Bienvenu à Dipti

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Mayu achevait de se remémorer tout ce qui l'avait conduit jusqu'ici, dans cet endroit pire que les rues de la plus sinistre des villes. Coincée dans cette foutue réserve, elle avait tout mis s'en dessus dessous, à la recherche de n'importe quel truc qui aurait pu lui servir. Mais ce n'était que des Antiquités, des bidules anciens qui ne servaient plus à rien. Dans tout ça, elle avait même trouvé une très longue hache à double affûtage avec une étiquette accrochée dessus. « Toundra », que c'était marqué sur l'étiquette, rien de très intéressant. C'était un peu comme la caverne d'Ali baba, version poubelle.
Cette fois, elle fut certaine que son sang se glaça lorsqu'elle entendit un coup sec sur la porte. Elle se dirigea à grandes enjambées vers le frigo qu'elle tira vers la porte avant de la faire basculer sur le côté, cassant plusieurs bouteilles au passage qui répandirent une odeur forte et horriblement parfumée. Ça sentait le...oui, ça sentait le thon ! Pour finir, elle se cacha derrière le plus gros carton qu'elle trouva, retira son revolver qu'elle avait bloqué contre son pantalon et attendit, le c½ur battant. Les coups recommencèrent, brutaux, violents. Cette fois, Mayu se croyait vraiment en enfer !
-Mayu ? Si c'est toi, ouvre la porte !
Celui qui était la porte connaissait son prénom. Et le mieux dans tout ça, c'était qu'elle connaissait cette voix ! Mais on était sûr de rien...La jeune japonaise rengaina son revolver et s'empara de la hache...ou du moins, elle la souleva à deux mains avant de se décider à la lâcher contre le mur, près de la porte. Elle qui avait voulu se faire dangereuse, c'était franchement raté ! Un puissant bruit de métal polit résonna dans la pièce, à percer les tympans.
-Mayu, pour l'amour du ciel, qu'es-tu en train de trafiquer ? Ouvres la porte, bon sang de bon soir !

C'était Jordan, cette fois-ci, elle en était sûre ! Le c½ur battant la chamade et rassurée comme elle ne l'avait jamais été, la jeune femme s'empressa de passer par-dessus le frigo aux bouteilles cassées et tourna la manivelle de la porte. Celle-ci enfin déverrouillée, elle la fit coulisser et sauta directement au cou de son Aryen préféré, le visage en pleur. Habituellement, elle aurait eu honte de s'être laissée aller à l'émotion ! L'ancien flic fut surpris et recula d'un pas, Mayu toujours suspendu à son cou.
-Mayu ? Mayu, lâches-moi, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
-Jordan ! Oh, Jordan, je suis si heureuse de te revoir ! J'en peux plus ! J'en peux plus de vivre ici, je veux rentrer à la maison !
L'homme aux cheveux blonds soyeux et aux yeux de l'océan la força à le lâcher. Jamais elle ne s'était sentie aussi mieux ! Jamais elle n'aurait pensée être soulagée de retrouver un ancien flic qui l'avait déjà foutue plus d'une fois derrière les barreaux ! Le monde était vraiment bizarre par moment ! Elle aurait même presque pu chanter sur le coup, et même danser en fait !
-Mayu ? demanda t-il l'air grave. C'est toi qui a tué cet homme, pas vrai ?
-Il allait me planter, Jordan ! s'écria t-elle, en pleur, les cheveux en batailles. Tu es venue me chercher pour qu'on rentre, pas vrai ? On va rentrer chez nous, c'est ça ?
Jordan ne répondit pas, les sourcils froncés et les lèvres pincées. La jeune japonaise aperçut le bonnet rouge qui traînait pas terre et qui appartenait aux gars de la zone industrielle. Un doute la pris.
-Viens avec moi, je t'emmène. Il est évident que tu n'es pas faite pour vivre ici.
-Tu me ramène chez moi alors ?
-Je vais te livrer à la police de Dipti. Tout se passera bien, tu verras.

« Ditpi utilise les procédés et les techniques efficaces, peut coûteuses en énergies et non polluantes pour s'étendre et grandir. C'est un peu le principe du recyclage sans produire de déchet ! » citoyen de Dipti


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Bon, cette fois c'était sûr et certains ! Son c½ur avait raté un battement et il allait se taire à tout jamais ! Mayu recula, les yeux exorbités et la chaire de poule sur tout son corps. Elle fit un bon en arrière et tenta de fermer la grande porte en bois. Mais Jordan l'en empêcha à temps de ses deux mains, sans aucune difficulté. Mayu recula de plusieurs autres pas encore, le teint blanc comme celui des fantômes. L'ancien flic s'avançait de sa démarche gracieuse, un sourire gêné tordant ses lèvres de gentleman.
-Mayu, je t'apprécie beaucoup, tu es une fille agréable. J'ai toujours su que tu ne t'adapterais pas à Dipti. Elle ne convient pas à tes m½urs et à tes attentes !
-Espèce de...commença la jeune japonaise. Pourquoi tu m'as fait venir ici ? C'est de ta faute ! Pourquoi avoir fait ça si tu savais ? Tu veux quoi au fond ? Ça t'amuse au fond ?
-Pas du tout. Ne m'en veux pas, mais j'ai besoin de toi pour rapidement devenir citoyen. Tu me serviras de monnaie d'échange, de cette façon. Toi en échange de mon recensement. Et puis, les autres ne sont pas si mal traités, tu sais...d'après ce qu'on dit.
Alors c'était ça ? Le fils de...il avait voulu se servir d'elle depuis le début ! Il l'avait charmé avec cette histoire de liberté ! Il s'était bien foutu de sa gueule ! Mayu détestait cela ! Elle ne comptait plus le nombre de mecs qui s'étaient payé sa tête ! Celui-ci était de trop ! Sa couleur de peau était maintenant passée au rouge de la colère ! Une putain de colère à tout casser !
-Je ne sais pourquoi tu as cette arme, mais ranges-là. Tout va bien se passer, tu verra, je te le...
-La ferme, fumier !

Et elle tua pour la seconde fois de sa vie, cette fois de sang froid. L'ancien flic resta impassible pendant quelques secondes, les paupières à demi fermés. La tâche rouge, au niveau de son c½ur, s'étendit salement. Alors il tomba à la renverse, au milieu des boissons à base de poisson et des morceaux de verre.
Quel imbécile...pourtant, il la connaissait ! Il la connaissait très bien, depuis longtemps ! Pourquoi avoir pensé qu'elle n'avait pas le courage d'appuyer sur une gâchette pour descendre la pire ordure qui puisse exister ? Le coup de feu avait du retentir très loin, les marionnettes de Dipti allaient accourir dans pas longtemps et se rendraient compte de ce qu'il venait de se produire. Elle était encore un peu plus fichue maintenant !
-C'est pas vrai ça, c'est trop facile que ça puisse se passer de cette façon...réfléchit ! Réfléchit, bon sang !
Disait-elle en se donnant des petits coups de crosse sur la tempe. Et c'est ce qu'elle fit !
Mayu entreprit d'imaginer ce qui pouvait lui arriver, ce qui pourrait se passer à partir de cet instant. Elle revoyait d'abords, comme toute la bande d'un long métrage, tout ce qu'elle avait vécu dans cette citée de dingue au fond de l'eau. Elle revoyait le parrainage, le visite chez le médecin, les affiches de propagande, le peintre fou...tout cela défilait à toute vitesse dans sa tête, sans qu'elle ne puisse appuyer sur un bouton stop.
Puis elle arriva jusqu'à cet instant, où elle était en train de réfléchir à la suite, à ce qu'il pourrait se passer dans les minutes à venir. Il n'y avait pas trente-six solutions...seulement trois ! Oui, trois solutions envisageables. Trois petites solutions totalement différentes, qui avait leur propre débouché.
Elles étaient toutes possibles, c'était sûr ! Mais laquelle se mettrait en place ? Laquelle déciderait de mener la vie de Mayu à sa guise ? La jeune japonaise ravala une boule dans sa gorge, les yeux rivés sur le corps sans vie de Jordan. Au fond du couloir, elle entendit la porte s'ouvrir







Bienvenu à Dipti

# Posté le mercredi 18 mars 2009 16:03

et si la fin n'était jamais finit? O_ô

et si la fin n'était jamais finit? O_ô
eh voila, on arrive à la fin de Bienvenue à Dipti! Il en sera ts vite finit de ces maudits cauchemards et de ces affiches de propagande...ou peuttre pas...Quoi qu'il en soit, ce sera à vous de choisir votre fin entre les trois suivantes : l'apocalyptique, la mauvaise et la bonne. Rien ne vous empêche également de lire les trois, bien entendu. Ce fut là une étrange experience! Une fois celle-ci finit, il ne me restera plus qu'à boucler l'histoire de cette chère Rei pour en finir avec ce blog...finitivement? Ca reste à voir.

Rappelez-vous que je vous ais promis un jeu et je tiendrais promesse, soyez-en certain(e)s. Mais ne brusquons pas les choses! Si vous avez lut cette sombre histoire, c'est ici que vous allez pouvoir donner votre avis, dire ce que vous avez aimez ou pas, ce qui en fait sa richesse ou son plus gros défaut, etc. On a tous unté obscur caché quelque part, n'est-ce pas? Dévoiler le mien était sans doute le meilleur moyen pour mieux l'enfermer dans sa cage, car je ressort plus fort de cette experience. Une fois Rei achevé et aprés un repos bienrité, je serais alors d'attaque pour commencer le troisième volet de la pierre des cinq lois. Mais comme vous devez le savoir, ceci est une autre histoire.

# Posté le vendredi 20 mars 2009 13:59

Rei, Anges des neiges éternelles partie 3

Anges des neiges éternelles



En file indienne, Rei la dernière, tous suivirent leur guide qui marchait d'un bon trin, ses talons percutant brutalement le marbre du hall. Au-delà de la porte était déroulé un long tapis rouge. Bien que sa couleur était synonyme de chaleur, son contact était presque aussi froid que la pluie. Encore une fois, la jeune vagabonde n'y accorda que peu d'attention. Les yeux rivés sur la cape de la femme en blanc, les mains cachées derrière son propre dos, la gorge sèche, les yeux piquant et les joues plus rouges encore que le tapis, elle avançait droit devant elle en essayant, avec beaucoup de mal, d'ignorer la rangée des gardes qui se trouvait de chaque côté de cette nouvelle pièce. Que ce soit à droite où à gauche, ils étaient toujours plus nombreux que tous les doigts de deux mains réunies !
Alors, sans que la jeune fille n'ait pu deviner quoi que ce soit, Kimiko et les autres soldats se mirent en ligne, parallèlement par rapport à la porte, et si bien qu'elle se retrouva au milieu de cette ligne. Le temps se suspendit et la température baissa cruellement, indignement. A cette instant, elle aurait largement préféré marcher dans le désert, assoiffée, plutôt que de se retrouver ici, aussi souillon, dans ce magnifique endroit, devant la plus impressionnante des créatures !
-Soyez humbles ! La reine Chizumi, maîtresse de ces lieux, juge et arbitre impartiale, à la clémence et à la générosité légendaire !
La reine Chizumi lui faisait penser à Kimiko...mais juste de par sa ressemblance ! Ses cheveux étaient d'un blond doré, serrés en une coiffure compliquée et gracieuse. Ses yeux étaient de la même couleur que le bois du sapin, d'un brun très sombre. Pour le reste, son corps était difficile à cerner car camouflé dans une robe si longue, si large et si décorée quelle avait pu appartenir à une déesse.
Le regard de la reine rencontra celui de Rei et ses paupières, aux sourcils fardés, s'agrandirent de stupeur. Une main qui se trouvait à sa gauche obligea la jeune fille à s'agenouiller et à baisser la tête. Dans sa grande maladresse, elle n'avait même pas remarqué que tout le monde était incliné, le front contre le sol, silencieux et humble comme l'avait indiqué l'homme à la robe noire.
-Qu'est-ce donc là ? Je m'étais attendu à quelques blessés et à de la saleté sur les habits. Mais cet accoutrement et ces pieds nus, cela en devient...par les dieux, qu'est-ce donc que cette enfant ? Et bien que quelqu'un me réponde, voyons !
Le timbre de sa voix n'était pas colérique, car l'on sentait de la curiosité dans sa façon de s'exprimer. Le visage de ce qui paraissait être un conseiller vira au cramoisi, comme les tomates dont l'espérance de vie commençait à se tarir. Ses talons claquèrent contre le marbre de la salle d'audience avant d'être très vite étouffé par le tapis.

Arrivé à la ligne de humbles serviteurs de sa majesté, il se pencha à l'oreille de l'un de ces soldats, lui reposant la question le plus doucement possible avant de recevoir sa réponse. Aussitôt après, il alla en informer sa reine qui était assise sur son large trône doré, une main sous le menton et l'autre posé sur l'un de ses appuis.
-Relevez-vous, braves combattants ! Il semblerait que nous ayons une visiteuse inattendue. Qui plus est, une rescapée des sinistrés de Devdan, la cité des terres chaudes !
Rei fut la dernière à se remettre debout, en retard comme à son habitude car ne sachant pas comment se tenir face à une représentante de la couronne. Elle garda néanmoins la tête baissée, les mains toujours cachées derrière son dos. Elle devait paraître dégoûtante devant tant de propreté et de dignité. Elle n'avait rien à faire ici ! Elle aurait du être avec les autres pestiférés de la cité de pierre ! Mais les dieux étaient capricieux, on ne pouvait jamais savoir avec exactitude ce que l'avenir réservait.
-Nous nous occuperons des formalités dans quelques temps. Pour l'instant, je veux entendre de par votre bouche le résumé de ce terrible dernier événement. Chacun de vous donnera sa version des faits, que personne ne soit négligé ou laissé de côté.
Et tout le monde parla, chacun son tour comme le voulait la reine Chizumi. Chacun apporta ses propres détails, car chacun ne se trouvait pas au même endroit de la bataille au même moment. Certains se contentaient de décrire avec descriptions dépouillées de toutes émotions tandis que d'autres attachaient bien plus d'importance aux sensations apocalyptiques qu'ils avaient ressenti en cette nuit chaude et sanglante.
Mais, au moins, toutes les descriptions avaient le mérite d'avoir un point commun, soit le fait que tous les rescapés gardaient les stigmates d'une sorte de massacre qui n'avait eu, au final, aucun intérêt quelconque. On n'oublia pas Kimiko qui apporta sa propre part des faits, simple, précise et rapide. Personne ne lui fit de remarque sur son accoutrement qui était bien différent de ceux de ses compagnons d'armes.
Quand cela fut fini, le conseiller se tourna vers la reine Chizumi qui n'avait pas frémi d'un sourcil, son majeur glissé entre ses lèvres et le regard absent. L'homme en robe noir toussota avec gène sur sa main fermée, la puissante femme parla finalement.
-J'ai entendu tous les témoignages sauf un, si je ne me trompes pas. Et quand est-il de cette enfant ? Elle a une langue je présume et ses explications seraient forts intéressantes.
Ce fut au tour de Rei de changer de couleur de visage. La première tâche que lui demandait une reine était impossible à réaliser ! Elle se mit à cligner des yeux se concentra sur les ongles sales de ses petits pieds, se balançant très lentement sur eux. Quand est-ce que quelqu'un allait intervenir pour expliquer la situation ?
-Eh bien ? Le chat malin aurait-il dérobé ta langue sans ton autorisation ? Doit-on procéder à un avis de recherche ?
Et à ses hommes de rire devant cette remarque amusante. Et à la concernée de vouloir devenir invisible pour ne plus être la proie des rires et des moqueries, même si elles n'étaient pas méchantes. Quelle honte...se ridiculiser par une reine...
-Elle est muette, Majesté !
-Oh ! répondit la majesté, sa voix ne trahissant aucune émotion. C'est sans doute la vue terrible de...
-Non, Majesté, elle est muette de naissance !

L'homme à la queue-de-cheval poussa une exclamation de surprise avant de poser sa main sur sa bouche. Un peu partout dans la salle, on entendait les chuchotements des gardes qui tentaient de converser discrètement entre eux. Cela se mélangeait et s'amplifiait tant et si bien que cela en devint une véritable cacophonie de bruits incongrus, dans lesquels la jeune fille était, une nouvelle fois, le centre des discussions.
Le conseiller tapa de ses talons sur le sol de marbre, tout près du trône de la reine. Aussitôt après, tous les chuintements cessèrent et les soldats personnels de sa Majesté reprirent leur posture droite et parfaite, hallebarde dans la main gauche, bras droit le long du corps et regard droit devant eux. La reine Chizumi retira délicatement les doigts de ses oreilles et humecta ses lèvres roses. Ces cils étaient si noirs...ils rendaient ses yeux bruns plus envoûtants et plus séduisants encore. Rei avait comme l'étrange et dérangeante impression que ces yeux ne lâcheraient pas d'une semelle !
-Le mutisme...c'est un terrible fléau. Les muets me rendent malheureuse, voyez-vous !
Elle avait encore dit cela d'un ton indifférent, ses deux mains à présent posés sur les accoudoirs de son trône. La jeune vagabonde aurait aimé en faire de même, à savoir humecter ses lèvres sèches. Elle avait la sensation de se retrouver en plein désert, sous un soleil ardent, et de se dessécher lentement comme une vulgaire feuille privée de son arbre.
-À qui appartient cette enfant ? Est-ce qu'un membre de sa famille se trouve encore ici ? Ou bien sont-ils encore à Devdan ? Ou alors ont-ils péris dans l'attaque des bandits ?
Ils y eut aucune réponse. Cette fois, Rei était la seule qui pouvait répondre...une réponse impossible puisqu'elle n'appartenait pas à la catégorie du « oui » ou du « non ». Il était également impensable de jouer de l'ocarina devant sa Majesté, celle-ci prendrait certainement cela pour une plaisanterie...de toute façon, l'instrument des dieux n'étaient plus que morceaux d'une vie passée !
Que se passait-il au-dehors ? La salle devint sombre perdit ses chaudes couleurs. Les ombres se communes se mélangèrent à d'autres ombres nouvellement apparut et certains personnages disparurent le temps de plusieurs battements de c½ur. Un gros nuage avait du passer devant père le soleil, assombrissant la terre qu'il réchauffait avec amour. Rei leva la tête vers le ciel, oubliant l'endroit dans lequel elle se trouvait, sa nature d'enfant reprenant le dessus.
Le toit n'était pas vraiment un toit, mais bien une seconde voûte du monde, avant la première. La luminosité du jour pouvait aisément passer à travers une immense baie vitrée au plafond. Et elle était si haute...La jeune fille dû baisser le regard lorsque les rayons lumineux et blancs de la boule chaude vinrent agresser ses pauvres iris déjà fatigués par le sommeil.
-C'est moi qui suis à sa charge. L'ayant...trouvé et n'ayant pu la ramener à la cité de Devdan, j'ai pensé l'amener en ces terres, pour lui trouver un second foyer.

Les têtes des pauvres soldats se tournèrent comme un seul homme vers Kimiko, qui avait mis un genou à terre, le regard baissé en signe de...soumission ? Cela ne lui ressemblait pas !
En l'observant ainsi, l'estime que la jeune vagabonde avait de sa protectrice s'était encore accrue. On ne pouvait qu'imaginer que sous cet ample vêtement, derrière ce visage caché, se trouvait une femme au c½ur de pierre. Enfin, c'était la tout première impression qu'elle avait eu d'elle la première fois. Maintenant, elle la voyait tout autrement.
Ce c½ur était d'or ! Mais le pauvre était inséré dans un étau glacé, gelé, vide de vie. Maintenant, il essayait enfin de sortir de sa prison froide pour pouvoir palpiter sous les rayons du soleil, pour pouvoir chanter la joie de vivre, pour sourire. Rei avait bien deviné tout cela, elle qui avait vécu une partie de sa misère à observer les gens et à les plaindre plutôt que de pleurnicher tout le temps sur son propre malheur.
-Je vois, oui...vous serez invités à dormir tous dans les quartiers des invités de ma résidence. Les familles des victimes seront dédommagées comme il le convient. Dès ce soir, une salle vous sera réservée pour festoyer et ainsi soulager vos esprits fatigués. Nous discuterons de l'affaire Devdan un autre jour...ou plutôt, c'est la prochaine troupe qui viendra m'en faire part ! En attendant, je vous charge de prendre les mesures nécessaires pour faire régner la sécurité au travers du désert. Vous pouvez disposer.
-Votre majesté est trop bonne...siffla le conseiller après avoir faire une courbette en son honneur. Gloire à la reine Chizumi, celle qui nous dirige !
-Gloire à l'astre lumineux de nos terres ! hurlèrent les membres de la salle !
Alors, tout le monde s'inclina, y compris Rei qui fut en retard encore une fois dans ses mouvements. Puis, dans une file qui était quelque peu maladroite, les camarades de charrette prirent le chemin vers la sortie du château. Leurs pas, incontrôlés et quelques peu précipités, résonnaient au travers du hall de sa Majesté.
Il fallut attendre que tout le monde soit à l'extérieur et que les deux gardes de la grande eurent fermé celle-ci pour que presque tout le monde laisse éclater un soulagement certains. Sortir de prison aurait produit le même effet !







Rei, Anges des neiges éternelles partie 3

# Posté le dimanche 22 mars 2009 13:48

Bienvenu à Dipti

Mauvaise Fin


Elle avait encore tué quelqu'un...et de sang froid, cette fois...mais qu'est-ce qui lui était passé par la tête ? C'était l'atmosphère de Dipti ! Cet endroit la rendait complètement dingue ! Tous ces gens, à la tête remplit de tout un tas d'absurdité, obéissant sans la moindre réflexion. Et qu'est-ce qu'elle allait dire maintenant ? Comment pourrait-elle retourner dans la zone résidentielle sans se faire voir ? Comment pourrait-elle seulement rentrer chez elle et quitter cet endroit maudit ? Impossible ! Impossible !
Le corps de Jordan gisait à ses pieds, et une longue flaque odorante et rouge, autour de sa tête, se mélangeait aux relents de ces liquides à base de poisson. Tout cela lui donna envie de vomir. Mais elle se retint lorsqu'elle aperçut enfin la présence au bout du couloir.
Un grand homme, bien bâtit, la regardait étrangement. Ses yeux observèrent tour à tour Mayu, le cadavre et l'arme qui se trouvait encore entre les mains de la criminelle. Il n'était pas difficile de faire le rapprochement. La peau blanche de peur et la poitrine affolée, la jeune japonaise laissa tomber le colt qui s'écrasa sur le verre brisé des bouteilles de poisson. Il avait déjà compris et il s'approchait déjà d'elle, comme s'il avait parfaitement deviné qu'elle n'oserait pas pointer son arme une troisième fois.
-Attendez ! Attendez, je...je peux tout vous expliquer ! On...l'autre homme, plus loin, il avait tenté de...
-Il n'y a rien à expliquer, Mademoiselle. Vous les avez tué tous les deux, c'est une évidence. Votre motif est sans intérêt, la loi de Dipti est formelle : Il est interdit de tuer son prochain. Vous allez me suivre avec moi, et tout se passera bien.
Non ! Elle n'avait aucune envie de le suivre ! Morte de peur, comme jamais elle ne l'avait été, Mayu pris ses jambes à son cou et tenta de dépasser le citoyen de Dipti avec un béret rouge sur la tête, comme tout ceux qui travaillaient à cet étage. Mais, alors qu'elle le frôlait, il eut le réflexe de lui saisir une cheville. La jeune japonaise s'étala violemment de tout son long contre le sol. Elle sentit une violente douleur à l'intérieur de sa bouche et de son front...ça langue ressentait le goût horrible du cuir !

Elle n'eut pas même le se redresser que le citoyen était sur elle, l'obligeant à garder les mains derrière le dos et lui obligeant une grimace de douleur sur son visage. Mayu se mit à hurler de peur, essayant tant bien que mal de se débattra face à un mec qui était presque assit sur elle, une seule de ses mains immobilisant les deux bras de sa proie.
-Lâchez-moi ! Vous me faites mal ! Pitié, lâchez-moi !
-T'as pas tellement eut de pitié avec ces deux pauvres bougres que tu as liquidé. Tu fais bien partie des autres...tiens, ça me dégoûte ça ! Si je n'étais pas un citoyen respectable et respecté, je te cracherais dessus !
-Espèce de salaud ! Lâchez-moi tout de suite !
Mais il fut sourd à ses insultes, tandis que d'autres travailleurs débarqués en toute hâte de le couleur, après avoir entendu les cris de la jeune japonaise. Ils parlaient tous en même temps, satisfaits d'avoir retrouvé la criminelle et en colère devant son nouveau meurtre. On força Mayu à se relever avant de l'amener de force hors du couleur, bousculée et mal traitée. Ils l'amenaient vers les ascenseurs.
-Qu'est-ce que vous allez me faire ? Dites-le moi ! Dites-le moi !
-Tu as le droit de savoir ! Puisque tu as l'esprit dérangé, nous allons t'enfermer en tant que folle, comme tous les autres. Et on va te laver la tête de toute la pourriture de la surface. On va te faire voir des images, te faire sentir des odeurs, te refaire une beauté chez le chirurgien ! Et quand tu sortira, tu sera la plus belle, comme toutes les merveilleuses citoyennes ! Alors seulement, tu appartiendras à Dipti et tu pourra vivre heureuse.
-Non ! Non, je ne veux pas, lâchez-moi !
Mais encore une fois, ils étaient sourds à ses attentes. Ils prirent l'ascenseur pour l'étage le plus bas...vers les profondeurs de l'océan. Là-dessous, personne ne pourrait entendre ses cris de détresse et de peur. C'était maintenant que l'enfer commençait, et il n'y aurait pas de Juliette pour la consoler !
-Dans le port de Dipti, y'a des marins qui chantent ! se mirent à fredonner l'un des travailleurs avant que leur chorale n'emplisse tout l'ascenseur.



Fin Apocalyptique


Jordan était une sorte de perdant idiot. Si seulement il seulement il avait agi avec plus de discernement. Mais de toute façon, le résultat était le même : Mayu était coincée dans cette cité pour le restant de ses saletés de jours ! La jeune femme se frotta le nez avant d'enjamber le corps sans vie de l'ancien flic. Après avoir repéré le bonnet rouge, appartenant aux types de la zone industrielle, qui traînait toujours dans le couloir, elle se pencha pour le ramasser et le poser sur sa tête au moment précis où l'un de ses poursuivants entrait dans la pièce, le même bonnet posé sur son cuir chevelu.
Il ne bougea pas de l'entrée du couloir, observant Mayu de ses grands yeux de jaguars. Ces derniers se posèrent alors sur le cadavre dans l'espèce de grenier, dont les pieds dépassaient de la pièce. Elle resta calme, la respiration tranquille et les bras le long du corps. Il était facile de berner quelqu'un de stupide.
-C'est toi qui l'as tué ? Qui t'as donné une arme à feu ! Il est interdit de tuer à Dipti ! Même si le mort appartient aux autres !
-Je le sais très bien, camarade ! Je ne suis pas citoyenne pour rien ! Mais il n'y a aucune loi qui empêche sa propre défense par rapport aux agressions. Je me suis simplement défendu en le désarmant et en mettant fin à ces jours. Une seule de ses balles aurait pu traverser la vitre, derrière-moi.
Le bonhomme, qui était assez massif et grand, se gratta le menton d'un air faussement ennuyé, les yeux concentrés au plafond. Enfin, il la rejoignit à grandes enjambées et regarda le corps étendu de Jonathan. Sa botte le retourna et ils observèrent le fin petit trou placé entre ses deux yeux, par lequel la balle lui avait fait sauter la cervelle. Il avait encore les paupières grandes ouvertes, le pauvre bougre.
-Il a bien la tête d'un autre ! dit-il finalement, avec un soupir de soulagement. Vous saviez, mademoiselle... ?
-Appelez-moi Mayu.
-Vous saviez, mademoiselle Mayu, qu'il a tué un pauvre citoyen pas loin ?
-Possible, ouais. J'ai entendu le coup de feu. Une sacrée raclure !

Et le grand personnage éclata d'un rire gras, imité par la jeune femme. Oui, c'était tellement facile de berner les idiots. Et Mayu pourrait en berner tellement d'autres...de toute façon, à part foutre le brin partout, elle n'avait plus rien à faire dans sa vie. Un chantier qui achevait de se démolir...un beau bazar, ouais !
-Retournez chez vous, je dirais aux chefs que vous avez arrêté l'autre. Je crois que le marin en personne vous offrira une belle récompense.
-Ça f'ra plaisir ! Je vous laisses, faites pas de bêtises.
-Ça risque pas !
Et il se mit à rire une nouvelle fois de son rire si particulier. Mayu pivota et se mit à en devoir de retourner chez Juju, le c½ur vide de tout. Elle avait de la haine au fond de son âme...beaucoup de haine ! Toute sa vie, elle avait tenté de mettre un peu d'ordre, de devenir une petite bonne femme respectable. Au fond, c'était franchement loupé, et Dipti avait finit de la détruire !
Au fond, elle était reconnaissante. Elle savait maintenant qu'elle était dans une impasse et qu'il n'y avait plus rien à faire. Alors elle remercierait cette cité à sa façon. Elle la mettrait en feu, en sang, elle réduirait toute sa politique à néant ! C'était facile, ces gens étaient des robots parfaitement manipulables. La politique de Dipti était parfaite pour ce sacrilège...peut-être même qu'elle détrônerait le marin, mais ça c'était à voir...mais elle avait du pain sur la planche !
D'abords créer des émeutes...elle était passée maîtresse en émeute ! Après cela elle verrait...un sourire forcé tordit ses lèvres, tandis qu'elle prenait l'ascenseur vers la zone résidentielle.
-J'ai la rate qui s'dilate, j'ai le foie, qu'est pas droit...À mon dieu c'est embêtant, je n'suis pas bien portante...



Bonne fin


Mayu lâcha son arme qui tomba avec grand fracas sur le verre brisé des bouteilles remplis de jus de poisson. Puis elle tomba à genoux, près du corps sans vie de ce fou de Jordan dans le sens se mélangeait aux produits du frigo renversé. Enfin, elle se laissa pleurer...c'était facile, c'était comme vider toute la peine, la colère, l'horreur qui s'étaient accumulées durant des jours et des jours.
Lorsqu'un homme de grande taille et fort bien bâtit entra dans le couloir, il paraissait évident qu'il comprenait la situation d'une simple et brève façon. La jeune japonaise l'entendit accourir vers elle avant qu'il ne se penche à son épaule, parlant d'une voix douce. Mayu pris la voix la plus effondrée qu'elle pu. Ce ne fut, encore une fois, pas très difficile, vue son état.
-Il m'a demandé de le tuer ! Lui, un bon citoyen de Dipti ! Il m'a ordonné...de...de lui donner la mort, sans quoi il me ferait mal...maaaaal !
-Ce n'est rien...Mademoiselle...ce n'est pas de votre faute...
-Il m'a demandé de le tuer ! hurlait-elle, le visage recouverts de larmes salées. Il m'a ordonné !
Il répétait ce que les gens maladroits répétaient dans une terrible situation. Laissant là le mort, comme s'il n'était rien, il la fit sortir de la réserve et la conduisit dans le couloir. Quelques secondes après, ses amis travailleurs débarquaient par la porte du fond. Le grand homme leur expliqua la fausse situation, à côté d'une jeune femme qui semblait être la personne la plus détruite et la plus effondrée de la cité. Ils l'écoutèrent et approuvèrent, disant que Jordan était tout simplement maniaque et suicidaire. Il avait tué le peintre par jalousie avant de vouloir se donner la mort sous un coup de c½ur. La situation tenait parfaitement bien !
-Je vais vous reconduire à la zone résidentielle. murmura t-il. Vous saurez retrouver votre chemin de là ?
-Oui...je pense...

Et tout se passa pour le mieux, tandis que, à l'intérieur de l'ascenseur, Mayu continuait de pleurnicher. Cela faisait du bien...beaucoup de bien...en fait, ça la calmait énormément ! Et c'est le c½ur un peu plus léger qu'elle abandonna le travailleur qui repartit aussi vite aider ses amis près des cadavres.
Les pubs, les voix des hauts parleurs, tout cela s'alignaient autour d'elle sans qu'elle ne les vois. Elle arriva bien vite à sa « maison »...très vite ! Et lorsqu'elle frappa à la porte, ce fut pour qu'une Juju angoissée l'ouvre presque aussitôt avant de lui sauter au cou, elle aussi pleurnichant comme une môme.
-Mayuuuu ! Espèce d'idiote, tu m'as fait si peur ! Pourquoi ? Pourquoi t'être enfuit comme ça ?
-Juliette...Je dois partir de cet endroit. J'ai pas ma place ici !
Ça y est, c'était dit. Elle avait enfin avoué ! Et Juliette qui continuait de sangloter, enlaçant celle pour qui elle avait le coup de foudre. Les gens dans la rue désapprouvaient cela. Faire autant de bruit et gêner les passants ! Le bruit était interdit à Dipti, après tout !
-Je le sais...lui chuchota t-elle finalement à l'oreille. Je sais que tu es malheureusement, je l'ai toujours sentie...Mais Mayu...tu sais que...tu sais que je t'aime !
-C'est pour ça que tu dois me laisser partir, Juju. Il y a un moyen pas vrai ? Dis-moi que c'est possible !
-C'est vrai oui...vue ma position, c'est très facile...
Juliette l'aimait, elle le savait pertinemment, et c'est cela qu'il lui faisait mal : devoir quitter quelqu'un dans la cité de l'horreur, qui l'appréciait vraiment et qui l'aimait pour ce qu'elle était. Même dans un monde corrompu, ça pouvait encore exister. La jeune femme enroula ses bras autour du cou de Mayu et ses lèvres s'approchèrent, le nectar de ses yeux recouvrant son rouge à lèvre séduction.
Mayu lui laissa ce baiser sincère. C'était le seul qu'elle pourrait lui donner...mais elle tenait à remercier celle qui lui avait fait redécouvrir une chose : le goût à la vie ! Car c'est en quittant Dipti, la cité sous-marine, que la jeune japonaise pourrait enfin revivre dans son ancien monde...un monde qu'elle avait tant détesté!
-Tu sais quoi Juju ?
-Quoi ?
-Quand je serais retournée à la surface, je deviendrais fleuriste !


FIN






Bienvenu à Dipti

# Posté le mardi 24 mars 2009 16:41

Rei, Anges des neiges éternelles partie 4

Anges des neiges éternelles



-Je suis végétarien ! Mère m'a enseigné les bienfaits de la verdure et mon corps s'est habitué au manque de la viande !
-Pour un membre de la garde royale, ce n'est pas commun. Nous respecterons ton choix, divine tortue que tu es !
-Ce n'est pas drôle !
Mais ils rirent tout de même en ch½ur, soulagés de pouvoir enfin se reposer et manger sans craindre aux dangers de la nature et des hommes. Ils auraient pu se mettre à ripailler, à manger comme des animaux et à chanter et danser sous l'ivresse du vin, mais ils restaient humbles et courtois, disciplinés qu'ils étaient.
Tous autour d'une longue table, ils se servaient copieusement dans un menu qui était incroyablement varié ! On n'avait jamais vue ça dans les auberges de Devdan ! Il y avait de la viande d'oiseaux, de poissons, de gros mammifères, des légumes en tout genre, des fruits en tout genre avec des jus qui leur étaient assortis et des bouteilles de vin, servis avec des couverts et des cruches royaux. On mangeait à se faire imploser la panse mais on ne s'en inquiétait pas. Le plus important était de profiter un maximum de cette soirée, dans cet endroit où la nuit était fraîche et tombait très vite.
Toute cette mangeaille mélangeait n'ouvrait pas l'appétit à Rei qui en était presque dégoutté. La nourriture était un don de la terre. Or, certains pouvaient en profiter en toute aise tandis que d'autres ne pouvaient parfois se contenter que de manger les racines de carottes et de patates douces. Ces odeurs mélangées ne l'inspirait pas, aussi se contentait elle de caresser l'étoffe de ses nouveaux vêtements...car, oui, la générosité de la reine était allée au-delà de ce qu'elle avait prononcé haut et fort !
C'était deux petites dames, dans des robes bleues et longues, avec des couettes en guise de chevelure, qui avaient apporté ce trésor peut avant le repas. Elles s'étaient même inclinées avec respect et l'avait appelé « damoiselle » ! Mais Rei connaissait le regard des gens et les leurs trahissaient un sentiment de profond dégoût. Devoir offrir des vêtements à une miséreuse...elles devaient se demander où le monde pouvait bien être en train de chavirer !
Dans sa tunique sombre, sertie de beaux dessins, avec une ceinture en cuir pour la retenir, la jeune fille avait bien essayé de reproduire le chant des sirènes, de pouvoir se souvenir du Lieutenant. Mais cela n'avait pas été beau...pire, elle avait trouvé que les caresses qu'elle prodiguait à sa harpe ne ressemblaient qu'à des grattements horribles et insalubres. Sans personne pour la soutenir, sa main était lourde et maladroite. Mais le pire dans tout ça...le pire, c'était que Kimiko n'avait pas été là pour lui faire remarquer l'horreur de sa musique. Car Kimiko avait disparu.

Rei se l'avouait à elle-même : c'était pour cette grotesque raison qu'elle ne parvenait pas à trouver l'appétit. C'est pour cette ridicule raison qu'elle disparu de la salle du festin, égayée en joie et en lumière. C'est pour cette idiote raison qu'elle se retrouva sur le balcon de cette auberge dans laquelle la fête se déroulait, au premier étage, réservée aux invités de marque.
Le vent du Nord glissa sur ses joues comme de l'eau pure et le crépuscule remplaça les éclats lumineux des bougies. À ses pieds s'étaient des toits et des murs, battisses solides et emplies de vies. À ses pieds s'étendaient des centaines, des milliers d'âmes qui allaient et venaient dans les veines et artères de leur cité. Il y avaient tant de nouveaux bruits à découvrir...ce n'étaient pas les mêmes accents de la voix qu'à Devdan, ce n'étaient pas les mêmes bruits de pas ni les mêmes visages, car cela étaient plus clairs, moins habitués à la chaleur et à la sueur, à la poussière et au soleil ardent.
En levant les yeux vers la voûte céleste, la jeune vagabonde se rendit clairement compte que même la capitale n'avait pas les mêmes nuits que la cité des dieux ! Et si ceux-ci avaient réellement élu résidence en cet endroit ? Car il semblait qu'une chaleur, invisible aux yeux des mortels, galopaient dans le ciel en traînant derrière lui un immense rideau de couleurs ! Les tâches des étoiles s'ajoutaient à ce tableau d'une incroyable et inimitable beauté. Jusqu'où pouvait bien s'arrêter la magie de ce monde ?
-Cela s'appelle une aurore boréale. Ça ne m'étonne guère que tu n'en aies jamais vue...on ne peut les apercevoir qu'à Louma, la capitale.
Alors chaque endroit de cette terre avait son propre secret. Kimiko était une chercheuse de secrets, une ermite. Il était tout à faire normal que ce type de spectacle lui soit connu. La femme en blanc dépassa Rei et s'accouda au balcon, sa cape voletant derrière-elle sous l'irritation du vent. Rei l'observait ainsi de dos, n'osant faire le moindre geste, n'osant pas même respirer pour ne pas la gêner. Les doigts gantés de Kimiko firent glisser sa capuche et dégagèrent ses harmonieux cheveux blancs. Lorsqu'elle tourna la tête vers elle, ce fut pour lui offrir le visage de la vraie femme qui se cachait derrière un vendeur de morts et un voleur de secrets. Son chant fut plus léger et plus doux que le lait des jeunes brebis.

Ce fut un beau soir de rêves et de douceurs.
Un beau soir comme on n'en voyait plus ailleurs.
Réunis, nous nous le remémorons à cette heure.
L'oublier, le perdre à jamais, était notre seule peur.
Ce fut un beau soir de rêves et de douceurs.

Les fenêtres s'ouvraient, les portes s'entrebâillaient,
C'était le ciel qui pleurait devant nos yeux étonnés.
Nos mains se sont tendues vers cette étrangeté.
La tristesse de notre mère recouvrait
Notre terre de son fin manteau enneigé.
La fin du monde était-elle arrivée ?

Ce fut un beau soir de rêves et de douceurs.
Un beau soir comme on n'en voyait plus ailleurs.
Réunis, nous nous le remémorons à cette heure.
L'oublier, le perdre à jamais, était notre seule peur.
Ce fut un beau soir de rêves et de douceurs.

Les perles de mère étaient glacées.
Elles embrassèrent nos visages pétrifiés.
«Par les dieux, s'écria follement une amitié,
Le ciel n'est pas en train de pleurer !
Par les dieux, le ciel est seulement heureux ! »
C'était vrai, car le ciel nous souriait.

Ce fut un beau soir de rêves et de douceurs.
Un beau soir comme on n'en voyait plus ailleurs.
Réunis, nous nous le remémorons à cette heure.
L'oublier, le perdre à jamais, était notre seule peur.
Ce fut un beau soir de rêves et de douceurs.

Nos frissons ont cessé et notre c½ur s'est réchauffé.
Notre peau a senti le froid des petites fées,
Tandis que nos pieds nus ont rencontré
Le moelleux lit couleur de pureté.
Nous avons souri à notre mère bien aimée,
Et nous avons dansé...et nous avons rêvés.

Ce fut un beau soir de rêves et de douceurs.
Un beau soir comme on n'en voyait plus ailleurs.
Réunis, nous nous le remémorons à cette heure.
L'oublier, le perdre à jamais, était notre seule peur.
Ce fut un beau soir de rêves et de douceurs.

Ce fut le plus beau soir que l'on pouvait imaginer.
Des couples se sont formés, des chants ont résonné.
Un soir, notre bonheur s'en est allé,
En eau toute la neige s'est transformée.
Ce n'est pas grave, nous avons rigolé,
Et nous promettons de nous rappeler cette soirée !

Ce fut un beau soir de rêves et de douceurs.
Un beau soir comme on n'en voyait plus ailleurs.
Réunis, nous nous le remémorons à cette heure.
L'oublier, le perdre à jamais, était notre seule peur.
Ce fut un beau soir de rêves et de douceurs.


Rei senti le froid sur le bout de son petit nez. Mais ce n'était pas le froid qu'elle connaissait...ce n'était pas du tout l'air glacial qui mordait la peau, ou encore ces sortes de frissons glacés qui l'on ressentait tout le long de l'échine. C'était un froid doux, agréable et quelque peu humide. La jeune fille se frotta le bout du nez, étonnée.
Kimiko, comme si elle eu peur que quelques curieux n'entrebâillent la porte qui menaient à la salle à manger, redevint un homme. C'était cela en fait...une seconde moitié, un double qui la protégeait en quelque sorte. Rei avait déjà entendu une histoire de rue à propos de ces doubles maléfiques, comme enfermés dans des cages à barreaux, qui grognaient dans le c½ur de chaque homme et qui attendaient le bon moment pour pouvoir se libérer de leur prison. Est-ce que c'était ça ? Est-ce que c'était le double de la femme à la hache ? Une créature sombre, une entité qu'elle avait pu contrôler de part sa volonté ? Rei cligna de l'½il en sentant de nouveau le froid entre ses paupières.
-Tu as beaucoup de chance, Rei. Tu vas connaître les toutes premières neiges de la saison. On dit qu'elles portes chance aux visiteurs...
Elle avait déjà entendu le mot « neige » dans la chanson, mais n'avait pas compris sa signification. Même si le chant fut très beau et agréable à l'ouïe, son sens précis lui avait totalement échappé. Du moins, jusqu'à ce que la jeune fille imite sa gardienne et leva le nez vers le ciel, comme pour observer une nouvelle fois la magnifique aurore boréale qui se mélangeait à l'apparence cotonneuse des nuages blancs.
Cela ressemblait à du sucre. Du sucre très blanc, très fin, du sucre aussi léger que les plumes de la Blanche Colombe. Ils étaient des milliers, et plus encore, qui tourbillonnaient dans les airs, ballottés par le vent. Des esprits malins, armés de sac remplit de ce sucre étrange et perchés sur les nuages, devaient s'amuser à les vider sur la ville, créant ainsi une pluie des plus singulières.
Les longs doigts à la peau pâle de Kimiko se libérèrent de leur protection pour se tendre vers l'ondée miraculeuse. Rei en fit de même et découvrit le même froid qu'il y a quelques grains de sable. Alors c'était ça la neige ? Tout prenait son sens maintenant...elles regardèrent ensemble la neige, perles de Mère le ciel, tomber avec délicatesse sur la capitale, Louma.
-Nous avons de la chance...firent des voix dans leur dos. Ce sont les premières neiges !
Et les soldats, dignes et humbles, vinrent s'installer à côté de leurs amies, regardant en silence le fabuleux spectacle blanc. Cette neige, Rei la connaissait...La peau de la femme à la hache, recouverte de son étoffe laiteuse, était toute aussi froide. Lors de leur première rencontre, elle avait été comme glaciale, on n'aurait pas pu lui tenir la main un certain moment. Aujourd'hui, tandis que ses doigts curieux jouaient sur la balustrade avec ceux de Kimiko, elle ne ressentait plus la glace de son c½ur mais bien une très légère fraîcheur. Alors elle avait raison ! La protection, la prison de son c½ur, se fracturait en divers endroits pour laisser échapper sa chaleur interne !
-Comme j'aurais aimé, commença l'un des hommes, que le Lieutenant soit avec nous...
-Rei, joue pour nous, s'il te plait.
-Oui, Rei ! Joue pour nous ! En mémoire du Lieutenant ! Un dernier hommage avant de le laisser partir à tout jamais.

Et on posa la harpe sur la balustrade, tout près de sa nouvelle propriétaire. Cette harpe qu'elle avait laissé de côté, car ne sachant pas l'utiliser correctement. La jeune fille les observa un à un, détaillant leur regard sincère et suppliant. Même la belle Kimiko la dévisageait curieuse, sa main de nouveau gantée posée sur son épaule. Si elle touchait à cette relique, si elle osait la caresser encore une fois, comment pourrait-elle faire mieux qu'un horrible affront à son propriétaire ?
-S'il te plait, Rei...
La jeune fille soupira et prit une profonde inspiration. La paume de ses mains caressa la surface dorée de la sirène, appréciant sa forme et sa beauté. La tenant fermement pour l'empêcher de basculer dans le vide, par-dessus le balcon, elle fit trembler ses cordes vocales, timides. Le chant des créatures s'éleva dans l'air, doux, aussi pur que la neige. Il se confondait avec les perles blanches, se mélangeait, s'assemblait même. Alors elle continua, d'abords lentement, puis avec plus de sûreté, plus de douceur et plus de maîtrise.
Rei arrêta, hors d'haleine. Cette fois, ça y est...elle allait chanter...elle allait chanter pour le défunt Lieutenant ! Mais aussi pour tout ceux dans la vie s'était éteint dans leurs yeux, injustement. Elle allait chanter pour les malades et les mourants de Devdan, pour les réconforter. Elle allait chanter pour tous ceux et celles dont la vie n'avait jamais était gaie et joyeuse. Elle allait chanter pour eux !
Elle n'imitait pas la voix du Lieutenant, cela aurait été une insulte. Elle composait un air bien à elle, un air prélevé directement dans les tréfonds de sa jeune âme. C'était un air qu'elle avait sur le c½ur, qu'elle avait longtemps retenu. Aujourd'hui, en cette soirée enneigée, Rei chantait pour la première fois de toute sa vie !
Elle leur disait à tous et à toutes de garder espoir. Elle leur disait à tous et à toutes de faire comme dans la chanson : de sourire, de danser, de rire sur la neige et sous la neige ! C'était ça ! La joie et le rire étaient les ingrédient secrets, les remèdes à tous les maux !
On leva la tête vers les nuages pour regarder la neige tomber. Alors ils aperçurent enfin l'aurore boréale dans le ciel, ce fin tissu coloré et transparent. La musique de Rei cessa lorsque ses doigts s'écartèrent des cordes. Alors elle observa le rideau du ciel avec ses amis. Les souffles de vie de chacun s'élevaient en une vapeur tourbillonnante aussi blanche que les perles de la mère. Elle ressemblait à la fumée qui s'échappait parfois des cheminées de quelques maisons habitées.

-Les légendes parlent également sur ces phénomènes...chuchota Kimiko de sa voix transformée.
-Alors compte les nous, l'ermite. Comptes les nous pour pouvoir bien finir cette soirée.
Un vent frais secoua les crinières de chacun. La femme à la hache tint sa capuche à deux mains pour la maintenir en place, tandis que l'on entendait des chants divers résonner dans de nombreuses chaumières. On fêtait partout les premières neiges ! Le château de la reine, qui se dessinait devant eux derrière les maisons, serait très beau recouvert par la pureté.
-Ce sont les rideaux qui séparent notre monde de ceux des dieux. Ils déchirent la voûte céleste avec leurs ongles et observent notre terre, curieux et amusés. On dit que parfois, au travers de ces rideaux, quelques créatures divines perdent l'équilibre et basculent pour tomber sur notre monde. Alors, il leur est impossible de rentrer chez eux. Ils errent, sans but...Ce sont les plus belles créatures qui puissent exister, incapable de retourner dans le monde des dieux à cause de leurs ailes atrophiées. Les anges !
-Les anges...répétèrent quelques un des camarades.
Dans les rues, des citoyens dansaient, accueillant avec joie le début de cette nouvelle saison. À cette heure, on mangeait, mais tout le monde laissa la nourriture dans l'assiette pour imiter le voisin d'à côté. Peut-être qu'un ange était tombé, pendant que tout le monde riait et chantait. Quoi qu'il en soit, la jeune Rei était certaine que Kimiko était la plus belle ange qui puisse exister !







Rei, Anges des neiges éternelles partie 4

# Posté le jeudi 26 mars 2009 16:13