Du nouveau!

Du nouveau!
**Hum...je ralentis! Cela doit être à cause de cette fatigue omniprésente qui m'accable régulièrement. Quoi qu'il en soit, j'avance doucement mais surement pour mon nouveau projet. Il y a encore que peu de monde qui vienne me passer le petit coucou par ici, mais je remercie énorment ces personnes pour leurs commentaires et pour leur soutient.**

**Une petite idée m'est venue d'ailleurs à partir de cela: créer un récit à plusieurs! Je m'explique: deux ou trois personnes utilisant leur propre experience sur l'écrit et la littérature pour former une seule etme histoire. Personellement, je trouve cette ie à la fois bien et enrichissante, mais à vous de me donner votre avis également!**

**Bon, pour pouvoir parler d'autres choses que d'écrits, ce qui pourra sans doute vous agacer à la fin, je vous propose de me donner l'adresse de votre blog par commentaires. Avec ceci, je pourrais le mettre sur ce même article ce qui pourra, en somme, vous faire un peu de publicité! Allons, ne soyez pas timide, à vos claviers!**

# Posté le samedi 01 décembre 2007 12:43

Modifié le samedi 15 mars 2008 10:40

Chapitre 3 Pierre des cinq lois

Voici l'arrivée d'un nouveau personnage pour le moins surprenant et dont nous prendrons connaissance vers la fin de ce Troisième chapitre de la pierre des cinq lois . Apolïncer, aussi prénommé Apo, n'est pas une personnage que j'ai inventé à proprement parlé puisque j'ai eut qu'à imiter les faits, gestes et modes de pensée de mon meilleur ami, également prénommé Apo. Le mot Apo était le diminutif d'Apothéose ou même Apocalypse, ce qui n'a rien a voir avec sa personnalité...juste un pseudo. C'est surement le personnage qui m'amuse le plus lorsque je le joue par écrit puisqu'il posséde des moeurs et règles bien personnels que beaucoup de personnes ont aujourd'hui oublié...mais chut, je ne vous en dis pas plus!

Chapitre 3



Tenak observait le ciel s'obscurcir lentement, faiblement éclairé par une lune quasi-inexistante. Les étoiles, qui apparaissaient en même temps que la nuit, avaient toujours été pour lui une source de réflexions et de rêveries inépuisables. Il se posait de nombreuses questions dont, il en était persuadé, une grande partie resterait sans réponse. Il soupira : le monde était quelque chose qu'il connaissait à peine, alors qu'il questionnait souvent le vieux Jonathan, il savait qu'il lui faudrait le parcourir lui même pour pouvoir le voir de ses propres yeux.
Un bruit de métal tombant avec fracas sur le sol, suivi d'un juron, le fit sursauter. Il se retourna et eut un sourire discret en voyant le vieux berger tenter de ramasser plusieurs casseroles qu'il tenait en équilibre sur une seule main, tandis que l'autre ramassait maladroitement celles qui traînaient encore sur le sol. Un second choc se fit entendre, ainsi qu'un nouveau juron.
-Attends, laisse moi t'aider.
-Je veux bien, merci. Ah ces casseroles, dit il en se baissant de nouveau, impossible d'en prendre une sans faire tomber les autres dans la foulée !
-Oui, mais il faut dire aussi que si tu les mets constamment en équilibre...
-Que veux tu, il n'y a pas assez place dans cette maudite cabane !
Le jeune berger s'abstint de répondre, sachant le vieux berger sur les nerfs. Lui même se posait beaucoup de questions sur les évènements récents, il avait hâte de pouvoir enfin questionner le vieil homme.
Une fois que les casseroles furent remises en place, Jonathan reprit celle qu'il avait laissé de coté et entreprit de la remplir d'eau avant d'aller la poser au dessus du feu de la cheminée pour en faire bouillir le contenu. Tenak resta silencieux, sentant la tension qui émanait du vieil homme. Les questions qu'avait posé le jeune homme semblaient l'avoir perturbé, ou plutôt, lui avaient rappelé de mauvais souvenirs de son passé. Cela n'avait eu pour effet que d'augmenter l'intensité de la curiosité de Tenak.
Jonathan s'installa dans la vielle chaise et se mit à observer la danse des flammes dans la cheminée, le regard vide. En déplaçant son regard à l'intérieur de la maison, Tenak remarqua la flûte de charme, posée en retrait sur la table. Il ne put s'empêcher de l'approcher et de la prendre dans ses mains pour en découvrir tous ses contours.
-Dis moi Jonathan, la musique que tu a jouée il y a deux nuits, tu l'a apprise chez les Navins n'est-ce pas ?
-Oui, fit il distraitement, ils m'on appris ceci et beaucoup d'autres choses aussi.
-Mais comment les as tu...rencontrés ?
- c'est une bonne question. Pour cela il vas me falloir replonger dans des souvenirs douloureux. Installe toi près du feu, car je ne voudrais pas interrompre mon histoire et la reprendre plus tard.
Tout en tirant une chaise avec lui pour se rapprocher de l'âtre, Tenak tenta de dissimuler sa joie, sachant que cette joie n'était pas partagée avec son oncle. Il garda la flûte dans ses mains et continua à en caresser sa surface tout en regardant avec attention le vieil homme.
-Je devais avoir le même âge que toi quand je me suis détaché de ma famille. C'était comme si on m'accordait enfin la liberté. Au fond je ne savais même pas ce que voulait dire « partir à l'aventure », même une chose est sûre, c'était que la vision que je m'en faisais était complètement fausse.
-C'est à dire ? Ca ne s'est pas passé comme tu l'avais prévu ?
-Pas vraiment non, dit il alors qu'il commençait a triturer le bout de sa barbe, je suis devenu ce que l'on pourrait appeler :un rôdeur. Mon cheval est mort à cause d'une maladie, j'ai failli perdre la vie face à une bande de voleurs et je n'avais bientôt plus de quoi me nourrir ou me vêtir, la misère humaine en résumé. Oh ! j'ai bien mené quelques petits boulots par ci, par là, mais juste ce qu'il me fallait pour subvenir à une partie de mes besoins. Belles aventures n'est-ce pas ?
-Je comprends pourquoi cela te fait mal d'y penser à présent...mais quel rapport avec les Navins ?
-J'y viens, j'y viens, j'étais également comme toi dans le temps : impatient et demandant beaucoup à la vie, beaucoup trop d'ailleurs...
Cette fois, le jeune Tenak préféra garder le silence, sentant qu'il devait laisser un peu de temps au vieil homme avant de pouvoir le laisser continuer. Jonathan avait toujours été très discret sur son passé, et Tenak ne s'était jamais attendu à un passé aussi...sombre. Il l'avait toujours vu comme une personne intelligente, sage, qui avait tout réussi dans la vie et qui avait décidé de passer le reste de sa vie à vivre avec les brebis et les moutons. Et pourtant sa propre description ne s'en éloignait pas autant que ça, bien que sa vie n'ait pas si bien commencé. Le vieux berger prit une profonde inspiration avant de reprendre le cours de son récit.
-Tu sais, en menant ma propre vie, j'y ait découvert des choses sur la condition humaine que je prie pour que tu n'en découvres pas l'existence. J'ai été si choqué et attristé que j'ai décidé de m'éloigner une bonne fois pour toutes de la civilisation. Avec le temps je suis chasseur et j'arrivais enfin à me nourrir par mes propres moyens, mais je dus souvent me cacher et faire des choses dont je ne suis désormais pas fier, bien que ce fut pour ma propre survie.
-Quelles choses ?
-J'ai détroussé, volé et même arnaqué, j'était devenu ce que je m'étais promis de ne jamais devenir. Quelle ironie ! ça me menait droit à ma perte. Un jour, alors que je tentais d'échapper à une bande de rôdeurs, j'ai été touché par une flèche dans le torse, pile en dessous du c½ur. J'ai du me faire passer pour mort pour pouvoir leur échapper, bien que mon état s'en rapprochait dangereusement. Combien de temps suis je ensuite resté évanoui ? Ça je n'en ait aucune idée. Ce fut au moment où j'ouvrais les yeux que je me rendis compte que j'étais installé dans un immense lit, le genre de lit avec des draps de soie dans lesquels tu ne dort qu'une seule fois. J'y suis resté encore 2 jours durant, bien trop faible pour me déplacer. «On » s'est occupé de moi sans que je ne m'en aperçoive, peut être à cause de la drogue que l'on m'avait fait ingurgiter pour que je ne ressente pas la douleur. Mais j'arrivais en partie à entendre les conversations autour de moi. Sais tu que la flèche n'est passée qu'a quelques centimètres seulement de mon c½ur ?
-Maintenant je le sais, et je suis absolument stupéfait que tu aies gardé ça pour toi, se surprit à dire Tenak dont l'excitation avait atteint son paroxysme.
-Crois-tu que je te dis ça pour m'en vanter gamin ? gronda le vieil homme. J'aurais préféré ne pas en arriver là. Quoiqu'il en soit, quand je pus discerner distinctement les choses autour de moi, ce fut d'abord la peur que je ressenti alors en premier lieu. On m'avait toujours dit de me méfier des Navins, « un peuple mystérieux et étrange dont les coutumes morbides sont à craindre. ». Le plus étonnant c'est que c'était réciproque de l'autre coté. Nous sommes deux peuples qui n'arrivent pas à se tendre la main pour pouvoir mieux se connaître. Mais la morale d'un vieil homme n'arrivera pas a changer grand chose.
Il soupira une seconde fois et regarda le feu pour voir que ses flammes avaient baissé d'intensité. Il se leva pour déposer deux nouvelles bûches dans l'âtre avant de se rasseoir. Il se mit alors à frotter doucement ses chevilles et Tenak put clairement remarquer que celles-ci le faisaient de nouveau souffrir. Il lui avait plusieurs fois proposé d'aller voir un médecin mais le vieil homme n'en faisait qu'à sa tête. Un vrai têtu, comme son neveu.
-Mais, comment se fait il dans ce cas qu'ils t'aient sauvé de la mort ?
-La curiosité ? La compassion ? La pitié ? Je n'ait jamais réussi à avoir un avis personnel sur ce sujet. Personnellement je préfère ne pas savoir, cela est mieux comme ça. Toujours est il que mes déplacements furent longtemps surveillés, mais rapidement je pus accéder à leur bibliothèque et apprendre à lire. J'y étudiais, de cette façon, leur culture, pas si différente de la nôtre, ainsi que leurs sciences. J'appris de nombreuses choses, comme la magie de charme et de nombreux petits autres tours que je ne m'amuse pas à ressortir pour le simple plaisir de la foule. Je fus même pris de sympathie par la reine des lieux.
-La reine ? Ce n'est pas un seigneur qui dirigeait leur royaume ?
-Ma foi non, ici la femme a plus de pouvoir que l'homme, tout le contraire de nous. Je n'oublierai jamais son nom, Milénniam qu'elle s'appelait.
Le vieux berger eut alors le regard rêveur.
-Elle avait une petite fille, dont j'ai par ailleurs oublié le nom. Bientôt je découvris une autre facette de la vie, et compris pourquoi elle s'était si longtemps détourné de moi. Mais les Navins ne sont pas aussi inconnus de la population. Beaucoup font du commerce avec nous, les relations diplomatiques sont suffisantes pour maintenir une paix...durable on va dire. Mais tout ce manque de confiance me chagrine.
-Et qu'a tu fais ensuite ?
-Ça tu le sais en partie. J'ai décidé de revenir sur les lieux de mon enfance pour recommencer une nouvelle vie. J'y ai fait la rencontre de ta tante et nous avons bâti cette bergerie, loin de la foule, loin des gens, loin de la terreur.
-Tu exagères en partie là. Ce n'est pas la terreur en ville, loin de là.
Doucement, Jonathan se pencha vers son neveu pour le regarder dans les yeux, leurs nez se touchant presque.
-Le crois tu vraiment ? Si c'est le cas, je te conseille d'y réfléchir, car c'est avant tout ce que l'on veut que tu penses. Il en était de même pour le sujet des Navins. Ce n'est pas un royaume, mais plutôt un empire.
-Que...que veutx tu dire ?dit il, la voix bien plus faible à présent.
-Reconsidère ta question et apprends à découvrir la vérité par toi même, car je ne peux pas te fournir celle la.

Il se redressa et s'étira en baillant bruyamment. Tenak se sentait à présent faible, faible et fatigué. La dernière révélation avait été semblable à un choc, et le regard de son oncle l'avait rempli d'effroi. C'était la première fois que le jeune homme lui voyait ce regard, et il espérait ne jamais le revoir de nouveau.
Sans qu'il n'y fasse attention, regardant la flûte de charme entre ses doigts, Jonathan se leva et s'étira une seconde fois avant de jeter un coup d'½il par la fenêtre.
-La nuit semble fraîche. Je te conseille de bien te couvrir avant d'aller dormir, le feu ne tiendra plus très longtemps. Bon je vais me coucher, tu me suis ?
-Non...je vais rester encore un peu en bas.
-Que cela ne t'empêche pas de dormir gamin, s'esclaffa t-il, car demain ce sera la corvée de l'eau.
Tenak hocha la tête et regarda le vieil homme gravir lentement les marches avant de se replonger dans sa contemplation. Ce qu'avait dit le vieil homme l'avait profondément bouleversé, il avait personnellement beaucoup de mal à croire ses dernières paroles. Mais il était difficile avec lui de douter de ses révélations, étant donné les informations que son esprit pouvait contenir. Mettant distraitement la main dans sa poche, il essayait de comprendre les paroles de Jonathan, qui étaient sûrement à double sens.
Il sentit alors quelque chose de chaud dans sa poche, quelque chose qui luisait à travers sa tunique. Il sortit alors la petite pierre que le Navin mourant lui avait donné et remarqua qu'elle brillait à présent d'une lumière presque plus forte que celle du feu.
Il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de la contempler en détail, tous ces évènements lui occupant l'esprit la plupart du temps. Le mourant n'avait pas eu le temps de lui faire une dernière recommandation avant d'expirer son dernier souffle de vie. Il devait ainsi donner la pierre à une personne, mais qui ?
En la regardant de plus près, Tenak se demanda dans quelle matière la pierre était fabriquée. On aurait dit qu'elle était constituée de plusieurs pierres précieuses à la fois, et chaque coté possédait sa propre couleur : le jaune pour la couleur du diamant, le rouge pour le rubis, le saphir pour le bleu et le vert pour l'émeraude. Chaque pierre était encastrée dans un métal sombre et rugueux qui était inconnu du jeune homme. L'ensemble irradiait d'une couleur blanche, presque aveuglante, et le métal était chaud comme si on l'avait placé dans les flammes d'un foyer. Malgré sa petite taille Tenak fut persuadé que la pierre ne devait sans doute pas avoir de prix, tellement sa valeur semblait élevée.
Le jeune homme entendit alors un léger sifflement accompagné de bruit d'éclaboussures et de crépitements. En levant les yeux, il vit que Jonathan avait oublié sa casserole au dessus du feu et que l'eau en ébullition s'était mise a bouillir et à déborder. Gardant la pierre dans sa main droite, il tenta de retirer précipitamment l'ustensile hors de l'âtre, mais le métal était comme chauffé à blanc. Il se brûla les doigts, lâchant du même coup la pierre dans le feu de cheminée. Avec un juron, il se précipita vers la table pour s'emparer d'un grand morceau de tissu qu'il utilisa par la suite pour retirer la casserole de l'âtre.
Se munissant ensuite de pinces, il s'approcha de nouveau du feu pour attraper la petite pierre avec cet outil de fortune. A son grand étonnement, la pierre s'était mise à siffler, et sa lumière était devenue plus intense encore, provoquant des marques de couleur sur le bois en train de brûler et tintant le feu de vert, de jaune et de bleu.
Tenak réussit enfin à extraire la pierre de la cendre dans laquelle elle s'était enfoncée et la regarda de plus près, la gardant a distance raisonnable de ses yeux à cause de la chaleur. Le sifflement s'était arrêté, mais la pierre brillait toujours avec autant d'éclat, sous le regard stupéfait du jeune berger.
Il se rappela alors les paroles du Navin : « La pierre des cinq lois, protège la et ne l'approche jamais du feu. ». Epouvanté, la première idée qui lui vint à l'esprit fut de lancer la pierre dans la nuit le plus loin qu'il pourrait. Puis il décida que le mieux serait de l'enterrer ou de la cacher, personne ne la retrouverait. Ainsi une partie de sa parole serait au moins respectée.
Décidé à mettre son plan en action, il ne remarqua pas tout de suite le bord des pinces fondre lentement, comme du métal en fusion soumis à une forte chaleur. Dés qu'il le vit, il eut pour réflexe de lâcher la pince, qui tomba au sol dans un bruit de ferraille. Et pourtant, sous le regard ahuri de Tenak, la pierre des cinq lois resta en suspension dans l'air, comme si elle n'était plus soumise à l'apesanteur. Le jeune recula d'un pas, à la fois terrifié et ébahi par ce qu'il voyait.
La lumière augmenta encore d'intensité, mais étrangement, elle ne se
concentrait que sur une petite partie de la pièce, entre entre la pierre et
Tenak. Puis, petit à petit, elle s'estompa doucement, jusqu'au moment où
la pierre vola en éclat. De la pierre des cinq lois, il ne restait qu'une lumière
multicolore qui resta suspendue un moment avant de fondre à toute vitesse vers
Tenak sans qu'il ait le temps de crier.
Une terrible douleur lui envahit l'épaule droite, alors qu'il fut parcouru de
tremblements incontrôlables. C'était comme si on lui appliquait un métal
chauffé à blanc, la brûlure provoquée était insupportable, bien qu'il ne parvint
pas à émettre le moindre son. Soudain il perdit le contrôle de ses membres,
s'effondrant à même le sol. Il venait de s'évanouir...
**



La première chose que ressenti Tenak en se réveillant fut la douleur encore bien présente a la poitrine. Il constata avec soulagement qu'il pouvait facilement bouger les bras et les jambes et qu'il pouvait facilement se relever, bien qu'il fut pris de nausée et d'un vertige incontrôlable. Combien de temps était il resté inconscient ? Plusieurs heures ? Pourtant les flammes n'avaient pas encore baissé de niveau dans la cheminée, et les bûches n'étaient qu'en partie consumées. Se déplaçant maladroitement vers la porte, il chercha a tâtons la poignée avant de lentement ouvrir la porte.
Comme l'avait prévu Jonathan, la soirée avancée était frisquette et Tenak frissonna après quelques pas à l'extérieur. Il fit quelques pas supplémentaires et eut un violent haut le c½ur avant de vomir, plié en deux contre un arbre. Il se sentait fatigué mais en même temps si endolori qu'il n'arriverait certainement pas à trouver le sommeil. Tout en s'appuyant contre le chêne qui se trouvait à coté de lui, Tenak tenta de retrouver lentement ses esprits.
Les douleurs avaient presque disparu, mise à part la brûlure sur son épaule ainsi que le vertige qui continuait de l'accabler.
-Mais que s'est il passé ? dit il pour lui même
Il avait vu la pierre voler, il l'avait vue éclater en morceaux, puis ces lumières avant la douleur. Il se redressa tant bien que mal. Peut être les fragments étaient ils encore éparpillés au sol, dans la maison. Le jeune berger prit une profonde inspiration avant de revenir sur ses pas. La porte étant encore ouverte, il ne la referma pas pour autant, jonchant le sol avec stupéfaction. Aucune trace, pas même une brûlure sur le plancher en bois. Il ne vit que la pince qui lui avait permis de sortir de la pierre du feu.
La ramassant délicatement, il vit pourtant le bout des pinces légèrement fondu, tout ça avait donc bien été réel ? Mais qu'était devenue la pierre ? Cette pierre qu'un mourant l'avait chargé de protéger ?
Le jeune homme secoua la tête pour évacuer toutes ses mauvaises pensées. C'était sûrement mieux comme ça, inutile de se faire du mauvais sang pour rien, Jonathan l'aurait sans doute sermonné.
Il se dirigea vers le grand bac d'eau près de la table et se rinça le visage pour retrouver ses esprits et faire disparaître les mauvais effets du vertige. Il décida finalement de retourner dehors, l'air frais lui ferait sûrement du bien.
Le froid l'envahit de nouveau et il l'accueillit cette fois à bras ouvert, espérant ne plus ressentir la brûlure de son épaule. Marchant distraitement sans faire attention à son chemin, Tenak se rendit vers la grange où le troupeau devait dormir, mais à son grand étonnement, il entendit des bêlements terrifiés. Cette fois il en avait plus qu'assez, et sans qu'il le veuille, la colère pris le dessus sur la peur et la douleur. C'était comme si toute l'harmonie des lieux s'était brisée en seulement quelques jours.
Il ramassa une branche d'arbre solide sur le sol, sans savoir si cela lui servirait, et se déplaça à pas prudents, l'oreille aux aguets. A part les cris plaintifs du troupeau, tout était silencieux. Un léger brouillard circulait au ras du sol, donnant un aspect lugubre et sinistre à la nuit. Une odeur d'humidité régnait partout, puis, après une centaine de mètres, elle fut rapidement remplacée par une odeur bien trop familière. Celle qui le hantait depuis plusieurs jours maintenant. Tout près, un hurlement sinistre et terrifiant retentit, si près que le jeune homme pouvait presque sentir la présence de la créature qui venait de le pousser.
Il recula de quelques pas, lâchant son arme de fortune qui tomba avec un bruit sourd, avant de se retourner soudainement pour courir à toutes jambes vers la maison du berger. Il eut juste le temps d'entrer et de se retourner pour voir une créature qu'il n'aurait pu imaginer que dans ses pires cauchemars. Deux yeux rouges et luisants, reflétant une intelligence cruelle et mortelle, une gueule ouverte, prête à se refermer sur sa proie. Il ne sut dire si c'était un ours ou un chien, et ne prit même pas le peine de se poser la question.
Au moment où il claquait la porte, celle ci se mit a trembler sous le choc. Puis de violentes secousses se mirent à l'agiter, alors que la bête tentait de l'enfoncer.
-Jonathan ! cria t-il d'une voix étouffée. Jonathan vite ! Elle est là ! Elle tente de rentrer a l'intérieur.
Alors que Tenak s'égosillait à réveiller le vieil homme, il peina à garder la porte fermée, terrifié en constatant la force de la créature. Plusieurs fois des griffes de la taille d'un petit couteau enfoncèrent le bois, et le jeune berger craignait à tout moment que la porte cède.
La forme du vieux berger se dessina au niveau des escaliers alors qu'il les dévalait quatre a quatre, toujours en chemise de nuit. Il ne prit pas la peine de questionner le jeune homme, alors qu'il s'emparait de l'épée posée sur la table qu'il avait enveloppée d'un fin tissu. Il la déballa à toute vitesse et la tendit par la lame.
-Plante la à travers la porte, ça va le blesser !
Le jeune homme exécuta aussitôt, et alors que l'épée traversait le bois comme si elle était liquide, un puissant rugissement se fit entendre suivi de cris plaintifs. La pression contre la porte se relâcha aussitôt alors que la bête s'enfuyait dans la nuit.
Tenak s'effondra au sol, épuisé, lâchant l'épée qui tomba au sol dans un tintement de métal pur.
-Il va revenir, observa Jonathan qui regardait par la fenêtre, et il ne sera plus seul.
Le berger ne put que hocher la tête, trop essoufflé pour contredire le vieil homme. La porte se trouvait en très mauvais état. C'était à se demander comment elle arrivait encore à tenir sur ses gonds. Il passa une main sur son front trempé de sueur, et eut un rictus de douleur alors que sa blessure le lançait de nouveau. Il n'avait pas prit la peine d'y jeter un coup d'½il et préférait s'en abstenir pour le moment.
Jonathan se mit à aller et venir dans la pièce, fermant les fenêtres et les barricadant presque. Tenak le regardait, ne sachant que dire dans ce silence qui l'oppressait plus que ses poumons en feu.
-Jonathan...on ne va tenir...on ne les retiendra jamais assez longtemps. Regarde ce qu'une seule de ces choses a pu faire. Si elles sont plus de deux nous ne pourrons jamais leur faire face.
-Je sais gamin, je sais. Il va nous falloir quitter les lieux. Cet endroit est devenu bien trop dangereux, et ce, depuis quelques temps déjà.
Il parlait de ce ton sérieux que Tenak ne supportait pas, le ton qui montrait que le vieil homme se résignait une vérité évidente et fatale qui le blessait profondément.
-Où allons nous aller ? Elles nous rattraperont à pied...nous n'avons aucune chance.
-A deux oui, mais seul ce sera autre chose. Si l'un de nous reste un moment, le temps de les distraire pendant que l'autre sera en ville, on aura plus de chance pour s'en sortir. Et puis tu ne m'aideras pas beaucoup ici.
La voix du jeune berger monta d'un cran alors qu'il commençait à comprendre les intentions du vieil homme. Il lui agrippa le bras pour l'obliger à arrêter ses déplacements précipités dans la pièce.
-Il est hors de question que m'enfuie pour te laisser seul face à ces créatures ! On peut encore s'en sortir si nous restons ensemble.
-Ne cherche pas à te faire de fausses idées, gamin. Elles cherchent quelque chose, ça se voit, toi, moi ou autre chose. Si on est séparés on aura donc chacun notre chance. Plus encore si elles ne trouvent pas ce qu'elles cherchent.
Tenak faillit s'effondrer face à la dure vérité qui s'offrait à lui. Il se laissa tomber sur la chaise qui était d'habitude réservée au vieux berger, qui ne fit d'ailleurs aucun commentaire, trop occupé à rassembler ses propres affaires et celles de son neveu.
-Tu connais la route, dit il tout en remplissant un sac de voyage d'ustensiles et autre objets utiles, inutile que je te montre le chemin sur une carte. Il ne faudra surtout pas que tu t'arrêtes, et dès que tu le pourras, déplace toi sur la grande plaine, là, la lumière de la lune pourra te garder un moment en sécurité.
-Pour quelle raison ?
-Ces créatures redoutent la lumière pure de la lune et du soleil, et la lune devait être cachée quand ils ont attaqué la maison.
Encore une fois, les connaissances de Jonathan surprenaient le jeune berger qui se contenta de hocher la tête tout en continuant de le laisser parler.
-Une fois arrivé en ville, rends toi à l'auberge du voyageur, c'est à l'est du coté de la porte principale. Réserve une chambre au nom de Jonathan et attends moi là bas. Ne fais confiance à personne et ne tente pas d'acte inconsidéré. Je te rejoindrai demain dans la journée.
Si tu est encore en vie, pensa Tenak qui préféra garder cela pour lui même. Il savait que le vieil homme avait plus d'un tour dans son sac et que même les loups avaient gardé un souvenir amer de lui, mais Tenak sentait que c'était une tentative désespérée et sans succès possible.
L'horrible hurlement lointain poussa Jonathan à accélérer l'allure, déplaçant les meubles et réunissant ses quelques armes rudimentaires comme la lance en bois qui avait permis de tuer le loup dont la fourrure était accrochée au dessus de la cheminée, une série de couteaux de cuisine à la lame bien aiguisée, une arbalète en bois dont Tenak avait toujours ignoré l'existence et son bâton à musique qui pouvait être une arme redoutable s'il était utilisé avec force et adresse.
De son coté, Tenak décida de se lever et de préparer son propre paquetage. Il déposa une bourse de cuivre dans son sac pour ses faux frais, quelques accessoires personnels et alla dans sa chambre pour prendre son couteau et sa cape de voyage. Ainsi paré, il redescendit les escaliers pour aider Jonathan qui peinait pour déplacer une armoire devant l'une des fenêtres.
Une fois cela fait, le vieil homme s'épongea le front couvert de sueur d'un revers de main et se rendit vers l'endroit où était posée l'épée du Navin. Il la prit délicatement entre ses mains et la tendit à Tenak qui l'interrogea du regard.
-Prends la, tu en auras certainement besoin.
-Je ne peux pas la prendre. Tu en auras beaucoup plus besoin que moi. Et puis je ne sais pas m'en servir.
-Ne m'oblige pas à te la faire prendre de force, gamin ! Ce n'est pas le moment de discuter avec moi, dit il sur le ton de la sévérité.
Lentement, le jeune homme referma ses doigts sur la garde de l'arme, dont la lame reflétait les flammes du feu de cheminée. Il ne put s'empêcher d'admirer son éclat et constata que la prise en main était bonne.
-Surtout ne la montre pas aux yeux des curieux, cela t'attirera des ennuis. Ne l'utilise qu'en cas d'extrême nécessité. Et surtout...
Il fit une pause, un léger sourire s'étirant sur son visage ridé et vieilli par le temps.
-Surtout apprends à t'en servir. Ça me ferait mal de savoir que mon neveu a perdu la moitié de ses cheveux en voulant jouer à l'apprenti escrimeur.
Ce simple sourire libéra Tenak de toutes ses peurs et contraintes, ne laissant que la joie et le bonheur d'avoir tant vécu avec cette personne qui lui avait tout appris. Posant l'arme au sol, il sérra le vieil homme contre lui, de petites larmes coulant contre ses joues. Jonathan lui rendit son étreinte de façon paternelle, comme un père l'aurait fait pour son fils.
-Tu as tellement fait pour moi. Tu as été comme un père, un mentor. Tu...
-Allons, tu nous fait quoi là ? Tes dernières condoléances. Dis toi bien que l'on se retrouvera gamin. Et j'y compte bien , car j'ai encore pas mal de petits trucs a te faire découvrir.
Les deux homme se séparèrent, tout souriants. Après avoir emballé l'arme pour la protéger des regard, Tenak se dirigea vers la porte et l'ouvrit avant de se retourner vers son oncle.
-A la prochaine vieil homme.
-A la prochaine gamin. Et que l'on ne me dise pas de mal de toi une fois que je serai en ville.

Il lui adressa un dernier clin d'½il, alors que Tenak s'éloignait de la chaleur rassurante pour faire face au froid mordant de la nuit.
Très vite, et sans prendre le temps de lancer un dernier regard à la bâtisse de son enfance, il prit le chemin qui longeait les arbres, du coté Nord de la bergerie. Regardant le ciel avec inquiétude, il constata avec soulagement qu'il était pour le moment dégagé. Mais cela pouvait changer d'une minute a l'autre, et le danger était encore bien présent.
Le brouillard était encore présent, ce qui augmentait l'anxiété du jeune homme. Commençant à courir, il tenait l'épée emballée dans ses deux mains libres, comme s'il s'agissait d'un objet précieux, ce qui s'en rapprochait justement énormément. L'odeur de pourriture lui agressait les narines, elle n'avait jamais été aussi forte. C'était comme si toute la nature lui voulait du mal. Le jeune berger s'imaginait les choses les plus horribles si les bêtes le rattrapaient, mais ses pensées revenanait souvent sur Jonathan. Pourtant la lune était encore bien visible, il ne risquait rien pour l'instant, bien que Tenak n'en fut plus si sûr désormais.
Soudain le doute le prit, et s'arrêtant, il regarda dans la direction de la bergerie qui n'était plus visible à présent. Et si le vieux berger lui avait menti pour l'éloigner du danger ? Non, cela ne lui ressemblait pas. Ne voyant aucune autre alternative, Tenak reprit sa course à travers les petites broussailles qui venaient de faire leur apparition.
Quelque chose frapa alors contre sa jambe, et sans qu'il ne puisse retenir sa chute, il s'écroula lourdement au sol, lâchant l'épée enveloppée qui rebondit une première fois avant de s'immobiliser définitivement dans un léger tintement.
Se relevant péniblement, il massa son genou endolori tout en se demandant ce qui avait pu provoquer sa perte d'équilibre. Une racine ou une branche sûrement. Il sentit un liquide chaud et poisseux couler très légèrement entre ses doigts. Tenak jura, c'était bien le moment de s'écorcher la jambe. La blessure ne lui faisait pas mal autant que ça, mais la chute avait réveillé sa terrible brûlure a l'épaule, qui l'élança de nouveau.
Il ramassa rapidement son paquetage, à présent couvert de boue, et se pencha pour ramasser l'épée, dont l'emballage qui l'enveloppait venait de se dérouler. Mais en posant sa main sur la garde, un reflet sur la lame attira son attention, un reflet qui provoqua de nouveau la panique en lui. Sans prendre le temps de ramasser le tissu qui enveloppait l'épée, il se remit à courir avec plus de rigueur, alors que la lune disparaissait lentement, recouverte par d'épais nuages. Au loin, le hurlement tant redouté se fit entendre, les bêtes allaient bientôt passer à l'attaque.
**


Depuis combien de temps courait il ? Il avait perdu la notion du temps depuis longtemps. Même la position des étoiles lui était à présent étrangère. Le chemin qu'il parcourait était sombre, et les nuages le privant de la lumière rassurante de la lune n'arrangeaient pas les choses. Son bras se faisait très lourd, le poids de l'arme dans sa main le handicapant dangereusement. Plusieurs fois, il eut la sombre idée de la jeter dans les fourrés, mais sa présence était la seule chose qui arrivait à lui donner un peu de sécurité.
Avec le temps, sa blessure à l'épaule commençait doucement à se dissiper. La seule idée de la vue qu'il en aurait une fois qu'il aurait de la lumière lui révulsa le c½ur. Il se demanda encore la façon dont il avait pu se faire ça, il était persuadé que c'était la lumière, mais un éclat brûlant, au moment où la pierre avait explosé, se rapprochait bien plus de la réalité. Il tata son épaule à travers et grimaça en sentant la chaleur augmenter légèrement d'intensité sur sa peau.
Bientôt hors d'haleine, Tenak s'arrêta brusquement, se penchant tout en posant ses mains sur ses genoux pour reprendre son souffle. De l'écume coula de ses lèvres pour tomber sur le sol boueux avec un petit « floc » presque imperceptible. Décidé à profiter au maximum de sa courte halte, il se mit à regarder le chemin, où ce que la visibilité de la zone lui permettait. Apparemment il ne s'en était pas écarté, mais il restait quelques kilomètres a parcourir. Il pouvait presque voir de petites lumières clignotantes, appartenant au début de cité qui se dressait très loin devant lui.
Cela aurait dû l'encourager à continuer, mais il sentit un filet de sueur couler le long de son dos, un sentiment dérangeant l'envahissant peu à peu. Ses membres se mirent à trembler lorsqu'il entendit un léger bruissement dans son dos. Lentement, très lentement, il se retourna, alors qu'une silhouette sombre avançait à une vitesse lente qui accentua sa peur. Deux yeux rouges le regardaient, il pouvait distinctement voir les pupilles se dilater et eut comme l'impression qu'un sourire s'était dessiné sur sa gueule baveuse.
Avant que Tenak n'ait pu faire le moindre mouvement, la créature s'élança et sauta, le faisant lourdement basculer au sol. Il pouvait presque sentir le souffle de la mort sur sa nuque, alors que la bête le plaquait sans difficulté sur le sol à l'aide de ses pattes griffues. L'épée du Navin était toujours dans sa main, mais le poids de l'animal l'empêchait de bouger. Ses griffes déchirèrent une partie du haut de sa tunique, lacérant cruellement ses épaule. La tête hideuse se rapprocha de son visage, et Tenak eut presque l'impression de voir une lueur de folie dans ses yeux rougeoyants. Sous ses yeux ébahis, une voix caverneuse et sinistre sortit de la gueule du monstre et bourdonna doucement à ses oreilles, comme si le son s'amplifiait avec de mourir lentement dans l'air.
-Dis moi, nouveau porteur de la pierre des cinq lois, où se trouve ladite pierre en question. Dis le moi et tu pourras t'en aller sans dommages ni représailles.
Cette voix parvenait à lui inspirer une peur lente et mortelle, qui fut telle qu'il ne parviendrait que difficilement à lui mentir.
-Je...je ne l'ait pas. Je ne l'ai plus. Elle n'est plus en ma possession.
Les griffes se plantèrent de nouveau dans ses épaules, et , d'une terrible lenteur, elle continuèrent leur sanglante progression vers ses bras, déchirant sa veste et sa peau.
-Dis le moi maintenant, car tant que tu ne m'auras pas tout avoué, tes souffrances iront en s'aggravant à un tel degré de douleur que tu me supplieras de t'achever, chose que je ne ferai que quand j'aurai ce que je t'ai demandé.
Cette tranquillité sur un ton cruel, ajouté a la douleur, lui était insupportable. Il se débattit tout en criant.
-Elle a explosé ! La pierre a explosé ! Elle n'existe plus !
-Menteur !Hurla la voix avec une telle force que Tenak sentit des picotements au niveau des oreilles
Se débattant furieusement, il parvint a ôter les griffes de sa chair, déchirant une bonne partie de sa tunique. Alors le regard de la créature se baissa en observant la brûlure à l'épaule de Tenak. Elle se raidit aussitôt, reculant de quelques pas et lui jetant des regard affolé.
-Non ! Non c'est impossible ! Il ne peut pas en être ainsi !
Pouvant de nouveau bouger le bras, Le jeune berger se redressa aussitôt et, serrant la garde de l'épée des Navins entre ses doigts, il plongea la lame dans la chair de la créature. Plusieurs poils tombèrent au sol, qui brûlèrent aussitôt, et une odeur âcre et forte emplit les lieux. La bête tituba de quelques pas et sa silhouette se fit trouble, avant qu'elle disparaisse soudainement dans un nuage de brouillard et de fumée noire et grise. Il ne resta bientôt plus rien de l'épouvantable créature, l'odeur qu'elle dégageait commençait déjà à s'estomper.
Haletant, du sang coulant lentement de ses blessures et tachant le haut de sa tunique, Tenak tenta de retrouver son souffle, s'appuyant sur son épée qui avait sa pointe plantée dans le sol. Il pouvait presque encore sentir le souffle pestilentiel de la créature contre sa nuque. Mais quelque chose l'avait effrayé, sa blessure. Il faisait bien trop sombre pour distinguer quoi que se soit, et le danger rodait encore dans les parages. Il défit rapidement son paquetage et en sortit sa cape de voyage ainsi qu'un haut de tunique en peau de mouton qu'il passa par dessus celle qui était déchirée. Puis, ajustant correctement sa cape sur ses épaules, il se dirigea vers les lumières vacillantes de la ville, se contentant de marcher. Il ne savait comment, mais il sentait que rien ne lui arriverait désormais, peut être l'air qui redevenait respirable. Il entendait les bruits familiers des petits animaux qui sortaient enfin de leur cachette, toute menace à présent écartée. Le cri du hibou prouvait que la nature venait enfin de reprendre ses droits.
Décidé à ne pas s'attirer davantage d'ennuis une fois arrivé en ville, il releva le haut de sa tunique et arracha le reste de sa chemise déchirée qu'il enroula autour de la lame de l'épée. Avec plusieurs lanières de tissu, il noua fermement l'emballage pour lui éviter de glisser et plaça une seconde bande par dessus la première. A présent, nul n'aurait pu deviner ce que contenait son paquetage.
Rajustant un peu plus sa cape sur ses épaules à cause du froid, il se sentait si fatigué et courbaturé que le moindre mouvement lui torturait les muscles. L'impression de pouvoir bientôt se reposer à l'auberge le poussa pourtant à continuer.
Ce ne fut qu'au bout d'une heure qu'il put discerner clairement les reliefs de la cité. Un mur très épais et formé de pierres sombres entourait les différents bâtiments de la ville. La grande porte à double battant était fermée la nuit, seule une petite porte permettait d'entrer dans la cité, gardée par deux soldats portant les lances, armures et armoiries de la ville. Un panneau était planté a quelques mètres de la porte, où l'on pouvait lire : « Tanempa, cité de la renaissance. »
Le jeune berger franchit la porte gardée, sous l'½il critique des soldats, et entra dans la cité de Tanempa
**



Tanempa était décidément toujours aussi animée, même après que le soleil se soit couché. Durant la journée, les marchands et les honnêtes gens circulaient tranquillement, vendant et achetant, se souciant de leur propres problèmes et discutant avec le petit voisin de droite. Mais pour Apolïncer, les véritables affaires commençaient à la tombée de la nuit. Il avait toujours dit que si la contrebande était interdite, c'était parce qu'elle rapportait beaucoup trop de profits aux yeux des politiciens. Son point de vue sur la vie était très simple, il était inutile de s'embrouiller avec des complications, c'était mauvais pour le marché. Laissons la politique aux politiciens, disait il.
Apolïncer avait de très nombreux patronymes et surnoms, car ce genre de commerce qu'était la contrebande n'était pas très bien vu par les honnêtes gens, aussi devait il se faire le plus discret possible. Il essaie encore aujourd'hui de se souvenir du prénom que sa mère lui avait donné, un prénom qui lui venait de son grand-père. Dès qu'il mettait le doigt dessus, il lui filait aussitôt entre les doigts. Mais retrouver son prénom d'enfance était bien la dernière chose dont il se souciait.
Le jeune marchand en face de lui ne se sentait pas à l'aise face à une telle personnalité. Il gardait les yeux rivé au sol, ne sachant s'il devait continuer sa proposition de vente ou s'en aller bredouille. Sa main droite triturait nerveusement la ficelle d'un petit sac en cuir, contenant diverses plantes en poudre et autre drogues aux effets variables. Relevant la tête, il s'adressa au contrebandier d'une voix plaintive et mélancolique.
-Ecoutez, j'ai une femme et plusieurs enfants dont deux sont morts, malades. Je ne peux pas vous vendre ma marchandise pour soixante pièces de bronze, ma famille risque de mourir de faim.
Apolïncer croisa lentement les doigts sur la table en bois et leva le regard au ciel d'un air fatigué, incorruptible.
-Ecoutez mon vieux, je sais bien que vos intentions sont plus qu'honnêtes. Vous êtes un homme courageux et travailleur, tel que je les apprécie. Mais comprenez bien que les prix chuteraient, et qu'il m'est impossible de pouvoir les réduire plus. Encore faut il aussi que la marchandise soit de qualité.
Le pauvre homme baissa la tête, c'était la seule solution qui restait, car qui d'autre voudrait de ses plantes ? Le contrebandier soupira longuement avant de sortir une bourse de cuir noir qu'il jeta sur la table. La bourse s'ouvrit, déversant plusieurs pièces de bronze qui roulèrent sur la table.
-Voilà quatre-vingts dix pièces de bronze. Dites vous bien que je vous fais une faveur.
Le visage du marchand s'illumina, alors qu'il s'inclinait, le front touchant le sol de la taverne dans laquelle avait eu lieu l'échange.
-Oh merci , merci mille fois. Je ne vous remercierai jamais assez.
-C'est une exception, je ne serai peut pas aussi généreux la prochaine fois. Allez sortez d'ici et n'oubliez pas votre argent, vous l'avez bien mérité.
Ainsi il le remercia maintes et maintes fois encore avant d'accrocher la bourse à sa ceinture, de déposer sa marchandise sur la table et sortir par la porte de service, la mine joyeuse.
Apolïncer passa une main soignée dans ses cheveux soyeux et blonds coupés court avant de jeter un nouveau coup d'½il sur la marchandise. Elle contenait quelques antidotes et plantes curatives, mais il y avait de nombreuses poudres hallucinogènes et autres drogues ayant le même type d'effet. Il n'y avait aucun poison comme l'aurait espéré le contrebandier.
-Denmar ! dit il d'un claquement de doigt.
Un homme à l'apparence de colosse qui se trouvait sur sa droite s'approcha doucement de lui et se pencha à sa droite, prés de son oreille.
-Emmène la marchandise à l'entrepôt et fais attention, l'eau pourrait les abîmer. Tiens, ta prime de journée.
Il lui jeta une pièce en argent que le colosse rattrapa d'un simple geste de la main avant de tendre une énorme main vers le paquet.
-D'accord Apo, tu rentres tout de suite après ?
-Non, je crois que je vais aller d'abord me changer les idées. Fais ce que je te dis et surtout fais y bien attention.
L'homme massif acquiesça derechef et sortit par une porte dérobée, située au fond de la taverne. Le contrebandier priait à présent pour que le gros Denmar ne provoque pas de nouveau scandale. Un compagnon fidèle et efficace, mais avec plus de muscles que de cervelle. Il avait déjà brisé la nuque d'un pauvre bougre qui avait renversé sans le vouloir le contenu de sa chope sur sa chemise. Le plus énervant pour Apolïncer était de remplir la paperasse qui venait ensuite, puis l'argent à débourser pour « expliquer » les évènements aux gardes.
Il soupira et se leva de sa chaise avant de lisser ses vêtements propres. Il fallait toujours être propre, ou au moins donner l'impression de l'être. Ajustant son baudrier contenant ses quatorze couteaux de lancer, il plaça ensuite sa longue cape noire sur ses épaules avant d'enrouler un bandeau de couleur bleu foncée autour de son crâne. Puis il ajusta correctement son chapeau, qui se trouvait sur la table, avant de se diriger vers la porte de la salle. A cette heure, elle était toujours vide, car c'était souvent les moments d'affaires louches et peu honnêtes, souvent organisées par le contrebandier. L'heure où il sortait était toujours l'heure de fermeture pour la taverne, et déjà, au moment où les bruits de la ville vinrent emplir ses oreilles, le propriétaire de la taverne rangeait les chaises, les tables et les échoppes avant de fermer définitivement.

La nuit était déjà bien avancée, les affaires avaient duré bien plus longtemps que d'habitude. Baillant bruyamment, il ne se sentait pas encore d'humeur à rejoindre sa couche. Il était ce que l'on pouvait appeler « un homme nocturne », dormant le jour et travaillant la nuit.
Déambulant entre les passants de sa démarche théâtrale et unique, il rajustait constamment son chapeau sur sa tête, toujours insatisfait de sa position. Ses yeux d'aigle, de la couleur du bois ciré, ne laissaient rien échapper. Sa peau claire et légèrement bronzée sur son visage aux contours presque parfaits lui donnait à la fois un air de sensibilité et de confiance. Il s'était souvent regardé dans un miroir et en avait facilement conclu qu'il était beau, tout simplement.
La soif le tenaillant, et les tavernes étant fermées à présent, l'auberge était le seul endroit où il pourrait se rafraîchir le gosier. Il fouilla dans ses nombreuses poches et dut se rendre à l'évidence, il était sans le sou. Cela paraissait peu malin pour un homme d'affaires. Il se promit de toujours prendre sa bourse de pièces d'or sur lui, les voleurs n'étant même pas assez malins pour tenter de lui dérober.
Apercevant un couple de bourgeois qui conversait avec animation. Il s'approcha d'eux d'une démarche chaloupée avant de faire mine de perdre l'équilibre et de tomber sur un gros homme au visage carré, aux joues rebondies avec plusieurs mentons. Se redressant, il pris son chapeau d'une main tout en s'inclinant de façon théâtrale
-Toutes mes excuses messire, je n'avais pas l'intention de vous humilier de la sorte. Il semblerait que ma vue me joue des tours pour que je sois aussi instable sur mes pieds. Heureusement que vous étiez là, autrement je me serais certainement tordu une cheville.
-Pouvez pas faire attention non ! cracha le gros bourgeois avant de s'éloigner avec sa femme, toute aussi épaisse et grassouillette que lui.
Apolïncer gloussa avant de s'éloigner de quelques pas pour pouvoir compter son butin : deux bourses de cuivre contenant toutes les deux l'équivalent d'une quinzaine de pièces d'or.
-Et bien, mon vieil Apo, tu n'auras pas perdu ta journée.
Décidément ces bourgeois possédaient tellement d'or, que même un coffre disparu n'aurait pas entraîné de soupçons. Au moins il aurait de quoi passer la nuit, et peut être même plus, qui sait ?
Faisant glisser l'or dans sa propre bourse, il jeta celles de sa victime au sol, et bientôt on entendit un puissant accès de rage et la voix grasse du bourgeois résonna dans plusieurs ruelles.
-Au voleur ! Au voleur ! On m'a volé mon argent ! Deux bourses complètes ! Je veux la tête du voleur, retrouvez le !
Le contrebandier s'esclaffa, se parlant à lui même
-Mon gros, tu dois te croire bien malin si tu comptes retrouver ton argent dans une telle foule.
Gardant une allure décontractée, il s'avança tranquillement dans les ruelles encombrées de monde pour enfin arriver à l'auberge la plus renommée du coin ou en tout cas la moins inconfortable. L'auberge du voyageur était tout ce qu'il y avait de plus classique : des tables et des chaises, des clients, bar, et un étage pour ceux qui réservaient leur chambre. Elles étaient peu nombreuses, mais le confort y était assuré.
La porte étant encore entrouverte, cela signifiait que l'auberge marchait bien. Quelques tables seulement étaient vides, et il régnait une odeur forte et âcre, celle de l'alcool. Plusieurs soudards chantaient joyeusement des comptines au fond de la salle alors que des clients bien plus silencieux sirotaient leur boisson et conversaient doucement, presque en murmurant. S'installant sur une table à part, Apolïncer défit tranquillement sa cape et son baudrier et posa son chapeau sur le bord de la table, mais gardant son bandeau sur son crâne. Une serveuse aux cheveux blonds coiffés en deux longues tresses vint à sa rencontre, tenant un plateau déjà chargé de plusieurs assiettes.
-Vous désirez messire ?
-Une salade et peut être du thé.
Elle s'inclina légèrement, de peur de faire tomber son fardeau, et s'éloigna pour servir un groupe d'hommes qui se disputaient sur une affaire qui n'intéressait pas le contrebandier. La salle était bien trop froide, et il frissonna sur sa chaise qui lui gelait les fesses. Voyant la serveuse revenir de son coté, il l'appela en sortant une pièce d'or de sa bourse.
-Allume un feu dans la cheminée, fit il avec un clin d'½il avant de lui jeter tranquillement la pièce qu'elle rattrapa d'un geste adroit.
Tout sourire, elle s'éloigna de nouveau pour revenir avec une cagette en bois contenant des brindilles et eut tôt fait d'allumer un feu dans l'âtre.
La salle se réchauffant doucement, il se relaxa enfin sur sa chaise, écoutant distraitement les conversations et problèmes des autres. Décidément ils se compliquaient tous la vie avec leurs problèmes d'impôts, de paillages et autres. Beaucoup râlaient parce que l'économie s'effondrait, sujet sur lequel le contrebandier n'était pas d'accord :les affaires n'avaient jamais aussi bien marché. Certain disaient même que le seigneur Kannan ne se préoccupait plus de son royaume ce qui fit ricaner Apolïncer. Ces fainéants s'attendaient toujours à ce que quelqu'un s'occupe des problèmes à leur place, problèmes créés par eux même. Et après, on dit que le monde est injuste ?
Il lissa distraitement ses cheveux alors que la serveuse revenait avec le plat commandé.
-Votre thé arrive messire, fit elle avec un sourire qui plut au contrebandier.
-Refais moi encore un des tes sourires, fit il en sortant une nouvelle pièce de sa bourse.
Comme il était facile de dépenser stupidement l'argent des autres. Mais était ce stupide ? Après tout cette femme, elle, travaillait au moins pour vivre. Et quel joli sourire, avoir un visage pareil, ça se récompensait.
Commençant son léger repas, il se mit a prévoir les plans d'affaires pour la soirée du lendemain. Espérons que le gros Denmar avait correctement accompli sa mission, ce simple paquet pouvait lui rapporter gros.
Sa réflexion fut interrompue par le bruit de pas d'un nouvel arrivant à l'accoutrement assez étrange. Il portait une veste en peau de mouton qui avait bien besoin d'un petit nettoyage. Ses cheveux étaient en bataille et couverts de sueur et il portait un sac de voyage, une longue cape sale et un paquetage enroulé dans une étoffe de mauvaise qualité. Sûrement un berger pensa Apolïncer.
Le jeune homme s'avança d'une démarche peu assurée, montrant qu'il n'était pas à l'aise parmi ces hommes saouls et violents. Le contrebandier le regarda se diriger vers le propriétaire de l'hôtel, un homme avec un ventre de bonne taille et des vêtements d'une saleté à faire pâlir, avant de parler d'une voix harassée.
-J'aimerais réserver une chambre s'il vous plait.
-Mais bien sûr mon petit monsieur, et à quel nom ?dit il, l'amusement se lisant dans son regard.
-Jonathan.
Son regard redevint sérieux, et Apolïncer put y lire une note de surprise. Apparemment il devait connaître cet homme. Plusieurs têtes se tournèrent vers le jeune homme qui semblait de plus en plus mal à l'aise.
-Jonathan ? Le Jonathan ?
-Jonathan quoi ! dit-il avec une pointe de colère.
-Très bien jeune homme, avec cette fois du respect dans la voix. Vous avez la première chambre de l'étage en partant de la gauche. Voici la clef, si vous avez besoin de vous désaltérer ou de calmer votre faim n'hésitez pas.
Le jeune homme se contenta d'un simple hochement de tête avant de s'emparer de la clef tendue par l'aubergiste. Mais avant ce geste, quelque chose n'échappa pas à Apolïncer. En effet, ce jeune personnage s'était discrètement essuyé la main sur son pantalon avant de tendre le bras, et cette main, a présent « propre », était il y a quelques secondes recouverte de sang. La grande question maintenant était : Etait ce son sang ou celui de quelqu'un d'autre ?
Le contrebandier ne put s'empêcher de sourire, il était persuadé que ce fameux jeune homme, qui avait pris une chambre au nom d'une personne apparemment connue dans le coin, s 'était retrouvé dans une affaire des plus louches. Et c'était le contrebandier qui s'occupait des affaires louches à Tanempa. Une idée existante, qui pouvait casser la monotonie des journées, germa dans son esprit.
Alors que le berger avait déjà disparu à l'étage, Apolïncer se leva et alla à son tour vers l'aubergiste, a présent occupé à essuyer méticuleusement un verre avec un chiffon d'un couleur très tape à l'½il. Se raclant la gorge, il s'adressa à lui d'un sourire faux. Dieu, que cette homme sentait l'alcool !
-Excusez moi...
-Vous désirez monsieur ? dit-il sans pour autant relever la tête.
-Une chambre s'il vous plait, de préférence le plus près possible de la première de gauche.
L'aubergiste releva des yeux soupçonneux, arrêtant pour un temps son travail. Pour éviter les questions, le contrebandier sorti deux nouvelles pièces qu'il tendit d'une main généreuse, le sourire toujours présent. L'attitude du gros homme changea aussitôt, laissant apparaître des dents qui faillirent laisser une expression de dégoût sur le visage du contrebandier.
-Très bien mon bon monsieur, dit il avant d'empocher l'argent de ses mains calleuses pour pouvoir admirer ces petites pièces de plus près. Mais vous allez devoir patienter une petit instant le temps que l'on la prépare.
-Prenez tout votre temps, et surtout faites la faire par l'une de vos serveuses, celle avec les jolies tresses.
-Millie ! s'écria a t'il à travers la pièce.
La serveuse en question se précipita aussitôt après avoir entendu son nom.
-Qu'y a t'il ? questionnant le contrebandier du regard.
-Va préparer la chambre de monsieur... ?
-Denmar, répondit il avec un nouveau sourire pour Millie qui se mit à rougir d'une façon qui enchanta celui qui venait de prendre une fois de plus un nom d'emprunt.
-Très bien monsieur Denmar, votre chambre sera prête dans une heure. Relaxez vous près du feu en attendant.
-Je n'y manquerai pas mon ami, merci pour votre hospitalité, bien que je n'en attendais pas moins d'une auberge aussi renommée que la vôtre.
Avec un petit clin d'½il, il s'en retourna vers sa table, commençant à rêver doucement. Millie...quel joli prénom...


Chapitre 3 Pierre des cinq lois

# Posté le lundi 03 décembre 2007 13:48

Modifié le vendredi 04 juillet 2008 12:28

Chapitre 4 Projet Alpha Zero

Chapitre Quatre
Je m'appelle Léïtia


Cette envie de vomir lorsque vous vous réveillez après avoir été drogué au gaz paralysant est une sensation que je déconseille à tous. Je restais au sol, ma tête douloureuse comme si elle était devenue une cloche que l'on frappait à coups de masse. Et puis ce goût de piquant sur le bout de la langue. Je crois que c'est depuis ce jour que j'ai été dégouté des masques.
Que s'était-il passé au juste ? Tout était allé si vite. Ça avait commencé tranquillement, un simple voyage pour la lune Minamino. Au fait, étais- je encore dans la navette ? Mon esprit si embrumé ne parvenait que difficilement à me dire que j'étais étendu sur un sol métallique tiède. Pourquoi ne parvenais-je pas à ouvrir les yeux. La paralysie devait sûrement encore fait effet...
C'était sans aucun doute une plaisanterie, une mauvaise plaisanterie ! Je forçai sur mes bras, me relevant lentement mais gardant mes yeux fermés. Je ne pus me redresser totalement car je basculais en arrière, me retrouvant sur le dos tandis que mon visage devait exprimer une horrible grimace. Je savais que si je continuai ainsi, j'allais perdre connaissance une nouvelle fois, forçant beaucoup trop sur mes muscles.
Je me forçai à respirer fortement avant d'expirer, essayant d'expulser le gaz paralysant hors de mes poumons. Ce fut long et très épuisant, mais après plusieurs minutes, je pus enfin ouvrir mollement les paupières. Mais c'était une vague pièce noire qui s'offrit à moi, dont les murs bougeaient et se tordaient dans tous les sens.
Je me frottai les yeux, essayant de les réhabituer à la lumière. Mais je n'étais pas seul : je parvenais à distinguer de vagues silhouettes étendues un peu partout sur le sol, peut être une centaine...

Je devais sûrement rêver...oui ce n'était qu'un mauvais rêve. À travers ce brouillard d'ombres et de lumière, une petite forme était debout, comme appuyée sur le mur. Je reconnus le bleu puis sa silhouette se précisa. C'était la jeune fille de la navette, celle qui était assise à côté de moi, il y a...j'avais complètement perdu la notion du temps.
J'essayai de dire quelque chose, d'attirer mon attention, mais les sons se perdirent dans le fond de ma gorge. Si je me souvenais bien, elle n'avait pas été confrontée au gaz des masques à oxygène, comme si elle savait à quoi s'attendre.
A mon grand étonnement, elle tourna ses yeux bleus vers moi, comme si elle avait constaté mon réveil à l'instant. Je voulus lever ne serait ce que le bras, mais mes membres étaient vides de toute énergie. Et si je forçais, j'aurais de violents haut-le-coeur. Triste situation, je dois dire pour un médecin.
Ayant compris ma détresse, la jeune fille se dirigea à pas de loup vers moi avant de s'accroupir. Même de si près, je ne pouvais la voir distinctement, l'effet du gaz persistait. Elle s'assit alors sur mon ventre, pressant ma cage thoracique avec ses mains pour m'obliger à expirer. Mais c'étaient des gestes brutaux, pratiquement dénués d'intérêt et qui me compressaient les poumons.
Je n'eus pas le temps de respirer qu'elle me retournait sans ménagement sur le dos, attrapant mes bras pour les tirer en arrière alors qu'elle appuyait son pied sur mon dos, m'arrachant une grimace. Après un moment qui parut être une éternité, elle me relâcha enfin tandis que j'essayais de contrôler ma respiration.
Elle avait été brutale mais efficace car bientôt ma tête cessa de tourner tandis que la pièce me parut nette. Cette fille était...incroyable. Elle m'observait de ses petits yeux couleur ciel, comme si j'étais moi-meme une petite bête curieuse.
-Comment as-tu fait ça ? Je veux dire...qu'as tu fait ?
Elle fit des rotations avec ses mains sur sa poitrine, montrant ses poumons. Je comprenais maintenant, elle avait totalement évacué le gaz hors de mon corps...surprenant et effrayant à la fois.
-Qui t'a appris à faire cela ?
Elle haussa des épaules, essayant de me dire que cela n'avait vraiment aucune importance. Cette fille devait sans doute faire trois têtes de moins que moi, elle était si...jeune. Je me rendis compte que ma veste lui allait bien.
Pour la première fois depuis que je m'étais réveillé, je m'intéressai à la pièce dans laquelle je me trouvais. Dix mètres de largeur pour 13 mètres de longueur. Le plafond, quant à lui, devait sûrement atteindre les 15 mètres. Après avoir passé une bonne partie de ma vie à gérer des calculs et des chiffres, il était facile d'évaluer les mesures d'un bâtiment ou d'une pièce au coup d'½il, même si mes résultats restent très approximatifs.
Cette pièce pouvait contenir jusqu'à la cent cinquantaine de personnes et toutes les parois, sol, plafond et murs étaient faits dans un métal certainement renforcé. Une petite ouverture se trouvait au-dessus de nous, permettant de fournir l'air nécessaire tandis qu'une porte blindée s'ouvrant vers l'extérieur était située vers le fond, à ma gauche.

Toutes ces personnes endormies à même le sol dans une pièce comme celle-ci...à voir ce spectacle, j'avais la gorge sèche. Essayant d'oublier mes tracas, je me tournais vers mon ancienne voisine qui avait l'oreille collée contre l'une des parois métalliques.
-Au fait, je ne t'ai pas encore demandé...comment t'appelles tu ?
En guise de réponse, elle porta un doigt sur ses lèvres, m'intimant le silence. Elle bougea d'un mètre et recommença sa curieuse man½uvre. Mais bientôt, comme si elle avait entendu quelque chose, elle se jeta au sol, adoptant la position de tous les autres passagers. Avant même que je puisse comprendre ce qui lui arrivait, la porte s'ouvrit avec un horrible grincement métallique.
-Tiens, déjà debout ? C'est parfait, tu vas pouvoir commencer avant les autres ?
Commencer ? C'était l'un des terroristes que j'avais aperçus dans la navette avant de perdre conscience. Je voulus dire quelque chose, demander ce qu'il se passait mais je sentais en même temps que ce n'était pas tellement le bon moment pour poser des questions.
-Allez bouge-toi, on n'a pas que ça à faire ! S'impatienta t-il.
N'ayant pas d'autres alternatives, je me levai pour le suivre à travers un dédale de couloirs et de corridors tous plus silencieux les uns que les autres. Je trouvai un garde à chaque porte, qui devait contenir d'autres passagers de la navette. C'est à ce moment précis que je sus que ces types ne plaisantaient pas...

Tout redevint aussi silencieux que d'habitude : plus de cris d'épouvante, plus d'explosions assourdissantes. Mais la mort rôdait toujours. Elle la sentait à travers chaque paroi, chaque pièce qu'elle traversait. Le sang du gilet lui collait à la peau, presque sec à présent. C'était désagréable, mais c'était son seul habit pour le moment.
Un bruit de pas...elle colla son oreille contre le sol. Il était seul, à seulement quelques mètres de distance d'elle. Elle chercha du regard un endroit où se cacher et repéra une zone d'ombre, non loin d'elle. Elle s'y précipita, s'accroupissant le plus possible pour passer inaperçue. C'est après une minute qu'elle le vit enfin.C'était un homme de grande taille, principalement habillé de rouge sur l'ensemble du corps. Il avait un étrange chapeau noir sur la tête avec un animal dessiné dessus, un lion rugissant apparemment. C'était la première personne vivante qu'elle rencontrait depuis son réveil. Mais le colt qu'il portait à la main lui interdit de bouger, cet homme avait sûrement pour ordre de tirer sur tout ce qui bougeait. Elle n'avait pas peur, on lui avait appris à ne plus ressentir de peur, mais la prudence était Mère de sagesse. Aussi recula t-elle le plus lentement possible, ayant pour but de laisser ce dangereux personnage faire sa ronde avant de sortir de sa cachette.
Erreur fatale ! Elle marcha sur un bout de ferraille qui résonna plusieurs fois avant de s'arrêter. Mais le mal était fait ! L'homme tourna lentement son visage vers la jeune fille, tandis qu'il la mettait en joue. Elle pu clairement voir son doigt se resserrer sur la détente alors qu'il s'apprêtait à tirer...


-Nom, Prénom et profession ?
-Von Dumm Erik, médecin chercheur.
L'homme en face de moi releva lentement la tête de sa feuille, soudainement intéressé. Je frémis, sentant que ce n'était pas bon pour moi. Ses lunettes noires lui donnaient presque un air inhumain, accentué par son crâne chauve. J'avais plusieurs fois entraperçu le tatouage de lion sur son cou. Cela devait sûrement être un symbole pour ce groupe de fanatiques.
-Chercheur ? Vous êtes scientifique dans quel domaine ?
-Les maladies cancérigènes principalement. Je suis également chercheur pour les maladies virales.
-Je prends note. Vous serez mieux traité que nos autres otages et il est possible que nous ayons besoin, par la suite, de vos services.
C'était trop aimable ! Ce type avait quelque chose de pas net, beaucoup trop poli pour être vrai. Mais il était déjà plus bavard que « mon escorte » de tout à l'heure, qui m'avait emmené dans cette pièce fortement éclairée pour répondre à quelques questions. Une immense vitre se trouvait juste derrière la chaise de mon questionneur, laissant apercevoir la nuit de cette planète sur laquelle nous nous trouvions.
-Sans vouloir vous offenser ni paraître trop curieux...pourquoi une prise d'otages ? Je veux dire, cela représente plus de neuf cent personnes innocentes. De plus, cela ne restera pas sans qu'il y ait une réaction des colonies environnantes.

-J'aime les gens de votre trempe. Vous êtes curieux et vous avez les tripes de poser vos questions. La plupart des personnes qui viendront me voir seront mortes de peur et baisseront les yeux devant moi. Mais ce n'est pas le cas pour vous, j'aime ça.
En vérité, j'étais mort de peur également. Et savoir que plusieurs hommes armés se trouvaient derrière moi me révulsait. Savoir que cet étrange personnage ne s'en rendait pas compte me soulageait...en partie.
-Pour vous répondre, ce n'est pas le pouvoir qui nous intéresse, ni le désir de terroriser. Ce serait plutôt la connaissance. Savez-vous, où vous vous trouvez en ce moment même ?
-Je dois vous avouer que non...pardonnez moi mais j'ai un nom de famille qui me va très bien, je suis un peu lent de réaction.
-Vous me faites rire, Von Dumm, dit-il en s'esclaffant.
Moi je ne trouvais pas ça drôle du tout. Comme je vous l'ai déjà dit, je n'aime pas mon nom qui signifie « bête » ou « bêta ».
-Vous êtes sur une planète volcanique comprenant sur toute sa surface et dans sa couche interne plus de quatre cents volcans. Son activité volcanique en fait une source d'énergie à ne pas sous-estimer mais dangereuse car très radioactive. De très nombreuses rivières s'écoulent d'un peu partout pour se jeter dans un grand lac principal. Le courant est si fort que nous avons pu y installer également des centrales hydrauliques et une base sous marine pour extraire les minéraux qui nous sont utiles.
-Une base de recherche de cette envergure ? C'est impossible...surtout ce développement fait dans l'ignorance des planètes voisines.

-Je vois que je m'adresse à un connaisseur.
J'avais beau avoir peur, j'étais quant même très impressionné. Toute une installation de la sorte sur une planète sans que les autorités n'en soient informées, cela revenait à quelque chose d'impressionnant. J'avais en face de moi un homme de puissance et d'autorité. Je secouai la tête, reprenant mes esprits.
-Mais...vous n'avez toujours pas répondu à ma question...
Je me mordis la lèvre, sentant que j'allais finir pas l'énerver. Mais il sourit, faisant tourner le crayon qu'il avait entre ses mains. Moi je tordais discrètement les miennes sous la table pour cacher mon malaise grandissant.
-Nous avons besoin d'étendre notre autorité, prouver que nous ne plaisantons pas. C'est très simple, un otage peut nous offrir une certaine protection. Mais cette navette, précisément, contenait sans aucun doute quelque chose de très précieux pour nos recherches.
-Une cargaison ?
-Avez-vous déjà entendu parler du projet Alpha Zéro ?
Quel étrange pseudonyme pour un projet...mais cela m'inquiétait tout de même un peu. Par curiosité, je hochai négativement de la tête pour l'inciter à continuer.
-Cela ne m'étonne guère...Lisez vous l'actualité ?
-Quand je le peux oui...mais quel rapport, si je puis me permettre ?
Il me fit un sourire qui me fit froid dans le dos. Je crois que je n'allais pas du tout aimer ce qui allait suivre.

-Nos man½uvres figurent généralement dans les pages n°5 et 6. Je suis souvent l'actualité également pour pouvoir avoir un avis général sur l'avancement de nos ennemis.
-Vous...vous voulez dire que...
-Tout juste, Von Dumm. Il y a près d'un mois, nous avons pris d'assaut une station spatiale de recherche qui se trouvait en orbite autour de Callisto, une planète très éloignée de votre système solaire. Croyez-moi que tous ces morts me désolent mais étaient nécessaires.
Si je n'étais pas cramponné à ma chaise, j'aurais sûrement basculé en arrière avant de m'enfuir le plus loin possible. C'était un fou que j'avais en face de moi, un fou à l'état pur ! La seule chose qui traduisit mon affolement sur mon visage fut mon clignement des yeux. Cela m'arrive souvent lorsque je ne parviens pas à résoudre un problème. Mais cette fois, cela allait bien plus loin !
Je pris une profonde inspiration, avant de reprendre le fil de cette discussion. Sans que je sache pourquoi, cet homme dangereux semblait me prendre en estime, une chance à saisir si je voulais en finir avec cette affaire. De la lâcheté ? Du courage ? De la folie ? Je n'en avais aucune idée. Mais il fallait que j'en sache le plus possible

-J'ai lu dans l'actualité que cette...station avait des activités illégales. Que...quelle est cette histoire de corps cryogénisés ?
-Vous allez droit au but et ne cherchez pas à connaître les détails. Vous êtes un homme rare Von Dumm, aussi vais-je vous éclairer sur ce sujet. Vous avez raison sur ce point, nous l'appelons ou plutôt l'appelions la station Alpha Zéro. Elle est principalement composée d'une équipe de spécialistes de la génétique. Les corps trouvés étaient morts depuis longtemps et ont été cryogénisés pour leur conservation.
-Qu'ont- ils de particulier pour mériter un tel traitement ?
-Ce sont des cobayes, tout simplement. Et un cobaye, même mort, est toujours utile pour la recherche.
Je ne trouvai aucun mot pour désigner cette barbarie. Nous avions les fous d'un coté et les barbares de l'autre. Ma conclusion fut rapide : Les fous voulaient récupérer ce que les barbares avaient découvert. Et puis le nom de cette station m'éclaira un peu plus l'esprit.
-Qu'est ce que le projet Alpha Zéro ?
-Ainsi s'achève notre discussion Von Dumm. Elle fut très plaisante et agréable pour moi, j'espère qu'il en a été de même pour vous. Comme je vous l'ai dit, nous pourrons peut-être avoir besoin de vos compétences. Et si vous voulez nous rejoindre, la porte sera toujours ouverte pour vous.
-C'est une proposition directe et certainement intéressante qui mériterait réflexion...
-Nous aurons l'occasion de nous revoir, je l'espère. En entendant, vous allez continuer d'être logé avec les autres otages car n'oublions pas que vous en êtes un vous même.
Je me levai avec un dernier signe de tête. Cette discussion me laissa perplexe, je n'aurais jamais pensé qu'un terroriste pût être comme cela. Je les avais toujours imaginés violents et sans cervelle...

Le soldat qui était derrière moi posa une main sur mon épaule, m'obligeant à pivoter tandis que je quittais cette pièce à l'atmosphère glauque. Je me sentais épuisé, harassé, comme si le simple fait de parler et de découvrir m'avait pris toutes mes forces.
L'homme armé fut beaucoup moins « doux » que son supérieur, me poussant presque pour me faire avancer. J'avais une envie folle de répliquer et de l'injurier, mais je pense que même s'il n'avait pas été armé, je n'aurais pas même osé lever les yeux sur lui.
Lorsque la porte de ma « cellule » s'ouvrit, ce fut des cris de surprise et de terreur qui m'accueillirent. On me poussa à l'intérieur tandis que la porte se refermait avec un dernier grincement et que tous les otages, à présent réveillés, se jetaient sur moi.
-Vous allez bien ?
-Que vous ont ils dit ? Ils vous ont menacé ou torturé ?
-Nous allons mourir, n'est ce pas ?
-Calmez vous s'il vous plait ! Calmez vous ! Pour le moment vous ne risquerez rien si vous leur obéissez. Ils se contenteront de vous poser des questions et vous retiendront ici sans vous faire de mal.
-C'est tout ? Que vont-ils faire de nous ?
-Je n'en ai aucune idée...
Il était rare pour moi de mentir, mais toutes ces questions venaient de me retourner l'esprit et je n'avais pas envie d'avoir un nouvel accès d'affolement dans cette salle où je serai obligé de vivre pour...très longtemps sûrement.

Je rassurai encore quelques personnes avant qu'on me laisse enfin tranquille. Je soupirai de lassitude, tout ce monde me déprimait ! Je voyais des enfants se réfugier dans les bras de leur mère tandis que des couples se cajolaient pour apaiser leurs craintes. Ici, parmi eux, je ne me sentais pas à ma place. Pourquoi avais je quitté mon bureau à Paris ? J'étais tranquille là bas !
Je regardai des yeux chaque personne qui se trouvait dans cette pièce avant de la voir enfin. Assise en tailleur sur le sol, elle était absorbée dans la contemplation d'un bracelet sur son poignet, une sorte de bijou métallique. Je m'approchais d'elle alors qu'elle levait la tête vers moi.
-Tout à l'heure, je n'ai pas eu le temps de connaître ton nom...ah oui c'est vrai, tu ne peux pas me répondre...moi en tout cas, je m'appelle Erik.
-Je m'appelle Léïtia.
Cette fois-ci, je restais bouche bée. À mon humble avis, cela fut une fois de trop et mon masque inexpressif tomba, laissant apparaître un homme qui ne comprenait plus rien de ce qui se passait.
-Tu m'avais dit...enfin, tu avais voulu me dire que...enfin, pourquoi...que...
Elle posa un doigt sur ses lèvres pour faire cesser mon baragouinage, certainement parce que plusieurs personnes m'observaient, inquiète que je perde ainsi mon sang-froid à cause de nos preneurs d'otages. Je me mis donc à genoux et me penchai vers elle, chuchotant pour qu'elle soit la seule à entendre.
-Je croyais que tu étais muette...
-Je ne le suis plus...
-Comment ça tu ne l'es plus ?

Elle haussa les épaules, comme si elle n'en savait pas plus que moi. C'était à n'y rien comprendre. Bon, essayons de reprendre notre calme. Je m'assis en tailleur, nos genoux se touchant presque tandis qu'elle continuait à regarder son bracelet.
-Bon, tu t'appelles Léïtia...quel est ton de famille ?
-Je ne sais pas.
-Tu ne sais pas ? Mais où sont tes parents ?
-Je ne sais pas.
C'était difficile de garder son calme. Soit elle se moquait de moi, soit...soit quoi ? Comment avait-elle pu entrer dans la navette sans passeport électronique, sans l'avis des parents, sans rien ? Mais avait-elle seulement un passeport ? Je m'empressais aussitôt de lui demander.
-Oui, mais il n'est pas à moi.
-Pas à toi ? Que veux-tu dire par pas à toi ?
-Il n'est pas à moi, il est à quelqu'un d'autre.
-Tu veux dire que tu l'as volé ? Mais comment as tu réussi à te faire embarquer avec le passeport d'un autre ?
-Tu es trop curieux.

Était-ce une menace ? Je n'en savais trop rien...mais cette Léïtia était vraiment bizarre. Son comportement n'était pas normal par rapport aux filles de son age. Je voyais des adolescents se réfugier dans les bras de leur parents pour être consolés, mais elle, restait de marbre. Cette situation ne semblait pas l'inquiéter.
Peut être était elle atteinte de troubles psychologiques...j'avais un appareil dans mon sac qui permettait de...mon sac ! Je m'en rendais compte maintenant, mon sac n'était plus avec moi ! Les terroristes avaient sûrement dû les embarquer pour les fouiller...cela ne m'arrangeait pas vraiment.
Je regardai cette jeune fille qui avait recommencé à contempler de son bracelet, comme si elle y trouvait un plus grand intérêt que ma présence. Je soupirai et baissai les yeux avant de lever un sourcil. Son bracelet métallique semblait être un peu lourd et était bien trop gros pour elle. Il semblait aussi très serré à son poignet et n'était pas spécialement beau. Je savais que les femmes pouvaient parfois être coquettes, mais de là à porter de tels bijoux...
J'aperçus alors des lettres dessus, je voulus tourner la tête pour les lire mais, comme si Léïtia avait deviné mon attention, elle mis sa main dessus, les cachant à ma vue tandis qu'elle me regardait sombrement. Je crois n'avoir jamais vu un regard aussi effrayant de toute ma vie.

-Qu'est ce que c'est ?
Aucune réponse...avait elle retrouvé le mutisme qui lui était propre ? Mais je n'étais pas énervé, je savais que c'était un objet personnel et que c'était son bon vouloir si elle ne voulait pas m'en faire part.
Je m'éloignai d'elle, décidé à la laisser seule. Mais c'était également parce que j'avais besoin de réfléchir. Ces terroristes, je ne pouvais pas les appeler autrement, semblaient être un groupe d'illusionnistes. Ils avaient besoin de prouver quelque chose au monde, peut être également de rebâtir quelque chose à leur emblème.
Et puis pourquoi le lion comme symbole ? Pour représenter la force ou le courage ? Peut-être autre chose sûrement...Mais quoi qu'il en soit, je savais que nous n'allions pas sortir de cet endroit avant un long, très long moment. Nous ne servions pas de monnaie d'échange pour eux, mais de couverture. Ainsi, ils pouvaient aisément menacer leur entourage sans avoir de quelconques représailles en retour.

Mais quel était le but de cette couverture ? Leur fournir la protection ou le temps nécessaire pour ce qu'ils avaient à accomplir ? Celui,qui semblait être un de leur chef m'avait bien dit que la destruction de l'immense station spatiale dont parlaient les journaux venait d'eux. Mais pourquoi ?
Il m'avait aussi dit qu'ils avaient besoin de mes compétences en temps que médecin chercheur...or la station se composait en grande partie de scientifiques...
C'était très confus, mais je commençais lentement à comprendre. Il m'avait parlé du projet Alpha Zéro et que la station portait le même nom. Comme il me l'avait dit, c'était très simple : Il voulait posséder et finir ce projet !
Je ne savais rien à ce sujet, mais j'étais sûr que c'était sans aucun doute quelque chose de très dangereux pour que des terroristes s'intéressent à cela. Mais j'oubliais aussi ce qu'il cherchait dans la navette...C'était bien trop confus pour moi, et à force de penser ainsi, j'allais attraper une de ces migraines que je redoutais tant lorsque je travaillais trop.
Je m'assis contre le mur et mis mes mains dans mes poches avant de sentir mon cube holographique dans celle de droite. Je l'avais complètement oublié, et quand j'y repensai, c'était bien la seule chose qui restait de mes bagages. Tout mon matériel, mes vêtements, mes effets personnels, allais-je pouvoir les récupérer ?

Je préférais ne pas le savoir, c'était le dernier de mes soucis. Je sortis mon cube et l'activais, pour le plaisir de regarder l'hologramme et d'observer mon pire ennemi : « Elicope ». Savoir comment lutter contre lui m'importait peu désormais, car cela ne m'avancerait pas là où je me trouvais.
Je restai ainsi comme cela, regardant mon hologramme sans pouvoir observer le temps qui passait. Avait-on tous une chance de sortir de cet endroit ? Je n'en savais trop rien non plus...




Chapitre 4 Projet Alpha Zero

# Posté le jeudi 06 décembre 2007 14:12

Modifié le vendredi 07 décembre 2007 12:36

Coup de blues

Coup de blues
J'aimerais adresser un petit message à un ami qui m'a aidé aujourd'hui. Il ya certains moments où je me sent comme vide, plusieurs questions se bousculent dans mon esprits...mais je ne vais pas faire part de mes problèmes ici! Merci beaucoup, Bizzy, pour ton encouragement, ça fait toujours chaud au coeur d'être aidé et compris. Et merci aussi à tous ceux qui suivent mes écrits et de leurs commentaires, ça aussi ça fait vraiment plaisir!

Pour changer de sujet, il y a un petit quelque chose qui me turlupine l'esprit depuis un moment: le confort de mes lecteurs! Je m'explique: les couleurs blèssent t'elles les yeux? Les textes sont ils un peu longs sur les articles? Car c'est parfois ce genre de détails qui peuvent changer un texte comme un rien! Si jamais vous avez des idées pour améliorer ce confort, n'hésitez surtout pas à m'en faire part, ça sera le bienvenue!

# Posté le vendredi 07 décembre 2007 14:44

Modifié le mercredi 20 février 2008 07:44

Chapitre 4 Pierre des cinq lois

Chapitre 4


La chambre était bien plus grande que prévu et d'un luxe auquel Tenak n'était pas habitué. Le lit pouvait facilement contenir deux personnes, fabriqué dans un bois solide et bien travaillé, et possédant des draps d'une douceur qui surprirent le jeune berger. En le voyant ainsi, il eut beaucoup de mal à résister à l'envie de s'écrouler dessus, et préféra donc détourner le regard, non sans peine, pour se rendre instinctivement vers la fenêtre.
Scrutant l'horizon à travers les vitres, il ne vit évidemment rien qui puisse atténuer son angoisse. A présent il se sentait coupable d'avoir laissé Jonathan seul à la bergerie. C'était un homme vieux et malade, écrasé par le poids des années et de ses rhumatismes. De nombreuses images fusaient une à une dans son esprit, avait il déjà subi le même sort que le Navin ? Non, il refusait d'y croire ! C'était un homme plein de ressources qui s'était sorti des pires situations, il le rejoindrait comme promis au petit matin et tout s'arrangerait. Si seulement ça pouvait être aussi simple...
Tenak frissonna, il avait bien failli mourir, la gueule monstrueuse a quelques centimètres seulement de sa tête. Il pouvait encore sentir l'haleine chaude et putride de la créature sur son visage, une expérience qui l'avait rempli d'effroi. Et pourtant il s'en était sorti, de peu certes, mais il était bien vivant. La douleur que le monstre lui avait occasionnée était encore bien présente, bien que le sang, d'après lui, devait avoir cessé de couler.
Posant ses affaires à même le sol, il entrepris d'ôter délicatement son vêtement en peau de mouton, tout en retenant une grimace de douleur. Bien que ses blessures ne soient pas belles à voir, il fut rassuré de constater qu'elles n'étaient pas si profondes que ça et que le sang avait peu coulé. Chaque coté de son torse portait quatre longues griffures qui descendaient presque au bas des dernières cotes. De grandes lanières de sa tunique pendaient misérablement comme des guenilles, imbibées du sang de leur propriétaire.
Cherchant des yeux quelque chose dans la pièce qui pourrait nettoyer ses plaies, il trouva une bassine d'eau du coté gauche du lit. En y trempant une main, il eut un nouveau frisson tant l'eau était gelée. De l'eau chaude aurait été bien plus efficace, mais il ne s'en plaignit pas, comme disait Jonathan, il faut toujours se contenter de ce que l'on a. Tenak déchira le reste de sa chemise et la trempa dans l'eau pendant plusieurs secondes avant de commencer a éponger son corps. Ses blessures ne tardèrent pas à saigner de nouveau, mais l'eau froide atténua quelque peu la douleur.
Tout en se nettoyant, il repensa à ce qu'avait dit le monstre lancé à sa poursuite avant qu'il ne lui donne une fin méritée. Quelque chose l'avait effrayé, au point de laisser retomber toutes ses défenses. Quelque chose qui se trouvait sur son corps, qu'il n'avait pas prévue. Une pensée jaillit aussitôt dans son esprit, et repensant à sa brûlure à l'épaule, il se refusa de la regarder. Et pourtant ses yeux se baissèrent très lentement sur son épaule droite. Ce qu'il vit alors le laissa interdit, lui faisant lâcher son éponge qui tomba avec un bruit mou, éclaboussant le sol d'eau et de sang.
Ce n'était pas une brûlure mais un symbole qu'il portait, ou plutôt un tatouage. Il ressemblait vaguement à un cercle, divisé en quatre partie égales et colorées et portant d'étranges petits symboles. D'étranges veines noires
circulaient dans tout l'ensemble de cette figure géométrique. Autour du tatouage, la peau était bien brûlée, sombre comme si on l'avait frottée avec du charbon. Ses couleurs, sa taille et sa forme n'était pas inconnues du jeune berger, car elles rappelaient facilement l'objet qu'une personne, dont il ignorait tout, lui avait remis avant de mourir : Une pierre, la pierre des cinq lois.
Aussitôt la nausée le reprit et il faillit bien vomir de nouveau s'il ne s'était pas pris le ventre entre ses mains. Tous les derniers évènements qu'il avait vécus, il n'y faisait plus aucun doute maintenant, étaient liés, d'une façon ou d'une autre.
Se redressant difficilement, le sang battant contre ses tempes, il ramassa son tissu mouillé et frotta énergétiquement l'endroit où se trouvait le tatouage, dans l'espoir que celui-ci s'effacerait. Il frotta ainsi jusqu'à ce que sa peau lui fasse mal et rougisse. Quand la douleur fut devenue trop vive, il s'arrêta pour constater avec stupéfaction que le tatouage de la pierre était toujours aussi visible, la peau rougie sur les endroits non colorés. C'était bien pire que mieux, car la brûlure s'était réveillée, plus forte encore.
C'était un cauchemar, il allait bientôt se réveiller. Pitié, faites qu'il se réveille...
La tête entre les mains, le torse toujours dénudé, Tenak tentait de reprendre le contrôle de ses réflexions. Il n'arrivait plus à penser correctement, toute sa vie semblait avoir basculé d'une journée à l'autre sans qu'il puisse s'en rendre compte. C'était comme si son cerveau ne parvenait plus à fonctionner correctement, détraqué de ne plus avoir réussi à suivre le cours des événements. Trop de choses s'étaient passées, il sentait bien qu'a ce rythme il allait finir par devenir fou.
Si Jonathan était ici...la seule pensée de Jonathan suffit aussitôt à le replonger dans l'angoisse.
Sans pouvoir empêcher, il se laissa doucement aller sur le lit, sa tête reposant contre un oreiller de velours qui calma un peu son mal de tête. Il ne fallut pas longtemps avant qu'il s'endorme d'un sommeil sans rêve.
**

Lorsque Tenak se réveilla, son regard vint directement se poser sur la marque laissée par la pierre des cinq lois. Ainsi ce n'était pas un rêve, tout cela était donc bien réel...Bien qu'il n'eut pas dormi très longtemps, et pour cause, la nuit remplaçait toujours la lumière rassurante du soleil, cette petite sieste avait eu un effet bénéfique sur le jeune homme. Il se sentait plus lucide, plus sûr de lui. Tout allait s'arranger, cela n'était pas aussi grave. Jonathan avait bien raison de toujours le sermonner, il était décidément impulsif et s'inquiétait beaucoup trop. Une bonne nuit de sommeil, voilà ce qu'il lui faudrait, et dès que le vieux berger serait là, ce serait pour dire comment il avait tenu face à une horde de bêtes cauchemardesques et déchaînées. Après tout, si lui en avait abattu un, quel jeu d'enfant se serait pour un homme avec autant d'expérience dans le combat.
Pour ce qui était du tatouage, il n'avait sans doute pas à s'inquiéter, c'était une sorte de magie Navin, et Jonathan avait longtemps étudié chez eux, il saurait certainement comment s'en débarrasser.
Le sourire aux lèvres, Tenak se redressa, s'étira et eut une nouvelle joie en constatant que sa brûlure ne lui faisait déjà plus mal, et que ses autres plaies avaient un plus bel aspect. Un léger gargouillement s'éleva soudainement, signe bien net que son estomac criait famine. Maintenant qu'il y pensait, il aurait bien besoin d'un bon repas, aussi léger fut il. S'approchant de son paquetage, il entreprit de le vider de son contenu, répandant sa couverture, son couteau, sa bourse et ses autres objets, pour se rendre à l'évidence, il était parti sans nourriture.
Quel imbécile ! Partir sans vivres était la pire des stupidités qu'il ne se serait jamais permises. Seule sa gourde se trouvait dans son sac, et encore, elle n'était qu'à moitié pleine. Son estomac protestant une seconde fois, il avisa de rassembler tout ce qu'il possédait et de faire le tri pour pouvoir mieux chercher une moyen de se trouver à manger.
Sa main se posa sur sa bourse en cuir qu'il souleva à la hauteur de son visage. Simple et de bonne facture, elle n'était fermée que par un simple petit cordage résistant. Une pensée lui vint à l'esprit :Aurait il assez pour payer la chambre ? Le doute le prenant, il déversa le contenu de sa bourse au sol. Il avait au moins 5 pièces d'argent, le reste étant composé de pièces de bronze. Bien qu'il ne se soit que très peu familiarisé avec la loi du marché, cette somme qu'il économisait depuis sa plus tendre enfance devrait largement faire l'affaire pour passer au moins plusieurs nuits à l'auberge si cela était nécessaire.
Réfléchissant encore un moment, il en arriva à la conclusion qu'après tout ce qu'il avait vécu, et dans l'espoir de reprendre des forces, un repas chaud et délicieux ne serait pas de refus. Remballant bien plus méthodiquement ses affaires dans son sac, il nettoya sa veste de peau de mouton, lava une seconde fois ses plaies et tenta de se donner une meilleur apparence, en lissant ses cheveux en bataille. Après avoir accroché sa bourse à son sac, il se dirigea vers la porte. S'arrêtant net au palier, il tourna la tête vers sa chambre, puis revint d'un pas décidé dans celle ci pour prendre son couteau qu'il cacha sous sa tunique.
Il prévoyait toujours le pire, d'accord...mais on n'est jamais trop prudent, et cette remarque venait également de Jonathan. Comment allait il en ce moment ? Etait il blessé ? Agonisant ? Non, décidément il fallait qu'il chasse toutes ses mauvaises pensées, et le plus tôt serait le mieux.
Descendant très lentement les marches de l'auberge qui menaient au rez-de-chaussée, Tenak se retrouva de nouveau dans une pièce bruyante et odorante : la clameur des clients et l'odeur forte de l'alcool. Les têtes se tournèrent de nouveau vers lui l'espace de quelques secondes avant que les bavardages ne reprennent de plus belle. Mais pourquoi le regardaient ils tous comme ça ? Il trouva rapidement une table éloignée de tous ces gens qui ne lui inspiraient pas confiance, l'alcool ayant toujours été pour lui une boisson qui transforme même le plus courtois des seigneurs en fripon de bas étage.
Tapotant distraitement le table de ses doigts, il sursauta quand une voix féminine s'éleva près de lui. Tournant brusquement la tête, il se retrouva face à une jeune femme blonde, d'un physique plutôt avantageux et coiffée avec deuxtresses qui lui donnaient un air très doux. Elle souriait de toutes ses dents blanches, essayant apparemment de retenir un léger fou rire.
-Pa...pardon ? bégaya t-il. Vous avez dit quelque chose ?
-Je vous demandais si vous désiriez manger ou boire quelque chose messire. Son air ahuri devait sûrement être très comique, car la jeune femme pouffait doucement, une main devant la bouche. Remarquant qu'il était en train de passer pour un parfait idiot, le jeune berger tenta de se rattraper.
-Ho...je...excusez moi, je ne vous avais pas entendu. En fait, je pensais à autre chose.
-Mais vous n'avez pas à vous excuser messire, fit elle, abhorrant un sourire éclatant. Alors ? Vous prendrez quelque chose ?
-Et bien...qu'avez vous à me proposer ?
-Nous servons de la salade au choix, pour la viande nous avons du porc, du canard, de la volaille, et toutes sortes de charcuteries. Mais si je peux vous conseiller, fit elle avec un clin d'½il, on nous a ramené du merlan tout frais de ce matin, agrémenté avec trois ½uf entiers, un oignon, du pain et ce qu'il faut en sel et en poivre, cela en fait notre spécialité du jour.
Tenak avait vaguement entendu parler de Merlan dans sa vie. N'ayant jamais goûté de poisson, il se laissa tenter.
-Va pour le merlan.
-Bien messire, et comme boisson avec ceci ?
-Du lait s'il vous plait.
-Du lait ? dit elle avec un sourire d'étonnement. C'est rare de voir un client boire du lait par ici.
-Je suis berger, expliqua le jeune homme.
-Oh je comprends. Dans ce cas je vais arrêter de vous ennuyer messire. Je
vous apporte votre plat dès qu'il sera prêt.
Avant même qu'il n'ait eu le temps d'ajouter une phrase, elle s'était déjà éclipsée aussi soudainement qu'elle était arrivée. Tentant de se relaxer, ou plutôt de se calmer, Tenak recommença à taper doucement ses doigts sur la table tout en observant avec attention les autres clients de l'auberge. La plupart étaient en grande partie saouls, se flanquant de grandes claques dans le dos et riant grassement d'une blague, certainement idiote, d'un camarade de table. L'ambiance était très animée, bien que ce ne fut pas le genre que Tenakappréciait le plus.
Son regard continua d'errer un moment sur un groupe de vieillards qui
sirotaient une étrange mixture jaune tout en se chuchotant des choses à l'oreille et tournant la tête en tout sens, comme s'ils avaient peur que leur conversation soit surprise par des oreilles indésirables. L'un d'eux tourna la tête vers Tenak qui détourna aussitôt le regard pour le poser sur une personne, également à l'écart des tables, qui semblait boire ce qui ressemblait à s'y méprendre à du thé.
Il était d'apparence jeune, les cheveux blonds, courts et soigneusement coiffés. Tout en lui trahissait l'aisance dans laquelle il semblait vivre, mais quand il leva la tête pour croiser le regard de Tenak, celui ci se sentit aussitôt gêné, comme si cet homme tentait de le percer à jour. Et le sourire qu'il gardait sur les lèvres, bien qu'il fut apparemment cordial et sincère, lui était insupportable. Ce fut avec un soulagement non contenu qu'il arrêta de l'observer lorsque la serveuse aux tresses blondes revint avec une cruche de lait et un verre qu'elle déposa avec grâce sur sa table.
-Et voilà messire. Pour votre repas je vous prierai d'attendre un peu, la cuisson met plus de temps que prévu.
-Ce n'est rien, je peux encore attendre. Merci. dit-il, alors qu'il commençait déjà à se servir un verre de cette liqueur si délicieuse et revigorante.

Il soupira de contentement, cela faisait un long moment qu'il ne s'était vraiment désaltéré, et cette boisson fraîche était bienvenue. Le visage à présent bien plus serein et calme, il tourna de nouveau la tête pour s'apercevoir que le mystérieux personnage blond le regardait toujours. Son simple regard ne faisait aucun doute : cet homme était très dangereux. C'était comme s'il tentait d'analyser Tenak sous toutes les coutures, ses gestes, ses paroles et sa façon d'observer les choses.
Avant qu'il n'ait pu faire le moindre mouvement, l'homme se leva, prenant avec lui sa théière et sa tasse assortie, et se dirigea vers Tenak à son grand affollement. Sa démarche féline suffit amplement à remplir de malaise le jeune berger qui tenta d'ignorer superbement le visiteur venu à sa table.
-Puis je m'installer ici ? fit il avec un sourire et une innocence théâtrale.
Le jeune homme préféra ne répondre que par un simple hochement de tête avant de se resservir de sa boisson favorite. L'idée d'engager la conversation avec un tel homme lui était horriblement déplaisante, surtout qu'il n'était apparemment pas venu pour échanger des paroles anodines et sans importance apparente. Scrutant le moindre de ses gestes, prêt à reculer à la moindre alerte,
Tenak le regarda se servir une tasse de thé et boire à petites gorgées, et analysa sa façon bien personnelle de laisser couler très doucement sa liqueur odorante sur la langue, comme pour en apprécier pleinement tout le goût, avant de le laisser couler au fond de sa gorge. Il leva un sourcil de méfiance, cet homme était décidément étrange et peu commun. Il dégageait une personnalité très rigoureux et stricte, comme s'il avait voulu que toute sa silhouette soit au comble de la perfection. Que venait faire un homme pareil dans un tel endroit, car il était évident qu'il n'avait pas place parmi les voleurs et les filous.
Reposant délicatement sa tasse sur la table avant de poser les yeux sur Tenak qui essaya de ne pas ciller. Le voyant sourire de nouveau, il se rembrunit aussitôt, décidément ce personnage avait le sourire facile.
-Je me nomme Apolïncer, mais on me surnomme également Apo, j'ai également plein d'autres surnoms tous aussi intéressants les uns que les autres.
Voyant que Tenak ne répondait pas, il continua de parler, son sourire toujours aussi épanouir.
-J'imagine que tu as un nom, l'ami.
-Tenak...
Quel imbécile il faisait ! On ne pouvait pas se fier à ce type de personnage. De là à lui dévoiler son identité...et pourtant il savait qu'il ne pourrait rien lui cacher, car même si son sourire pouvait être aussi convaincant que possible, son regard on disait bien plus long. Un regard qui lui disait d'ailleurs quelque chose. Oui, c'était le regard de l'aigle, et il était en train de tourner autour de la proie que représentait Tenak avant de fondre sur lui avec toute la grâce majestueuse de ce puissant animal.
Il se prit doucement le menton d'une main tout en faisant mime de réfléchir
-Tenak...Tenak...il faut dire que ça sonne bien, oui. Ravi de te connaître, dit il tout en lui tendant une main ouverte que Tenak serra avec hésitation.
L'étrange homme resservit une tasse de thé qu'il tendit au jeune berger, celui ci refusant poliment d'un geste de la main.
-Bien, maintenant que les présentations sont faites, je dois dire que je ne t'ai jamais vu dans le coin. Tu es nouveau par ici ou seulement de passage ?
Tenak sentit la colère lui monter lentement à la tête, décidément cet homme était vraiment beaucoup trop curieux.
-Tu n'es pas bien bavard l'ami...
Peut être que s'il lui racontait sa vie, il le laisserait rapidement tranquille. Après tout, peut être cherchait il tout simplement une conversation amicale. Buvant d'une traite son verre de lait, il releva les yeux pour arriver en contact avec ceux de son interlocuteur.
-Je vis aux alentours de la cité. Il m'arrive de venir ici de temps en temps mais c'est plutot rare.
-Dans ce cas, bienvenue à Tanempa. Tu es donc bien berger n'est-ce pas ?
-Pourquoi une conclusion si hâtive ? demanda t-il sur un ton qui trahissait la méfiance.
-Par ici il n'y à qu'une seule bergerie, très renommée dit-on d'ailleurs. Et n'as tu pas pris une chambre au nom de Jonathan ? Comment se fait il qu'il ne soit pas là ? Doit il te rejoindre par la suite ? Si oui, quand ?
Il ne faisait plus aucun doute à présent, il était vraiment très dangereux. Il se promit par la suite de faire attention à ce qu'il disait. Essayant de paraître le plus naturel possible, avec néanmoins une pointe de colère, il s'empara de nouveau de la cruche pour pouvoir remplir son verre.
-Et pourquoi voulez vous savoir tout ça, si ce n'est pas indiscret ?
-Parce qu'il n'y a apparemment pas moins d'une dizaine de gars qui vont tenter de te mettre la main dessus d'ici demain, mon ami.

Tenak s'étrangla à moitié avec son lait alors qu'il est écoutait Apolïncer d'une oreille distraite. Sans qu'il se rende tout de suite compte, l'homme s'était presque penché sur lui pour lui chuchoter ses propos à l'oreille. Il avait parlé d'une voix calme et tranquille, comme s'il annonçait la pluie et le beau temps.
Affolé, le jeune berger tourna lentement la tête vers les autres tables pour constater que plusieurs clients le regardaient en effet tout en se parlant discrètement. C'était principalement des gaillards de grande taille à la musculature généreusement développée, et tous portaient au moins une dague ou une hache à la ceinture. Il ne put s'empêcher de sursauter quand une main tapota son épaule, suivie d'une voix rieuse.
-Votre plat messire, fit la jeune serveuse tout en déposant sous son nez une grande assiette contenant un poisson fumé de bonne taille et recouvert d'une sauce rouge à l'odeur délicieusement alléchante.
Pourtant Tenak ne se sentait plus du tout en appétit, il était même si absorbé par son inquiétude qu'il en oublia de la remercier. Celle ci s'approcha d'Apolïncer pour lui glisser quelques mots à l'oreille. Il lui répondit de la même façon avant qu'elle ne s'éloigne en riant. Souriant de toutes ses dents, l'homme recommença à dévisager Tenak d'un regard amusé.
-Tu plais beaucoup à Millie on dirait, elle te trouve très comique.
-Pardon ? fit le jeune berger qui ne voyait pas le rapport avec la situation présente.
-Tu ne la trouves pas mignonne avec ses petites tresses ? Moi je trouve que ça fait sur elle un effet unique, et ça lui va divinement bien.
-Mais bon sang vous allez arrêter de tourner autour du pot ? Un coup vous me dites que je suis en danger, et l'autre fois vous me parlez d'un sujet sans importance !
Voyant qu'il s'était mis à crier, il baissa la voix.
-Que me veulent ces types bon sang ?
-Je ne te l'ai pas déjà dit ?
-Mais pourquoi ? Je n'ai rien de valeur, et je n'ai absolument rien fait !
-Ah ça, ça se remarque tout de suite au premier coup d'½il mon ami, fit il avec humour. Mais parfois, la valeur n'est pas toujours liée à l'objet lui-même, elle peut être plus intérieure.
-Que voulez vous dire ?
Le regard d'Apolïncer devint alors terriblement sérieux et Tenak se rendit alors compte qu'il le préférait souriant. A présent il était presque menaçant.
-Tu n'as pas l'air vraiment en courant de la situation, pas vrai ? Je me suis renseigné tout à l'heure, mais apparemment tu ne sembles pas vraiment savoir qui est réellement Jonathan, non ?
-C'est un berger, comme moi.
Sa voix était tremblante, il doutait de ses propres paroles. Au fond il avait raison, il ignorait tout du vieux berger. Bien que ce n'était pas le moment, peut être allait il enfin en apprendre plus sur son mentor. S'intéressant pour de bon à son assiette encore fumante, il décida de la dévorer avec appétit.
-Oui...c'est peut être mieux comme ça, ça t'évitera d'entreprendre des actions que tu regretteras par la suite. Un conseil, reste calme et ne sort pas d'ici le temps que ton berger, Jonathan, vienne te chercher. Crois moi, ça sera moins risqué.
Tenak ne comprenait aucunement les paroles absurdes de cet homme. Il n'arrêtait pas de faire référence à ce qu'il savait sur le berger, comment ne pas avoir connut la vie de son oncle pourrait il l'empêcher de faire ces fameuses bêtises dont Apolïncer parlait ? Sa tête recommença rapidement à cogner fortement, tant et si bien qu'il ne réfléchissait plus correctement. Une pensée lui vint pourtant à l'esprit.
-Pourquoi m'avoir prévenu ? Je veux dire, à quoi ça vous aura servi ? Vous n'avez tout de même pas l'intention de me faire payer j'espère... ?
A son grand étonnement, sa remarque eut pour seul effet de le faire rire. Tenak en fut déconcerté et se sentit plus ridicule qu'il ne l'était déjà.
-Ten, mon ami, si tu savais qui je suis vraiment, tu devinerais que je n'ai plus eu de soucis d'argent depuis...j'ai arrêté de compter les années quand ça a atteint deux chiffres.
-Je m'appelle Tenak ! fit le jeune homme qui n'appréciait pas du tout le surnom que « son ami » venait de lui donner.
-Mais bien sûr, excuse moi Tenak.
-Je crois que je vais aller me coucher.
Alors qu'il s'apprêtait à demander l'addition de son repas à la serveuse nommée Millie, Apolïncer se leva brusquement et lança une pierre d'or vers celle-ci qui la rattrapa d'une main. Etonné, Tenak se retourna vers l'homme, apparemment muni d'une petite fortune, car une pièce d'or était bien plus que l'équivalent de toute sa bourse réunie.
-Ne t'en fais pas Ten, c'est pour moi.
-Et bien Apo, s'exclama Millie, je n'ai jamais gagné autant en une semaine.
-Pas ici, Millie chérie, il y a trop de monde, la sermonna t-il gentiment.
Le jeune berger profita de cet instant de distraction de l'homme au regard d'aigle pour s'enfuir rapidement vers l'étage réservé aux chambres. Après avoir refermé à double tour sa chambre avec la clef donnée par l'aubergiste, Tenak s'effondra sur le lit, harassé par cette journée forte en émotions. Il en avait plus qu'assez de tout ceci.
D'abords ces créatures venues semer le trouble dans sa vie, la maudite pierre à présent incrustée sur son corps, ensuite le séparation avec son oncle, la mort qui l'avait frôlé de près et enfin cette menace claire et nette qui démontrait que des imbéciles de voleurs, apparemment, allaient tenter de le détrousser le lendemain matin. Mais qu'avait il fait aux esprits de la terre pour que le sort s'acharne ainsi sur lui !
Il retira sa chemise en peau de mouton mais garda néanmoins le bas. Après avoir retiré la bourse de sa ceinture, il la lança du coté de son paquetage, avant que le couteau ne vienne la rejoindre, se plantant dans le bois du sol .Il ne prit même pas la peine de s'enrouler dans les couvertures que déjà le sommeil le prit. Avant de s'endormir, il eut une dernière pensée pour Jonathan.
-J'espère que tu vas bien...
**

La nuit était à présent bien avancée et la lune, définitivement cachée, ne pouvait plus empêcher la noirceur des ténèbres de prendre possession de chaque parcelle de terre et d'eau, un immense soulagement pour le seigneur Kannan qui avançait d'un pas rapide et léger. Sa cape correctement attachée à ses épaules lui donnait un air de démon des enfers : la mort en personne.
Comme il aimait ces virées nocturnes, loin de la puanteur asphyxiante de Shihab. Mais bientôt, si tout se déroulait comme prévu, il n'aurait plus besoin de se faire passer pour le maître de cette ville aussi misérable qu'une fourmilière. Oui, bientôt Elle serait de nouveau là, de retour après Sa fin tragique et injuste. A cette pensée, la nostalgie du passé refit aussitôt surface, remplissant son âme meurtrie d'une tristesse enivrante. Et pourtant aucune larme ne perla de ses yeux, cela faisait depuis longtemps qu'il ne pleurait plus.
Inutile de se tourmenter avec le souvenir des erreurs du passé, cela ne ferait que le pervertir de nouveau. Il devait se montrer fort, oui, fort et sans pitié. Il devait se concentrer sur ce qu'il avait à faire, seule Elle contait à ses yeux.
Accélérant de nouveau sa marche, il ne tarda pas à sortir du bois pour arriver à une étendue de terre particulièrement vaste, des pâturages à première vue car l'odeur de l'herbe fraîche et celle du mouton encore bien présente agressa ses narines. Il lui fallut moins de quelques minutes pour parvenir à un lieu de désolation comme il les aimait.
Ce qui ressemblait jadis à une bergerie n'était plus qu'un tas de décombres de bois et de cendres encore chaudes. La lumière du bois brûlant faiblement était encore présente, bien que s'atténuant. Même l'odeur du sang ne manquait pas à ce tableau. Le seigneur Kannan se mit à remplir ses poumons blessés de cette délicate odeur. La douleur qu'il ressentait à la poitrine était presque tolérable. Alors qu'il s'avançait parmi les débris, plusieurs pairs d'yeux apparurent de tout coté. Il continua d'avancer tranquillement, pendant que ses chasseurs favoris s'écartaient de lui pour le laisser passer.
La plus grande et la plus puissante des créatures sans nom se plaça juste en face de son maître avant de baisser humblement la tête.
-Bienvenue à vous maître.
-Quel magnifique spectacle, je dois dire que je n'en attendais pas moins de vous. Où se trouve la pierre à présent ?
-Le garçon nous à échappé, maître. Un autre de nos frères est mort.
Un silence gênant s'installa, interrompu par le crépitement du feu contre le bois.
-Comment à t-il réussi avec ses instruments de fermier ? Vous vous moquez de moi ? dit il, la colère le gagnant rapidement.
-Non, maître. Il à été pourfendu par la même lame que notre premier défunt frère. Nous avons une autre terrible révélation à vous faire. La pierre des cinq lois s'est réveillée.
Sa stupeur fut totale. Comment la pierre des cinq lois a-t-elle pu être réveillée ? Cela entrait en contradiction avec tout ce qu'il avait prévu, pourtant les prophéties ne peuvent mentir...à moins qu'elles aient été mal interprétées. Il en fut si abasourdi que sa colère expira presque instantanément. Essayant de contenir ses émotions, il se remémora d'autres consignes qui étaient tout aussi importantes.
-Et l'autre vieux, est il passé de vie à trépas ?
-Son sang est répandu sur les murs de sa demeure. Nous n'avons pas pu retrouver son corps avant son effondrement, il doit être enterré sous les décombres.
Une première bonne nouvelle, rien ne pouvait échapper à ses fidèles animaux de compagnie. La vue plus perçante la nuit que n'importe quelle créature et l'ouie plus développée que le loup lui même, il aurait été impossible que ce mort en sursis ait pu leur échapper sans éveiller leurs soupçons.
Un autre de ses serviteurs, l'un des plus petits, s'approcha à son tour, parlant d'une voix bien plus forte et bourdonnante que ses congénères.
-Maître, doit on repartir à la poursuite du garçon ?
-Non, si ce que vous dites est vrai, il me le faut vivant, et de préférence en bon état. Cela va faire bifurquer mes projets mais aboutira à ce que j'avais prévu.
-Doit on en conclure que vous n'avez plus besoin de nos services pour le moment maître ? questionna celui qui semblait être le chef de la horde.
Plusieurs solutions se mélangeaient dans son esprit. Cet événement était imprévu et peut être pas entièrement néfaste. Bien entendu, le réveil de la pierre des cinq lois ne rendait pas les choses plus simples, mais s'il arrivait à reconvertir ce jeune homme, cela en ferait un allié précieux avec des capacités inépuisables, alors que la pierre, à l'état pur, se serait désagrégée rapidement. Dans tous les cas, il lui fallait ce garçon vivant et en bonne santé. Mais le temps risquait de jouer contre lui, car s'il activait les cinq lois avant qu'il n'ait mis la main sur lui, les complications seraient telles qu'il n'oserait pas imaginer une possibilité de réussite dans son projet final.
-Je crois que je vais réutiliser les traqueurs...mais un de vous restera avec eux pour s'assurer que ces incapables ne feront pas d'erreurs. Au moindre problème, éliminé le ou les gêneurs ! Je vous ferai part des mes instructions détaillées un peu plus tard. Vous pouvez disposer.
-Bien, maître. firent toutes les voix en écho.
Le vent se leva doucement alors qu'une nappe de brouillard s'élevait lentement du sol pour envelopper toute la zone environnante. Quand il se dissipa, toutes les créatures sombres avaient disparu, comme absorbées par les ténèbres. Seul l'épouvantable relent de pourriture, qui était la seule chose que le seigneur Kannan ne pouvait supporter parmi ses gardiens, persistait encore avant de lentement s'évanouir. A présent, plus personne ne pourrait deviner ce qui s'était passé ici, et de toute façon peu lui importait.
S'avançant d'un pas tranquille vers les décombres, une immense satisfaction se lisant sur son ½il unique, le seigneur s'approcha du c½ur de l'ancienne bâtisse. Comme il aurait aimé sentir l'odeur de la chair brûlée de ce vieux fou. Et pourtant il semblait bien mort, écrasé par plusieurs tonnes de bois. Ainsi, on pouvait dire que c'était sa propre maison qui l'avait tué, comme tout cela était hilarant.
Un étrange objet attira son attention au sol. Ecartant les débris du bout de ses semelles, il ramassa un très long bâton, formé de plusieurs clochettes et grelots. D'un regard noir, il détailla le bâton à musique du vieux berger comme s'il tenait un objet profane entre les mains.
Lentement, ses pupilles se rétrécirent, ne laissant qu'un petit point noir au fond de ses yeux. Un bruit sec et grave se fit entendre alors que le bâton, aussi solide que du métal pourtant, cassa en de nombreux petits éclats qui se répandirent par milliers au sol. Satisfait, il jeta le bout du bâton encore intact dans le feu, regardant ce qui fut le symbole de son vieil ennemi disparaître dans les flammes de sa haine.
-Adieu vieux berger, puissent tes souffrances être encore pires dans la mort.
Après s'être incliné ironiquement face à la « tombe » de Jonathan, Kannan cracha dessus et s'en détourna pour de bon, pour ne jamais y revenir. La dernière pensée qu'il eut fut pour Elle, quoi qu'il ait pu faire , il s'en voulait, car Elle ne reviendrait que bien plus tard, et Son absence était la chose la plus cruelle qu'on lui ait offert.
Regardant le ciel, malgré l'absence totale de la lumière de l'astre de la nuit, il laissa retomber sur lui les souffrances du passé. Sa voix sifflante ne fut presque qu'un murmure.
-Pardonne moi Gabrielle...






Chapitre 4 Pierre des cinq lois

# Posté le vendredi 07 décembre 2007 14:52

Modifié le vendredi 04 juillet 2008 12:40