux sales s'éparpillant dans tout les sens possibles. Il ôta son harmonica de ses lèvres, regardant la jeune fille d'un froncement de sourcil.
-Vous-y êtes pas allés un peu trop fort cette fois ?
L'un de ses comparses haussa des épaules, attrapant la prisonnière par les cheveux pour lui forcer à relever le visage, tandis que celle-ci obtempérait, le visage crispé dans un rictus de douleur sans que ses cris ne sortent de sa bouche.
-Ben non, tu vois bien ? Elle bouge toujours.
D'un geste négligent, il lâcha cette chevelure informe pour ensuite s'essuyer les mains sur sa tunique, tandis que l'herbe verte et humide venait de nouveau accueillir le visage en sueur de la pauvre fille. Le musicien en profita pour jeter un coup d'½il à cette pauvre petite chose qui semblait être au bord de l'évanouissement.
Elle ne possédait, pour unique vêtement, qu'une simple et longue robe blanche...enfin, plus si blanche que ça avec la poussière qui la recouvrait, la boue qui collait à certains endroits et à l'herbe écrasée qui venait tacher cette délicate texture. Ses jambes nues et ses pieds non chaussés laissés apparaître de belle marques rouges et un liquide pourpre s'écoulait en petite quantité par l'une d'entre elles. Une chose si mignonne et pourtant si fragile...mais les plus belles choses sont indestructible ! La petite fille sembla frémir lorsque la douce mélodie résonna de nouveau dans la clairière.
-C'est pas bien solide à cet age-là ! grogna l'un des trois bandits. Vous croyez que ses parents vont s'inquiéter ?
Le plus grand de ces trois gaillards passa sa grosse main dans sa longue barbe broussailleuse, écoutant d'une oreille distraite la musique que produisait l'ocarina. Même un bandit de grand chemin pouvait apprécier cet art...
-Possible que non. C'est une orpheline, c'est le gérant de l'auberge qui me l'a dit. Il paraîtrait même que cette morveuse fait l'aumône tout les matins.
-Une pauvre ? T'es pas bien tombée ma p'tite !
Le musicien n'écoutait qu'à moitié, regardant le ciel clair de cette magnifique journée ensoleillé. Pas un nuage, pas une once de vent à part une légère brise rafraîchissante...c'était au dieu du ciel qu'il offrait sa musique aujourd'hui. Ses yeux se posèrent sur le grand bandit qui faisait les cent pas, les mains derrière le dos. Avec sa barbe poivre-sel tressée en trident et son unique sourcil, il aurait presque fait penser à un démon. Mais c'est que Sato était le genre de personne qui pouvait intimider uniquement grâce à sa stature de colosse !
La mélodie augmenta en sonorité lorsque Sato tira une nouvelle fois la prisonnière par les cheveux, la repoussant brutalement pour qu'elle puisse tomber sur le dos. Les yeux inondés de ses larmes, elle recula sur les coudes le plus loin possible jusqu'à cogner son dos contre l'arbre le plus proche, repliant ensuite ses genoux et les entourant de ses bras tout en jetant un regard terrifié aux trois bandits.
-Et mais c'est qu'elle pleure, la gamine !
-Ça t'étonne ? Tu lui as fait mal, voilà tout.
Marlin était de loin le plus petit du groupe...ainsi que le plus cruel ! Le musicien frémit et se noya dans sa musique en se rappelant de ce que Marlin serait capable de faire subir à la petite fille uniquement dans le simple but d'assouvir son plaisir personnel. Il adorait les enfants...même un peu trop ! Et sous son masque bien rasé, bien coiffé et bienveillant, rien ne laissait envisager qu'un esprit tordu se cachait derrière et n'attendait qu'une chose : pouvoir refermer ses griffes sur une pauvre âme innocente.
Marlin regardait néanmoins la petite fille d'une mine ennuyé, comme si elle ne l'inspirait pas plus que cela. Il était également le genre méticuleux qui choisissait ses proies avec soin. L'idée d'avoir prit la première petite pauvresse qu'il avait croisé ne l'enchantait guère apparemment.
-On aurait pas pu prendre autre chose ? Et dérober quelques objets en même temps ? Nous sommes définitivement à court d'argents cette fois.
-Impossible ! maugréa Sato. Nos descriptions avaient déjà fait le tour de la cité. Si nous étions restés plus longtemps, cela aurait été les gardes...et la pendaison assurée !
Le musicien n'écoutait pas, regardant la petite fille qui l'observait à son tour...ou plutôt qui avait les yeux rivés sur l'ocarina. C'était un mélange de curiosité, de stupeur et d'inquiétude qui se mélangeait dans ses mes magnifiques iris bleu ciel, sans compter la peur des bandits ! Amusé, l'homme leva l'ocarina vers le haut, constatant que les yeux de la prisonnière suivaient la course de son bras.
-Sato, Marlin, regardez ça !
Et le musicien répéta le même geste, mais cette fois vers la droite. Sato ne pu s'empêcher d'éclater d'un rire gras alors que Marlin gardait une expression impassible sur son visage.
-Amusant...elle sait en jouer tu crois ?
-Vas-y, essaie pour voir !
D'un mouvement du bras, le propriétaire de l'instrument jeta celui-ci en direction de la prisonnière, tandis que le petit objet de bois décrivait un cercle dans les airs avant de retomber sur l'herbe fraîche dans un bruit étouffé. Bien évidemment, se sentant de nouveau agressée, la fille aux cheveux sales se releva pour se plaquer totalement à l'arbre, son corps se soulevant rapidement aux rythmes de sa respiration saccadée. Son attitude ne sembla pas plaire à Marlin, de plus en plus agacé.
-Joues ! hurlait-il, et cela deux fois de suite.
Avec une légère hésitation, elle se pencha donc pour ramasser l'instrument d'une main tremblante, le tournant et le retournant ensuite entre ses petits doigts frêles. Elle adressa un regard apeuré au musicien qui comprit tout de suite ce que cela voulait dire. Il se retourna avec un soupir sur son rocher, alors que Marlin s'approchait de sa victime, lui décochant une gifle magistrale qui eut pour effet de lui cogner la tête contre l'écorce rugueuse de l'arbre derrière elle.
-Quelle idiote ! Elle ne nous servira définitivement à rien !
-C'est pire que ce que je pensais...même comme esclave, elle ne serait pas rentable ! Elle est trop jeune, trop faible et surtout peu intelligente !
Sato aussi semblait excédé, il s'était d'ailleurs remis à faire les cents pas, les bras croisés derrière le dos alors que Marlin soulevait des mottes de terre à coups de pied furieux dans le sol. Le musicien, regardait la jeune fillee tremblante qui s'était recroquevillée sur elle même, un filet de sang coulant de son nez et s'insinuant dans le creux de ses lèvres.
Les trois comparses avaient été bien décidés à fouiller la cité de Palomba et à tirer quelques petites fortunes, histoire d'avoir les poches un peu moins vides. Mais comme l'avait précisé Sato, ils étaient également recherchés dans ce côté-ci du territoire Jovanien. En conclusion, une grande surface de la carte leur était interdite et ils n'avaient pu tirer qu'une maigre consolation qui serait plus un poids mort qu'autre chose !
-Encore heureux que l'alerte n'ai pas été donné...mais on est mal, c'est certain !
-Ne parle pas comme ça ! se mit à rugir le bandit à la grosse barbe. Tu m'énerves ! Et quand je suis énervé, j'ai envie de m'acharner sur quelqu'un !
-Acharne toi sur elle ! répondit Marlin d'un ton froid. Au moins, tu servira à quelque chose pour une fois !
-Répète un peu, pour voir !
Tentative de provocation de la part de Marlin ? Le musicien se rongea l'ongle du pouce droit, en signe d'épuisement. Ces deux là s'adoraient et se détestaient en même temps...c'était à se demander ce qui avait bien pu créer une relation aussi instable ! L'homme se leva de sa pierre plate après avoir étiré les muscles de ses bras, s'apprêtant à récupérer son instrument auprès de la petite fille. Seulement...ils avaient tout deux disparus !
Pas de panique, il fallait plutôt réfléchir ! La gamine avait sûrement du profiter de la disputes entre les deux bandits pour prendre la poudre d'escampette. Car, après tout, une fille aussi craintive ne pouvait pas disparaître comme cela d'un claquement de doigts !
-Hey, vous avez finit de jacasser comme des pies bavardes ? On a un nouveau problème sur les bras.
Il avait parlé de la façon la plus tranquille qui soit, époussetant ses vêtements de l'herbe qui s'étaient collés à cause de l'humidité de la forêt Palomba. Marlin et Sato ne tardèrent pas à cesser leur querelle pour constater, un peu trop tard, qu'il ne restait qu'un tapis d'herbes aplaties à l'endroit où se tenait la prisonnière. Ce n'était pas étonnant que personne n'est remarquée sa disparition...une chose aussi petite devait facilement passer inaperçue ! Le sort de la gamine ne devait sans doute pas intéresser Sota, qui se contenta d'un simple haussement des épaules.
-Qu'importe ? De toute façon, elle ne nous aurait servi à rien.
-Sauf qu'elle est la seule à savoir que le trio se trouve aux abords de la forêt Palomba et si elle atteint la cité...commença Marlin
-C'est la corde assurée !
Sato mit un temps à rassembler tout ces détails et à les assembler pour ne former qu'une seule et même idée. Il était grand de force, mais petit d'intelligence...Lorsqu'il eut comprit ce que cela impliquait, son visage se figea dans une expression apeurée. L'idée de la potence lui avait toujours donné des sueurs froides. À présent, il pouvait presque sentir le contact froid de la corde passant autour de son cou avant de se resserrer en une boucle solide et implacable...Oh l'horrible idée !
Le musicien avait un peu moins peu de la mort. Par contre, ce qui l'ennuyait vraiment, c'était que la petite fille était partie avec son instrument, et ça ce n'était pas vraiment très gentil de sa part ! Sato eut tôt fait de dégainer le long couteau de chasse qui se trouvait à sa ceinture, se précipitant déjà à la poursuite de la fuyarde. L'homme au sourire amusé pouvait aisément l'imaginer courir à travers les bois, s'égratignant bras et jambes dans les fourrés et les ronces et tentant de mettre plus de distances entre elle et ces tueurs sans âmes ni remords ! Il n'était pas si loin que cela de la vérité...
En ce moment même, la jeune fille courait à en perdre haleine, ses cheveux sales bataillant derrière sa tête. Elle courait, aussi loin que ses maigres jambes pouvaient la porter. Elle courait parce qu'elle avait peur...peur de ces hommes, peur de ce qu'ils pourraient lui faire endurer !
La poitrine en feu, elle du s'arrêter, ses jambes se dérobant alors qu'elle tombait à genoux dans un massif de jolies fleurs bleues. Sa petite main était bien serrée autour de cet étrange objet en bois, ne voulant le lâcher pour rien au monde. Sans doute que l'homme calme serait furieux d'apprendre qu'elle s'était enfuie avec son bien...elle devait mettre le plus de marge entre elle et lui !
Un grognement d'ours lui faire écarquiller les yeux, alors qu'elle regardait, terrifiée, le tueur à la barbe, découper branche basse et petits buissons pour se frayer un chemin dans cette jungle luxuriante. Marche petite fille, marche...mais qu'attends tu, relève toi ! Mais ses jambes ne voulaient plus lui obéir ! Il était si près à présent qu'elle pouvait distinctement voir la folie dans ses pupilles, un feu dévorant et à la couleur aussi sombre que les ténèbres eux mêmes.
-Espèce de petite demeurée ! Tu va passer un sale quart d'heure ! hurlait-il en crachant un flot de postillons sur le sol humide.
Folle de peur, la petite fille peina à se relever, ses pieds nus et endoloris dérapant sur cette terre boueuse et instable. Elle sentait encore la trace brûlante de la marque sur sa joue, tandis que le goût de cuivre sur sa langue venait se mélanger à l'odeur de sa peur. Jamais encore elle n'avait vue des hommes si violents...elle avait souvent vue des visages qui l'ignoraient ou la regardaient avec dégoût, mais jamais encore elle n'avait vue de visage qui reflétait la vive intention de lui faire mal ! Quel monde de brutes !
La paume sensible de ses pieds rencontra un caillou plus coupant que les autres, écorchant cruellement sa peau déjà suffisamment meurtrie. Incapable de rétablir l'équilibre qu'elle était en train de perdre, la fuyarde chuta lourdement, allant jusqu'à faire un roulé boulé pour s'immobiliser définitivement, tremblant de tout ses membres.
-Maladroite ! Ça va te coûter ta misérable vie !
« Oh non pitié », aurait-elle voulut gémir de tout son corps, de tout son âme. Elle ne voulait plus être frappée, elle ne voulait pas mourir ! Elle voulait jusqu'on la ramène à son état de pauvresse et qu'on la laisse en paix !
Quelque chose s'arrêta tout près de sa tête...la petite fille n'avait pas besoin de lever les yeux pour deviner que le bandit venait s'arrêter près de son corps grelottant, sans doute pour mieux observer sa victime avant de lui porter le coup de grâce. Serrant fermement l'objet de bois dans sa main, elle ferma les yeux, n'empêchant pourtant pas ses larmes de couler en abondance sur son visage blanc.
Qu'attendait-il pour la frapper ? Voulait-il qu'elle le regarde une dernière fois avant de se décider enfin à briser son corps ? Non, elle ne voulait pas regarder la mort en face...elle ne voulait pas voir une deuxième fois son visage déformé par la haine. Et pourtant...pourtant elle ne pu empêcher son visage, enfouit dans l'herbe, de se redresser. Et ce qu'elle le vit lui glaça le sang !
Cet homme...il était si terrifiant...une sorte de bandeau blanc lui recouvrait tout le bas du visage, de telle sorte que les traits les plus importants de celui-ci resteraient sans doute secrets à jamais. Ses cheveux blonds et longs étaient placés dans un chignon très serré. Tout cela semblait normal...mais c'étaient ses yeux qui étaient réellement effrayant. Des yeux bruns, sombres, dénués de toutes expressions : des yeux sans âmes !
Ses yeux se posèrent dans ceux de la petite fille qui les écarquilla d'épouvante. C'était un regard si dérangeant, comme si il semblait évident que cet homme avait déjà nombre de fois croisé la mort en face ! la fuyarde se remit sur le dos, essayant de s'éloigner de cette personne qui ne semblait pas humaine...jusqu'au moment où elle se cogna à une autre pair de jambes : celles du fou furieux !
Il aurait du réagir, il aurait du la frapper, la battre ou même la tuer...mais il ne faisait rien, il se contentait de regarder l'étrange visiteur comme s'il était lui même surprit de sa venue.
-Étranger, qui que tu soit, j'ai décidé de ne prendre qu'une seule vie aujourd'hui et ce ne sera pas la tienne. Consens à faire demi-tour et à oublier ce que tu as vue, car je ne renouvellerai pas ma proposition.
L'homme ne répondit pas, croisant les bras sous sa poitrine...qui paraissait véritablement étrange lorsqu'on la regardait à deux fois à travers son ample tunique blanche ! C'était sûrement un guerrier à voir la garde de la grande épée qui dépassait de derrière son cou. La fuyarde ne savait se décider lequel de ces deux hommes était le plus terrifiant...
L'inaction du nouvel arrivant sembla irriter Sato qui haussa le ton, écartant du pied la gêneuse qui venait de se prendre dans ses jambes.
S'étant une nouvelle fois reculée le plus possible des deux agresseurs, blottit contre un bouleau mort, la petite fille regardait les deux individus se défier du regard. Le démon à la barbe en trident semblait s'être rapidement calmé, ne respirant plus comme les gros b½ufs de campagne. Néanmoins, son regard avait quelque chose de monstrueux, de parfaitement dégoûtant, comme s'il était en train d'imaginer la façon dont il pourrait tuer son adversaire. Ce dernier, quant à lui, faisait bien plus peur...car, à l'inverse de Sato, il n'exprimait aucun sentiment !
Le vent souffla, secouant les ramures des arbres et produisant un sifflement aigu lorsque les feuilles s'arrachaient de leurs branches, ballottées dans les airs avant de se poser gracieusement sur le lit de la forêt. Les cheveux du démon virevoltèrent en rythme derrière sa tête alors que la cape blanche de l'inconnu se pliait à sa gauche, suivant le sens du vent. Ce fut à ce moment que le brigand en profita pour relancer se menace.
-Tu ne comprends pas on dirait ! Tu n'es pas le premier individu stupide qui tente de s'opposer à moi ! J'ai affronté plus d'une trentaine de jeunes bretteurs fous et tous ont péri par ma main !
À première vue, c'était une simple tentative d'intimidation...à première vue seulement ! Mais la jeune fille pouvait voir tout ce qu'il se passait de là où elle se trouvait ! Sato se contentait simplement de distraire l'intrus, alors que Marlin s'était faufilé derrière lui, avançant à pas de loup, une large dague dans sa main droite. Il n'allait pas tarder à lui sauter dessus...elle voulait le prévenir, elle voulait lui faire signe de faire attention et de se retourner...mais elle ne pouvait pas ! Il lui faudrait se contenter de fermer les yeux ou même de profiter de la distraction des bandits pour s'enfuir loin d'ici ! Même ça, elle ne pouvait se résoudre à le faire !
-Toujours aussi stupide ? Tant pis pour toi ! Vas-y Marlin !
Epouvantée, la fuyarde ne pu que regarder l'horrible scène qui s'offrait à ses jeunes yeux...mais cela ne se passa pas comme prévu, pour elle comme pour les deux bandits. Une grimace d'effort se lisant sur ses lèvres, Marlin se jeta en avant, bras écarté et sa dague prête à s'abattre sur sa proie. Mais, comme s'il avait anticipé cette attaque de lâche, le guerrier pivota sur lui-même, saisissant le poignet du tueur en plein vol et le brisant net.
Un cri de douleur résonna dans la forêt de Palomba, alors que la lame de la dague qui tournoyait dans les airs réfléchissait les lumières du soleil sur sa surface. Elle retomba dans la main libre du guerrier qui maintenait maintenant le tueur à genoux. Son pied vint se placer juste sous le ventre de l'infortuné, le soulevant brutalement à un mètre du sol alors que l'homme faisait un tour sur lui-même. Ce fut rapide mais précis...
La dague transperça la nuque de l'infortuné alors que celui-ci venait juste d'être soulevé. Lorsqu'il s'écrasa sur le sol de Palomba, ce fut uniquement pour se tordre dans un rictus d'agonie avant qu'il ne s'immobilise à jamais, sa propre arme ayant traversé son cou de part en part...et cela le temps de deux battements de c½ur ! Alors c'était cela prendre la vie d'un humain ? C'était encore plus horrible qu'elle ne l'aurait pensé, tandis qu'elle regardait, avec des yeux pétrifiés, le corps sans vie de celui qui avait laissé l'empreinte de ses doigts sur sa joue.
Apparemment, même Sato ne s'était pas attendue à une telle performance puisqu'il adoptait la même attitude que sa prisonnière, la bouche crispée et regardant le cadavre de son compagnon. Ce n'est quand regardant le démon que la jeune fille aperçue le musicien, juste derrière lui, et qui observait sans broncher le « danseur ».
-Je te félicite pour ta performance. Malheureusement, ce n'est pas quelques tours de passe-passe et une rapidité incroyable qui pourront rivaliser avec la force brute de Sato. Néanmoins, je pense que tu mérite au moins la possibilité de t'enfuir !
Pourquoi souriait-il comme s'il s'amusait avec un enfant ? La fuyarde ne l'avait pas remarqué tout à l'heure, mais désormais elle en était certaine : c'était lui le plus dangereux des trois bandits ! De plus, à un contre deux, le combat allait devenir bien trop inégal ! Elle avait honte, mais elle ne doutait pas un seul instant les paroles du musicien ! Sa petite main resserra l'ocarina, son c½ur battant la chamade dans sa poitrine. Pourquoi ce monde était-il aussi violent ? Et pourquoi n'était-elle qu'une toute petite fille perdue qui ne savait rien faire, pas même pouvoir encourager cette personne qui, sans le vouloir, l'avait protégé des foudres de Sato ? C'était injuste !
Comme pour mieux narguer le guerrier, le musicien se mit à applaudir de ses mains, rapidement imité par Sato qui avait repris du poil de la bête. Celui-ci souriait de toutes ses dents, la dragonne de son couteau de chasse resserrée autour de son poignet tandis que son arme se balançait doucement de gauche à droite. La dragonne quitta son poignet, alors que le couteau fusait droit vers le guerrier, lancé de toutes ses forces par son propriétaire.
Alors que l'arme aurait du se planter dans le corps de sa cible, l'homme mystère fit un pas de danse sur le côté, esquivant sans peine. Quel intérêt de sacrifier ce « coupe-coupe » de cette façon ? Sato avait simplement décidé de profiter de cet instant de distraction de la part du tueur de Marlin pour se jeter sur lui, une épée courte dans sa main. Ça y est, pensa la jeune fille, il est mort !
Mais, comme s'il avait encore une fois prévenu cette tentative puéril de déstabilisation, l'étrange homme se baissa, arrachant presque la dague de Marlin de la plaie béante et sanguinolente. C'était la première fois qu'elle entendait ce son : celui de l'acier rencontrant l'acier, celui des petites étincelles bleues qui clignotaient sous ce choc frontal ! S'ensuivit une étrange danse, où le premier qui ferait un faux pas serait incontestablement le grand perdant. A la fois fascinée et effrayée, la fuyarde regardait le combat alors qu'elle savait pertinemment qu'elle aurait du fuir depuis longtemps.
Le guerrier ne semblait montrer aucun signe de fatigue, alors que les mouvements de Sato se faisaient plus lents et désordonnés. Il beuglait comme un buffle enragé, frappant de toutes ses forces mais avec de moins en moins de précisions. Alors que la partie n'était pas encore jouée, l'étrange homme fit la chose la plus stupide qui soit : il jeta la dague par terre qui alla se planter juste entre les pieds de son adversaire.
Le bandit aurait du profiter de cette occasion pour tuer...oui, il aurait du le faire ! Mais trop surprit, il recula d'un pas, essayant de comprendre ce qu'il se passait. Trop tard ! La jeune fille entendit deux sons très caractéristiques ! Le premier était celui du métal sortant de sa rengaine en cuir. Le deuxième fut semblable à un léger sifflement, alors que l'épée du guerrier frappait à la verticale.
Sato se prit la gorge à deux mains, reculant comme l'aurait fait un aveugle alors que ses doigts se recouvraient de son fluide vital...Tout ce sang...mais que s'était il passé ? Le guerrier frappa une deuxième fois, faisant un tour majestueux sur lui-même tandis que la grande épée fendait l'air, aussi rapide que le vent.
Une curieuse pluie tomba, tombant en de nombreuses gouttes sur les bras, le visage et la robe de la jeune fille. C'était chaud, c'était visqueux...c'était rouge ! De plus, quelque chose tomba et roula non loin d'elle...elle se mit à trembler de tout ses membres en apercevant la tête de Sato non loin de son corps, figé dans une expression de stupeur. Elle aurait voulut hurler...mais elle ne voulait pas, se contentant de regarder ses mains qui étaient couvertes du sang du bandit !
La lame du guerrier siffla une nouvelle fois dans le vide, projetant les dernières gouttes de sang qui maculaient sa surface alors qu'elles tombaient sur l'herbe de la forêt de la Palomba en produisant de petits « floc » écoeurants. D'un seul coup, elle ne se sentait pas bien...mais alors pas bien du tout !
-Bravo ! Magnifique ! C'est tout simplement magnifique !
Qu'est ce que ce fou de musicien était en train de dire ? Il était en train de complimenter celui qui n'avait eu aucun problème à éliminer son comparse ? Etait-il réellement dérangé à ce point là ?
-Je dois admettre que je n'aurai jamais pensé que quelqu'un puisse triompher de Sato de cette façon ! Je te tire mon chapeau ! Malheureusement, je ne me sens pas encore près à découvrir le tranchant de ta lame ! J'espère que nos chemins se recroiseront à l'avenir !
Quoi ? il allait s'enfuir ? Mais il était bête ou quoi ? Ce tueur ne lui en laisserait jamais l'occasion ? Alors qu'elle éloignait la tête de Sato du bout de son pied nu, elle voyait distinctement l'étrange homme lancer la dague de Marlin vers le musicien. Mais celui-ci se contenta d'un simple pas sur le côté, alors que l'arme du défunt bandit venait se planter contre l'un des arbres de la forêt de Palomba. Avec un sourire narquois, il humecta son doigt avant de le pointer vers le ciel, son regard se posant sur la jeune fille qui se raidit aussitôt.
-Les vents sont avec moi aujourd'hui...par contre, petite sotte, je te laisse mon instrument en guise de paiement pour tout les problèmes que nous t'avons causé. J'espère que tu ne le perdras pas !
Qu'insinuait-il par là ? Jamais encore elle n'avait rencontré de personne avec une once d'honneur sur le blason. Non seulement il respectait celui qui avait eut raison de ses comparses, mais il déboursait aussi pour les coups et blessures que la fuyarde avait reçut...À moins qu'il ne soit tout simplement très lâche et très stupide !
Le musicien fouilla dans l'une des poches de sa tunique, sortant ensuite un petit sachet à l'allure suspecte. Ayant compris ses intentions, le guerrier se précipita vers celui-ci...mais bien trop tard ! Le sachet fut claqué sur le sol, explosant en une infime quantité de poussières noires. Poussées par les vents, elles ne tardèrent pas à enrober la jeune fille et son sauveur, alors que le musicien ne perdit pas une seconde pour partir sans demander son reste.
C'était âcre, ça piquait les yeux et sa faisait tousser ! L'ancienne prisonnière du se plaquer le visage contre le lit d'herbes de la forêt pour pouvoir se protéger de cette poussière agressive. Lorsqu'elle diminua en intensité, il était déjà trop tard : Le troisième membre du trio...ou de ce qu'il en restait en tout cas...avait définitivement disparue !Alors pourquoi ne se sentait-elle pas soulagée, en sachant qu'elle était sans doute tirée d'affaire ? Peut-être parce que le guerrier masqué était en train de la regarder en ce moment, ses yeux bruns inexpressifs reflétant tout de même une légère colère : celle d'avoir laissé échapper sa proie. C'était de sa faute ? Allait-elle être tuée simplement parce qu'elle l'avait gêné ?
Le guerrier se contenta de planter son épée dans le sol, se dirigeant vers l'endroit où le troisième bandit se tenait il y a une minute déjà. Sa main gantée de cuir blanc caressa le sol de la forêt de Palomba, cherchant sans doute quelques traces qui lui auraient montré une piste vers le fuyard. Mais il n'y avait plus rien...pas même une branche ou de la terre retournée, rien du tout ! Cette fois il allait réellement se mettre en colère !
Il se dirigea vers la jeune fille qui se raidit aussitôt, cachant son visage de ses bras et se préparant à recevoir une nouvelle pluie de coups. Non ? L'étrange inconnu s'était contenté de ramasser la tête de Sato en le tirant par les cheveux, des gouttes de sang gouttant encore de son artère tranchée. Ça...ça dégageait une odeur épouvantable, c'était à en vomir ! Il n'aurait pas été surprenant pour la jeune fille de ressentir un nouvel accès de nausée, la couleur de son visage palissant horriblement. Elle serrait toujours le cadeau du musicien dans sa main, bien qu'elle en avait presque oublié sa présence. Toujours inquiète et sur ses gardes, elle se contenta de rester dos à son arbre, observant le tueur.
Tenant toujours la tête du bandit par les cheveux, il se dirigea vers son corps, le retournant sur le dos d'un simple coup de pied puis dégrafant sa cape. Avec ce gros morceau de tissu, il pu enrouler cette tête sanguinolente à l'intérieur, fermant le tout avec un n½ud bien solide. Pourquoi la protéger ainsi ? Dans tout les cas la tête finirait par se détériorer ! Peut-être qu'il voulait simplement garder un trophée...un collectionneur de morts ? La jeune fille en avait déjà entendu parler et cette idée était tout simplement infecte !
Après avoir accrochée ce paquetage à sa ceinture, le guerrier rengaina son épée derrière son dos, regarda une dernière fois l'ancienne prisonnière, puis se retourna, reprenant son chemin le plus simplement du monde.
La jeune fille regarda ses mains recouvertes de sang, sentant ce liquide, maintenant tiède, couler également sur son visage et tacher sa robe blanche. Que s'était-il passé ici ? Etait-elle encore en vie ? Pourquoi tremblait-elle autant ? Tant de questions qui se bousculaient dans son esprit et qui, pourtant, ne voulaient absolument rien dire ! Elle regarda l'ocarina qu'elle avait si longtemps tenu dans sa petite main, dernier cadeau de cet homme fou. A présent, elle était seule...de nouveau seule dans cette forêt...au fond, elle avait toujours été seule !
L'ancienne prisonnière se releva, s'aidant de son arbre pour pouvoir se tenir debout alors que ses jambes menaçaient de se dérober. Une fois stable, elle chercha des yeux le chemin qu'avait pris le guerrier avant de commencer à avancer, marchant à petit pas tout en veillant bien à ne pas faire de faux mouvements. Les oiseaux, qui s'étaient longtemps tues suites aux troubles causés par les bandits, reprirent leur chanson en c½ur, sans se douter une seule seconde qu'ils étaient écoutés d'une oreille attentive par une fillette maladive.