Chapitre 1 (pierre de cinq lois)

Voici donc le chapitre 1 de mon tout premier Projet. Cette fois-ci, nous faisons la connaissance du personnage principal et nous nous éloignons définitivement de cette forêt lugubre et sinistre qui berçait le Prologue. J'espère qu'il vous plaira.

Chapitre premier


La petite Mathilde tourna doucement la tête vers les autres membres du troupeau. Tous menaient leur train de vie quotidien, personne ne semblait vraiment faire attention à elle.
Elle hésita, puis s'éloigna de quelques pas avant de s'arrêter aussitôt. Le berger à la longue barbe grise avait l'air bien trop occupé à tailler un très long bâton de bois, dont la petite Mathilde ne voyait d'ailleurs aucune utilité, pour remarquer qu'elle se détachait de ses congénères.
Elle brouta distraitement dans les pâturages avant de jeter un dernier coup d'½il derrière elle. C'est bon, la voie était libre !
Toute excitée, la jeune brebis se mit à avancer d'une démarche lente et maladroite. Elle n'avait appris à marcher que quelques jours plus tôt seulement, aussi avait elle grand besoin de s'exercer. Elle trébuchait encore, mais de moins en moins fréquemment.
Elle avait atteint l'orée du bois, du petit bois qui entourait la bergerie et sentait déjà qu'elle n'était jamais allée aussi loin. Son regard ne parvint pas à porter au delà de quelques mètres car l'ombre provoquée par la cime imposante des arbres obscurcissait tout ce qu'elle tentait de distinguer à travers les buissons et les petits arbustes. Une odeur désagréable de décomposition lui attaqua les narines dès qu'elle tenta de faire quelques pas de plus.
Les verts pâturages étaient bien plus beaux, propres et ensoleillés, mais cela ne l'empêcha pas de poursuivre son exploration. Elle remarqua que l'herbe avait de très grandes difficultés à pousser par ici. Peut être dû au manque de soleil ou de chaleur. Il régnait en effet une atmosphère de froid et en même temps de liberté. La petite Mathilde se demanda ce que cela pouvait être de parcourir librement cette forêt qui n'avait pourtant rien d'accueillant.
Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir d'avantage que soudain ses jambes se dérobèrent et elle se mit à glisser le long d'une pente boueuse. Elle agita vainement les pattes, morte de peur, avant de s'arrêter aussi brusquement et douloureusement. Tremblante, les jambes flageolantes, elle tenta de se redresser. Elle venait de dégringoler sur plusieurs mètres. Distraite, il lui avait été impossible de remarquer cette maudite pente. Encore heureux qu'elle n'ait rien de cassé.
Elle tendit alors les oreilles, les narines dilatées. Elle venait de flairer une nouvelle odeur. C'était la première fois qu'elle la sentait, mais elle ne lui était pas étrangère pour autant : c'était l'odeur de la mort !
Elle voulut faire demi-tour, mais ses pattes refusaient de lui obéir. Au loin, un hurlement retentit, long, à glacer le sang. C'était celui de la bête flairant l'odeur de sa proie.
La petite Mathilde voulut détaler à toute vitesse, mais en même temps, elle craignait le pire si jamais elle se retournait. Elle n'entendit pas le bruit de bottes derrière elle et se mit à s'agiter et à bêler de terreur lorsque des mains vigoureuses la soulevèrent sans effort du sol.
-Te voilà ! On peut dire que tu m'as fait peur !
Malgré cette voix familière et rassurante, la pauvre brebis continuait à battre désespérément l'air de ses pattes.
-Vas tu cesser de t'agiter, petite folle ?
Le visage qu'elle vit eut pour effet de la calmer presque instantanément. Des cheveux bruns et bouclés, des yeux d'un bleu très profond avec un regard qui trahissait la compassion malgré la petite note sévère qu'il essayait de lui montrer. Il était bien plus jeune que le berger à la longue barbe. Ses cheveux étaient en bataille, sûrement parce qu'il avait couru pour tenter de la rattraper. Sa présence protectrice la rassurait et elle fut pleinement soulagée qu'il ait remarqué sa disparition, tant pis si elle devait être punie.
La tenant fermement dans ses bras, le jeune berger eut tôt fait de remonter la pente. Il traversa les derniers mètres et émergea de nouveau dans les pâturages sous un soleil que la petite Mathlide n'avait jamais trouvé aussi chaleureux.
Il la déposa au sol et lui donna une petite tape sur le dos en la congédiant d'un simple mouvement de la main.
-Allez hop ! Retourne voir les autres ! Et que je ne te retrouve plus à vouloir fuguer de nouveau !
La jeune brebis ne se fit pas prier, et de sa démarche trébuchante, elle se dirigea vers son troupeau. Broutant gaiement l'herbe fraîche, elle se convainquit qu'elle ne l'avait jamais trouvée aussi délicieuse.
**



Tenak observa la petite brebis se précipiter maladroitement vers les membres de son troupeau avec un regard attendri. Les nouveaux nés étaient souvent comme ça, avides de découvertes. Mais celle la devait avoir vraiment eu peur pour réagir de la sorte.
Il se remémora le cri qu'il avait entendu : lugubre, lointain mais en même temps bien trop proche à son goût. Ce n'était pas un loup, sinon d'autres hurlements auraient répondu à son appel, et la nuit n'était pas encore tombée. Il soupira en ramassant distraitement un trèfle à trois feuilles qu'il effeuilla sans s'en apercevoir. Il s'inquiétait toujours trop à propos de son troupeau. Jonathan était bien plus calme et paisible et il lui répétait que prévoir des solutions là où il n'y avait pas encore de problèmes était la première étape qui menait à l'échec complet. Comme il aurait aimé lui ressembler, posséder une part de son calme ou de sa sagesse.
Le jeune garçon était, au contraire de son mentor, d'une nature directe, agitée et instable. C'était peut être ses 17 ans qui lui donnaient l'impression d'imaginer les pires choses possibles.
Il étira un moment son dos avant de se diriger d'un pas rapide vers la vieille souche d'arbre où l'homme à la barbe grisonnante était assis, occupé à tailler une longue branche, sûrement du cerisier, pensa Tenak.
Avant même qu'il ait put ouvrir la bouche, Jonathan parla d'une voix grave et impatiente.
-La petite Mathilde a refait des siennes ?
-Oui, j'ai même dû aller la chercher bien au delà de l'orée de la forêt.
-Peut être devrions nous l'attacher à l'avenir...
Cela faisait plusieurs jours que le vieil homme menaçait de le faire. Mais il ne le ferait pas. Tenak le savait, à travers ce visage ridé et coléreux se trouvait un homme bon et non dénué de bon sens.
-Je ne pense pas que ce sera la peine. Quelque chose l'a effrayée dans la foret.
-Tiens donc ! Au moins ça la calmera. Et puis ce n'est pas la première fois que ça arrive aux jeunes exploratrices.
-Oui...sauf que je sais ce qui lui a fait peur. Et moi même ça n'a pas été pour me rassurer...Tu n'as rien entendu ?
Le vieil homme releva lentement la tête, arrêtant son ouvrage et prouvant qu'il était , soit tout ouïe, soit qu'il s'apprêtait à lancer une de ses morales dont il avait le secret.
Tenak fut stupéfait de ne pas avoir remarqué les nouvelle rides qui étaient apparues sur sa peau rugueuse. Son regard, lui, restait le même. Il montrait une grande force de caractère et ce n'était pas le premier homme à abandonner ou à se faire marcher sur les pieds. Même le plus solide des gaillards ne lui aurait pas fait baisser le regard.
Sa barbe et ses cheveux gris étaient soigneusement coiffés et tressés. Il était impossible de lui donner un âge, même approximatif. Le vieux Jonathan avait pour habitude de laisser parfois une question en suspens. Son silence était souvent plus efficace qu'une réponse. Tenak fronça les sourcils, impatient.
-Tu n'as rien vu ni entendu?
Le vieux berger entreprit pour toute réponse de recommencer son curieux ménage ce qui avait le don d'irriter Tenak qui se força à garder son calme. Il était décidément bien trop impatient.
-Si j'avais soi disant vu ou entendu quelque chose d'inhabituel, crois moi que tu en serais informé sur le champ. Sauf que ce n'est pas le cas ici présent. Ce n'étaient pas des loups, je me trompe ?
-Comment sais tu ça, si tu n'as rien, soi disant, entendu ?
Sa remarque le fit glousser.
-Parce que, premièrement, les loups se repèrent facilement quelques jours avant leur première attaque, qu'ils ne se déplacent pour ainsi dire que la nuit, ou en tout cas pour des déplacements sérieux, et qu'enfin, des loups n'auraient pas réussi à te donner une tête pareille.

Il gloussa de nouveau, il avait toujours pris les craintes de son neveu au sérieux, bien qu'il ne le montrait pas directement.
-Ca m'inquiète. Je n'avais jamais entendu quelque chose comme ça. C'était...effrayant.
-Tu t'inquiètes trop, fit le vieil homme avant de se relever péniblement. A ton âge, mes pires craintes étaient de savoir si je pouvais passer une nuit avec un ventre aussi vide. Allez viens, mon estomac proteste depuis bien trop longtemps.
-Mais...et le troupeau ?
-Gamin, tu me fatigues, je vais le rentrer, le troupeau, et avec ton aide cette fois.
Le jeune berger ne put s'empêcher de sourire. Il reconnaissait bien la façon du vieux Jonathan pour montrer à quel point il se souciait de ses craintes et qu'il ne les prenaient jamais à la légère bien qu'il avait souvent le ton de la plaisanterie.
Il le regarda s'emparer de ce qu'il appelait son bâton à musique, un nom assez coquet pour un bâton de berger. Il avait pour première fonction de servir de soutien-viellesse pour son corps frêle et fatigué, mais possédait également plusieurs étranges grelots à son extrémité. Le bruit créé de cette façon avait la curieuse particularité de rassembler tout le troupeau qui se mettait docilement à suivre le vieux berger.
Tenak remarqua qu'il tenait dans son autre main la branche de cerisier qu'il taillait depuis le début de la matinée. Curieux, Tenak entreprit de lui faire la remarque.
-Que fais tu avec ça ?
-Avec quoi ? lui répondit il sans le regarder, tout en agitant son bâton à musique.
-Cette branche que tu tiens. Tu as beau l'avoir travaillée un bon moment, je ne vois pas ce que c'est, si c'est censé ressembler à quelque chose.
-Ah ça ? Tu verras ce soir.(Il se retourna en lui adressant un clin d'½il) On ne t'avais jamais dit que la curiosité était un vilain défaut ? Pour la calmer un petit moment, sache que ce sera, ce que l'on pourrait appeler ainsi : une surprise.

Il n'en rajouta pas plus. Le vieux berger possédait de très nombreux secrets. Cela pouvait paraître bizarre, mais d'après lui on pouvait apprendre de très nombreuses choses ainsi, à l'écart des villes, loin du bruit et de la foule, loin du stress et des mauvaises odeurs. Il était pourtant parfois obligé de se rendre en ville pour pouvoir se réapprovisionner en matériels, vivres et équipements que l'on ne trouve pas à la campagne. Mais depuis qu'il avait Tenak sous la main, il n'avait plus besoin de s'en occuper, préférant envoyer son neveu à sa place, ce qui ne fut pas pour déplaire à ce dernier. Alors qu'il avait rarement l'impression d' être à sa place, la ville n'arrêtait jamais de le fasciner, et pourtant il n'avait que le temps d'en voir une partie à chaque nouvelle visite.
Tenak s'étira une seconde fois et regarda le soleil à son zénith. Il ne se coucherait que dans quelques heures, cela lui laisserait donc plus de temps pour ses moments libres. Il se mit à rêvasser, comme à son habitude. Le jeune homme sentait bien que la vie de berger n'était pas faite pour lui. Mais il avait pris ses racines ici, et bien qu'il aurait aimé que quelque chose se passe, n'importe quoi pour l'arracher à sa vie monotone, il aurait eu beaucoup de mal à quitter tout cela, tout ce en quoi il avait cru. Il se remémora le hurlement et eut un frisson. Il lui était revenu si distinctement et pourtant cela lui semblait loin à présent. Une voix familière le fit alors sortir de sa rêverie.
-Alors tu viens ou je dois venir te chercher ?
Un nouveau sourire vint flotter sur ses lèvres et il courut rejoindre Jonathan. La fameuse troupe se mit en marche, ils avaient encore quelques kilomètres à parcourir avant d'atteindre la bergerie, l'endroit de repos pour tous.
Le troupeau des deux bergers se composait principalement de moutons et de brebis, mais quelques chèvres se trouvaient également parmi eux. Il avait toujours été impossible de connaître le nombre exact du troupeau, soit à peu près une quarantaine de chèvres et de moutons, mais tous avaient leur propre nom, ce qui permettait de les différencier, et par la même occasion, de se rapprocher d'eux. Jonathan était connu pour considérer son troupeau comme une seconde famille, et certains disaient même qu'il le considérait comme sa seule et unique famille.
Tenak avait rapidement appris à les connaître, connaissant leur nom et leur caractère respectif. A présent, il lui était incapable de se souvenir du temps qu'il avait passé avec le vieux berger, il se remémorait seulement que ses parents avait réussi à le convaincre de s'occuper de lui. A cette époque, la famine était un fléau incontrôlable qui touchait les différentes régions les unes après les autres. A présent , Tenak n'avait toujours pas de nouvelles de sa famille, ou peut être n'avait il, tout simplement, pas cherché a en avoir.
-A quoi penses tu donc encore ? Toujours la tête dans les nuages...Tu ne changeras donc jamais ?
-Et pourtant je te ressemble en tout point de ce coté la.
-Moi, quand j'ai la tête ailleurs, j'essaie d'avoir au moins un minimum de conscience sur ce qui m'entoure. Tu imagines ? La faillite ! Un berger qui ne sait même pas faire attention à son troupeau ! De quoi j'aurais l'air à ton avis ? Ah elle serait belle la vie, tiens !
Tenak se sentit vexé. Ce genre de réprimande était souvent accompagnée d'une morale sur la vie. Pourtant Jonathan se contenta de glousser.
-Au moins ça te permet d'avoir un bon esprit logique. Comme tu dis, tu me ressembles de ce coté là ou en tout cas, quand j'avais ton âge.
-Dis moi, tu as toujours été berger ?
-Oh non, bien sur que non. J'ai eu des rêves comme tout le monde. Mais la vie m'a souvent fait la tête. Les rêves te permettent de continuer à tracer ton propre chemin. Au fond, c'est pas plus mal comme ça. Que serait un homme si tous ses rêves se réalisaient ? Ce qui permet à un homme de continuer, c'est justement le but qu'il s'est imposé.
-Quels étaient tes rêves ?
-Pas ce soir. On va déjà rentrer le troupeau et tu iras reconstituer la réserve de bois.
Devant eux se dressait à présent une petite maison principalement construite en bois. Elle était constituée de deux étages et d'une imposante construction, en bois également, et était reliée à elle à sa droite. Elle pouvait contenir facilement le troupeau entier et davantage encore. La plupart du domaine était truffé de nombreux pièges à loups. Les deux bergers connaissaient tous les emplacements dangereux et pouvaient facilement faire passer le troupeau sans aucune difficulté. Dès que le dernier mouton se retrouva à l'abri, Tenak ferma la porte de la bergerie et le cadenassa. Les voleurs étaient rares, mais les loups avaient, par le passé, trouvé de nombreux moyens pour entrer dans le hangar. Le cadenas avait définitivement réussi à les calmer.
Il s'éloigna de quelques pas du domaine et ramassa cinq bûches de tailles différentes qui se trouvaient à la gauche du hangar dans un tas en désordre, avant de retourner vers la petite maison. Jonathan prenait toujours le soin de laisser la porte ouverte, ce qui lui évitait de poser son tas au sol pour ouvrir la porte avant de devoir le ramasser de nouveau.
Le vieux berger était installé sur une chaise presque aussi vielle que lui. Il avait recommencé à travailler son fameux bâton mais cette fois il s'était mis à percer des trous à intervalles irréguliers sur sa surface. Tenak remarqua enfin que le bâton était creux.
-Tu m'avais parlé d'une surprise...puis je à présent savoir ce que c'est ?
-La jeunesse est décidément bien trop impatiente. Il y a un temps pour tout. Alors pour commencer, allume le feu, on gèle dans cette cabane.
Tenak s'exécuta, ramassa une caisse de brindilles qui se trouvait prés de la cheminée et entreprit de la vider dans celle ci, tout en jetant des coups d'oeil furtifs sur le mystérieux travail du vieil homme. Il n'était pas sûr, mais l'ouvrage ressemblait, à présent et à s'y méprendre, à une flûte grossièrement taillée.
-Une flûte ?
-Mais c'est pas vrai ça ! Je t'avais demandé d'allumer le feu, dit il d'une voix bien plus agacée à présent.
Le jeune berger ne le laissa pas redire une troisième fois et s'empara du briquet d'amadou qui se trouvait au dessus de la cheminée. Après s'être penché dans l'âtre, il se mit à produire de petites étincelles jusqu'à ce qu'une flammèche naissante fasse son apparition sur le tas de bois. Bientôt, le feu prit une consistance plus importante et une douce chaleur se répandit alors dans la maison.
Tenak ne put s'empêcher de tendre ses mains vers l'âtre, un sourire apaisé au bout des lèvres. Même Jonathan semblait avoir retrouvé toute sa bonne humeur.
-Ce n'est pas mieux comme ça ? Comme je te l'ai dit, il y a toujours un temps pour tout. Retiens bien ça, ça pourra t'empêcher à l'avenir de faire des bêtises.
-Alors cette surprise ?fit il avec un petit sourire.
-Toujours aussi impatient, gloussa le vieux berger, bon, bon, je vais étancher ta curiosité.
Il continua de tailler un moment sa « flûte », agrandissant plusieurs fois certains trous dont il n'était pas satisfait. Tenak attendit patiemment qu'il ait fini. Enfin le vieil homme se pencha un peu plus vers le feu et porta l'instrument à ses lèvres. Un son grave et pur emplit alors délicieusement la pièce. Bien que l'instrument soit grossier et irritant à l'½il nu, la musique qu'il produisait était terriblement enivrante, comme un appel au bonheur.
Tenak observait avec beaucoup d'attention le vieil homme jouer de son instrument, lorsqu'un signe de tête de sa part l'obligea à regarder le feu. Au début il ne vit rien, mais un crépitement dans les flammes le fit écarquiller les yeux. Bientôt une forme très vague et indéfinissable fit son apparition. Le jeune berger plissa les yeux pour tenter d'observer ses contours, mais l'apparition s'estompa comme si elle s'était enfoncée dans un brouillard. Bientôt, d'autre formes se mirent à danser dans l'âtre. Elle ne devaient pas être plus grandes que la main de Tenak, mais elles produisaient un tel effet sur lui qu'il avait du mal à en décrocher le regard.
Une seconde musique, lointaine, vint comme pour accompagner le flûtiste. Tenak ne parvint pas à reconnaître le son, mais la musique était exactement la même en plus doux. On observant avec plus d'attention, Tenak ne sut dire si ces créatures étaient des sortes de chats ou d'humains. Des oreilles dressées se trouvaient au sommet de leur tête, et une longue queue s'agitait pour chacun d'eux au rythme de leurs mouvements.
Comme plongés à nouveau dans un brouillard, les hommes chats disparurent de nouveau, remplacés par une forme presque identique que Tenak ne voyait que de dos. Il entendit alors une voix lointaine, et qui semblait pourtant si proche. Elle lui susurrait son nom à l'oreille, Tenak put identifier une voix féminine.
-Tenak....Tenak...

La silhouette se retourna lentement et parut observer un moment le jeune homme. Elle avait l'allure d'une femme, et ses oreilles semblaient bien plus petites que ses congénères masculins.
Tenak voulut se rapprocher, tendant une main tremblante vers elle, mais aussitôt la musique s'arrêta.
C'était comme si on venait de lui jeter un seau d'eau froide sur le corps. En clignant des yeux, il put constater que le feu était redevenu normal, Tenak remarqua également qu'il entendait distinctement les crépitements du feu sur le bois, alors qu'il y a quelques minutes, il n'entendait que la musique et cette mystérieuse voix qui lui chuchotait son nom.
En se tournant vers le vieux Jonathan, il vit que celui-ci avait commencé à emballer la flûte dans un vieux tissu. Mais est ce qu' une vraie flûte pouvait faire cet effet-là ?
-Alors ? Quelles sont tes conclusions ?
-Comment as tu réussi à faire ça ? C'était quoi ces...créatures ? Et cette voix ?
-Holà doucement ! Une question à la fois veux tu. Ce que j'ai fait est ce qu'on appelle une musique de charme.
-Une musique de charme ? Tu as fait de la magie ?
-Si on veut oui ? dit-il avant de déballer la flûte qu'il tendit à Tenak. Ce n'est qu'un tour de prestidigitation, en quelque sorte. Pourtant peu de personnes seraient capables de le refaire.
-Pourquoi ?
-La forme de l'instrument, le bois dans lequel il est taillé, la saison durant laquelle on joue, la musique que l'on joue, tout ça doit être réalisé de façon minutieuse, ce qui n'est pas à la portée de tout le monde. Et puis, il faut déjà savoir comme s'en servir après. Vas y, souffle dedans.
Tenak porta la flûte à ses lèvres et remarqua que le vieux berger s'était bouché les oreilles. Hésitant, il souffla néanmoins dedans. Un son strident et aigu emplit l'air, l'un des verres sur la table se fissura. Le jeune homme ôta rapidement l'objet de ses lèvres avant de le rendre à son propriétaire. Il parla sans le vouloir d'une voix énervée et sifflante.
-Quel horrible son ! Comment cela se fait il que ça ne marche pas avec moi ?
-C'est parce que c'est, d'une certaine façon, à usage unique, gloussa t-il.
-Comment ça d'une certaine façon ?
-Et bien, une fois utilisé, il est impossible de pouvoir jouer de nouveau avec, sauf si tu as des nerfs d'acier. Certaines personnes assez loufoques apprécient pourtant ce type de musique.
-Si on peut appeler ça une musique, grogna t-il tout en tentant de faire passer l'horrible mal de crâne qui venait de le submerger.
-Arrête de râler gamin ! Viens, passons à table, tu me poseras tes autres questions en mangeant.
Jonathan se leva, tout en frottant son dos endolori par la position inconfortable dans laquelle il s'était trouvé durant plusieurs minutes. Le jeune berger, quant à lui, regarda de nouveau les flammes, espérant redécouvrir la silhouette féminine et féline à la fois. Mais le feu continuait de brûler gaiement dans l'âtre, tout en commençant à diminuer : La plupart des branches avaient disparu, du à l'appétit vorace du feu. Tenak entreprit de rajouter deux bûches avant de rejoindre son oncle à table.
En s'installant, il leva délicatement le verre fissuré et le regarda de plus près. Le vieil homme lui lança un regard pétillant en observant sa man½uvre avant de couper un grand morceau d'un pain de couleur noire et au c½ur tendre et délicieux. Tenak reposa doucement le verre sur la table avant de se servir à son tour une tranche de pain.
-Donc c'était de la magie...Comment se fait il que l'on appelle ça « musique de charme » ? Elle a des particularités, mis a part ce que j'ai vu ?
-Tu n'as pas ressenti une attirance particulière ? Une envie de rejoindre la danse ou autre ?
Tenak ne répondit pas, il avait en effet ressenti cette fameuse attirance, ainsi que cette étrange voix. Le vieux berger se pencha pour lui donner une tape amicale sur l'épaule avant de s'emparer d'un long couteau de cuisine et de couper plusieurs tranches de jambon, imité ensuite par Tenak.
-Quelque chose m'échappe cependant, dit il avant de reposer le couteau sur la table, comment se fait il que tu connaisses ce...cette musique ?
-Oh je l'ai apprise durant l'un des mes nombreux voyages, quand j'étais plus jeune.
-Tu essayais de réaliser tes rêves ?
-Oui et non. Disons plutôt que j'essayais de me cacher d'une vérité qui me gênait. Vérité que je ne te dévoilerai en tout cas pas ce soir, ajouta t'il en haussant le ton dès que Tenak voulut parler.
-D'accord, d'accord. Donc tu as voyagé, voilà déjà quelque chose que je ne savais pas. Mais tu ne m'as toujours pas dit où tu avais appris cette musique.
-Ca aussi ça sera pour plus tard. A chaque journée sa révélation.

Jonathan se leva après avoir fini sa dernière tranche de jambon. Il se dirigea d'une démarche lente vers les différentes fenêtres de l'étage et entreprit de fermer les volets. Tenak remarqua que le soleil avait maintenant pratiquement disparu à l'horizon, créant des taches rouges, orange et or dans le ciel. Un groupe d'oiseaux vola silencieusement au-dessus de la plaine, s'éloignant rapidement de la forêt à tire d'ailes en poussant des piaillements stridents. Le jeune homme eut la certitude qu'il tentait de fuir quelque chose, sûrement un prédateur. Il sursauta en entendant la voix du vieil homme derrière son dos.
-Si tu restes encore un moment en bas, n'oublie pas de nourrir le feu. Ca réchauffera la maison.
Il se retourna et acquiesça de la tête au moment où le vieux berger grimpait une a une les marches de l'escalier pour se diriger vers sa chambre. Tenak distingua alors, dans la légère pénombre qui s'élargissait dans la pièce, la flûte qui était restée sur la chaise. Son ombre se renvoyait plusieurs fois sur le mur, du à la lumière dansante que provoquait le feu de cheminée. Le jeune homme s'en approcha et la prit délicatement en main avant d'en observer plusieurs fois ses contours.
Alors, par curiosité, il s'approcha de l'âtre, et porta l'instrument à ses lèvres. Le terrible son qui en sortit lui blessa les oreilles. Sur la table, le verre fissuré éclata en plusieurs morceaux qui se répandirent au sol. Il reposa immédiatement l'objet avant d'entendre quelqu'un tambouriner le sol a l'étage au dessus.
-Tenak !
-Désolé...
Il s'empressa de ramasser les débris qui jonchaient le sol et les jeta dans la corbeille en osier près de la table. Il était déçu. Il aurait bien aimé revoir cette femme, même si ce n'était qu'une illusion provoquée par la magie de la flûte. Il se jura d'obliger le vieux Jonathan à lui apprendre son secret.
Il jeta un dernier coup d'½il au dehors avant de fermer la porte et de la verrouiller. Puis il s'installa devant le feu et regarda les flammes danser avec joie dans l'âtre illuminé. Il se rappelait le temps où sa mère et lui s'installaient confortablement devant la cheminée, elle, le tenant dans une couverture bien chaude et l'entourant de ses bras comme pour le protéger. Elle lui murmurait des contes à l'oreille, dont il avait oublié la plupart, mais certains lui revinrent tout de même à l'esprit. Ces temps étaient loin a présent et il se demandait ce qu'était devenue sa mère.
Soudain il se mit à frissonner. Ses mains furent agitées de petits tremblements qu'il ne parvint pas à contrôler. Il entoura ses jambes repliées de ses bras et essaya de contrôler ses tremblements. Au loin, on pouvait entendre un hurlement lugubre, qui lui ôta toute joie. Il s'arrêta un moment avant de recommencer, cette fois bien plus longtemps. Tenak en était persuadé : C'était le même cri que celui de tout a l'heure.






Chapitre 1 (pierre de cinq lois)

# Posté le jeudi 22 novembre 2007 16:56

Modifié le vendredi 04 juillet 2008 11:37

Chapitre 2 Projet Alpha Zero

Le second chapitre de mon manuscrit futuriste. Derrière le personnage principal, j'utiliserai un style d'écriture différent à la première personne du singulier. Certains aiment, d'autre non, mais j'espère que vous aprécierez tout de même.

Chapitre Second
Dernière journée à Paris

Une semaine et trois jours plus tard...
Bureaux des services de recherches génétiques et maladies graves sur la Terre
; Heure sur la planète : 7h 45 min

Le réveil sonna brutalement sur mon bureau, propageant des petits chocs sur toute sa surface. Mais cela ne suffit pas pour m'arracher de mon demi-sommeil de plomb. Quelle heure était-il ? Je n'en avais aucune idée, n'ayant pas le courage de lever les yeux sur le cadran. La petite voix familière de l'appareil vint bourdonner à mes oreilles, m'arrachant un grognement.
« Encore une bonne journée pour vous, docteur Von Dumm. La matinée restera très fraîche, la température avoisinant les 12° avec quelques risques d'averses. Mais nous vous promettons une après-midi ensoleillée et dégagée. Passez une bonne journée. »
Bien que ma « météo » soit terminée, je dus lever un bras pour arrêter ce maudit réveil dont le sifflement aigu résonnait sûrement dans tout l'étage. Je détestais ces réveils matinaux...mais comme disait grand-mère : C'est un cadeau, et un cadeau c'est sacré.
J'entendais déjà la porte de mon bureau s'ouvrir lentement tandis que mon collègue s'approchait discrètement derrière moi. Je soupirai, m'attendant à une de ses mauvaises blagues pour me réveiller en fanfare. J'attrapai mon mouchoir en tissu blanc et l'agitai au-dessus de ma tête avachie sur le meuble, en signe de « cesser le feu ».

-Ce ne sera pas nécessaire, je suis déjà réveillé...
-Déjà ? Tu as enfin pensé à prendre le réveil matin de ta mère, on dirait. Tant mieux et tant pis. J'ai ton petit-déjeuner, tu aimes toujours les croissants ?
-Toujours les croissants, oui, dis je en réprimant un bâillement avant de me redresser sur ma chaise. De petites étoiles dansaient devant mes yeux, m'obligeant à cligner des paupières pour m'habituer à la soudaine lumière. Edward déballait déjà son petit sac de victuailles sous mon nez alors que je me frottais la nuque avec un regard endormi.
-Tu as pensé à mon café ?
-Pour le café, il faudra te déplacer mon vieux, on a une machine à café au second, tout prés du bureau de Christelle. Mais tu as encore passé la nuit ici ? A quelle heure t'es tu endormi ?
-Je ne sais pas...Aux alentours de minuit je crois...Depuis quand à t-on une machine à café ?
-Mais depuis deux mois maintenant. Tu devrais sortir plus souvent de ton trou. Prends l'air mon grand, profite un peu du soleil.
La vérité était que j'aimais beaucoup trop mon travail. Mais je manque à tous mes devoirs ! Je me présente : E.V.D, petite abréviation d'Erik Von Dumm. Mais appelez-moi Erik s'il vous plait, je n'ai jamais aimé mon nom de famille venant de mon père allemand.
Je suis né le 3 Octobre 2105 dans une petite cité du nom de Bellary, en Belgique. Je ne sais pas si vous connaissez, c'est à la frontière entre la Belgique et l'Allemagne, un endroit assez...perdu, je dois dire. Mais évitons de nous égarer sur mon lieu de naissance, ce n'est pas cela qui nous intéresse.

Comme vous l'a annoncé mon réveil à 7h45, précisément, je suis docteur. Enfin chercheur plutôt. Mais j'aime me qualifier ainsi, docteur Von Dumm sonne beaucoup mieux que chercheur, non ? Je travaille dans un hôpital assez spécial. Il possède bien évidemment son propre département pour les soins en tout genre, mais il est également réputé pour être le plus grand centre de recherche de la France pour ce qui concerne les maladies graves comme les cancers et les virus.
Voici Edward, plus communément appelé Eddie pour les intimes. C'est un proche et fidèle ami. Nous avons tous deux notre propre façon de parler, ce qui nous amène à débattre sur les sujets les moins importants. Mais comme il le dit lui-même, c'est un compagnon sur qui je peux compter lorsque j'ai besoin d'aide.
J'attrapais un premier croissant et en mordillais un morceau alors qu'Eddie sirotait un thé à la menthe. Je retins une grimace, Edward avait toujours eu des goûts des plus étranges en ce qui concerne ses boissons favorites.
-Les nouvelles du jour ?
-Je ne suis pas encore allé chercher ma carte journalière, on va y aller ensemble, ça t'obligera à te bouger un peu.
-C'est que...j'ai beaucoup de travail...dis je en excuse.
-Tu dis tout le temps ça, sors un peu de temps en temps, ça ne te fera pas de mal pour une fois.

Je reposai ma moitié de croissant sur ma table de travail, époussetant les petites miettes qui s'étaient perdues sur mes vêtements. Je n'aimais pas me mélanger avec cette population si bruyante de la métropole Parisienne. Mais ça, personne ne le savait, je ne voyais aucun intérêt à le dire. Je me contentai d'un simple hochement de la tête. Si je me levais, j'aurais la possibilité de me prendre un café. J'apprécie cette boisson chaude le matin, elle m'aide à obtenir toute l'énergie dont j'ai besoin pour le reste de la journée.
-Si tu as passé la nuit sur place, tu as sûrement dû avancer, Erik.
-Pas vraiment. J'ai ce qu'il faut pour avoir ma conclusion, mais il me manque un petit quelque chose...Chaque fois que je m'apprête enfin à trouver la solution, elle me file entre les doigts.
Sur ces mots, j'attrapais le petit cube holographique que j'avais laissé sur ma table avant d'appuyer sur le petit bouton rouge qui se trouvait sur le côté droit. Le sommet du cube s'ouvrit, déversant une pale lumière en triangle qui s'arrêta au niveau du plafond. Quelques secondes après, nous avions le schéma de l'intérieur d'un corps humain en trois dimensions. Ce sujet était atteint de ce que nous appelions en médecine « Elicope », un nouveau type de cancer fraîchement apparu un peu partout sur de très nombreuses planètes.

« Elicope » a fait son entrée, il y a maintenant deux ans, sur une lune si je me rappelle bien mais je ne sais plus laquelle. Les cas rapportés sur ce cancer sont rares, ce n'est pas une épidémie et « Elicope » n'est pas contagieux, ce qui nous a permis de le classer dans la liste des cancers. il faut savoir que ses symptômes sont identiques à ceux du virus du « Sida », une maladie grave éradiquée en 2034. Mais nous ignorons totalement encore la façon dont « Elicope » est attrapé : un mystère complet.
Si vous vous demandiez ce que j'avais bien pu faire cette nuit pour me retrouver endormi sur mon bureau, vous le savez maintenant. Je montrai du doigt la zone de la trachée, entourant la zone concernée du bout de l'ongle tandis qu'un fin faisceau rouge apparaissait pour laisser la marque que je voulais.
-Voilà c'est ici, j'en suis certain. La carotide ou la trachée. Je pense que l'on doit absorber une quelconque substance par voix orale ou d'une façon du même genre.
-Mais ça ne tient pas voyons, la plupart des symptômes apparaissent au niveau des reins. Si cela se passait par voix orale, les reins ne seraient donc pas les premiers organes touchés.
-Peut-être qu'il existe plusieurs types d'Elicope...transmissibles de différentes façons...
-Tu travailles trop E.V.D, viens allons prendre l'air ensemble et te changer les idées. Tu en a besoin.

J'acquiesçais, l'esprit brumeux. Cette histoire me turlupinait, mais peut être qu'il avait raison en fin de compte, de plus, je commençais à avoir un début de migraine, pour réfléchir ce n'était donc pas l'idéal. J'engloutissais le reste de mon croissant avant de me lever et de grimacer de douleur, tentant de masser mon dos et ma nuque.
-Ah, c'est cela dormir sur un bureau mon grand. À l'avenir, pense à prendre un oreiller avant d'aller travailler.
Je me mis à rire joyeusement avec lui de sa remarque. Eddie était comme ça, capable de plaisanter avec n'importe quoi. Dès que la douleur fut passée, je me mis en marche, traversant les bureaux encore vides à cette heure les un après les autres, avant de prendre la direction de la sortie après être allé siroter mon petit café matinal.
Quelque chose me dit que j'aurais dû écouter mon réveil matin et me couvrir car le froid mordant m'agressa aussitôt le visage dès que je franchis la porte de l'hôpital. Mais je ne fis aucun commentaire à Eddie qui avait revêtu un grand manteau en cuir noir.
Qu'il fasse nuit ou jour, Paris était toujours aussi animée. Depuis l'an 2051, elle était devenue la troisième ville lumière de la Terre, une ville qui ne dormait jamais. Désormais, à cause du manque de place, la région avait adopté la même méthode que les Etats Unis d'Amérique, qui consistait à construire en hauteur. Les hauts bâtiments s'alignaient bien droits sur chaque côté des routes. Tenter d'en voir le sommet m'avait toujours apporté un fameux torticolis le lendemain, tandis que c'était le mal de tête qui me menaçait si j'essayais de compter le nombre de passants qui empruntaient les rues de Paris.

Paris était vraiment une belle ville, mais un peu trop bruyante pour moi. Je n'y ai pas vraiment mes racines, mais je m'y plais, tout simplement.
Nous ne tardâmes pas à atteindre le premier vendeur de quotidiens du coin, situé à moins de quelques mètres seulement de l'hôpital. Je m'adossai contre le mur tandis qu'Edward entrait à l'intérieur. Je l'entendais parfaitement bien passer sa petite commande.
-Une carte journalière et une carte sport s'il vous plait.
-Tout de suite monsieur.
Je réprimai un petit sourire. Mon ami adorait regarder le sport, mais en faire était une autre paire de manches. Chacun ses goûts. Je bus une petite gorgée de mon café alors qu'Eddie sortait du magasin, les deux cartes en main. Puis il me tendit celle qui m'intéressait.

-Tiens. Tu me rembourseras en rentrant.
-Comme d'habitude...dis je en réprimant un nouveau bâillement. Je fouillai mes poches, avant de sortir mon lecteur de cartes. Il allait bientôt falloir que je le remplace, celui-ci commençait à être démodé. Je regardai Edward qui n'avait pas esquissé un mouvement.
-Tu ne sors pas le tien ?
-Je l'ai oublié chez moi. Ça ne te dérange pas si je suis avec toi ?
Pourquoi répondre ? Je plaçai ma carte dans le lecteur approprié et l'activai avec le petit bouton adéquat. Aussitôt, une légère lumière apparut, se dessinant lentement pour former la première page du journal virtuel. On voyait une femme transparente, souriant de toutes ses dents en montrant une nouvelle crème de beauté ainsi que quelques annonces.
-Ce sont les infos classiques ça. Mets la page n°5.

Les publicités et autre nouvelles sur le prochain mariage de l'actrice Marion Nemris ne m'intéressant pas, je posai mon majeur sur l'un des angles de la page virtuelle et fis mine de la tourner. Aussitôt, la première page du journal virtuel disparut pour afficher la deuxième. Je répétai ainsi cette man½uvre encore trois fois pour afficher la fameuse page n°5. C'était tout de même bien pratique ces journaux virtuels tactiles.
-Alors, les nouvelles ? demandais-je Eddie alors qu'il finissait son thé à la menthe.
-Rien de bien intéressant comme pour changer...tiens, une nouvelle attaque terroriste ! Attends, je mets le son.
J'appuyai sur le titre « Nouvelle cible : une base de recherche », tandis qu'une voix fluette s'élevait lentement de la carte journalière.
« Nous n 'avons pas encore pu déterminer le nombre précis de victimes. Il y a plus d'une semaine, nous avons découvert les vestiges d'une station spatiale de recherches en orbite dans le système de Callisto. Notre équipe envoyée sur place a pu rapidement constater que la station en question a été attaquée par un groupe de terroristes dangereusement bien armé qui aurait pris pour cible ses différentes sources d'énergies. Nous pensons que le matériel génétique et médical était le principal but de ces terroristes qui ne semblent pas avoir laissé de survivants... »

-Ce genre de choses, c'est à vous flanquer le cafard...
-Chut !
« ...personnel scientifique a été retrouvé exécuté dans une salle hermétiquement close. Nos seuls indices sont quelques capsules de sauvetages qui ont étrangement disparu. Nous pensons que quelques personnes ont pu échapper aux massacres. Nous enquêtons encore sur place et cherchons les quelques survivants pour recueillir leurs témoignages, s'ils n'ont pas encore été interceptés par les spatios-terroristes. Programme terminé.»
Je regardai Eddie qui s'était mis à mordre le bord de son verre. Je n'aimais pas le voir angoisser comme cela, ses attitudes avaient la désagréable conséquence de me renvoyer ses petites crises de peur.

-On est vraiment dans une époque de fous. Je suis persuadé que l'on aura bientôt une troisième guerre mondiale sur les bras...et qui s'étendra sur plusieurs systèmes.
-Tu nous chantes quoi là ? Ça s'est passé à plusieurs systèmes d'ici. C'est sûrement une nouvelle secte armée qui veut inventer de nouvelles armes terroristes.
-Je te le dis, un jour, ça va nous retomber dessus.
Habituellement, je préfère ne plus rien dire quand Edward devient fataliste. C'était toujours des discussions pour lesquelles je me ne sentais nullement concerné. Une autre expression de grand-mère : N'y pense plus et mange une crêpe pour oublier.
-Je t'offre une crêpe ?
-Merci mais j'ai déjà mangé. Je préfère rentrer, sinon on va être en retard et le patron va nous passer un savon.

Tiens c'est curieux. N'avais-je pas dit que j'avais beaucoup de travail ? Je retins un sourire, son travail allait sûrement lui faire oublier les nouvelles assez crues de ce matin, et puis il avait raison, le patron était une personne intimidante, presque aussi dangereux qu'un rhinocéros à la charge lorsqu'il s'énervait.
Je retirai ma carte journalière et la rangeai dans la poche de mon pantalon avec mon lecteur de cartes avant de lever les yeux au ciel. À l'avenir, je penserai à écouter mon réveil matin.
-On ne devrait pas trop traîner, il risque de pleuvoir.
Eddie hocha la tête, trop occupé à appuyer sur un petit bouton qui se trouvait sur une boucle de son oreille droite. Ce genre de petite fantaisie avait la possibilité de capter directement de la musique avec un satellite, une nouvelle « tendance » sortant tout droit du Japon. C'est bien le genre d'appareil qui vous détraquerait un jour le cerveau.

Comme prévu, nous dûmes courir sous la pluie avant de rejoindre nos locaux. Personnellement, j'aime bien la pluie le matin. Cela a le même effet qu'une douche froide, celui de vous réveiller. Assis sur ma chaise, examinant mon cube holographique, je passai une bonne partie de la matinée à prendre des notes. Ainsi vous a été présenté le début d'une journée typique et normale à Paris. Mais ce que je ne savais pas, c'était qu'il y aurait un grand changement dans la monotonie de ma vie au moment précis où l'on frappa à la porte de mon bureau, à 12h30
-Entrez...

Ce fut la secrétaire de mon patron qui entra. Toute habillée de noir, elle avait des lunettes rondes qui lui donnait un air de hibou. Mais la voir hors de son propre bureau n'était jamais une bonne chose, car elle était souvent annonciatrice de mauvaises nouvelles.
-Erik, il y a Monsieur Derek qui te demande.
-Là ? Tout de suite ? Et c'est urgent ?
-Je ne sais pas, mais, oui il a dit tout de suite.

Quelque chose me disait que ce n'était pas bon signe pour moi. J'étais déjà en train de passer en boucle dans ma tête tout ce que le patron pourrait inventer : Un dossier rendu en retard ? Observations mal faites ou mal expliquées ? Ou bien un comportement qui laissait à désirer ? Peut-être n 'aimait-il pas que je passe la nuit dans ses locaux comme un vulgaire mendiant...
Résigné à devoir affronter la tempête de sa colère, je me levais, quittant mon bureau pour la seconde fois de la matinée...cela devenait une mauvaise habitude, mais passons ! Comme tout bon gérant d'entreprise, M.Derek avait élu son domaine personnel au tout dernier étage de l'hôpital. Je dus prendre l'ascenseur en compagnie de cette secrétaire que je maudissais déjà.
Puisqu'il fallait passer par le bureau de patron, autant donner bonne impression. Notre ascenseur était justement équipé d'un large miroir, ce qui me permit de remettre de l'ordre dans mes cheveux bruns. J'en profitais également pour contempler l'homme que j'avais en face de moi.

Mes yeux gris vert étaient ce que j'aimais le plus dans mon physique. Sinon j'étais un jeune homme de 22 ans, tout ce qu'il y avait de plus normal. Peu de muscles, je n'avais pas tellement le temps pour les sports. Je remis correctement ma veste bleue sur les épaules avant que les portes de l'ascenseur ne s'ouvrent. Pour moi, c'étaient les portes de l'enfer qui allaient se refermer sur moi. Enfin, j'étais inquiet, mais cela ne serait sans doute qu'un mauvais moment à passer.
-Bonne chance Erik
Je répondis à la jeune femme par un pauvre sourire avant de frapper à la porte du bureau de M. Derek puis d'entrer. Il était bien là, me tournant le dos et regardant par la fenêtre de son hôpital pour observer la population qui grouillait à ses pieds. On aurait presque pu le prendre pour un roi.
-Bonjour, Monsieur. Vous m'avez demandé ?
-Ah, Monsieur Von Dumm ! Oui je voulais vous voir. Je suis heureux de vous annoncer que votre demande de mutation a été acceptée.
Il avait dit cela sans se retourner. Encore heureux, il ne se rendrait pas compte que j'avais la bouche grande ouverte de stupeur. Moi qui m'attendais à une réprimande sans en connaître la raison, c'était assez...

-Vous ne dites rien ?
-C'est très...inattendu monsieur...et je dois vous avouer que...que je ne sais pas quoi dire et euh...
Aie, je m'embrouille ! Je n'ai jamais été doué pour ce genre de discours.Cela faisait bien depuis plus d'un an que j'attendais cette autorisation. Pourquoi une mutation alors que je me sentais bien ici ? Sûrement un besoin de faire mes preuves et passer pour de bon au grade de docteur. C'était déjà un premier pas.
-Puis je savoir ce qui vous a fait décider, Monsieur ?
-Vous êtes jeune encore, Von Dumm, vous avez la vie devant vous. Nous ne pouvons pas garder éternellement de jeunes chercheurs avides de faire le grand saut.
Étranges paroles venant d'un homme tel que lui. Je sentais bien que j'avais sûrement reçu de l'aide extérieure. Il faudrait que je pense à remercier Eddie. Mon patron se retourna, affichant une drôle d'expression du visage. Je ne savais dire s'il souriait ou bien faisait une grimace...en fait, je ne me souviens pas l'avoir vu une seule fois sourire. Mais avec sa barbe broussailleuse, il était difficile de deviner.
-Profitons un peu pour parler de vos notes. J'ai lu ici qu'il vous manquait un élément très important, celui que de nombreux chercheurs n'ont pas encore découvert.
-C'est exact Monsieur, et je pense avoir une hypothèse. Mais je n'en suis pas encore tout à fait sûr, ce n'est qu'une hypothèse.
-Je vois...Bon nous verrons ça plus tard. Installez vous je vous prie.
La mine joyeuse, je prenais la chaise que mon patron m'offrait tandis qu'il s'asseyait à son tour. Cette mutation était véritablement inespérée, un miracle comme on dit souvent. Je n'attendais que ça depuis près de trois mois, mais ce que j'ignorais, c'était que cette mutation était l'élément clef qui allait chambouler ma vie...





Chapitre 2 Projet Alpha Zero

# Posté le samedi 24 novembre 2007 10:54

Modifié le lundi 10 décembre 2007 16:51

Suite

Suite
Les prochains chapitres, soit les chapitres trois pour mes deux premiers projets, offrent tous les deux le début de la grande aventure. En plus simple et si je commence à parler en thermes utilisés par les professeurs de français, c'est dans ces deux chapitres que l'élément modificateur viendra chambouler le cours de ces débuts d'histoires.
En
core une fois, j'attendrais peut être un ou deux jours avant de les placer sur ce blog, esperant pouvoir enfincolter quelques commentaires pour ainsi connaitre votre avis général.


J'ai quelques primes personelles en ce moment...oh rien de grave, cela devient une habitude pour moi. Je suis également triste de voir toutes ses visites et de constater qu'une seule personne à posdes commentaires. Des commentaires gentils évidemment, et qui m'ont redonné le sourire, mais si mes écrits vous plaisent, n'sitez pas à me le faire savoir ou bien laissez un petit message de votre présence. Je sais que c'est purement égoïste de ma part, j'en suis le premier à me damner et à m'en appitoyer...

Sinon, pour revenir sur un sujet moins triste: Si jamais vous avez des idées que vous jugez plus ou moins interessantes mais que vous hésitez à mettre par écrit, ce serait avec joie que je me proposerai de vous aider. Il en est de même si jamais vous voulez, vous même proposer quelques écrits sur ce blog, j'en serais même ravie. Ainsi, vos écrits personnels seraient vue par tous et, bien évidemment, votre profil avec pour bien souligner que ce sera vous qui les avez fait.

Sur ce, j'arrete de vous embeter avec mes propositions et mes problèmes personelles et je vous souhaite une bonne soirée

# Posté le mardi 27 novembre 2007 12:22

Modifié le samedi 15 mars 2008 10:30

Chapitre 2 Pierre des cinq lois

Le deuxième chapitre qui nous offre que trés peu de révélation. Bien sûr, cela est fait exprés pour éviter que l'histoire n'avance trop vite. C'est à partir de ce chapitre que le titre prend tout son sens, bien que je soit toujours décidé à le changer.

Chapitre 2


Un rayon de soleil vint illuminer le visage de Tenak qui ouvrit lentement les yeux. Il s'étira lentement et se mit à masser ses membres endoloris, du à la dureté du sol. Il se demanda pourquoi il ne se trouvait pas dans son lit et se souvint alors qu'il n'avait pas osé s'éloigner du feu pour une raison dont il ne se souvint pas. Quelle soit cette raison, elle devait pourtant être ridicule pour l'obliger a dormir sur le sol jusqu'au moment où il se remémora le hurlement dans la nuit. A cette idée il frissonna de nouveau.
Le feu dans l'âtre était au bord de l'agonie. Quelques légers crépitements se faisaient encore entendre, et des braises rougeoyante commençaient a s'éteindre lentement. Il remarqua qu'il avait mis toutes les bûches dans le feu sans même s'en rendre compte, il devait vraiment être effrayé...
Il décida de se relever et se dirigea vers la porte qui menait vers l'extérieur. Il emplit alors aussitôt ses narines du délicat parfum des champs et écouta la nature qui s'éveillait lentement. Un sourire radieux flotta sur ses lèvres, il se sentait bien mieux a présent. Il entendit derrière lui les marches de l'escalier craquer et gémir doucement sous le poids du vieil homme qui les descendait. Tenak lui souhaita bonjour d'un signe de la main, que Jonathan répondit par un grognement. Celui-ci était rarement de bonne humeur le matin, cela voulait probablement dire que ses rhumatismes le faisaient de nouveau souffrir.

Le vieil homme s'empara de son bâton a musique et mit sa besace et sa gourde en bandoulière avant de rejoindre Tenak dehors.
-Alors, bien dormi gamin ?
-Oui...si on veut...je l'ai entendu à nouveau !
-Entendu quoi ?
-J'ai parfois la nette impression que tu te moques de moi. Le hurlement que j'ai entendus en foret.
Le vieil homme bailla bruyamment.
-Tu es sûr que ce n'était pas des loups cette fois ?
-Sûr et certains. D'après toi, qu'est ce que c'est ?
-Je n'en ai aucune idée, car je n'ait rien entendu. La prochaine fois appelle moi. Bien qu'à mon avis ton imagination doit te jouer des tours, il vaut mieux être sur ses gardes.
-Merci...
Le vieux berger ne répondit pas et regarda l'horizon avec un regard las. C'était la première fois que Tenak lui voyait ce regard. Il se dirigea vers la grange et retira le cadenas de la porte. Mais quelque chose n'allait pas. La plupart des moutons s'étaient regroupés en cercle et semblaient protéger les brebis et leurs petits. A l'approche du jeune berger, ils se mirent à bêler de façon menaçante.
-Jonathan, viens voir !
Le vieil homme accourut aussitôt et regarda le spectacle qui s'offrait devant eux. Pendant plusieurs minutes, il n'émit aucun commentaires.
-J'ai rarement vu ce genre d'attitude. Quelqu'un ou quelque chose a dut les effrayer. Regarde les brebis à l'intérieur du cercle !
Plusieurs d'entre elles étaient tremblantes, certaines étaient couchées à même le sol, ne bougeant plus. Jonathan agita son bâton à musique, sans que rien ne se produise. Ce ne fut qu'à la deuxième tentative que le troupeau consentit enfin à se disperser, sans être particulièrement rassuré.
Les deux hommes s'approchèrent lentement des corps au sol, sous le regard menaçant des moutons et boucs. Le vieux berger s'agenouilla prés d'une des brebis couchées au sol, imité par son neveu. De l'écume avait coulé de leur bouche et leurs yeux étaient exorbités par la peur. Elles étaient mortes.
-Co...comment cela se fait il ? Personne n'a pu entrer ! Une maladie ou quelque chose du même genre ?
-Non ! Elles sont mortes de peur. Et j'ignore complètement ce qui a pu les effrayer à ce point là. Vas vérifier les traces !
Tenak se releva et avança doucement vers la porte de la grange, de peur de provoquer la furie des moutons de tête. Une fois dehors, il entreprit de chercher les traces de la chose qui avait pu effrayer le mouton. Mais il n'y avait rien. Pas même une seule empreinte. Il en resta sans voix face àce phénomène impossible, il n'entendit même pas le vieux berger le rejoindre.
-Alors ?
-Rien ! Rien du tout. Pas de branches cassées, de traces, ou autre chose qui aurait pu révéler une présence. C'est comme si c'était...impalpable.
-Ne dit pas de bêtises ! Les seules choses qui ne sont pas palpables sont le vent et les odeurs ! Le jour et la nuit ! Si tu ne trouves pas de traces distinctes, cherche les d'une autre manière ! Moi je vais essayer de calmer les bêtes !
Le vieux berger revint vers son troupeau en lâchant une série de malédictions. Tenak savait pertinemment que la perte de plusieurs de ses brebis le mettait dans un accès de colère à ne pas sous-estimer. Il se dirigea donc vers l'arrière de la battisse en bois mais s'arrêta à quelques pas. Une odeur forte et désagréable vint lui piquer les narines sans qu'il puisse deviner ce que c'était. Il avança de quelques pas et l'odeur devint plus forte encore. Il ne put s'empêcher de se boucher le nez après avoir reconnu ce que c'était. Il régnait en effet une épouvantable odeur de décomposition, Tenak faillit avoir un haut le c½ur.

Il se détourna de la zone infestée retourna voir Jonathan qui était en train de caresser doucement les oreilles d'une brebis tremblante. A son approche, il se redressa et le toisa en croisant les bras. Tenak n'avait jamais aimé cette attitude. Cela montrait qu'il avait un coupable à trouver et qu'il ferait tout pour que celui-ci soit châtié comme il me mérite.
-Alors ? répéta t'il
-J'ai senti quelque chose derrière la grange. Une horrible odeur de pourriture. Je n'ait jamais senti ça de façon aussi forte.
Le vieux berger ne fit aucun commentaire et se dirigea vers l'endroit indiqué par son neveu. Il marcha d'un pas si rapide que Tenak dut presque courir pour pouvoir rester à son niveau. A nouveau, l'odeur de décomposition se fit sentir et le jeune homme dut appliquer la manche de sa tunique sur son nez pour pouvoir tenir. Le vieil homme, lui, ne semblait aucunement gêné, et tournait la tête a plusieurs endroits tout en regardant parfois le sol à la recherche d'empreintes de pas. Il sembla se parler a lui même.
-Quelque chose est bien venue cette nuit. Je ne sais pas comment elle a fait pour disparaître comme ça, mais quelle que soit cette saloperie, j'aurai sa peau !
-Que fait on alors ?
-Et bien on emmène le troupeau vers les pâturages. L'odeur risque d'exciter les males encore plus qu'ils ne sont.
Ne trouvant rien à redire face à son raisonnement, Tenak acquiesça et se dirigea avec Jonathan vers l'entrée de la grange. Ils durent se résoudre à faire sortit les bêtes une a une, les faire sortir en même temps étant impossible vu leur état d'excitation. Cela leur prit de nombreuses minutes, au cours desquelles le vieux berger continua de lancer ses malédictions. Tenak, lui, préféra ne pas parler, de peur de faire retourner la colère de son oncle contre lui.
Une fois cela fait, ils commencèrent à mener le troupeau vers les pâturages, ce qui ne fut pas chose facile, car de nombreuses bêtes tentèrent de s'échapper. Durant le trajet, Tenak essaya plusieurs fois d'engager la conversation, mais le vieil homme resta silencieux, absorbé dans ces réflexions. Découragé, le jeune homme décida d'en faire de même et se remémora les souvenirs de la veille. Tout de suite, l'esprit de la jeune femme germa dans sa tête, et il ne put s'en détourner pendant les derniers kilomètres qui les séparaient de leur destination. Ce ne fut qu'une fois arrivé, que le troupeau consentit à se calmer, et se dispersa lentement, comme à son habitude, pour pouvoir brouter tranquillement l'herbe verte et grasse. Jonathan vint s'asseoir sur sa souche, son bâton sur les genoux, suivi de Tenak qui s'installa accroupi juste à coté de lui. Silencieusement, il regardèra les bêtes s'épanouir et récupérer leur tranquillité légendaire. Le vieux berger soupira, la lassitude se lisant dans son regard.
-Trois bêtes en moins...trois...ça ne m'était plus arrivée depuis plusieurs années.
-Ce n'est pas de ta faute. On va traquer la saleté qui a fait ça et on l'accrochera près de ton autre trophée.
En l'entendant parler de son fameux trophée, Jonathan gloussa de bonne humeur.
-Ah oui ! Il m'en a causé des ennuis, ce loup ! Mais j'ai fini par l'avoir, et ce ne fut pas une mince affaire. Avec sa fourrure accrochée au dessus de la cheminée, il n'est plus près de recommencer.
Il gloussa de nouveau, Tenak lui sourit en voyant sa bonne humeur retrouvée.
-Et on lui fera la peau à cette bestiole. Tu la dépouilleras de sa fourrure, comme pour le loup.
-Mauvaise idée, vu l'odeur qu'elle semble apparemment dégager, il vaudra mieux l'enterrer bien profondément dans le sol et à l'avenir on évitera de passer de ce coté.
Le rire des deux bergers fut joyeux et accentué par la magnifique journée qui commençait. Le vieil homme se remit à sa tache et porta toute son attention sur son troupeau, se balançant doucement sur sa souche. Tenak le laissa vaquer à ses occupations et s'éloigna donc de lui pour se diriger vers le centre des pâturages. Il s'arrêta à coté de quelques brebis qui ne lui prêtèrent pas attention et s'assit à même le sol, les jambes croisées.

Machinalement, il arracha une touffe d'herbes longues comme un pouce et possédant six petites graines vertes. Il coinça l'herbe entre ses deux pouces de façon experte et la porta à ses lèvres pour souffler doucement dessus. Un son aigu et très léger emplit l'air, faisant sursauter quelques brebis qui recommencèrent aussitôt à brouter. Il bougea légèrement l'un de ses pouces et une autre note suivit la première, un peu plus grave à présent.
Il parvint à produire une mélodie, que certains musiciens auraient nommé barbare, mais que Tenak appréciait. Il ne souvint du véritable nom de l'herbe, lui même l'appelant son « herbe à siffler » .Il s'arrêta quand une jeune brebis vint délicatement taper le genoux du jeune homme avec son museau.
-Et bien Marguerite ? Tu n'est pas avec Mathilde ? A moins que se soit ma musique qui te plaise ?
Tenak sourit. Il avait toujours été persuadé que les moutons appréciaient quand il jouait de l'herbe à siffler. Marguerite se fit plus insistante encore. Tenak se leva pour se diriger vers l'endroit où se trouvait la plupart des moutons, Marguerite venant gambader autour de lui. Quand il s'arrêta de nouveau, il vit qu'elle le regardait avec insistance.
-Qu'est ce que tu as ? Tu veux quelque chose ? Tu cherches Mathilde ?
Les deux jeunes brebis étaient nées le même jour. Mathilde avait un tempérament de voyageuse alors que Marguerite s'était toujours fait discrète. Tenak les voyaient rarement séparées. Il se mit donc à chercher sa petite protégée du regard, passant d'un groupe de moutons a un autre. Mais il dut se rendre a l'évidence, elle était introuvable. Il jura entre ses dents.
-C'est pas vrai ! Elle a encore recommencé.
Quand il se précipita vers Jonathan, la petite brebis ne bougea pas, se contentant de regarder le berger courir a toute allure vers le vieil homme.
-Jonathan ! Jonathan ! Mathilde s'est encore enfuie !
-Encore...cette fois elle n'échappera plus a la corde, maugréa t'il en se relevant lentement.
-Laisse, je vais la chercher. Elle est sûrement retournée vers la forêt.
-C'est une mauvaise idée. Si ce que tu m'as dit hier est vrai, et vu ce qui s'est passé cette nuit, ça pourrait être dangereux. Et puis tu m'as dit qu'elle avait été effrayée.
-Je ne sais pas...je vais quand même y aller.(l'homme s'apprêta a protester)Promis, au moindre danger je reviens.
-Bon...je te fais confiance. Mais reviens directement si tu sens ou remarques quelque chose de louche !
Tenak ne pris pas la peine de répondre et se retourna pour se précipiter vers la lisière de la foret. Il entendit hurler le vieil homme derrière lui.

-Dis toi bien que tu passeras un sale quart d'heure si jamais il t'arrivait quelque chose. Deux problèmes le même jour..., se dit il à lui même sans que Tenak puisse l'entendre
Tenak savait que cette remarque était plus un moyen de le rassurer qu'une menace. Il décida de courir sur le coté plutôt que de traverser le troupeau, de peur d'affoler de nouveau les bêtes. Il ne tarda pas à arriver à l'orée du bois, juste à l'endroit où les arbres projetaient leur ombre sur le sol herbeux. Il hésita, puis lentement, comme si il entrait a l'intérieur d'un sanctuaire.
L'atmosphère de la foret était humide, bien qu'il n'ait pas plu récemment. Tous ses sens en éveil, le jeune berger avançait prudemment, regardant de tout coté de peur de voir apparaître une menace quelconque. Quelques jours plus tôt, il n'aurait pas eu ce genre d'inquiétude, mais même l'air de la foret semblait plus lourd et oppressant, et Tenak se surprit à transpirer dans sa tunique.
Il s'arrêta soudain, sentant tout d'un coup une odeur qui ne lui était que trop familière. Il porta la manche de sa tunique vers son nez, l'odeur de pourriture qui venait de l'agresser étant trop forte. C'était comme s'il s'était trouvé en plein milieu d'un bon nombre de cadavres a un stade très avancé de décomposition. Bien que la peur commença a lui nouer les entrailles, il continua d'avancer parmi les ombres, l'oreille aux aguets.
Il sursauta en entendant un bruit d'éclaboussures suivit d'un liquide froid qui se mit a couler le long de sa jambe. En baissant le regard, il s'en voulut aussitôt d'avoir été effrayé par une simple flaque d'eau. Il se sentait sur les nerfs. Plus vite il aurait retrouvé la brebis égarée, plus vite il pourrait sortir de cette maudite foret.
Il se surprit à vouloir faire aussitôt demi-tour. Comment pouvait il penser une chose pareille. C'était une attitude de lâche ! Il se mit alors à accélérer le pas, se mettant à crier le nom de Mathilde tous les dix mètres. La foret se fit plus dense à présent, il se sentait piégé...
**


Le Navin accéléra l'allure, tentant de mettre le plus de distance possible entre lui et son poursuivant. Il sauta par dessus un arbre mort à terre, faisant un bond de plusieurs mètres avant de reprendre aussitôt sa course. L'épée qu'il tenait à la main la gênait horriblement, mais il se sentait plus en sécurité, bien que ce n'en fut pas le cas.
L'odeur de décomposition le suivait à la trace, c'était un supplice pour son odorat délicat. Il porta la main a son cou, espérant découvrir le poids familier du collier qu'il transportait, raison pour laquelle il était poursuivi par cette hideuse créature.
Sa longue queue avait été dégagée de sa ceinture, lui permettant de courir de façon plus aisée. A présent elle battait sauvagement l'air, au rythme de ses jambes. Il devait se retenir pour ne pas s'arrêter, car cela signifierait sa mort. Il entendit le hurlement de la bête, tout proche, signe qu'il se rapprochait dangereusement. Peut être que s'il arrivait a sortir du bois, il serait sauvé, la lumière étant gênante pour la bête.
Un mouvement furtif sur sa droite lui fit tourner la tête. Il le voyait : Une silhouette sombre se déplaçant à quatre pattes et courant comme si le fouet de son maître était à ses trousses. Elle tourna son affreuse tête vers lui, et le Navin put clairement distinguer deux rangées de crocs acérés. Son pelage se confondant avec les ombres, ses yeux rouges l'observant avec la folie animale de toute bête infernale, il pouvait facilement disparaître dans les ténèbres de la foret. Cette vision cauchemardesque lui fit redoubler d'effort, et , ignorant sa poitrine en feu, il augmenta ses enjambées.
La gueule béante se transformant en un affreux rictus avant qu'il ne se confonde avec les ombres de la foret. Désormais elle pouvait surgir de n'importe quel endroit, rendant la menace plus sérieuse encore.
Il entendit alors une voix qui se répercutait en échos, une voix d'homme, ou de jeune homme plutôt.
-Mathilde ! Mathilde où est tu ? Mathiiiiilde !
Inconsciemment, le Navin se dirigea vers cette voix lorsque quelque chose percuta violemment son dos, le faisant chuter lourdement sur le ventre. Il eut juste le temps de se retourner sur le sol au moment où le monstre était sur lui.
Ses griffes se mirent à lui lacérer le ventre pendant que sa gueule tenta de se refermer sur son visage. Retenant la douleur sui se répercutait dans ses cotes, il lâcha son arme et tenta de repousser sa mâchoire du mieux qu'il put. La saisissant a l'endroit où les crocs ne pouvaient pas l'atteindre, il poussa de toute ses forces, de la bave putride coulant sur ses bras. L'odeur était si forte qu'il faillit perdre conscience.
Dans un effort qui lui fut presque intolérable, il parvint à faire basculer la créature sur le coté et lui décocha un violent coup de pied à la mâchoire, les crocs le blessant au pied. Ignorant la douleur qui commençait à être insoutenable, il tenta d'atteindre son épée lorsqu'il ressentit une horrible douleur à la jambe. Le créature venait de le saisir à la cheville et essayait de la lui broyer, ce qui ne tarderait pas à venir.
Il senti enfin la garde de son épée et, dans un geste désespéré, se redressa soudainement pour porter un coup vers le ventre du monstre. Celui-ci lâcha aussitôt la jambe de sa victime et détala à toute vitesse vers le c½ur de la foret en lâchant des aboiements plaintifs.
Au bord de l'agonie, le mystérieux personnage se laissa retomber sur le dos, la respiration suffocante. Il lâcha la garde de son épée et essaya de voir une dernière fois ce qui l'entourait. Il put distinguer vaguement une petite créature à quatre pattes au pelage blanc qui l'observait d'une curieuse façon. Derrière lui, un jeune homme accourait, sûrement celui qui avait crié un curieux nom. Il laissa échapper une grimace suivit d'un pauvre sourire, son sacrifice ne serait peut être pas vain...
**



Tenak ne sut dire a quel moment il avait entendu le hurlement. Tout ce dont il se souvint c'était qu'il courait depuis un moment maintenant. Il se rappela de plusieurs grognements, comme ceux d'une bête féroce, suivis de cris déchirants d'une personne qui souffre. Etait ce du courage ou de la folie ? Il était persuadé qu'il courait vers sa perte, mais l'idée de laisser une personne en danger lui était insurmontable.
La surprise fut totale lorsqu'il aperçut le brebis fuyarde qui lui tournait le dos. Elle regardait un homme allongé au sol. Là, son c½ur se souleva. Ses vêtements était déchirés en grande partie et son torse était ouvert en plusieurs endroits. Mais sa jambe était ce qu'il y avait de pire. Ce n'était plus qu'une charpie sanglante, laissant apparaître des traces de morsure qui s'étendaient du genou vers le début de sa cheville. Sa chemise déchirée ne parvenait pas à imbiber le sang qui s'écoulait en plusieurs endroits. Le regard horrifié, Tenak porta la main à sa bouche.
-Oh mon dieu...

L'homme hoqueta et cracha du sang qui s'écoula le long de son menton. Mais était ce vraiment un homme ? Ses oreilles n'avaient rien d'humain, elles étaient longues, de forme triangulaire, et de la même couleur qui ses cheveux bruns. Une légère fourrure brune était a présent visible sur son torse, de longues traces rouge s'écoulant comme une rivière de son ventre mutilé. Il ressemblait trait pour trait a ces étranges créatures qu'il avait vu dans le feu, la dernière nuit.
Un gémissement le fit aussitôt sortir de ses pensées. Il s'agenouilla prés du corps étendu au sol et examina les blessures tout en essayant de le calmer par des paroles réconfortantes. Les blessures étaient graves, trop graves, et plus d'une fois il grimaça après avoir regardé une plaie beaucoup plus profonde que les autres.
-Vous m'entendez ? Je vais chercher de l'aide. Il ne vous arrivera rien, vous allez vous en sortir.
Pourtant Tenak doutait de ses propres paroles, les blessures lui avaient fait perdre beaucoup de sang. Jonathan saurait quoi faire, lui.
Au moment où il s'apprêtait a se relever, le blessé s'agrippa à son bras, l'attirant vers lui avec une force qui surprit le jeune berger. Il essaya d'articuler, mais dut cracher de nouveau pour pouvoir parler.
-La...la...la pierre des cinq lois. Je...elle...
-La pierre des cinq lois ?
-Il ne faut pas laisser le seigneur Ka...Kannan se l'approprier. Il ne...ne faut pas...
-Je vous en prie, laissez moi aller chercher du secours. Vous...vous risquez de mourir.
Tenak essaya de se dégager mais le mourant l'attira un peu plus vers lui. Il se mit alors à porter maladroitement son autre main à son cou. Tenak s'alarma ; plus il traînerait, et plus la mort se rapprocherait du pauvre homme. Ce dernier tira d'un coup sec quelque chose qui se trouvait sur cou et lui tendit un objet brillant dans la paume de sa main.
Le jeune homme en resta ébloui. On aurait dit un diamant à quatre cotés, dont chaque coté portait sa propre couleur ainsi qu'un symbole que Tenak ne put reconnaître. Sans qu'il ne puisse dire pourquoi, de cet objet semblait émaner une sorte d'aura qu'il ne comprit pas mais qu'il ressentait.
-La pierre des cinq lois...Protége la et ne l'approche ja...jamais du feu...
-Oui...,dit il, prenant cela comme ses dernières volontés bien qu'il ne voulut pas l'admettre.
Presque cérémonieusement, il prit lentement la pierre, la faisant rouler doucement dans sa propre paume, avant de refermer sa main. Le mourant se mit a sourire, un filet de sang coulant entre ses lèvres.
-Ne...ne la montre à personne et...ga...garde la loin du feu...tu...remes la à...à
-A qui dois je la remettre ?
Mais l'homme ne répondit pas. Sa bouche était entrouverte et son regard à présent lointain. La pression qui s'était accumulée dans ses doigts se relâcha, on aurait presque pu croire que le mort souriait.
Tenak se releva aussitôt, l'horreur se lisant dans son regard, et se précipita vers la sortie de la foret, la petite Mathilde le suivant avec peine. Il ne vit pas les deux yeux rouges, au regard cruel, qui l'observaient avant de disparaître a l'abri de l'ombre.
**



Jonathan soupira de lassitude et retira la gourde de sa besace pour boire à grandes gorgées. De l'eau coula sur sa barbe grise, avant de goutter lentement sur le sol et son pantalon. Il se remémorait les temps anciens, l'époque où il était encore un jeune homme pleine de ressources, et avide de découvertes et d'aventures. C'était un jeune idiot, qui ne pouvait pas voir la vérité du monde en face.
A présent il était vieux, vieux et faible. Mais ses conaissances accumulées lors de ses voyages l'avaient rendu sage et avaient changé une grande partie de son caractère. Dieu qu'il avait put être naïf. Tenak ne lui ressemblait pas de ce coté. Lui au moins ne se décourageait pas aussi facilement devant un problème, alors que durant sa jeunesse, la moindre bifurcation sur ses rêves et il s'effondrait sur sol, anéanti. Et pourtant le soleil continuait de se lever et la vie avait repris son cours.
Son neveu était comme lui au même age : Plein de rêves et de promesses. Il attendait que la vie lui sourie pour se mettre en route. Abandonner toute son enfance derrière lui pour devenir un homme. Aurait il le courage alors que son propre oncle ne l'avait pas eu ? Jonathan gloussa. Il se faisait décidément trop vieux, et s'il ne faisait pas attention, il finirait comme tous ces gateux à qui on doit donner à manger a la cuillère et nettoyer la bave qui coule entre leurs lèvres.
Non, il n'en était pas encore là. Il pouvait encore mener le troupeau seul, et il arriverait à tuer la bestiole qui lui avait pris trois chèvres. Et comme promis, il enterrerait sa dépouille dans la foret, oui, avec son neveu. Et il cracherait sur la terre fraîchement retournée pour que cela l'accompagne jusqu'en enfer. Cette simple pensée le fit sourire. Il n'était pas encore près de devenir fou et sénile.
Un mouvement près de la foret détourna son attention, et il vit Tenak accourir vers lui, la fuyarde à ses cotés. Il se mit a sourire de plus belle, il était tellement de bonne humeur qu'il n'attacherai même pas la jeune brebis à un arbre. De toute façon il n'en avait jamais eu l'envie. Mais son sourire disparut en voyant l'expression affolée de son neveu. Il s'était passé quelque chose dans la foret.
Oubliant ses courbatures, il se releva rapidement et, s'aidant de son bâton à musique, se dirigea vers le jeune homme. Celui s'arrêta à quelques mètres de lui et s'appuya sur ses genoux, essayant de reprendre son souffle. Tentant de parler malgré le manque de souffle, il parla de façon incompréhensible. Jonathan s'avança et posa sa main sur l'épaule de Tenak tout en lui intimant de se calmer.
-Respire gamin ! Reprends toi ! Dis moi ce qui s'est passé ! Qu'as tu vu ?
-La bas...un homme...je ne sais même pas si c'est vraiment un homme...il est blessé...mortellement je crois...je pense même qu'il est déjà mort...
-Conduis moi vers lui mais ménages toi. Je n'aurais pas l'air malin si tu me tombais entre les bras.
Il avait parlé d'un ton calme et froid, le ton qu'il employait lorsque son caractère sérieux s'emparait de lui. A la suite de Tenak, il entra dans la foret après quelques minutes de marche. Elle était bien différente que lors de sa dernière visite. Elle lui semblait inhospitalière, comme si les arbres les regardaient de façon menaçante.

Ils marchèrent pendant de longue minutes encore, jusqu'à ce que Tenak s'arrête, l'air interdit.
-Je ne comprend pas...il était ici pourtant. Il était là, juste la, en train d'agoniser.
-Calme toi bon sang, cracha le vieux berger sous le ton du reproche. Cherche les traces, si il était là, elles, au moins, ne se sont pas volatilisées !
Sous l'ombre de la cime des arbres, les deux hommes se dispersèrent, cherchant chacun de leur coté. Alors que Jonathan tâtait le sol de sa main ridée, celle ci entra en contact avec une substance tiède et visqueuse. En la relevant, il vit que celle-ci était recouverte d'une liquide pourpre et marron. En portant l'un de ses doigts à ses lèvres il dut se rendre a l'évidence : C'était du sang mélangé a de la terre. le blessé se trouvait ici il y a quelques minutes, mais s'il était vraiment agonisant, comment avait il pu se déplacer dans son état ?
Une réponse germa dans son esprit, et il préféra ne pas en faire la remarque à Tenak, de peur de l'affoler d'avantage. Le chasseur était revenu chercher sa proie. Il entendit Tenak s'approcher de lui.
-Je n'ait rien trouvé. Aucune trace, aucune empreinte, rien du tout...et de ton coté.
Le silence se fit, oppressant et gênant.
-Tu as trouvé quelque chose ?Répéta t'il.
-Ton mort se trouvait ici même il n'y a pas cinq minutes. L'herbe est aplatie dans cette zone, et le sang est encore tiède.
-Mais...ce n'est pas possible ! Comment a t'il put disparaître ?
-Je te le dirai, mais sortons d'ici. Cet endroit est malsain et il risque de nous arriver la même chose si nous nous attardons plus qu'il n'en faut.
Quelque chose attira alors son attention au sol. Un reflet venait d'être provoqué par un léger rayon de soleil sur un objet métallique. Ecartant sans ménagement les hautes herbes,il se releva l'instant d'après, un longue épée se trouvant dans sa main droite, celle du mort.
La garde mesurait la moitié d'un avant bras et était entourée de fils d'or et d'argent qui s'entremêlaient. Une inscription se trouvait sur le pommeau recouvert de sang séché. La lame, longue et fine, portait des zébrures sur toute sa surface, et un sang noirâtre s'écoulait doucement tout le long du coté droit. L'odeur dégagée était celle de la pourriture, comme près de la cabane le matin même.
Jonathan lui jeta des coups d'½il expert, sous le regard étonné de son neveu.
-C'était à lui. Je l'ait vue prés de son corps tout a l'heure. Mais elle n'était pas a la même place. Comment cela se fait il ?
Le vieil homme soupira, devant avouer la triste vérité au jeune homme.
-C'est simple. Elle devait se trouver dans sa main au moment où la...chose qui l'a tué est revenue le chercher. Elle a du le traîner et l'arme a glissé de sa main a ce moment là. Pour ce qui est du corps, je ne pense pas que nous puissions le retrouver.
Jonathan avait parlé calmement, comme si la loi de la nature lui était plus indifférente que son cher troupeau. Il regarda l'expression de Tenak, voyant la colère animer son regard.
-On vas devoir l'abattre. On ne peut pas laisser un truc pareil se promener librement de cette façon. Un autre innocent risque d'être agressé. Un mort est déjà trop pour ma conscience et je sais que si je ne fais rien, je le regretterai toute ma vie.
-Beau raisonnement. Mais on ne va pouvoir le mettre en ½uvre si on s'attarde plus longtemps ici. A l'avenir, je pense qu'il faudra mieux éviter cette foret. On va mener le troupeau vers les vieux pâturages. L'herbe y est moins verte mais c'est moins risqué.
Tenak acquiesça en silence et le vieil homme posa une main réconfortante sur son épaule avant de partie, l'épée d'une main et son bâton de l'autre. Il ne vit pas que le jeune homme regardait sa paume dans laquelle brillait un étrange objet.
**


Le troupeau arriva enfin aux vieux pâturages. Beaucoup avaient protesté avant de partir, mais ils durent accepter l'évidence, les verts pâturages ne seraient plus à eux pendant un certain temps. Ils n'auraient le droit qu'à de l'herbe jaunie sur un sol stérile, là où la moisissure et les arbres morts étaient les maîtres des lieux.
Jonathan trouva un endroit au sec sur une pierre de nacre, et s'installa tranquillement dessus, posant son fardeau juste a coté de lui. Tenak, quant à lui, s'était mis a l'écart, le regard lointain. Le vieux berger soupira, et se releva prudemment, s'appuyant sur la pierre ronde qui bougea légèrement sous son poids. Il se planta juste à coté de Tenak et regarda l'horizon, le regard aussi pensif et lointain que son neveu.
-Comme on dit toujours, la vie continue. Je sais que ça te tracasse, mais tu ne pouvais rien faire.
-L'homme...il ressemblait à ces créatures dans la feu, la nuit dernière.
-C'était peut être encore ton imagination. Tu en as presque autant que moi lorsque j'avais ton age.
Tenak se tourna vers lui, énervé.
-Jonathan, il est temps que tu me dises ce que tu sais. Je sais ce que j'ai vu, ce n'était mon imagination. Comme je n'ait pas imaginé le hurlement de la chose qui l'a dévorée.
L'homme resta silencieux, digérant les paroles de son neveu. Finalement il se retourna et lui fit signe de le suivre. Il se réinstalla sur son siège improvisé et s'empara de l'épée au sol avant de la tendre à Tenak.

-Connais tu l'origine de cette arme ?
-C'est une épée..., dit il d'une voix peu convaincante.
-Une épée, oui. Mais c'est une épée Navin. Les symboles que tu vois sur la garde en sont la preuve.
Il appuya un index sur la zone concernée, que Tenak regarda de plus près.
-Navin ? Qu'est ce que c'est ?
-Un peuple des terres reculées. Les légendes à leur propos sont nombreuses. Mais ce qu'il faut que tu retiennes c'est qu'ils ne s'aventurent qu'en de rares occasions hors de leur tribu. Leurs connaissances sont différentes des notres. Ils ne connaissent pas l'écriture et se servent donc de symboles, leur religion diffère complètement de la notre, ils connaissent l'astronomie et l'étude des signes, contrairement à nous. D'autres sciences et lois leurs sont totalement inconnues comme la gravitation alors qu'elle n'a plus de secret pour nous. Ils n'ont pas développé le commerce car ils sont très réservés et évitent de se...disons...mélanger avec nous. Ils étudient également la magie, mais sous une autre forme bien différente de celle de notre espèce.
Le vieil homme lui laissa un temps pour réfléchir à ses paroles. Cela faisait peut être un peu trop à la fois pour lui, mais ne pas le mettre au courant pourrait le frustrer d'avantage, voir même le mettre en danger. Il tritura distraitement la pointe de sa barbe grisâtre tout en suivant le regard de son neveu sur les différents contours de l'arme qu'il tenait en main.
-Comment se fait il que ces...Navins...aient cette apparence ? Je veux dire, comment se fait il qu'il soient aussi différent de nous ?
-Tu aurais aussi put dire, « comment se fait il que nous soyons aussi différent d'eux ? ». Mais si tu veux parler de leur physique, il est presque impossible de savoir pourquoi. Certains disent qu'ils sont le mélange entre un humain et un animal. Personnellement je n'y croit pas du tout. Ce ne sont, premièrement, pas des animaux, et deuxièmement, j'ai longtemps cohabité avec eux pour en déduire que les hypothèses fournis a leur sujet sont presque toutes fausses.
-Mais alors, qui sont ils ? Demanda Tenak dont le ton commençait a hausser sous l'effet de la curiosité.
-Un peuple à part. Il arrive d'en voir en ville, mais comme je l'ai dit, ils n'aiment pas se mélanger spécialement avec nous. Beaucoup de gens ne les aiment ou ont tout simplement peur d'eux. C'est une mentalité naturelle, l'ignorance entraîne la peur.
-Comment se fait il que tu les connaisse aussi bien ?
Le tain de Jonathan se rembrunit et il regarda son troupeau d'un ½il a la fois triste et sévère.
-C'est la question qui fait mal. Je t'en parlerai tout à l'heure. Plus de questions pour l'instant
Tenak acquiesça silencieusement mais resta assis prés de son oncle, regardant dans la même direction que celui-ci. Il essayait d'être calme, bien que la curiosité le secouait violemment de l'intérieur. Tant de choses lui était inconnue. Cela ne l'étonna qu'à moitié que Jonathan en sache autant sur le monde, il était presque persuadé qu'il en savait même plus que de nombreux sages. Qui aurait put deviner que derrière le corps ridés et fragile d'un vieux berger se cachait un puit de connaissances sans fond.
Sans s'en apercevoir, il serra un peu plus sa main droite, sentant la chaleur et le poids familier de la petite pierre contre sa paume et ses doigts. Il ne put s'apercevoir que l'étrange objet s'était à présent mit a luire de façon plus intense...
**



Le seigneur observait du haut de son balcon le petit peuple s'activer parmi les allées marchandes, achetant ou vendant en fonction de leur place dans la cité. Les pauvres vendent et les riches achètent, il en a toujours été ainsi et la cité de Shihab n'échappait pas à cette loi. Le seigneur Kannan se remémora de l'instant où il avait sauvé cette ville de la débauche et de la violence. Et il n'avait pas mis longtemps pour nettoyer toute cette cité de façon efficace et pratique, rien n'avait échappé à son regard qui voyait dans le regard et l'âme des gens.
C'était un exploit d'avoir entrepris une telle action, celle qui avait marqué le début de son règne. L'ancien seigneur des lieux, un incompétent, avait étrangement disparut, personne ne pouvait savoir comment, sauf Kannan, qui connaissait précisément la fin tragique qu'avait enduré le pauvre homme. Mais qu'importe, la pire erreur fut de mettre un tel lâche sur le trône, se remplissant la panse avec la récolte des pauvres. Mais tout cela avait changé, et Kannan était considéré comme un héros, un dieu, car n'était ce pas ce qu'il était au fond, un dieu ?
Ha les brave imbéciles, pensa t'il, il ne fallait pas beaucoup à ces gens pour qu'ils est l'illusion de vivre heureux. Avec le temps plus personne ne s'était fait confiance, c'était du chacun pour sois, une spirale funeste qui n'en finissait pas. Au fond la situation n'avait pas changé intérieurement. Mais le commerce avait continué a prospérer, les traîtres a la couronne avaient été éliminé, et le peuple semblait au bord de l'illumination. Tout ça grâce au seigneur Kannan.
Pourtant, en voyant tout ce petit peuple a ses pieds, il senti comme un vide l'envahir. Il fut un temps où il fut comme eux, menant sa propre vie et laissant la politique au politicien. Au fond, qu'était il vraiment ? Il toucha instinctivement la surface de son masque de pierre. Il ne s'habituerai jamais à cette chose qu'il repoussait et qui pourtant faisait parti de sa vie, de celle du seigneur Kannan.
L'homme à la cape rouge décida d'éloigner son regard de ces créatures qu'ils méprisé plus que tout. Il les détestait, tout comme il détestait la lumière aveuglante et brûlante sur la peau de son visage défiguré. Et il maudissait par dessus tout ces blessures atroces et cicatrisées sur la moitié de son corps. Mais cela fut nécessaire, la beauté n'était qu'éphémère, il fut d'ailleurs un temps où il se trouvait beau. A présent il haïssait également la beauté extérieur.

Il se détourna ainsi de la lumière du soleil pour rejoindre l'ombre de sa chambre personnelle. Parmi l'une des nombreuses pièces du château, la chambre était celle où il passait le moins de temps, ne s'y rendant que pour réfléchir et penser, à l'abri de ses contraintes. Elle était spacieuse et beaucoup trop grande à son goût. Une penderie contenant les différentes tenues seigneuriales, qui n'utilisait pas ailleurs jamais, était située au fond, à la droite d'une grand lit, fabriqué par l'un des meilleur artisan de la cité. De l'autre coté de la pièce, un bureau, avec accroché devant, un gigantesque miroir polit qui reflétait les silhouettes de façon on ne peut plus nettes et précises. Plus d'une fois l'envie lui était venue de briser ce miroir, mais sa colère dut a chaque fois être détournée. Aujourd'hui il n'y posa qu'un vague regard.
Pourtant, aujourd'hui la colère devenait difficilement contrôlable. La chasse lui revenait souvent a l'esprit, ce fut le jour que ses créatures furent envoyées à travers tout le pays pour retrouver ce fameux porteur. Et voilà maintenant une semaine que la seconde chasse avait été donnée, et toujours aucune nouvelle. C'était a croire si les prophéties étaient vrais. Ce pourrait il que la reine des Navins se soit joué de lui ? Si c'était le cas, il la retrouverai, et elle s'en voudrai alors de ne pas avoir été tuée sur le chant.
Un tocquement contre la porte se fit entendre a la porte, suivit d'une voix timide et étouffée.
-Seigneur Kannan ?
-Oui ? Qui a t'il ? Dit il de sa voix sifflante qui lui était personnel.
-Les rapports que vous nous aviez demandés mon seigneur.
-C'est bon, entrez !
La porte s'ouvrit doucement, laissant échapper un très léger grincement, presque imperceptible. Un jeune serviteur entra, portant de nombreux dossiers et papiers a la main.
-Posez ça sur mon bureau. J'y accorderai mon attention tout a l'heure.
Le jeune homme ne se fit pas prier et posa rapidement posa les documents l'endroit indiqué avant de repartir tout aussi discrètement, non sans s'être incliné une dernière fois.
Kannan s'en approcha et les feuilleta d'un rapide coup d'½il avant de s'en détourner aussitôt. Il n'avait pas le c½ur a s'occupait de l'économie du pays. L'impatiente lui rongeait les os comme un poison.
Il s'immobilisa alors, lorsque qu'un vent frais s'engouffra dans la pièce, alors que l'air était sec au dehors. Très vite la pièce commença a s'assombrir et les bougies allumées prés du lit s'éteignirent aussitôt. L'ombre commença a se concentrer, bientôt deux lumières rouges apparurent sur une forme aussi ténébreuse que la nuit. Le vent se fit alors plus froid encore, et la lumière inexistante. La créature qui se tenait a présent devant le seigneur se tenait a quatre pattes, sa gueule, pourtant fermée, laissant apparaître des crocs de belles tailles et aussi blanche et polie qu'un os rongée. L'un de ses chasseurs était enfin de retour.
Pour la première fois depuis une semaine, l'ombre d'un sourire apparut sur la partie non cachée de Kannan.
-Alors, A tu de bonnes nouvelles a m'annoncer ? Le porteur est il mort ?
Une voix caverneuse et lointaine sortit de la gorge de l'horrible animale.
-Nous l'avons tué maître, et nous l'avons dévoré. L'un de nos frère a été touché par sa lame. Il mourra d'ici peu.

Kannan n'en fut pas surprit. Les lames Navins étaient fabriquées pour pouvoir percer même les corps les moins palpables. Les corps brumeux de ses créatures sans nom étaient sans défense face a ce type d'épée, mais cela ne les rendaient pas moins dangereuses.
-Venant en au fait. M'a tu apporté la pierre des cinq lois ?
-Non maître, la pierre a changé de porteur.
Cette fois, Kannan eut du mal a contenir sa colère, et cela se faisait ressentir dans le ton de sa voix. Sa réponse fut directe et cinglante.
-Je veux la pierre ! Peut m'importe son porteur ! Tué le !
-Maître, le porteur est garçon sous la protection du berger Jonathan. Doit on le tuer lui aussi ?
La surprise put se lire sur l'½il valide du seigneur, avant qu'un nouveau sourire fasse son apparition.
-Ainsi ce vieux fut n'est toujours pas mort et enterré ? Très bien ! Tuez le garçon et réduisez le corps de ce vieil homme en charpie. Mais avant tout, faites lui subir mille souffrance. Tuez le a petit feu et dévorez son protéger sous ses yeux. Et rapportez moi la pierre !
-Oui maître. Il en sera fait selon vos désirs.
Les dernières paroles se firent de plus en plus lointaine et bientôt la créature ne fut plus qu'une silhouette trouble avant de disparaître dans un brouillard d'ombres et de ténèbres. La lumière vacilla un petit moment avant de revenir, mais les bougies restèrent éteintes et froides.
Kannan sentait ses doigts se crisper sous la colère. Tout ce perdus lui était intolérable, passer sa fureur sur le corps fragile d'un innocent le calmerait peut être. Il s'approcha du miroir pour regarder sa silhouette dans celui-ci. En voyant son masque lui cachait le visage, il fut pris d'un violent accès de fureur, et de rage, brisa le miroir en mille morceau, le verre se répandant sur le sol .
Il sortit de la pièce avant de se diriger vers les cachots, l'endroit où tout les traîtres étaient réunis. Sa rage augmenta t'intensité en pensant au fait que le miroir serait remplacé par des esclaves d'ici ce soir...





Chapitre 2 Pierre des cinq lois

# Posté le mercredi 28 novembre 2007 11:45

Modifié le mardi 01 janvier 2008 13:36

Chapitre Trois: Projet Alpha Zero

Chapitre Trois
Changement de programme !


-Alors ? C'est le grand départ, on dirait.
-On dirait bien, oui.
Je n'aime pas le mot départ, car qui dit départ dit souvent adieu, et je n'aime pas non plus les adieux. Je préférais appeler cela un petit stage de quelques années avant de retourner à la maison. Eddie et moi attendions sur une des passerelles d'amarrage du spatioport pour une navette vers Minamino, une lune assez éloignée de notre système solaire.
Je n'avais prévu qu'une valise simple contenant quelques effets personnels, des vêtements et mes instruments de recherche. J'avais également pensé à prendre mon cube holographique, je n'aimais pas laisser un travail en plan. Eddie, quant à lui, ne pouvait s'empêcher de vérifier sa montre toutes les minutes, voulant être sûr que j'embarque dans la navette spatiale à la seconde près.
-C'est bientôt l'heure, me répétait-il inlassablement. C'est dommage que tu partes peu avant Noël, on aurait pu passer une dernière fête ensemble.
-On ne peut pas tout avoir non plus, c'est déjà bien que le boss ait accepté ma demande de mutation.
-Oui, profitons de ce que la vie nous offre plutôt que de se plaindre...

Je le sentais un peu déçu, manifestement, il regrettait mon dép...petit stage de quelques années. Mais j'étais tout de même ravi qu'il ait mis la main à la pâte pour obliger Derek à accepter ma mutation. Je tournai la tête vers l'une des baies vitrées, constatant que mon fameux réveil avait encore vu juste : Le spatioport était maintenant recouvert d'une très fine couche de neige. Oui, c'était dommage que je parte peu avant Noël...
« Navette 5, portes B7, B8, B9 et B10, embarquement immédiat ! » annonça l'un des hauts parleurs situés juste au dessus de nous.
-C'est pour toi E.V.D.
-Porte B8...ça va je ne me suis pas trompé, dis je en vérifiant ma carte de transport.
-Bon et bien...je vais devoir te laisser. Les bureaux vont être vides durant ton absence...
-Ne te démoralise pas, tu vas bien trouver une nouvelle victime à ennuyer.
-J'espère bien, sinon que vais-je faire de mes journées ?
Edward fit la moue alors que j'éclatai de rire. Nous nous dîmes un dernier au revoir alors que je me précipitais vers ma porte B8. Je fis valider ma carte de transport et en profitais pour acheter une carte journalière avant d'entrer à l'intérieur de la navette spatiale.

Cette navette avait la même forme que les avions qu'on utilisait seulement pour se déplacer sur la terre. Mais elle possédait une forme aérodynamique pour une vitesse accrue et une paire d'hyper réacteurs supplémentaire pour le passage dans l'espace. Normalement, il y aurait plusieurs escales avant d'arriver à Minamino, ce qui annonçait de très nombreux jours de trajets. La navette comprenait plus de mille places, trouver la mienne ne fut donc pas si facile.
Une fois installé, je bouclai déjà ma ceinture de sécurité avant de sortir ma carte journalière. J'avais encore trente minutes avant le décollage, et je n'aimai pas tellement patienter assis, surtout dans ce type de véhicule. Croyez moi si vous le voulez, mais j'ai souvent des points de tensions lorsque je patiente dans une position assise, allez savoir pourquoi car j'ignore totalement la raison de cette...phobie.
Une fois ma carte mise dans le lecteur et celle-ci activée, je feuilletai jusqu'à la page n°3. Tiens, il y avait une rubrique spéciale médecine...Alors que la navette spatiale se remplissait rapidement, je continuais ma lecture jusqu'à la page n°5. Je m'apprêtais à lire jusqu'au moment où je me retrouvai avec un voisin, juste à côté de mon fauteuil. C'était un vieil homme noir, dont le chapeau brun sur sa tête lui donnait un air très anglais.

-Bonjour, Monsieur. Vous prenez la navette pour Gengis ?
-Non, le terminus vers Minamino.
-Ah...Minamino...une bien belle lune, fortement attrayante. Je m'y suis déjà rendu là-bas avec ma famille. C'est pour les vacances ou bien vous venez rejoindre votre femme ?
Je riai en entendant les questions de cette personne. Quelle curiosité ! Mais qu'importe, j'aime bien parler lorsque j'attends.
-Oh non, je suis célibataire. C'est pour le travail en fait, une sorte de...promotion.
-Ah oui ? Quelle profession exercez vous ?
-Médecin chercheur. Un métier épuisant, mais je m'y plais bien.
-Moi je suis propriétaire de très nombreuses boutiques de vêtements renommées. En tout cas mes marques marchent plutôt bien, mais je déteste les porter. Étrange non ?
Je riai de nouveau sur sa remarque. Oui c'était très étrange. Peut être qu'il était le seul à connaître un défaut de taille que sa marque possédait...Je reportai les yeux sur ma page n°5 avant de froncer les sourcils après avoir lu le titre. « Étranges découvertes sur la station attaquée il y a deux semaines : Explication » Encore cette histoire ? À croire qu'il tenait vraiment à mener l'enquête jusqu'au bout. Je baissai pourtant les yeux pour lire la suite de l'article.
« Il y a deux semaines, nous avons découvert les vestiges d'une station spatiale de recherche fortement endommagée. Nous nous sommes d'abord concentrés sur les dégâts occasionnés à sa structure avant que notre équipe soit envoyée sur place pour analyser l'intérieur. Mais ce que nous y avons découvert est proche de la barbarie. Enfermés dans des pièces froides, différents sujets humains et animaux ont été retrouvés cryogénisés. Une équipe de spécialistes travaille actuellement à leur décryogénisation avant d'analyser les corps qui sont sûrement morts.

Cette macabre découverte rend toutes nos théories fausses à propos de l'attaque des terroristes, il y a maintenant un peu moins d'un mois. Nous ne pouvons donner aucune conclusion hâtive, mais après avoir recompté le nombre de victimes sur la station, identifié leur rôle puis la quantité de capsules de sauvetage disparues, il se pourrait que certains membres du personnel aient été enlevés. Nous continuons nos recherches pour en savoir un peu plus sur le rôle de cette station et sur ses activités illégales et profondément scandaleuses. »
C'est le genre de nouvelles qui donnent envie de recracher son petit-déjeuner, encore heureux que je n'avais pas d'appétit ce matin...mais cela m'avait quant même jeté un froid. On ne devrait pas tenir la population normale au courant de ce genre de choses, les gens sont si superstitieux et s'imaginent tellement de choses...
-Je peux lire ?
Je sursautai. Qui avait parlé ? Tiens mon voisin...je l'avais oublié celui-là. J'avais d'ailleurs complètement oublié l'endroit où je me trouvais. Je ne devrais pas lire mes cartes journalières lorsque je suis assis, ces histoires vont finir par me faire cauchemarder.
-Sacré affaire n'est-ce pas ?
-À qui le dites-vous...
-C'est comme cette rumeur où des scientifiques transmettraient le code génétique des humains à des chiens pour en faire des hybrides...effrayant.
-Il ne faut pas croire tout ce que disent les rumeurs.
-Peut-être...

Il ne semblait pas tout à fait convaincu...Tant pis pour lui, ce n'est pas moi qui vais passer une nuit blanche. Je préférais ranger mon lecteur de cartes et me promettais intérieurement de ne plus croire ce genre de calomnie. C'était peut être des journalistes qui lisaient trop de thrillers, tout simplement.
« Notre équipe de vol vous souhaite la bienvenue à bord de ce palmarès 735. Nous vous rappelons que ce vol est non-fumeur et qu'il est interdit de toucher, modifier ou détraquer les détecteurs de fumées situés dans les toilettes. Les démonstrations de sécurité vont vous être présentées... »
C'étaient les consignes de sécurité habituelles. Ne voyant pas de véritable intérêt à suivre un décollage, je me mis correctement sur mon fauteuil et, croisant les bras, je fermai les yeux. Je ne sais pas si c'était l'excitation ou bien l'ennui, mais j'étais épuisé. Je ne tardais pas à entrer dans un sommeil qui, heureusement, fut sans rêves...

Il fait chaud...beaucoup trop chaud...l'eau qui ruisselait sur son corps nu s'était pratiquement évaporée. Et puis tous ces bruits, toutes ces explosions lui donnaient mal à la tête. Elle se déplaça de quelques pas avant de trébucher. Ils l'avaient laissé trop longtemps inactive, elle avait du mal à bouger correctement et ses muscles ankylosés lui arrachaient régulièrement une grimace.
Pourquoi tout était aussi...vide, aussi...détruit ? Ce n'était pas comme cela la dernière fois. Relève toi tout de suite, se disait-elle à elle-même ! Et elle se releva, faisant un pas en avant, puis deux. Elle était déjà épuisée...Allons, ne reste pas sur place comme cela ! Bouge toi vite !
Elle avait atteint la porte métallique, où plutôt ce qu'il en restait. Ne perds pas de temps ! Continue d'avancer, se répétait elle inlassablement. Elle se retrouva dans un long couloir. Impossible d'aller à droite, un incendie lui barrait le passage. Bon...allons à gauche alors. Là, quelque chose par terre, un corps...de soldat, à première vue.
Elle se baissa, constatant qu'il était recouvert d'une substance pourpre. Elle trempa ses doigts dedans, c'était tiède et collant, avant de la porter à ses lèvres. Du sang, cet homme était mort. Peu importe, ce n'était pas le corps qui l'intéressait. Elle lui dégrafa son gilet, le poussant du pied pour le faire basculer et le retirer. C'était poisseux de sang, mais au moins elle serait en partie couverte.
La jeune fille déambula dans les couloirs de la station. Ici, aucune trace de vie, seulement des corps sans vie de chercheurs ou de soldats. Non loin d'elle, elle entendit un coup de feu puis une violente explosion. Que se passait-il ?


Je crois que c'est le froid qui m'a réveillé. Ou bien l'absence de lumière. Où étais-je ? Je tournais la tête vers la gauche pour regarder par la vitre de la navette spatiale. Celle-ci était en plein espace, je comprenais maintenant pourquoi il faisait si froid. Quelle heure était-il ? J'entendis un long ronflement plusieurs rangées derrière moi ; la plupart des passagers étaient en train de dormir.
Dehors, il était impossible de savoir s'il faisait jour ou nuit, c'était le noir complet. La seule lumière venait des étoiles lointaines et clignotantes, avec curiosité, je me demandais combien l'univers en possédait. Mais dieu, qu'est ce qu'il faisait froid ! Comment pouvait-on réussir à dormir avec une telle température ?
Je sentais également quelque chose de doux sur mes jambes. Je constatai que c'était une couverture chauffante. Je souriai, ne voulant pas imaginer ce qu'il pouvait arriver aux passagers sans cet objet indispensable. L'espace était vraiment quelque chose de sombre et froid. Je dépliai donc ma couverture et la jetai sur mes épaules, tandis que la chaleur se répandait sur ma peau et dans mon corps. D'un coup, ça allait tout de suite beaucoup mieux.
-Excusez-moi...la navette a pris son envol depuis combien de temps maintenant ? dis-je en tournant la tête vers mon voisin. Enfin plutôt ma voisine...Il m'avait dit qu'il sortait un moment avant Minamino...peut-être était ce le cas. Quoi qu'il en soit, mon nouveau compagnon de voyage était maintenant une très jeune fille, sûrement pas plus de seize ans, qui était en partie cachée dans sa propre couverture, dormant paisiblement. Si mon ancien voisin était sorti, cela voulait donc dire que je dormais depuis maintenant plus de...sept heures ? C'était l'ennui sûrement, l'ennui fatigue c'est bien connu.
J'entendais la respiration de la jeune fille à côté de moi : profonde, presque silencieuse...c'était agréable à entendre. Et elle paraissait si fragile. Je détournai la tête pour me reconcentrer sur mes étoiles, essayant de reconnaître les constellations. Mais sans aucun sens de l'orientation et de l'endroit où je me trouvais, c'était très difficile. Mais je crois avoir reconnu la constellation du lotus et sa s½ur, celle de la licorne. Je profitais de cette contemplation car il était impossible d'apercevoir ne serait ce qu'une seule étoile en ville.

Je clignai des yeux, ceux-ci étaient extrêmement secs. C'était sans doute le froid qui faisait ça et cela restait très désagréable. Mais un frissonnement près de moi me fit aussitôt oublier cette gène. Même avec sa couverture, la jeune fille semblait grelotter. Rêvait-elle en ce moment ? Je cherchai dans mon petit sac, retirant ma veste bleue avant de la poser délicatement sur les épaules frêles de ma voisine qui était recroquevillée sur son siège.
Mais à peine l'avais-je touché qu'elle se réveilla en sursaut, poussant un petit cri de surprise. Regardant à droite à gauche, elle respirait rapidement, comme effrayée. Elle venait sans doute de faire un cauchemar. Malgré le noir complet, je pus deviner la couleur de ses yeux qui luisaient dans la nuit éternelle de l'espace. C'était un bleu, un très beau bleu ciel.
Son regard s'attarda sur la veste que je tenais en main et qui glissa doucement de ses épaules. Sans doute se demandait elle ce que j'avais l'intention de faire. J'avançai à nouveau le bras et entourai ses épaules sans qu'elle ne fasse ni gestes de recul ni commentaires.
-Tu tremblais, alors je croyais que...que tu avais froid...
Aucune réponse, elle continuait de me dévisager. Elle allait mal le prendre, c'était certain. Les jeunes filles ne doivent pas vraiment aimer parler à des inconnus. Je tentai tout de même ma chance une deuxième fois, espérant engager une discussion simple.
-Tu as faim ? Si tu veux, j'ai quelques biscuits...
Je crois qu'elle est vexée pour refuser de m'adresser ainsi la parole. Et pourtant, son regard ne lâchait pas une seule seconde le mien. Ce fut moi qui repris le contact, gêné par tant de...silence de sa part. Bon, puisqu'il en était ainsi, autant passer le temps efficacement. Cherchant de nouveau dans mon sac, je lui adressai la parole une troisième fois, n'espérant plus rien cette fois-ci.
-Tu peux garder la veste si tu veux, elle tient chaud, tu verras.

Toujours aussi muette, je devinai pourtant ses doigts se refermer sur chaque pan de ma veste tandis qu'elle s'emmitouflait correctement dans celle-ci, sa couverture par dessus. J'étais assez content, au moins je n'avais pas bougé pour rien. Mais où avais-je donc rangé ce cube holographique ?
Lorsque je le sortis, je réglai sa luminosité, de peur de gêner les passagers autour de moi et d'être réprimandé. Une fois cela fait, mon corps humain atteint de cette maudite « Elicope » apparut sous mes yeux. Je soupirai intérieurement, n'ayant pas le courage de travailler plus d'une heure dessus.
Je passai d'abord au premier stade du cancer, puis au deuxième, essayant de trouver une similarité. J'étais certain que la clef se trouvait entre les deux, mais impossible de trouver de réponses satisfaisantes. Les tracés rouges se superposaient sur l'hologramme, avant que je ne les efface tous, agacé. C'était toutes ces personnes autour de moi. Dormant bruyamment, elles m'empêchaient toutes de me concentrer correctement.
Alors que j'allais éteindre mon hologramme, le doigt de ma voisine se posa dessus, ne laissant qu'un seul et unique point lumineux. Je la regardai, perplexe. Prenait-elle cela pour un jeu ? Je me concentrai donc sur ce seul point avant d'écarquiller les yeux. Le foie ! Elle avait désigné le foie ! Pourquoi n'avais-je jamais pensé au foie ? Je réfléchissais longuement, repassant toutes mes notes en tête. Je n'en croyais pas mes yeux : une gamine que je ne connaissais pas et qui ne parlait pas aux inconnus venait de trouver la réponse que des dizaines de chercheurs hautement spécialisés essayaient de découvrir depuis plusieurs mois, en vain.

-Et bien...Mine de rien, tu es drôlement intelligente tu sais...
Toujours aussi silencieuse, mais peu importe, j'étais drôlement content d'être enfin libéré de cette charge de travail, bien qu'un peu frustré que ce soit une jeune fille qui ait dû m'aider pour cela. Mais quelque chose m'échappait : comment pouvait-elle savoir ce qu'était « Elicope » ? Après tout, c'était une affaire d'état top secret...il fallait absolument que je l'interroge je, mais pas ici c'était peu discret.
-Dis-moi, tu es dans cette navette depuis combien de temps s'il te plait ?
Toujours aucune réponse ? Je la vis pourtant lever son bras et me montrer son majeur.
-Une heure ? Tu es ici depuis une heure ?
Elle acquiesça, prouvant que j'étais dans le vrai. Ce que je ne comprenais pas, c'était pourquoi elle ne me répondait pas clairement. Ce n'était pas que ça me gênait, mais les dialogues silencieux me laissent perplexe. Je lui souris gentiment, lui montrant que je n'étais pas le moins du monde agacé.
-Je ne veux pas être méchant mais...tu ne sais pas parler ? Tu as donné ta langue au chat ?
Elle acquiesça une seconde fois. Muette ? Je n'avais pas pensé à cela...Difficile d'engager la conversation avec une personne qui était dans l'incapacité de parler. Je passai ma main dans mes cheveux, essayant de paraître le plus naturel possible. De toute façon, elle ne semblait pas bien...bavarde. Je me réinstallai confortablement sur mon fauteuil, prêt à m'endormir une seconde fois.
Ce fut de petites secousses qui me réveillèrent, tandis qu'une voix masculine résonnait dans tout l'appareil.

« Nous allons traverser une zone de haute perturbation et sommes obligés de dépressuriser l'ensemble de ce Palmarès 735. Nous vous demandons de garder votre calme, des masques à oxygène vont vous êtres fournis à l'instant. »
Aussitôt dit, de petites trappes au-dessus de chaque place s'ouvrirent, laissant échapper des masques jaunes rattachés vers le haut par une arrivée d'air en plastique. Le coup de la dépressurisation, c'était bien la première fois que cela m'arrivait, et il faut dire que je ne me sentais pas du tout à l'aise. Et je n'étais pas le seul puisque des voix paniquées résonnaient un peu partout. Je tournai la tête vers ma voisine muette, mais à mon grand étonnement, celle-ci regardait son propre masque, les sourcils froncés, sans faire un seul mouvement.
Elle ne comprenait sans doute pas ce qu'il se passait. Je l'aiderais après, mais d'abord j'attrapai mon propre masque, tirant sur la ficelle pour la faire passer derrière ma tête et l'enfiler correctement. Dés ma première respiration, j'eus une violente brûlure à la poitrine, tandis que ma tête se mettait à tourner. Que se passait-il ? Cet air était vicié ? Je voulus lever les bras pour le retirer, mais ceux-ci ne voulaient plus m'obéir, tombant mollement de chaque coté du siège.
Je ne pus que tourner la tête vers la jeune fille qui n'avait toujours pas mis le sien, comme si elle savait ce qu'il contenait. La voix résonna de nouveau, bourdonnant dans ma tête comme si elle était amplifiée.

« Mesdames, Mademoiselles, Messieurs, nous vous demandons de garder votre calme. L'air que vous respirez est un gaz paralysant qui ne vous fera aucun mal mais qui nous permettra d'opérer sans aucune rébellion de votre part. Considérez vous maintenant comme nos otages jusqu'à nouvel ordre. À votre réveil, nous vous conseillons de coopérer, absolument aucun mal ne vous sera fait. Sachez seulement que si vous refusez d'obéir, nous n'hésiterons pas à utiliser les grands moyens pour parvenir à nos fins. »
À ces mots, deux gardes armés firent irruption près de nous. Ils étaient tout de rouge vêtus, un béret noir sur la tête avec le signe du lion imprimé dessus : des terroristes. « Nous espérons que vous passerez malgré cela un très bon vol et que vous profiterez de ce voyage. »
L'arrogant personnage ! Je sentais déjà que mon voyage qui devait être tranquille et m'amener à mon prochain lieu de travail allait se transformer en véritable enfer. Je crois avoir vu, avant de tomber inconscient, la jeune fille dormir profondément à côté de moi. Pourtant elle n'avait pas son masque...quelque chose me disait qu'elle faisait semblant.





Chapitre Trois: Projet Alpha Zero

# Posté le jeudi 29 novembre 2007 15:39

Modifié le vendredi 07 décembre 2007 12:28