Anniversaire

Aujourd'hui, je n'écrirais pas...non, je ne suis pas en train de déprimer. Non, je ne suis pas fatigué. Aujourd'hui est simplement un jour différent pour moi...aujourd'hui, c'est mon anniversaire et le jour de ma majorité atteinte! et voila, c'est aussi simple que cela^^ 18 ans, ce n'est pas tous les jours que ça arrive, n'est ce pas? Donc aujourd'hui sera un article trés court. Mais j'en profite tout de même pour remercier ceux qui m'ont lut ET qui ont laissé une trace de leur passage et de leur lecture.
Au fait, quand est-ce, votre anniversaire à vous? Sur ce, je vous souhaite une éxcélente soirée!
Anniversaire

# Posté le jeudi 24 janvier 2008 13:40

Chapitre 13 Pierre des cinq lois

Chapitre 13


Assis tout en haut du mât d'observation, Tenak souriait. Ses cheveux flottants dans le vent froid du petit matin, il ressentait enfin ce qu'était la liberté, chose qu'il avait toujours désirée intérieurement sans vraiment le savoir. Pendant très longtemps, il s'était senti comme l'une des brebis qu'il chérissait, son petit monde s'arrêtant à la bergerie et aux pâturages tout autour. Comment avait-il pu rester aussi longtemps alors qu'il y avait tant de choses à découvrir ? Le jeune berger se rembrunit en sachant qu'il connaissait la réponse. S'il était parti, c'était simplement que plus rien ne l'avait retenu depuis que Jonathan n'était plus...
Il tourna une page du livre que Pavel lui avait offert avec générosité, tombant nez à nez avec le crabe-démon échoueur qu'il avait rencontré quelques jours plus tôt. Riant doucement, il ne s'intéressa qu'à peine au dessin du monstre à la carapace rouge et aux pinces géantes comme des becs d'oiseaux, concentrant son attention sur les « Reeyaks de l'eau ».
Tenak se souvenait de ce nom, étant donné qu'Alisha l'avait répété plusieurs fois avec terreur lors de leur deuxième discussion. Apparemment, les Reeyaks de l'eau n'étaient ni plus ni moins que des cousins de cette chère Gluïndémielle. L'image représentait une mer déchaînée par une grosse tempête. Et au milieu de cette tempête se trouvait la silhouette sombre d'un jeune enfant marchant sur l'eau, nullement gêné par les vagues qui lui fouettaient les jambes et le torse. Alisha devait avoir une bonne raison de craindre ces « Reeyaks » !
Le simple fait de repenser à la jeune Navïn l'empêchait de se concentrer dans sa lecture. La veille, il avait discuté pendant de longues heures avec la jeune femme, lui parlant de son ancienne vie, de Jonathan, de sa mère, de ses péripéties. Elle avait refusé de lui révéler quoi que ce soit à propos de la Pierre des cinq lois, lui demandant mystérieusement de faire très attention à l'avenir.
La discussion avec Lilyamon lui était définitivement sortie de la tête, étant rapidement arrivé à la conclusion que ce n'était qu'un rêve. Un rêve incroyablement réaliste...mais un rêve tout de même !
Tenak avait également tenté d'avoir d'autres renseignements à propos de la « Source » d'Alisha. Mais c'était si désespérément compliqué qu'il avait fini par abandonner, alors que la jeune Navïn lui proposait de lui montrer une fois revenu sur la terre ferme.
Le contrebandier refusait catégoriquement qu'Alisha sorte de la cabine, ce qui n'était pas pour déplaire à celle-ci qui n'avait toujours pas vaincu sa peur de l'eau et des tempêtes. En plus simple, sa journée s'était passée tranquillement, entre la lecture et les quelques moments où il venait retrouver la compagnie de la Navïn.
Tenak referma le livre avant de s'étirer, soupirant d'aise. Il se sentait bien...cela devait être parce qu'il se trouvait loin au dessus de la mer...il était persuadé que plus on grimpait en hauteur et moins en ressentait les effets néfastes du roulis.
Le jeune berger se mit à rire de sa propre bêtise, s'adossant contre le bois, les mains derrière la tête et regardant le soleil, les yeux rêveurs. Si Jonathan le voyait ainsi, il le gronderait, cela ne faisait aucun doute !
Il aurait bien voulut rejoindre la jeune Navïn, discuter avec elle, devenue véritablement agréable. Mais il ne voulait pas la déranger...en ce moment, elle dormait roulée en boule sur le matelas, la chaîne rallongée toujours fixée sur l'un des cintres de la cabine. Ce n'était pas le moment de la réveiller, elle devait être épuisée !
-Ah ah ! Je savais bien que je te trouverais ici ! dit une voix familière.
Tenak détourna la tête, n'accordant pas même un regard au contrebandier qui se hissait à son tour sur le mât d'observation, après avoir grimpé la grande échelle qui permettait d'y accéder.
La profonde ranc½ur que nourrissait Tenak à propos d'Apolïncer était toujours bien présente, bien qu'un peu moins forte. Cela ne voulait pas dire pour autant qu'il avait envie de lui parler ! D'ailleurs pourquoi était-il venu le rejoindre ? Il était si bien, tout seul !
-C'est quoi ça ? continua le contrebandier en désignant « mythes et légendes » d'un signe de tête. Ma parole, mais c'est le bouquin du jeune Paval, ça !
-Il s'appelle Pavel ! grogna Tenak en guise de réponse.
Apolïncer gloussa avant de dégainer l'un de ses nombreux couteaux de lancer, « s'amusant » à le lancer sur le sol en bois avant de le décoincer et de recommencer son petit manège. Sans son chapeau, le contrebandier semblait vraiment différent ! C'était comme s'il manquait une partie de son physique...à bien y réfléchir, Tenak ne l'avait jamais vu ne serait-ce qu'une seule fois sans son chapeau !
-Il fait beau aujourd'hui. Ce vieux loup de mer dit que nous aurons atteint Célinistie vers la fin de l'après-midi
-Oui je sais...
Sa réponse était cassante sans qu'il l'eut véritablement voulu. Maintenant le contrebandier allait très vite comprendre qu'il n'était pas le bienvenu sur ce perchoir !
-Ecoute Ten, pour l'autre jour...tu sais, juste après avoir détaché l'autre Navïn...j'ai...j'avais eu tort...
Le jeune berger faillit s'étrangler. Lui ? Admettre qu'il avait tort ? Et surtout à propos d'Alisha, une Navïn qu'il détestait ?
-Au fond, c'est toi qui l'as acquit...c'est ta propriété donc...voila, comme elle est à toi, je n'avais pas à exiger quoi que ce soit à propos d'elle alors, je m'excuse...voilà.
Tenak ricana intérieurement. Apparemment, sa haine des Navïns n'avait pas changé. Son excuse n'était pas celle qu'il avait attendue. Mais oser lui dire cela avait du tout de même lui demander beaucoup de courage.
Tenak tourna son visage vers lui, constatant que le contrebandier ne le regardait même pas, observant son couteau planté dans le bois d'un ½il morne. Cette expression de chien battu acheva le jeune berger qui lui tendit sa main, un large sourire aux lèvres.
-Peu importe, c'est passé. En échange tu me donnes les clefs de son collier. Marché conclu ?
Apolïncer tourna son regard d'aigle vers cette main généreusement tendu vers lui, se pinçant les lèvres avec ses dents. Finalement il la serra, retrouvant le sourire qui n'aurait jamais dû le quitter.
-Vous, les bergers, êtes redoutables en affaires, pire que les marchands de breloques ! Marché conclu !
Les deux hommes se regardèrent dans les yeux, très sérieux pendant un moment, avant d'éclater de rire à l'unisson. C'était la première fois depuis longtemps que Tenak riait pour de bon. Et cette simple sensation de bien être en compagnie d'Apolïncer dénoua tous les n½uds de son estomac. En ces heures bien sombres, c'était tout ce qu'il voulait, rien de plus.

Une fois calmé, les deux hommes redevinrent silencieux, observant la mer infinie. Loin, très loin devant, un tout petit point noir venait troubler ce paysage monotone. Sans doute le Célénistie, pensa le jeune berger. Il se demanda à quoi pouvait bien ressembler la ville portuaire et se retint de poser la question au contrebandier. Il le verrait de ses propres yeux.
-Dis, Apo, de quelle façon as-tu commencé à traîner dans des affaires aussi louches ?
-Je n'ai jamais véritablement commencé, on va dire. Elles représentent mon passé, mon présent et mon futur, et cela depuis ma naissance.
-Tes parents ? se risqua le jeune berger
-Je n'ai jamais vraiment connu ma mère. Elle est morte sous les coups de mon propre père.
Tenak s'étrangla en entendant de telles paroles prononcées le plus simplement du monde. Il avait bien dit que sa mère se faisait...battre par son mari ! C'était...
-Tu veux dire que...mais, et la loi qui protége les familles de...
-La loi ? Qu'est ce qu'une loi mon cher Ten ? La loi est mise en place par les politiciens. Pour beaucoup, si une loi existe grâce à un politicien, c'est une très bonne raison pour la bafouer. Retiens une chose, mon petit Ten : Les hommes aiment le pouvoir mais ce qu'ils préfèrent par dessus tout, c'est de le montrer et de l'exploiter comme ils l'entendent.
-Ah...
Un simple « Ah » prononcé doucement, presque en un murmure...c'était tout ce qu'avait pu dire Tenak qui se sentit d'un seul coup très malheureux d'avoir entendu un telle vérité sur les gens. C'était un peu de cette façon que le seigneur Kannan envisageait de le capturer : En se servant de sa situation pour utiliser les soldats, les traqueurs et même les habitants de sa propre ville. Mais pourquoi penser qu'une telle personne était dénuée de scrupules pour cette raison ? Après tout, si Tenak avait été à la place de Kannan, il aurait agi de la même façon...
-Ne fais pas cette tête-là, mon cher Ten , dit-le contrebandier en observant son visage triste. Le pouvoir est autant une bénédiction qu'une malédiction. Mal utilisé, il finit toujours par provoquer la chute de la personne concernée.
-Alors c'est pour cette raison que tu utilises un code strict ? Pour éviter les abus de pouvoir ?
-Oui et non...disons que ce n'est pas la raison principale...
Le jeune berger se frotta les yeux avec le manche de sa tunique, les faisant rougir à cause du picotement qu'il ressentait. C'était peut –être ça, l'air marin, dont le capitaine Wendol avait parlé.
Regardant Apolïncer dans les yeux, il constata que son ½il au beurre noir avait pris une teinte violette. Quelques traces de poudres traînaient encore sur sa peau, prouvant que le contrebandier avait tenté de cacher cet affront à son visage avec de la poudre colorée, couleur de peau...Tenak y trouva un excellent sujet de conversation, angoissé à l'idée de parler encore de mort et de politique avec Apolïncer.
-On dirait que ça guérit bien...Tu es moins adroit que je pensais !
-Je t'y verrais bien, gros malin ! Je sais m'habituer aux roulis assez rapidement, mais c'est pas facile de ficeler des caisses surtout quand tu as une saleté à grandes pinces qui frappent la coque juste en dessous de toi à corps perdu !
Tenak rit joyeusement de cette réplique, oubliant définitivement pour la journée tout ses petits tracas. Discuter avec le contrebandier n'était pas toujours aussi désagréable qu'il le pensait.
Il se remémorait sa première rencontre avec lui, à l'auberge de Tanempa. Il s'était révélé être un personnage aussi curieux qu'énigmatique, le jeune berger s'était tout de suite méfié de lui. Apolïncer était un homme qui pensait pour tout le monde en même temps, un stratège comme disent les soldats. Il est capable d'anticiper une situation et pas une seule fois Tenak n'était tombé dans une mauvaise passe en sa présence.
La matiné s'acheva doucement et les deux hommes décidèrent de descendre lorsque l'air devint trop sec et que le soleil commença à blesser leur peau. Tenak était persuadé que sa peau avait horriblement rougi sur son bras gauche, et il était impossible pour lui de poser la main dessus sans ressentir de cuisantes brûlures. « Sans doute le soleil » pensa t-il avec agacement.
Apolïncer l'abandonna sur le pont, disant avoir quelques problèmes importants à régler avec le capitaine avant l'arrivée à Célénistie. Il resta donc seul, s'accoudant contre la balustrade et regardant ce point noir qu'était la cité portuaire se rapprocher très lentement. S'il regardait sur la gauche, il apercevait une longue ligne en serpentin longer la grande mer et venir se raccrocher au Célénistie. La voie de la mer n'était donc pas le seul moyen pour se rendre là bas ? Quoi qu'il en soit, c'était sans doute le trajet le plus court, surtout s'il avait utilisé un navire en tout illégalité.

Tenak tapota distraitement la reliure de cuir de son livre, observant le vol gracieux d'une nuée de goélands. Il vit ceux-ci décrire une courbe gracieuse dans les airs avant de plonger en piqué vers la mer, rentrant dans l'eau avec un grand « plouf » avant d'en sortir presque aussitôt, tenant souvent un ou deux gros poissons qu'ils s'empressaient de gober en plein vol.
Tenak soupira : Même la plus belle beauté de la nature pouvait refléter un animal dangereux. Alisha en était la preuve vivante ! Mais chaque créature pouvait être apprivoisée, il suffisait juste de trouver la bonne nourriture et les mots qu'il fallait !
Le jeune berger secoua nerveusement la tête, incapable de croire qu'il pouvait penser de telles choses. Alisha n'était pas un animal domestique ! Il était temps qu'il se rentre cela dans le crâne ! Peut être qu'un jour il pourrait également convaincre le contrebandier de changer d'opinion sur les Navïns...quoi qu'il en soit, ce jour là n'était pas encore arrivé.
A force de regarder le Célénistie grandir sous ses yeux, il fut pris d'un violent vertige. Rester à ne rien faire n'était pas un excellent moyen pour passer le temps, surtout sur un bateau. Au moins à la bergerie il y avait toujours quelque chose à faire...
Décidé à connaître le sujet sur lequel le capitaine Wendol et le contrebandier conversaient, il se redressa, étirant son dos et manquant de tomber à cause du tangage de la Rose Noire. Avant de se rendre dans la cabine du capitaine, Tenak se dirigea vers sa propre cabine, descendant le premier escalier qui permettait d'aller vers toutes les cabines de l'équipage. Après avoir atteint la sienne, il poussa doucement le battant, constatant qu'Alisha n'avait pas bougé d'un pouce sur le lit.
Le jeune berger rangea « Mythes et Legendes » directement dans son sac avant de regarder la jeune Navïn, attendri. Sa respiration était si régulière et son visage si calme...ainsi, elle paraissait plus jeune. Au fond, qu'elle âge avait elle ? Tenak lui demanderait plus tard !
En s'approchant doucement d'elle, le jeune berger entendit un léger bruit, comme le font les chiens ou les chats assoupis. Il tourna la tête en tout sens, se demandant s'il n'y avait pas un animal caché quelque part. Mais il ne mit que peu de temps avant de se rendre compte que ce bruit était un doux ronronnement, et que celui-ci venait directement...d'Alisha !
Est-ce que la Navïn produisait toujours ce bruit ? Non, sinon il l'aurait entendu alors qu'ils étaient dans la cale ! Peut être qu'elle ronronnait lorsqu'elle se sentait bien...
Désireux de ne pas la réveiller, Tenak sortit de sa cabine à pas de loup, refermant la porte tout aussi doucement avant de grimper les escaliers quatre à quatre. Sur le chemin de la propre cabine du capitaine Wendol, le jeune berger revoyait sans cesse Alisha, endormie tel un magnifique félin. Cette simple vision ne le lâcha pas durant tout le trajet, alors qu'il faillit bousculer de nombreux marins sans les voir.
Ce ne fut que lorsqu'il entendit la grosse voix du capitaine Wendol qu'il retrouva ses esprits, tandis qu'il franchissait le petit escalier et poussait la double porte de la cabine.
-Et tu te comptes te trimballer le moussaillon et la marchandise ni vu ni connu ? Pour le petit, à la limite...mais pour elle ? Tu crois sérieusement que personne ne la verra ?
-Il faudra refaire sa garde robe et après ça je pense que ça ne sera pas un problème.
-Au fond, pourquoi tu fais ça ? Tu n'as absolument rien en commun avec lui. Tu risques de tout perdre dans cette stupide tentative !
-Il ne s'agit pas que de lui, mon vieux, mais aussi de moi. J'ai des affaires personnelles à régler. De plus, je commence à en avoir un peu marre de tout ça. Prends ceci pour des vacances.
Le capitaine éclata d'un rire gras, alors qu'il relachait une forte bouffée de fumée de sa longue pipe. Aucun de deux hommes ne semblaient avoir remarqué la présence de Tenak qui les voyait de dos, devant une longue table recouverte d'une masse importante de rouleaux de parchemins et de cartes marines.
Sur une autre petite table, à la droite de la première, de nombreux instruments étaient entassés comme un compas, une boussole et d'autres objets dont le jeune berger ignorait l'utilité. Dans toute la pièce, il devait y avoir quatre chaises rembourrées, en tout, la pièce était bien éclairée par la grande fenêtre qui avait une vue directe sur le devant de la Rose Noire. Tenak pouvait facilement voir que Célénistie était tout proche à présent...
-Toi ? En avoir marre ? Allons, bon voila que je ne te reconnais plus, brigand ! Un peu de nostalgie peut être ? T'en fais pas, ça va passer. Mais je persiste à croire que ce que tu veux entreprendre n'est que pure folie !
Ce fut au tour d'Apolïncer de rigoler : un rire simple et calme.
-Oh non, je ne pense pas que ça puisse passer. Crois moi, avant d'embarquer sur ton rafiot, j'ai dut tuer deux hommes...Cela fait trois en tout dans ma vie...mais je serais prêt à recommencer s'il le fallait.
-Tu sais bien que...tiens t'es là toi ? Ben entre, reste pas planté là !
C'était en jetant un regard oblique vers l'un des sièges que le capitaine Wendol s'était enfin rendu compte de la présence de Tenak. Celui-ci s'avança, ne comprenant pas beaucoup ce qu'il venait d'entendre. Il préféra oublier cette conversation pour le moment, jetant un coup d'½il à la grande carte qu'il pouvait voir sur la table, au milieu des rouleaux de parchemins.
-Ca, commença Apolïncer, c'est notre itinéraire. Mais viendra un moment où il faudra demander à ta protégée de nous servir de guide.
-C'est pour cela que tu voulais...
-En partie oui ! Crois moi, c'est une sacrée aubaine ! Il est rare de croiser le chemin d'un Navïn, et encore plus d'en capturer un. Il n'y a qu'un homme connu qui a véritablement réussi ce coup-là !
-Kannan...cracha Tenak, le regard sombre.
-Ouais. Mais ce n'est pas celle que tu penses ! Je ne connais pas l'origine de la capture de notre Navïn. Peut être encore notre bon seigneur qui sait...
-Peut être...en fait ça ne m'interesse pas vraiment de savoir qui a réussi cet « exploit » ! Alors ? Quelle est notre route ?

Apolïncer jeta un coup d'½il amusé vers le jeune berger, apparemment ravi de le mettre dans tous ses états. Redevenant rapidement sérieux, de peur de le faire enrager davantage, le contrebandier poussa Wendol du coude, laissant assez de place à Tenak pour que celui-ci puisse enfin regarder le vieux parchemin jauni et poussiéreux qui faisait office de carte.
-Là c'est le Célénistie ! dit il en posant l'index sur le nom en question. Là au bout c'est le col de Jilimaro. On va longer le col de Jilimaro pendant un bon bout de temps. À partir de là, les informations sont presque incomplètes, mais on devrait atteindre une nouvelle forêt. Ensuite, nous nous servirons de notre guide.
-Un sacré plan ! railla le capitaine, tournant le dos à Apolïncer et Tenak. Et t'as pas trouvé mieux ? Je ne t'ai jamais vu aussi désorganisé !
-Avec un poney pour transporter les provisions et le matériel, ça ira tout seul, tu verras mon grand.
Le capitaine Wendol poussa un grognement sonore avant de sortir en trombe de la pièce. Il ne fallut qu'un court instant pour que les deux hommes l'aperçoivent de nouveau en face d'eux à travers la grande fenêtre, celui-ci maniant la barre d'une seule main tandis que l'autre faisait des signes agacés, réservés au contrebandier. Celui-ci répondit par un hochement de tête, souriant de toutes ses dents.
-C'est le langage des bandits ? Que dit il ?
-Que j'ai clairement intérêt à veiller autant sur toi que sur moi-même, répondit-il, reportant ses yeux sur la carte. Je te conseille d'aller voir à l'avant. Tu n'as jamais pu observer une arrivée en bateau je crois...
Sans un mot de plus, Apolïncer se replongea dans sa masse de parchemins et autres manuscrits aussi poussiéreux que déchirés, pour la plupart. Le contrebandier ne semblait pas d'humeur à parler...même s'il l'avait spécifié poliment. De plus, Tenak avait facilement remarqué le rapide changement de conversation dès qu'ils s'étaient rendu compte qu'il écoutait à la porte.
Apparemment, le capitaine Wendol n'appréciait pas beaucoup l'attitude du contrebandier...mais même lui ignorait les véritables raisons de celui-ci de venir se préoccuper de la quête du jeune berger.
Tenak s'arrêta, repensant à ce qu'il tentait d'entreprendre. Etait-ce vraiment une quête ? Que tentait il de faire au juste ? D'ôter la pierre des cinq lois de son torse ? A quoi servait elle pour qu'un peuple caché et peu respecté veuille la dissimuler à ce point là ? Qu'avait elle de particulier pour qu'un haut seigneur veuille se l'approprier ? Il avait envoyé des créatures de cauchemar à ses trousses ainsi que des hommes tout encapuchonnés de noir.
Il était évident que la pierre n'avait pas qu'une simple valeur marchande. Avait elle des propriété magiques ? Cela ne pouvait qu'être évident ! Sinon, comment aurait elle pu s'incruster directement dans son épaule ? De plus...était elle dotée d'une pensée ? Après tout, on lui avait dit que la pierre des cinq lois l'aurait choisi...
Le jeune berger frappa du pied contre la rambarde, celle qui avait été justement à moitié détruite par le crabe-démon. Le bois craqua, alors qu'un petit morceau basculait dans la mer calme. Epouvanté, il regarda les dommages qu'il avait provoqués, regardant en tout sens pour voir si personne ne l'avait vu. Mais les rares marins qui étaient présents étaient occupés à nettoyer le pont avant avec d'étranges balais.
Nullement rassuré, Tenak continua son chemin, faisant glisser sa main contre la rambarde intacte et prenant l'air le plus détaché et le plus naturel possible. Si le capitaine Wendol apprenait qu'il avait égratigné sa perle...Il n'hésiterait pas à le lancer par-dessus bord ! Ou pire...l'attacher à l'une de ces grosses cannes à pêche qu'il avait entraperçues dans la cale et se servir de lui comme d'un appât à poisson ! Brrrr...cette idée était pire encore que de croiser le fer avec les fripouilles de Tanempa !
Plus jamais il ne regarderait le capitaine Wendol de la même façon à présent ! Se rappelant qu'il était sorti de la cabine du capitaine pour aller admirer le paysage, Tenak continua son petit bout de chemin vers l'avant du navire.
Dès qu'il la vit, il en fut époustouflé. Alors c'était cela le Célénistie ? La ville portuaire portait bien son nom...devant lui, où qu'il puisse tourner son regard, les même barques, les même navires, les même petits bateaux flottaient à la surface de l'eau, doucement ballottés par le courant de la mer.
Toutes les barques et autres canots étaient accrochés par des cordages sur les différents ponts de bois du port. Les plus grands navires, eux, avaient jeté l'ancre à l'eau dans une immense baie qui se trouvait juste à coté de tous ces ponts colorés de bruns. Combien y en avait il ? Cinquante ? Cent ? Plus encore ? Partout, du rouge, du bleu, du jaune...tout cet amas coloré formait un arc-en-ciel très curieux.
La Rose Noire se faufila adroitement parmi les autres navires, se dirigeant vers le fond du port. Accoudé contre le bastingage, Tenak comprit rapidement pourquoi. De nombreux pontons de bois étaient libres de tout trafic, alors que le navire tournait très lentement sur lui-même une fois arrivé. Presque aussitôt, plusieurs membres de l'équipage jetèrent des cordages vers le ponton, et c'est là que le jeune berger remarqua enfin que toute la plate-forme était envahie pas de nombreux hommes qui se précipitèrent pour rattraper les cordes, tirant ensuite à plusieurs sur celle-ci pour ramener la Rose Noire vers le pont de bois.
Une légère secousse ébranla le bâtiment, alors que deux autres marins mettaient en place la petite passerelle d'amarrage. Sans réfléchir et le sourire aux lèvres, Tenak se précipita vers le centre du navire, évitant les quelques hommes sur son chemin et franchissant la passerelle d'une simple enjambée. Un vieille homme, tout près, qui était occupé à enrouler l'une des cordes autour d'un fin poteau de métal le regarda, surpris.
-Hé bien Hé bien...En voila de l'excitation ! C'est parce que tu retrouvés ton chez soi que tu es aussi...joyeux ?
-Non monsieur. C'est la première fois !
-Tiens donc ! répondit l'homme aux rides multiples. En ce cas bienvenue au Célénistie mon garçon !
**



-Par tous les esprits, mais ce port est immense ! On n'en verra jamais le bout !
-Pourquoi crois tu qu'on l'appelle « la ville portuaire » ? Surtout, reste dans mes pas ! Il ne s'agirait pas d'attirer l'attention pour le moment !
Tanak acquiesça, trop excité par ce qu'il voyait pour véritablement écouter ce que le contrebandier disait. Ici, tout était différent de Shihab ou de Tanempa. Toute la ville semblait avoir été faite au dessus de la mer, construite dans un bois clair et trés agréable à l'½il. Les pilotis qui soutenaient Célénistie semblaient être les seuls parties de la ville en métal, conçu pour pouvoir supporter tout le poids des magnifiques auberges qui s'alignaient un peu partout.
-On va passer la nuit ici ? On est en fin d'après-midi après tout et il serait ridicule de reprendre la route alors que le soir risque de tomber très bientôt.
Ce n'était qu'un prétexte, bien sûr, mais la seule chose dont rêvait le jeune berger était de voir le plus de choses possibles dans cette coquette ville avant de prendre la route vers le col de Jilimaro. Apolïncer n'était pas la première personne que l'on pouvait berner aussi facilement, mais la remarque de Tenak le fit sourire, alors qu'il écartait les passants qui le gênaient. Quelle foule il y avait !
-Il n'est pas rare que les simples touristes et les marins tombent amoureux de Célénistie. C'est une jolie ville et ses activités sont très intéressantes.
Tenak n'en doutait pas une seule seconde, bien qu'il était évident que le contrebandier venait de faire de nombreux sous-entendus. Cela faisait une heure qu'il avait quitté le navire de la Rose Noire, adressant un simple remerciement à son capitaine après avoir déchargé la « marchandise ».
Alisha marchait à la droite du jeune berger, un manteau de fourrure sur ses épaules pour cacher ses vêtements en piteux état et la chaîne de son collier rattachée à la tunique de Tenak...le contrebandier avait insisté !
Bien qu'elle ait regagné la terre ferme, la Navïn ne relâchait pas sa vigilance, les oreilles aplaties sur sa tête et grondant dès qu'une pauvre personne avait le malheur de poser un regard de dégoût sur elle. Manifestement, les gens d'ici ne portaient pas non plus les Navïns dans leur c½ur...
Voyant un nouveau problème se profiler à l'horizon, celui de devoir supporter les sautes d'humeur de la jeune femme, Tenak lui proposa de se concentrer sur les petites clochettes qui pendaient à sa ceinture. Ce fut chose faite : Alisha ne fit plus le moindre tintement, trop occupée à tenter d'entendre le bruit merveilleux de ces petits instruments.
Dans le fond c'était amusant...le bâton à musique du vieux berger avait toujours réussi à calmer même les bêtes les plus récalcitrantes, et même cassé, ses atouts continuaient à avoir de l'effet...Finalement, ces clochettes se révéleraient être plus utile qu'un simple souvenir lorsqu'il voudrait calmer la jeune Navïn.
-Tout à l'heure tu as parlé d'équipement...en quoi cela consiste ?
-Tout d'abord une nouvelle garde robe pour...la femelle esclave ! Ensuite des vivres et de l'eau, bien sûr. De la corde et des couvertures. Et enfin un poney pour transporter le tout.
-Nous aurons assez d'argent ? demanda le jeune berger, un peu perdu qu'autant de choses soient véritablement nécessaires.
-Mais Ten, ici c'est le royaume du jeu et du marchandage ! C'est pour ça que cette cité est si renommée par les fous ou ceux qui en ont les moyens !
-Ah...fit Tenak, visiblement déçu. C'est donc ça les activités dont tu parlais ?
-Tu as bien triste mine...ne fais pas cette tête là enfin ! Tu verras, on n'oublie pas le Célénistie aussi facilement, crois-moi !
Le jeune berger ne répondit pas ; Alisha venait de se coller à lui pour tenter d'éviter un passant récalcitrant qui avait essayé de la bousculer. Ce simple contact ne dura qu'un bref instant mais Tenak en fut tout retourné, comme électrisé.
-Alors Ten ? Tu rêves ? ajouta le contrebandier qui s'était retourné, voyant que Tenak ne le suivait plus.
Celui-ci pressa le pas, se promettant d'éviter de regarder la jeune Navïn, par peur que celle-ci ne remarque quelque chose. Qu'est ce qu'il se passait avec lui ? Pourquoi réagissait il de la sorte à propos d'Alisha ?
Cette pensée le fit rougir, alors qu'il tentait de réfléchir à autre chose. La réponse était encore simple...il n'avait jamais parcouru un si long chemin en compagnie d'une femme, lui qui avait toujours vécu dans les pâturages...Mais également sans doute parce que la jeune Navïn était si belle...est ce que toutes les Navïns lui ressemblaient ?
-Mais qu'est ce que tu fabriques enfin ? Presses
le pas, sinon on va finir par se perdre de vue !
Le contrebandier avait raison et, comme l'aurait dit Jonathan, ce n'était pas le moment de rêver. Tenak accentua le pas, forçant du même coup Alisha à marcher plus vite. Manifestement, cette ville envahie par la foule ne semblait pas du tout lui plaire. Elle avait d'ailleurs cessé de regarder les clochettes, jetant des regards noirs aux hautes auberges qui devaient constituer plus de la moitié des bâtiments de la ville portuaire. C'est à ce moment-là que Tenak, affolé, se rendit compte que la Navïn était plus grande que lui !
Bientôt, le passage s'éclaircit, alors que la foule se faisait de moins en moins dense. Tenak put enfin voir ce qu'il y avait loin devant lui et en fut encore plus époustouflé que lors de l'arrivée au Célénistie.
Une grande place avait été créée non loin devant, comme il y en avait si souvent à Shihab. Et au milieu de cette place se trouvait une fontaine comme le jeune berger n'en avait jamais vu encore. La pierre s'était désagrégée par endroit, mais la silhouette que la fontaine représentait était encore parfaitement distincte :
C'était un gigantesque serpent de mer, plus terrifiant encore que le crabe-démon ! Ses anneaux s'étaient resserrés autour d'un grand homme et sa gueule, garnie de deux gigantesques crocs, était prête à se refermer sur cette proie de choix. L'homme, lui, tenait un très grand arc muni d'une flèche tout aussi impressionnante, bandant son arme comme jamais et visant directement la gueule grande ouverte de la bête.

De petites cavités avaient été creusées sur différentes masses de pierres informes qui entouraient le combat, crachant des fines cascades d'eau qui retombaient majestueusement dans une pièce d'eau, elle-même entourant toujours la zone de combat. Tout en cette représentation inspirait respect et crainte. Alisha ne semblait pas s'y intéresser, soulagée de voir que la foule était moins dense...mais Tenak ne pouvait détacher son regard de cette incroyable fontaine !
-Impressionnante, n'est ce pas ? demanda le contrebandier qui l'attendait tout près de la fontaine, le nez levé vers l'un des petits jets d'eau.
-Qui est-ce ? Avec son arc ?
-Lui ? On ne sait pas. Le reptile, quand à lui, se faisait appeler Marjax et provoquait terreur et dévastation au Célénistie. Il y a une légende là-dessus.
-Une légende ? Peux tu me la conter ?
Alisha poussa un long soupir qui ressemblait plus à une plainte, observant craintivement l'eau qui s'écoulait des cavités.
-On dit que Marjax était l'incarnation de la terreur des mers, pouvant parfois prendre diverses formes pour mieux couler les navires qui osaient pénétrer sur son vaste territoire.
-Quelles formes par exemple ?
-Je ne sais pas...on dit que le serpent était sa forme la plus courante, ondulant dans l'eau et s'enroulant autour des navires pour les briser entre ses anneaux.
Tenak s'imagina des marins paniqués qui sautaient à la mer pour se sauver de Marjax, alors que celui-ci écrasait le bois comme si ce n'était que de simples copeaux. Jusque là, il ne pensait pas qu'une bête puisse être plus monstrueuse qu'un crabe-démon échoueur...à part les sans noms bien sûr !
-Par la suite, un homme osa le défier avec son propre bâtiment et son propre équipage. La légende dit que le massacre fut terrible et que cet homme fut terriblement blessé à la jambe droite. Comme pour preuve de sa cruauté, Marjax voulut achever celui qui avait osé le provoquer en dernier. Armé de son grand arc composite et malgré le peu de chance de succès qui lui restait, cet homme tira directement dans la gueule du serpent, alors que celui-ci s'apprêtait à l'avaler.
-Tu veux dire...dans la bouche ?
Apolïncer fit une grimace avant de désigner son front du doigt. Le jeune berger comprit ce que cela voulait dire. La flèche s'était frayée un chemin directement vers le crâne du monstre, traversant le palais...L'arc et la flèche utilisés devaient être incroyablement résistants et grands pour pouvoir tuer un monstre de cette taille !
-Et le héros ? Que lui est il arrivé ?
-Les mâchoires de Marjax se sont refermées sur lui au moment où il a décoché sa flèche.
Le c½ur du jeune berger s'arrêta de battre. C'était profondément injuste qu'un tel homme meure après avoir terrassé une telle créature ! Ce n'était pas du tout l'image d'un héros. Apolïncer dut lire le fond de sa pensée car il compléta sa phrase, presque ironiquement.
-Bah ne t'en fais pas, Ten, c'est sans doute mieux comme cela. Vois tu, les gens préfèrent les héros morts que les héros encore vivants.
-Ah...Et pourquoi cela ? répondit Tenak d'un ton froid.
Apolïncer lui fit signe de le suivre, ce que Tenak s'empressa de faire, ayant presque oublié la présence d'Alisha qui ne pouvait que marcher sur ses pas. De telles légendes devaient sans doute l'ennuyer au plus haut point...
Le contrebandier leur fit faire le tour de l'imposante fontaine, jusqu'à ce qu'ils puissent apercevoir une grande entrée creusée à même la roche. Une petite passerelle de bois avait été également aménagée ainsi que deux murs bas pour éviter que les passants voulant entrer ne se fassent éclabousser.
Ils pénétrèrent dans les entrailles de la fontaine de pierre. A l'intérieur, il ne faisait pas aussi sombre que Tenak l'avait prévu...de toutes petites bougies avaient été allumées, produisant une lumière incroyablement pâle. Au fond de cette grotte, quelques personnes étaient agenouillées, le front touchant le sol de pierre, face à une autre représentation miniature du fameux héros à l'arc.
-Vois tu Ten, chuchota Apolïncer, les étoiles humaines brillent toujours d'un puissant éclat, le jour de leur naissance. Mais avec le temps, ces étoiles faiblissent à cause de l'opinion des gens. Tandis qu'une nouvelle étoile qui meurt le jour de sa naissance brillera toujours avec éclat car les gens le porteront toujours dans leur c½ur.
-Je ne comprends pas...
-C'est bien simple, c'est parce que...
-Les héros morts, les humains doivent s'imaginer leur héroïsme, sachant que ceux-ci ne sont plus là pour pouvoir les leur conter. C'est comme ça que naissent les légendes : sur des faits réels avant d'être de plus en plus exagérés. Un simple mortel devient ensuite un colosse à l'incroyable force, capable de soulever des montagnes. Ainsi, cet humain n'a sûrement pas tué Marjax d'une simple flèche avant de mourir, sa légende a été exagérée par les conteurs.
Tenak et Apolïncer se retournèrent vers Alisha...Celle-ci observait avec un nouvel intérêt la pierre sombre de la grotte. Mais ce qui étonna le plus le jeune berger, c'était l'iris de ses yeux qui devenait fluorescent dans les ténèbres de ce lieu de prière. Elle semblait posséder toutes les caractéristiques du chat, ce qui effraya Tenak avant que celui-ci n'en soit charmé.
Le contrebandier, lui, croisa les bras, agacé d'avoir été coupé dans sa phrase par la jeune Navïn. Sa réponse ne tarda pas, cinglante et sans pitié.
-Et comment crois tu qu'il l'a tué dans ce cas ? Hein ? Ces Navïns...maugréa t-il pour lui-même. Toujours réponse à tout mais surtout incapable d'expliquer quoi que ce soit.
Alisha supporta son regard un moment, l'observant de ses petits yeux furieux avant de baisser la tête, rajustant son manteau de fourrure sur ses épaules. La chaîne cliqueta...Alisha allait elle se jeter sur le contrebandier ? Elle recula lentement l'une de ses jambes, prenant une position terriblement menaçante. Un grondement sortit de sa gorge, s'intensifiant dans la grotte alors que la jeune Navïn découvrait ses canines pointues.
Instinctivement, Tenak passa la main sur ses clochettes, faisant jouer leur douce et faible musique. Presque aussitôt, Alisha se raidit, observant les petits instruments se balancer doucement dans le vide. Son regard n'exprimait plus aucune fureur, juste de la curiosité. Rassuré à l'idée d'avoir peut être évité un désastre, le jeune berger se tourna vers Apolïncer qui n'avait toujours pas décroisé les bras, attendant sans doute une réponse de la part d'Alisha.
-Je comprends ce que tu veux dire Apo et merci de m'avoir tout expliqué, mais tu ne penses pas qu'il serait temps de trouver un endroit où dormir ? L'après-midi touche à sa fin...
Apolïncer se tourna vers Tenak, étonné de sa réaction. Il en oubliait même de garder les bras croisés avec un regard de défi vers Alisha.
-Déjà ? Je pensais que tu voudrais rester plus longtemps dans ce sanctuaire...
-J'ai vu ce qu'il y avait à voir. Mais si tu veux rester plus longtemps ce...ça ne me gène pas tu sais.
-Non, je n'ai pas envie de me faire de nouveau sermonner d'une telle façon par cette femelle ! On va trouver une auberge convenable !
Sur ces mots, le contrebandier dépassa Tenak d'un pas furieux, réapparaissant à la lumière et tournant à gauche dans un bruissement de cape. Le jeune berger poussa un soupir de soulagement...cela aurait pu être pire ! D'ailleurs, la plupart des gens présents dans le sanctuaire les regardaient, furieux à l'idée d'avoir été dérangés dans leurs prières.
Tout en gardant la jeune Navïn à l'½il, de peur qu'elle récidive, Tenak suivit les traces du contrebandier, débouchant à l'air libre. Cela lui fit du bien, l'atmosphère de ce sanctuaire était beaucoup trop...humide ? Oui, c'était sans doute le mot le plus adapté pour décrire ce lieu de ténèbres et de recueillements.
La lumière du soleil ne lui agressa pas les yeux, il commençait déjà à décliner derrière les toits des auberges de la ville portuaire. Le ciel ne tarda pas à se colorer de rouge et d'or, rappelant un spectacle que le jeune berger avait depuis longtemps oublié...le coucher de soleil derrière les pâturages...
Refoulant sa nostalgie, le jeune homme chercha Apolïncer des yeux, constatant que celui-ci l'attendait non loin de là en dessous d'une enseigne à l'écriture illisible. Dès qu'Alisha et le jeune berger l'eurent rejoint, Tenak plissa les yeux, essayant de reconnaître les signes et les lettres qui formaient le nom de cette auberge.
-Je n'arrive pas à lire...je ne pense pas avoir vu de tels glyphes ne serait-ce qu'une seule fois dans ma vie.
-C'est normal : L'orthographe des Célénistiens est quelque peu différente de la nôtre. Ca s'appelle « A l'auberge du serpent de pierre ».
-En rapport avec la légende de la cité je présume...maugréa Alisha qui ne leva pourtant pas les yeux.
-Tous les lieux plus ou moins intéressants de la cité portuaire portent un nom en rapport avec la légende. C'est, en quelque sorte, l'activité touristique de cet endroit.
Tenak se rendit compte qu'Apolïncer le dévisageait, prouvant qu'il ne s'intéressait pas à Alisha et avait tenté de répondre à une question muette de la part du jeune berger. Une telle attitude le déprimait, mais c'était à cause de l'excitation de découvrir le plus de choses possibles qu'il était revenu !
La pancarte semblait mal porter son nom puisqu'un arbre en feu et découpé dans du fer était représenté en dessous. Peut-être que la nourriture ici était uniquement à base de légumes...ou encore qu'il y régnait une chaleur étouffante...ou même...non, le mieux était de vérifier par soi-même !
Le contrebandier poussa la double porte en chêne, suivi de Tenak et d'Alisha. Le jeune berger ne se serait jamais attendu à ça : au beau milieu de la salle, un immense arbre traversait à la fois le plancher et le plafond, alors que d'étranges tables avaient été directement accrochées sur son tronc.
-Qu'est ce que...
-Un chêne aquatique, souffla la jeune Navïn.
-C'est un chêne aquatique, Ten ! fit le contrebandier qui ne semblait pas avoir entendu la première réponse. Ca prend racine dans la roche marine et ça déploie ses feuilles au dessus de l'océan. Joli, n'est ce pas ?
Joli ? Plus que ça encore ! Tenak le sentait : il allait adorer la cité portuaire !




Chapitre 13 Pierre des cinq lois

# Posté le vendredi 25 janvier 2008 10:37

Modifié le samedi 05 juillet 2008 12:08

Chapitre 14 Projet Alpha Zero

Chapitre quatorze
Léïtia devient folle !


-Il nous faudrait avoir une vue plus en hauteur. D'ici, nous ne voyons presque rien à cause des arbres et de la paroi du volcan.
-Oui...
-Je propose de longer la falaise un moment puis de voir s'il est possible de la remonter. C'est une bonne idée, non ?
-Oui...
Je regardais Léïtia, déprimé. Aujourd'hui, elle n'était pas dans une forme olympique. Des cernes se trouvaient juste sous ses yeux et elle plaçait régulièrement sa main devant sa bouche, réprimant un bâillement. Elle avait mal dormi, sûrement à cause du froid. Pourtant, je l'avais bien prévenue ! Et à qui la faute maintenant ?
-Bon, il ne faut pas trop traîner, tu te réveilleras en chemin.
-On ne peut pas se reposer cinq minutes ?
-Nous ne sommes même pas encore partis ?
-C'est vrai...
La jeune fille mâchait ses phrases, parlant d'une toute petite voix. Peut être qu'elle avait également veillé une bonne partie de la nuit à lire son livre, c'était peut être également cela. Je faisais souvent la même chose quand j'étais encore petit. Je me cachais sous mes draps puis, muni d'une lampe torche, je regardais mes films vidéo préférés sur mon lecteur de disque miniature. Et le lendemain, c'était comme si j'avais fait une course d'endurance durant une bonne partie de la journée.
-Ca va aller, Léïtia ?
-Oui...juste...juste fatiguée c'est tout. Mais ça va...aller...
J'en doutais un peu, le temps nous dira rapidement si j'avais raison ou pas. La falaise était une immense paroi rocheuse composé de pierres plates, blanches et glissantes, comme si les pluies l'avaient largement attaquée pour la rendre aussi lisse que du verre. Grimper de ce coté là était donc une mauvaise idée. J'espérais vraiment que la paroi ne soit pas la même pour chaque partie du volcan.
La végétation était quasi inexistante au pied de la falaise, comme si le sol était incompatible avec toute forme de vie, qu'elle soit animale ou végétale. Pouvait il seulement exister un passage qui permettait d'atteindre les hauteurs ? Ou bien l'unique chemin pour arriver au lac était la cascade ? Nous étions dans de beaux draps si tel était le cas.
Pour une fois, j'avançais en tête de groupe, menant la marche un peu comme un lieutenant qui faisait faire la marche forcée à ses soldats. Peut être aurais je pu faire un bon militaire, pensais je avec ironie.
Après plus d'une heure de marche, aucune issue n'avait encore pu être découverte. Léïtia ne parlait que peu, traînant les pieds comme si elle trouvait futile de marcher. Sa mauvaise humeur commença bientôt à déteindre sur moi.

-Dis, tu ne veux pas avancer plus vite ? Ca aiderait beaucoup !
-Pourquoi faire ?
-Parce que...parce que ça aiderait quoi ! Qu'est ce que tu as ce matin ? Tu n'es pas enthousiaste pour marcher ou quoi ? Tu es encore fatiguée ?
-Non...c'est juste que ...je ne veux pas continuer avec toi.
J'en fus si étonné que je me retournais après avoir entendu sa réponse. D'ailleurs avais je vraiment entendu ça venant de Léïtia ?
-Pour...pourquoi ? J'ai dit ou fait quelque chose de...de mal ?
-Non...c'est juste que je ne veux plus continuer avec toi.
-Mais enfin pourquoi ?
La jeune fille me regarda comme si elle regardait un enfant qui ne comprenait rien à ce qu'on lui disait. C'était un regard dur et sombre : un regard qui me fit vraiment froid dans le dos. Je fus blessé de savoir qu'il m'était en fait destiné.
-Tu m'as dit hier que tu étais un scientifique. Voila pourquoi.
-Mais non, médecin. Médecin chercheur plus précisément.
-Pour moi c'est la même chose ! Vous êtes tous les mêmes ! Avide d'exploiter votre savoir sur les autres, de vous en servir comme cobaye et de les jeter ensuite lorsqu'ils deviennent inutilisables, comme si nous n'étions que de vulgaires déchets !
Je ne pus répondre à cette remarque terrifiante. Mais où voulait elle en venir ? Et pourquoi me mettre dans le même que...c'était des monstres qu'elle était en train de décrire. Elle fit un pas menaçant vers moi, tandis que je reculais, plaqué contre le mur de l'immense falaise.
-C'est pour ça que tu voulais me suivre ? Que tu t'intéressais à mon bracelet ? Tu sais qui je suis en fait et tu veux me ramener là bas ? Tu es avec eux, je le sais !
-Mais avec qui ? Je ne comprends pas, Léï...
-Ne m'appelle pas comme ça ! hurla t'elle. Ce n'est pas mon nom ! C'est eux qui me l'ont donné !
Aussitôt après avoir dit cela, Léïtia leva le bras. Et la main de ce bras tenait une arme braquée sur moi. Depuis que j'étais sur cette maudite planète, on avait eu le temps de me menacer d'une arme des dizaines et des dizaines de fois. Mais je n'aurais jamais crus que Léïtia puisse un jour faire cela.
Son visage d'enfant aurait paraître normal si ce n'était son regard plein de haine envers moi. Le six coups qu'elle tenait était un véritable engin de guerre, créé pour tuer. S'il n'achevait pas sa victime d'une seule balle, il pouvait néanmoins causer une grande souffrance. C'était prévu pour !
Léïtia s'avança un peu plus vers moi, alors que je la regardais, épouvanté.
-Mais Léïtia...explique toi...et puis d'où...d'où sors tu cette arme ? Tu l'as trouvée par terre ? C'est ça n'est ce pas ?
-Je t'avais demandé de ne plus m'appeler comme ça, Erik ! Enfin, je suppose que tu es l'un de ceux qui ont choisi ce nom...
Elle me faisait vraiment peur cette fois-ci. Elle avait sûrement dû beaucoup réfléchir pendant la nuit. De mon coté, c'était de plus en plus difficile de raisonner correctement car je ne comprenais pas du tout l'attitude de la jeune fille.
Mon regard se posa sur l'arme qu'elle tenait à la main. Une arme véritablement lourde mais qu'elle arrivait à soulever comme s'il ne s'était agi que d'un simple fétu de paille.
-Bon...tu ne voudrais pas...baisser ce...cet engin ? On s'assoit par terre et on tente d'en discuter calmement. Qu'en penses tu ?
-Je ne veux plus t'écouter ! J'aurais du te laisser aux mains des terroristes et m'enfuir seule plutôt que de les éliminer !

Mon sang ne fit qu'un tour dans mes veines avant de se glacer. De ma vie, je n'aurais jamais cru pouvoir entendre un jour une pareille révélation. Elle avait...tué...ces hommes ? C'était inimaginable ! Inconcevable !
-Tu...tu as quoi ?
-Je m'en suis débarrassé ! Eliminé ! Transformé en nourriture pour charognards !
-Mais que...que t'arrive t'il enfin ? Tu n'es pas dans ton état normal, il faut te calmer...discutons calmement...s'il te plait.
-D'abord tu vas me dire ce qu'est le projet Alpha Zéro ! Après cela, je verrais si je te laisse t'enfuir ou pas.
-Mais Léïtia, je t'ai dit que...
-Ne m'appelle plus comme ça ! hurla t-elle une nouvelle fois, pressant le canon sur ma tempe.
Elle allait le faire...si je continuais de l'énerver, je sentais qu'elle allait mettre sa menace à exécution...il fallait que je lui obéisse sinon...
Mais à peine eus je le temps d'ouvrir la bouche que le regard de Léïtia se fit lointain, alors qu'elle lâchait son arme qui tomba bruyamment sur le sol de pierre. Alors la jeune femme fut prise de spasmes incontrôlables avant de s'écrouler sur le sol.
Au même moment, je vis une personne sortir de la foret en face de nous. Une personne que je m'étais juré ne jamais revoir...
-Alors le passager ? Tu l'as échappé belle, hein ? Encore heureux que Macgallan vous veut tous les deux vivants ! Dans le cas contraire, je t'aurais laissé avec elle un moment, juste pour m'amuser un peu et la voir te faire la peau.
Armé d'un fusil de haute précision, Macgrégor me regarda avec un sourire railleur, me pointant d'un doigt comme s'il se prenait pour le plus grand héros de Callisto. Je serrais les dents et les poings, regardant le corps inerte de Léïtia sur le sol pierreux.
-Ne me dis pas que tu l'as...
-Je t'interdis de me tutoyer, compris ? Pour moi tu ne vaux pas mieux que tous les autres otages bons à rien ! Tué ? Oh non, non, non, Macgallan l'aurait certainement mal pris !
Le terroriste se mit à rire méchamment, levant son fusil à deux mains pour mieux le poser sur son épaule droite. Toujours aussi arrogant et idiot...je crois bien qu'il ne changerait jamais. S'il n'était pas armé je lui aurais certainement brisé la mâchoire ! Ce fut en criant que je lui répondis d'ailleurs.
-Alors que tu lui as-tu fait, espèce de monstre !
Le sourire de Macgrégor s'effaça. Il n'avait certainement pas l'habitude de se faire insulter de la sorte.
-Je te conseille de me montrer un peu plus de respect ! On avait remarqué que la gamine était sensible aux électrochocs. Alors on s'est dit « pourquoi ne pas réutiliser le même procédé ? » Hilarant et cocasse, n'est ce pas ?
-Tu parles ! Comme tu le dis ce n'est qu'une gamine ! Tu risques de la tuer de cette façon !

Le soldat s'approcha de façon menaçante. Ce fut à partir de ce moment que je me rendis compte qu'il était bien plus grand que moi. Mais ce n'était pas ça qui me ferait reculer, alors que je le détaillais avec toute la fureur que mon regard pouvait contenir.
-Si tu savais ce que c'était, tu ferais moins le malin mon grand ! Tu sais qu'elle à descendu six de nos camarades à elle seule ? « Bang », en pleine tête la plupart du temps.
-Oui je sais...elle me l'a dit...Mais que lui est il arrivé ? Quels sont les monstres qui...
-Ca, ce n'est pas à toi de le savoir, le passager ! Tu obéis un point c'est tout, comme les singes ! Allez petit babouin, tu ramasses le paquet et tu nous suis !
Le rouge me monta bientôt au visage alors que Macgrégor faisait des singeries, apparemment pour me mettre hors de moi. Ce qui n'allait pas tarder à arriver s'il continuait ainsi.
-Et bien, petit babouin ? Tu ne comprends pas ce qu'on te demande ? Tu as donné ta langue au chat ?
Il accompagna sa réplique d'un grand éclat de rire. Ce fut à ce moment que je profitais pour lui décocher un violent uppercut à l'estomac. Surpris par un tel geste de rébellion, le soldat lâcha son arme, se tenant le ventre à deux mains. J'attrapais sa tête entre mes deux mains et la claquait contre mon genou, lui mettant le nez en sang.
Jamais de ma vie je n'avais senti autant de fureur en moi, comme si un démon avait pris possession de mon corps et m'obligeait à frapper le soldat avec une telle intensité. Mais les soldats sont entraînés pour ce genre d'altercation, et celui-ci ne mit pas beaucoup de temps à se relever, courant vers moi en hurlant comme s'il avait complètement oublié les ordres que son général lui avait donnés.
J'eus le souffle coupé lorsque sa tête heurta mon ventre avec fureur, me projetant au sol. Mon dos heurta plusieurs pierres qui entreprirent de s'enfoncer dans ma peau, me forçant à pousser plusieurs cris de douleur. Mais je n'eus pas le temps de m'en remettre, que déjà Macgrégor était sur moi, martelant mon visage de coups furieux.
Je ne me suis jamais vraiment battu pour de bon. Et j'ai toujours pensé qu'un seul coup de poing suffisait à calmer un gaillard ironique. J'appris aujourd'hui, à mes dépens, que cette façon de penser était totalement erronée.
Macgrégor voulait en finir avec moi, il avait sans doute attendu trop longtemps de pouvoir enfin assouvir son désir de voler une vie à main nue. Mais je n'étais pas résigné à laisser la mienne me quitter sans me défendre.
Je le repoussais violemment à l'aide de mes pieds, le faisant s'écrouler sur le sol. Mais déjà, il se relevait de nouveau, se ruant sur moi comme si je n'étais qu'un simple enfant qui lui avait donné une pichenette.
Sans que je puisse l'en empêcher, ses mains se refermèrent sur mon cou, le serrant très lentement dans l'espoir de m'étrangler. Je voulus recommencer ma tentative de tout à l'heure, c'est-à-dire me servir de mes jambes, mais celui-ci les avait habilement bloquées, continuant son emprise sur ma nuque alors qu'un sourire sauvage de satisfaction apparaissait sur ses lèvres.
Déjà, l'air vint à me manquer. Je suffoquais, essayant de me débattre pour lui faire lâcher prise. Rien à faire, mieux entraîné et plus musclé que moi, il avait un avantage certain.
C'est dans ces moments fatidiques, où l'on sent que malgré notre bonne volonté nous n'arrivons pas à avoir le dessus, que l'on essaie à tout prix de donner du meilleur de soi même.
Vous me direz que cela n'a absolument aucun rapport avec la situation présente ? Bien au contraire ! Alors que l'une de mes mains tentait de desserrer cette étreinte mortelle qui m'enserrait le cou, l'autre tâtait le sol à la recherche de n'importe qu'elle arme d'improvisation qui aurait pu me servir en ce moment même.
Cette-ci entra en contact avec un métal dur et froid : Le six coups de Léïtia.

Alors je sus ce que j'avais à faire...dans un dernier effort, je le saisissais et pointais le canon sur le flanc de mon ennemi. Le coup de feu qui se mit à retentir dans la jungle fut terrible, irréel.
Même le soldat ne parvenait pas à se rendre compte de ce que j'avais fait. Et pourtant tout cela était bien réel. Son étreinte se desserra, alors qu'il posa la main sur son flanc, voulant savoir si c'était vrai. Lorsqu'il la regarda, celle-ci était recouverte d'un sang noirâtre, le sien. Ce ne fut qu'à partir de ce moment qu'il bascula sur le coté, se mettant à respirer bruyamment alors que je me massais la nuque, toussant fortement.
J'avais toujours été répugné par les armes à feu. Je ne me rendais pas vraiment compte que c'était l'une d'elles qui m'avait sauvé la vie, tandis que je regardais le corps agonisant de Macgallan.
-C'est fini l'ami...
-Je crois aussi...Tu es bon en fait...très bon...tu m'as bien eut...
Je fermais les yeux lorsqu'il se mit à rire avant de tousser, un filet de sang entre ses lèvres et se perdant dans son propre cou. Je ne parvenais pas à croire que j'avais fait ça, même pour me défendre.
-Maintenant explique moi qui est cette fille. S'il te plait...
-Tu tiens à elle, pas vrai ? dit il en souriant horriblement. D'accord, par...ce que c'est toi. Macgallan...t'avait parlé d'un chargement dans la navette, hein ? Et bien en fait, c'était elle. Il cherchait quelque chose...sans savoir quoi.
Je ne saisissais pas ce qu'il voulait dire, mais je le laissais continuer, par pur respect.
-Lorsqu'il a vu...ses six hommes morts...en fait, il y en avait un encore en vie...il lui a dit...il lui a dit que c'était elle...elle qui avait fait ce massacre de nos frères d'armes.
-Mais pourquoi vouloir la capturer ? Qu'est elle au juste ? Et quel est son rapport avec le Projet Alpha Zéro ?
-C'est elle...l'ami...c'est elle le Projet...
-Quoi, elle ? Explique toi !
Macgrégor se remit à rire avant de s'immobiliser dans un rictus. Sa tête se pencha vers l'arrière et il se mit à regarder le ciel, contemplant les nuages de Callisto. Impatient, j'attrapais le col de son manteau, le secouant violemment.
-Je te demande de m'expliquer ! Tu vas me répondre oui ?
Mais il ne me répondrait sans doute jamais, déjà dans un autre monde qui n'était pas le mien. Je contemplais avec dégoût la dépouille de l'ancien Officier Macgrégor, ne comprenant pas pourquoi de tels...monstres puissent exister sur terre.
Trempé de ma sueur, je passais une main sur mon front avant de la regarder, contemplant mon propre sang. Il était étrange que je ne ressente aucune douleur...cela me fit penser au combat entre Léïtia et le lion...Instinctivement, je regardais cet étrange symbole qui se trouvait sur son béret rouge. Le lion...sans doute le signe de la force. Et comme la jeune fille, j'avais vaincu le lion !
Cette simple pensée m'insuffla quelque chose que je ne connaissais pas et que je ne parvenais pas à comprendre. Au fond, pourquoi m'étais je énervé ? Parce qu'il se moquait de moi et considérait Léïtia comme un objet ? Je l'avais défendu alors qu'elle avait tenté de me tuer ?
Je m'agenouillai près du corps de Léïtia, essayant de repérer une éventuelle fracture ou anomalie qu'aurait put causer l'électrochoc. A mon grand étonnement, je ne vis rien, pourtant cela l'avait laissée inconsciente...L'électricité avait un effet terriblement néfaste sur la pauvre petite fille.
Ramassant prudemment l'arme de poing et la rangeant au niveau de ma ceinture, cela pourrait toujours servir, je soulevais Léïtia et la portais à deux mains, prêt à devoir continuer la marche en la portant dans mes bras.
Elle ne pesait vraiment pas beaucoup...mais là n'était pas le problème. Pour pouvoir agir efficacement il me fallait réfléchir...mais comment sortir de cet endroit ? Encore une fois, je regardais le cadavre de Macgrégor. Lui le savait, mais il avait emporté son secret avec lui...

La jeune fille rangea le fil dans le boîtier approprié, regardant la porte s'ouvrir devant elle. C'était si facile maintenant...elle savait comment sortir de cet endroit avec un tel atout. Mais sans cet atout...elle ne serait pas dans cet endroit si lugubre justement.
Elle traversa le seuil de la porte, se retrouvant dans une salle où la plupart des lumières étaient éclatées. Encore un couloir...cela n'en finirait donc jamais ? Incapable de faire autrement, elle s'avança, se surprenant à courir pour atteindre le plus rapidement possible l'objectif final qu'elle s'était donné.
Une autre porte, celle-là n'était pas verrouillée par contre. Elle la poussa du bout des doigts, entrant dans une vaste pièce colorée : La cantine de la station.
Elle avait entendu le professeur évoquer cette salle, peu avant l'explosion. C'était ici que tous les scientifiques de la station venaient se désaltérer et étancher leur soif. Mais à présent, elle semblait lugubre et sombre...vide de toutes activités humaines
Il était hors de question pour elle de rester plus longtemps dans cet endroit qui lui était inutile. Continuant son exploration, elle perçut une autre porte sur le coté. En la poussant, elle écarquilla les yeux.
Après tout ce temps à parcourir la station de fond en comble, cherchant tous les moyens possible pour s'échapper de cet endroit infernal, elle avait peut être enfin trouvé le moyen de se sauver.
La jeune fille observa les différentes cabines de sauvetage qui se trouvaient en face d'elle...


Le défunt soldat avait forcément trouvé un moyen pour arriver dans cet endroit, non ? Et s'il pouvait entrer, alors il pouvait également sortir, c'était une conclusion très logique. Après avoir marché inutilement pendant plusieurs heures, j'étais revenu sur mes pas, fouillant son corps avec résignation et évitant de faire attention à la large tache de sang qui se trouvait sur son flanc droit.
Malheureusement, je ne trouvais rien qui aurait pu m'aider ou me donner une indication, pas même un GPS ou une carte de données. La seule chose qu'il avait sur lui était un fusil de précision, son costume et une ceinture de grenade tellurique.
Je savais ces petits objets ronds extrêmement dangereux, ayant déjà vu leur effet lors d'une parade militaire assez spéciale. Je ne savais si c'était une bonne idée de subtiliser au corps cette ceinture hautement dangereuse, aussi bien pour moi que pour ce que je voulais exploser. Mais qui sait...j'avais beaucoup plus d'assurance maintenant, bien plus sûr de moi même et des gestes à accomplir.
Je lui pris également son sac de commando couleur « forêt », et y déposait la ceinture, l'arme de Léïtia ainsi que tous les objets que je traînais dans mes poches et qui auraient pu me gêner.
Ainsi paré, je repris mon exploration incertaine, sans savoir ce que je cherchais vraiment. Il y avait un passage, j'en étais certain, le problème était de savoir où il se situait. De plus, était-il souterrain, sous-marin ou bien...Qu'importe, je me contentais de chercher un élément du décor qui aurait pu être étrange à mes yeux.
Comme disait l'expression : C'était comme chercher une aguille dans une meule de foin...C'était bien ma veine !
Très bientôt, je commençais à perdre patience, le sac pesant sur mes épaules et Léïtia dans mes bras. Que savais je du terrain ? C'était un cratère volcanique, transformé en lac dont les parois rocheuses étaient bien plus propices aux cavernes qu'à l'escalade. Mais à part tout cela, mes informations étaient quasi nulles pour ne pas dire inexistantes. Il y avait bien quelque chose que j'avais manqué quand même ! Un endroit particulier qui n'avait jamais vraiment attiré mon attention jusqu'alors !
Finalement harassé, il ne me restait plus qu'à rentrer du coté de la caverne et à élaborer un plan de secours. Je ne mis que quelques minutes à l'atteindre, déposant délicatement Léïtia sur le dos et m'appuyant contre la roche de la grotte, ayant prévu d'escalader la paroi du volcan.
C'était sûrement suicidaire...d'autant plus que Léïtia était toujours évanouie. D'un ½il triste, je tournais la tête vers le fond de la grotte, essayant d'apercevoir ce qu'il était censé rester du corps du défunt animal à la crinière noire...Le feu n'était pas encore tout à fait éteint, et malgré cela je ne parvenais toujours pas à en voir le fond. L'avais déjà vue avant d'ailleurs ?
Ce fut à partir de cet instant que je compris d'où était arrivé Macgrégor ! Me relevant précipitamment, je me tapais le front comme pour me punir de ne pas y avoir pensé plus tôt...quel bêta je faisais ! Mon nom de famille était pour une fois très approprié.

Le c½ur empli d'allégresse, je m'avançais dans l'obscurité avant de m'arrêter, quelque peu inquiet. Il faisait si noir...de plus je ne pouvais pas laisser la jeune fille sur place...
Je revins sur mes pas, observant le feu mourant d'un coté et Léïtia de l'autre. Si je la prenais avec moi, je ne pourrais pas utiliser de torches avec les restes du feu...et si je prenais justement une torche, je serais alors obligé de la laisser ici...cruel dilemme, sans compter qu'elle avait déjà essayé de me...
Sans réfléchir, j'attrapais un brandon enflammé et m'avançais dans l'obscurité qui s'écartait devant, essayant de ne pas me retourner pour ne pas devoir regarder une dernière fois le visage de la jeune fille au bracelet.
La torche ne produisait que peu de lumière, mais assez pour que j'évite les nids de poules. Sans cela, je me serais d'ailleurs pris le mur de plein fouet au moment d'une intersection.
J'avais sérieusement le c½ur brisé de faire une telle chose. Mais c'était par sécurité je crois...pourtant ce n'était qu'une petite fille...mais elle avait essayé de me tuer !
Une petite voix m'insufflait de mauvaises pensées à l'intérieur de mon crâne, tandis qu'une autre tentait de me faire faire demi-tour...c'était la première fois que cela m'arrivait. Ma conscience ? Bizarre...
Sachant pertinemment que j'allais faire une bêtise, je me retournais, lâchant ma torche et me précipitant vers l'entrée de la caverne...oui j'allais vraiment faire une grosse bêtise, mais peu m'importait.




Chapitre 14 Projet Alpha Zero

# Posté le dimanche 27 janvier 2008 03:58

Les Navïns

Les Navïns
Vous connaissez sans doute trés bien toutes ces histoires de nains, d'elfes, de dragons, de sirènes et autres...pour ma part, je respecte ces races employées dans de nombreux récis fantastiques...mais je trouve que les réutiliser par la suite comme cela, tout frais tout chaud, devient dépassé. Je ne critiquerais pas Eragon, loin de là, mais il n'y a plus de casse tête...les nains restent les mineurs des montagnes et les elfes restent des êtes exquis aux longues oreilles et vivant dans les arbres. Je ne veux pas créer cette intention de déja vue, bien que je voulais avoir une race à la fois fier et rebelle, magnifique mais en même temps brutale...Voila pourquoi j'ai créé les Navïns!

Mais qu'est ce qu'un Navïn? Je pourrais trés bien tenir à une créature humanoïdes, possédant une queue et des oreilles de chats...mais ce serait un gachit! J'ai donc poussé la recherche beaucoup plus loin, pour leur donner ensuite un véritable semi-caractère de félin. Pendant longtemps j'ai observé mes propres chats, les regardant jouer, se nourrir, se déplacer, se toiletter...c'est fascinant, croyez moi. Et c'est à partir de là que j'ai mit en place la manière des Navïns de se comporter: en observant tout simplement.

Leur moeurs ont posé plus de difficulté. Je voulais quelque chose qui les différencie largement des autres, quelque chose qui fasse que même des semi-bête peuvent avoir un art tout aussi savoureux que celui des elfes! Cet art, vous ne le découvrirez que plus tard dans l'histoire...Derrière un Navïn, c'est tout un travail de recherche et de détails qui restent caché. Et vous? Avez vous déja pensé à une race encore inexistante, qui serait tout droit sortit de votre esprit? Si oui et si vous le souhaitez, faites m'en part par quelques description physique et morale. ^^

# Posté le mardi 29 janvier 2008 13:04

Chapitre 14 Pierre des cinq lois

Chapitre 14


La lune...sa présence était une source de calme et de bienfaisance. Sans elle, que serait le monde ? La nuit ne serait que ténèbres sans aucune source de lumière pure. La lune...c'était l'une des rares choses qui pouvaient calmer Alisha, la nuit.
Assise tout près du lit de son, soit disant, maître, elle n'avait pas put trouver le sommeil. Pourtant elle devrait être ravie : Le jeune Tenak n'avait pas hésité, sans aucune parole, à soustraire les gros draps de son édredon, les plaçant sur le sol de telle sorte à en faire un petit nid douillet. Il avait fait cela lorsque Alisha avait refusé de prendre le lit qu'il lui proposait, le trouvant trop loin du sol. Pourquoi ces humains avaient besoin de fabriquer leurs lits avec des pieds de la taille d'un avant-bras ? Le sol était parfait après tout...
Non, la jeune Navïn ne parvenait pas à trouver le sommeil ce soir, constatant avec angoisse que la croissant de lune avait encore diminué. D'ici quelques jours, ce serait une nuit sans lune...les plus dangereuse de toutes !
Alisha se mordit la main pour ne pas trembler, entourant sa longue queue blonde autour de ses genoux repliés et aplatissant ses oreilles sur sa tête, telle une bête aux abois. Avec ces simples mouvements, la chaîne qui rattachait son collier à l'un des pieds du lit tinta doucement, frottant contre ce parquet de bois.
Cette comédie venant de ce grand blond devenait ridicule. Elle avait put voir le fond de ses yeux, lorsqu'il avait verrouillé la menotte métallique avec une clef de bronze, insistant sur le fait qu'au moins il serait sûr qu'elle ne s'échapperait pas. Cette haine qu'elle avait put voir dans ses pupilles...elle était encore plus ardente que celle qu'éprouvaient les citoyens normaux. Cela lui avait presque fait mal...mais à présent, elle était au dessus de tout ça !
Il était étonnant que le jeune Tenak, quand à lui, ne ressente que de la curiosité et de la...gentillesse ? Oui, cet humain était naturellement gentil avec elle, et Alisha commençait sérieusement à douter que c'était pour avoir quelque chose en retour. C'était peut être l'effet de la Pierre des cinq lois qui commençait à se faire ressentir...non, c'était trop tôt et la Pierre n'est pas censé apporter un changement radical du caractère !
La pierre...en y repensant bien, ce Tenak n'aurait pas dut être le porteur véritable...Est-ce que...est ce que son frère aurait échoué ? Est-ce qu'il avait été rattrapé par l'un des sans-noms, envoyés par le seigneur Kannan ? Non c'était impossible ! Alors pourquoi le jeune Tenak avait il été choisit par la Pierre ? Pourquoi lui et non celui à qui la Pierre était destiné ? Pourquoi ? Pourquoi !
Alisha observa l'étrange reflet que formait la lune à travers les vitres de la chambre. Cela ne servait à rien de se tourmenter l'esprit comme cela. Le résultat était là et elle devrait faire avec. A bien y réfléchir, les Reeyaks avaient été avec elle puisqu'elle était tombée sur ce garçon, peu de temps avant qu'il n'embarque vers le Célénistie.
Avec les connaissances de son peuple Navïn et beaucoup de ruses, peut être parviendrait-elle à comprendre le comment du pourquoi et à retourner le jeu en sa faveur. Si elle l'amenait assez prêt du territoire Navïn, il serait aisé de le neutraliser pour ensuite pouvoir se servir pleinement des capacités de la Pierre. Ensuite, détrôner le seigneur Kannan serait un jeu d'enfant !
Mais il restait deux problèmes...deux des premières lois avaient été activées ! Et il y avait aussi ce...comment l'appelait il ? Cet Apo ! Sous ses airs de beaux parleurs, Alisha savait pertinemment que cet humain était terriblement dangereux ! Dans tous les cas, le temps jouerait contre elle !
La jeune Navïn tourna la tête vers le petit âtre de pierre dans lequel un feu de bois achevait de se consumer. Cela eut pour effet de la calmer, alors que ses muscles crispés se détendaient enfin. Le mieux était de ne plus penser à rien...pour le reste, elle improviserait, tout simplement.
D'ailleurs cet endroit était si humide ! C'est vrai, toute cette cité se trouvait au dessus de l'eau ! Drôle d'idée, pensa t-elle avec un profond soupir. Pour ne plus ressentir cette humidité, Alisha eut envie de s'approcher du feu, de passer toute la nuit à coté si c'était possible. Mais sa chaîne était trop courte...impossible de faire plus d'un pas. Cela la frustra horriblement !
Alisha posa sa main gauche sur son épaule droite, fermant les yeux. Sa Source était calme, limpide, et ce depuis qu'elle avait retrouvé la terre ferme. Comme il aurait été facile, à présent, de faire céder cette chaîne. Mais la détonation qui en résulterait réveillerait forcément l'humain blond. La frustration gagna en intensité jusqu'à ce qu'elle reporte son regard sur le faible feu. Comment détruire cette chaîne tout en restant silencieuse ? Une idée germa dans son esprit.

Avisant le tout petit tas de bois non loin de l'âtre, elle tendit la main, tendant sa chaîne du même coup. Ses griffes se tractèrent, alors qu'elle tirait une bûche du bout de l'ongle. Une fois qu'elle fut suffisamment proche, la jeune Navïn la prit à deux mains, la jetant dans le feu en priant le silence. Fort heureusement, la bûche tomba sur la cendre chaude, éttoufant le bruit sourd qu'elle avait redouté.
Impatiente, en sachant très bien qu'elle n'avait pas pratiqué la magie depuis trop longtemps, Alisha s'appuya sur un coude, léchant le dos de la main de son autre bras tout en attendant que le feu reprenne.
Une fois que les flammes revinrent dévorer avec avidité le bois qui leur était ainsi offert, la jeune Navïn concentra son regard dessus, tout localisant sa Source dans son épaule droite. A genoux, ses bras semblaient comme dessiner d'étranges formes dans les airs, alors qu'elle puisait l'énergie de sa Source. Elle la sentit parcourir sa nuque, ondulant doucement à l'intérieur de ses bras avant de venir se concentrer dans le bout de ses doigts.
Ses bras s'arrêtent aussitôt, ses mains grandes ouvertes désignant maintenant le feu de l'âtre. Son idée était simple : elle voulait faire fondre la chaîne. Et pour cela, il n'y avait qu'une solution !
Relâchant l'énergie accumulée, Alisha attira la chaleur du feu à elle. Comme attaquée, les flammes ondulèrent plus vite avant de baisser en intensité. Sans chaleur, le feu ne tarda pas à mourir, ne laissant qu'une dernière voûte de fumée noire.
La jeune Navïn regardait maintenant la petite boule de lumière rouge qui lévitait doucement au dessus de ses mains. Rassemblée et compressée, la chaleur du feu était intense, dangereuse...suffisante ! C'était ce qu'elle voulait. Un sourire illumina son visage : cela serait plus facile que prévu finalement.
Prenant le soin de faire très attention à ce que la boule de chaleur ne touche rien, Alisha la fit se déplacer vers le bout de sa chaîne. Oui, le mieux était de commencer par là, c'était le plus dur. Dès que la minuscule sphère rouge rentra en contact avec le métal, celui-ci se mit à luire avant de rougir à son tour.
Très vite, un grésillement retentit, suivit d'une forte odeur de brûlée. Aie ! Elle n'avait pas pensé à cela ! L'odeur et le bruit allaient forcément attirer l'attention et réveiller le jeune Tenak ! Se servant de l'énergie restante accumulée au bout de ses doigts, Alisha imagina une seconde sphère, plus grande que la première. Placée autour de la boule de chaleur, elle étouffait le son et gardait l'odeur de brûlée prisonnière à l'intérieur. D'ailleurs, ça surface ne tarda pas à se recouvrir d'une mince couche de fumée grise.
Mobiliser à la fois l'énergie de sa main droite et de sa main gauche demandait beaucoup d'effort de concentration. Mais il y avait encore quelque chose que la jeune Navïn n'avait pas prévu : le métal fondu ! Elle augmenta la résistance de sa seconde sphère au moment précis où le métal céda, alors que quelques gouttes en fusion touchaient le fond de sa sphère. Le bout sectionné tomba sur le sol dans un tintement métallique.
Soulagée, Alisha poussa un profond soupir. Le plus dur avait été fait, il ne restait plus qu'à faire fondre le reste de sa chaîne. Relevant celle-ci avec sa queue, elle recommença son ½uvre, faisant avancer doucement sa petite boule de chaleur tout le long de ce qui avait été sa prison, alors que son autre sphère récoltait toujours l'odeur, la fumée et le métal en fusion.
Elle ne s'arrêta que lorsque la boule de chaleur fut trop près de son cou. Tenter de faire fondre également son collier était trop dangereux, cela risquait forcément de la brûler. Mais être en parfaite possession de ses mouvements était déjà une bonne chose. Il restait une dernière question à régler : que faire du métal fondu ? S'en débarrasser comme cela serait ridicule, elle pourrait facilement y trouver une utilité quelconque.
De sa main droite, la jeune Navïn faisait toujours léviter sa boule de chaleur, alors qu'elle observait la sphère que retenait sa main gauche. Le fond tinté d'une épaisse couche de métal encore chaud et la fumée noire ondulant dans ce qu'il restait de place, la sphère transparente se faisait de plus en plus lourde. Une goutte de sueur coula le long de son front. Il fallait vite trouver une idée, sinon elle devrait jeter le tout par la fenêtre !
A quoi pouvait servir le métal ? Une nouvelle idée illumina son esprit. Alisha replaça la petite boule rouge à l'intérieur de la seconde sphère, réchauffant d'avantage le métal qui rougeoya sous l'effet de chaleur. Une fois que le métal fut suffisamment chaud, elle jeta la boule de chaleur dans l'âtre, alors qu'elle éclatait silencieusement en plusieurs centaines de petites flammes jaunes.
Puis elle imagina un moule, servant à la confection des objets. Toujours transparent et impalpable, il était pourtant bien existant car le métal rougeoyant s'échappa de la sphère pour s'étaler doucement dans les airs, prenant rapidement la forme...d'un grand poignard. Sa lame fut rapidement tranchante, prenant la parfaite forme du moule qu'Alisha avait imaginé. Son manche, toujours en métal évidemment, fut agrémenté de plusieurs symboles que la jeune Navïn connaissait très bien et qu'elle avait voulut ajouter par coquetterie.
Prenant le soin de garder le futur poignard bien en lévitation, Alisha se dirigea vers la fenêtre, l'ouvrant le plus silencieusement possible avant de jeter la sphère de fumée. Celle-ci se perdit dans la nuit, laissant échapper son contenu qui s'élevait déjà vers le ciel.

Pour finir, Alisha garda son arme en suspension pendant un moment, attendant qu'elle refroidisse pour de bon. Normalement, confectionner un simple poignard comme celui-ci n'aurait demandé que peu d'efforts. Mais ayant voulut jouer en discrétion, Alisha avait presque entièrement épuisé sa Source. Elle ne se renouvellerait sans doute pas dans sa totalité avant le lendemain matin...
Quoiqu'il en soit, avoir prit de tels risques s'était avéré payant puisqu'elle n'était plus enchaînée...de plus, avoir une arme pourrait être utile en cas de force majeur. La jeune Navïn souffla, alors que le poignard de métal retombait dans sa main.
Cela ne valait pas les armes Navïns ! Mais au moins, c'était mieux que rien. Alisha soupesa son poignard, le tenant en équilibre sur son index. C'était un peu lourd...Avec un peu de chance, elle aurait encore la possibilité de l'améliorer. Mais pas ce soir, elle était trop fatiguée ! De plus, le jeune Tenak et l'humain blond se rendraient forcément compte que la chaîne avait disparut.
Alisha soupira de fatigue, cachant l'arme sous son manteau de fourrure qui se trouvait à côté de son nid. Elle réglerait ce problème cette nuit...mais pas tout de suite. Pour le moment, la chose que la jeune Navïn voulait, s'était de profiter du feu...tout simplement.
Elle s'approcha de l'âtre, alors que les flammes, qui avaient retrouvé leur raison d'être, s'en prenaient voracement à la bûche qu'elles n'avaient pas finit de dévorer. Alisha se coucha en boule près du feu, sentant la chaleur chauffer doucement sa peau. Elle avait simplement voulut dormir près de l'âtre...
-Rien n'est jamais facile. Murmura t-elle.
**



Il l'avait vu...Il était certain de l'avoir vu...cette chose, cette bête tout droit sortit des ténèbres. Il avait vu ses yeux...luisants, démoniaques. Il avait vue sa bouche se tordre en sourire avant de disparaître. Il avait sentit son odeur si familière : l'odeur de la mort.
Sa sueur collait ses cheveux et les maintenaient plaqués sur son crâne. Mais il était bien trop apeuré pour prendre le temps de passer une main tremblante dans sa chevelure pour y remettre de l'ordre. Partout, les arbres de la forêt Arboricole se dressaient, menaçants. Ici, aucun point de repères, même les étoiles étaient cachées par la voûte de feuilles et de branches.
Depuis combien de temps Jeulin avait-il été séparé de ses deux comparses ? Ici, le temps était inexistant. Seul le froid et le silence venaient lui tenir compagnie. Où étaient passées les chouettes qui hululaient au clair de lune ? Pourquoi les renards n'étaient pas sortis de leur tanière ? C'était à peine s'il parvenait à entendre les branches mortes qui craquaient sous ses pieds.
Avançant à l'aveuglette et ne faisant pas attention au froid mordant qui lui engourdissait les jambes, Jeulin tournait la tête en tout sens, n'osant pas appeler Vlad ou Taral de peur de La faire revenir...la bête !
Tout avait commencé le plus simplement du monde, alors qu'ils marchaient en rang serré à travers la forêt Arboricole. Puis Sérokine, qui avait voulut s'éloigner du groupe pour aller chasser...le temps d'installer un rapide bivouac et d'allumer, ils avaient entendu le cri déchirant du puissant homme.
Ils l'avaient retrouvé, à moins de quelques mètres là. Comment décrire l'état dans lequel Sérokine s'était trouvé ? Il était méconnaissable, alors que son c½ur semblait avoir été arraché de sa poitrine. Jeulin s'était agenouillé près du corps, pour tenter de comprendre, mais déjà Taral s'enfuyait, suivit de près par Vlad.
C'était en redressant qu'il l'avait aperçut...la bête ! Le temps d'un sourire...un horrible sourire qui avait laissé deviner de grandes dents recouvertes de sang...celui de Sérokine.
Jeulin s'arrêta, regardant un grand chêne à l'écorce rugueuse. Est-ce que le monstre savait grimper ? Non...il ne serait pas en sécurité pour autant. S'il ne bougeait pas, ce serait le froid qui aurait raison de lui. Quelle mort était la moins atroce ?
Il reprit sa route incertaine à travers le bois, ne sachant plus comment s'orienter. Pourquoi cette horrible odeur n'arrêtait pas de le suivre ? C'était comme s'il était poursuivit par la mort elle-même ! Mais il ne voulait pas mourir...il voulait vivre ! Vivre pour Bénédicte ! Vivre avec Bénédicte.
Mais il s'arrêta une nouvelle fois, les yeux exorbité. Son c½ur avait comme cessé de battre alors que ses cheveux se dressaient sur la tête.

Elle le regardait, ses yeux rouges luisants dans l'obscurité, telles deux flammes rougeoyantes. Assise sur son arrière train, la bête découvrit ses crocs, alors qu'un affreux rictus s'étirait sur sa gueule.
-Pas par là ! murmura une voix caverneuse et bourdonnante.
Mort de peur, Jeulin tourna sur la droite, s'éloignant du sentier et traversant un amas de fougère et de buissons à épines qui lui écorchèrent bras et jambes. La bête lui avait parlé...il était certain qu'elle venait de lui parler ! Et elle le narguait, comme si elle savait qu'il ne pourrait pas lui échapper.
Combien de temps ses jambes pourraient tenir à cette allure ? Il lui semblait qu'à me sure qu'il progressait, toute la forêt se refermait sur elle, comme un étaux. Est-ce que Taral et Vlad avait déjà connut le même sort que Sérokine ?
-Continue comme ça...
Jeulin faillit trébucher, alors qu'il manquait de se tordre une cheville. Le monstre était à nouveau en face de lui, assis tranquillement sur un tas de feuilles mortes. Un ricanement lugubre résonna aux oreilles de Jeulin, alors que la créature noire se relevait avant de disparaître dans les ténèbres de la forêt.
Il allait aussitôt faire demi-tour lorsque ce ricanement recommença, juste derrière lui. Jeulin hurla de peur, courant de nouveau à travers la forêt Arboricole. Cela ne dura pas...
Quelque chose percuta sa jambe, tandis qu'il tombait à la renverse. Le choc fut rude, tordant sa cheville sur le coup et recouvrant son c½ur de feuilles humides et décomposées. Incapable de se relever, il hurla à la mort, tentant de ramper le plus possible.
Non loin de lui, une flamme dansa dans les ténèbres, se rapprochant doucement de lui. Puis une seconde, plus à droite. Terrorisé, Jeulin joua des coudes, reculant jusqu'à ce que son dos rencontre la surface dure d'un pin. Ce n'était pas les créatures auxquelles ils s'attendaient.
-Le dernier est ici. Je crois que nous avons le groupe au complet...enfin, presque au complet !
C'était une femme qui venait de parler, Jeulin en était persuadé. Tenant une torche enflammée dans la main droite, la silhouette féminine était recouverte d'un mince vêtement sombre qui recouvrait la quasi-totalité de son corps. Seul le bas de son visage était visible, laissant apercevoir une bouche fort bien dessinée.
-Qu'est il advenu de l'autre ? demanda la seconde silhouette, cette fois un homme.
-Mort. Il la dévoré.
Jeulin sentit cet homme frémir sous sa cape, alors qu'il tournait son visage vers lui. D'où sortaient ces personnages ? Pourquoi étaient ils aussi...calme, alors qu'une bête de cauchemar rodait dans les environs ?
L'homme encapuchonné se pencha vers lui, levant sa torche au dessus de lui pour mieux voir son visage.
-Il est en état de choc...dit il à lui-même. Vous n'êtes pas blessé j'espère ?
Jeulin ne répondit pas, tremblant de tous ses membres et ne sachant imaginer si le danger était réellement écarté. Elle pouvait revenir à tout moment ! Elle leur sauterait dessus comme elle l'avait fait avec Sérokine ! Il se devait de les prévenir ! Mais aucun son ne sortait de sa gorge.
-Je vous demande si vous n'êtes pas blessé, répéta l'homme sur la même neutralité.
-Arrêtes, Arka ! Tu voies bien qu'il ne peut pas te répondre !
Arka soupira. Jeulin ne pouvait pas voir ses yeux, et pourtant il savait que cet homme le fixait. Il voulait se forcer à dire quelque chose, mais tous les mots qu'il voulait prononcer mourraient avant d'avoir put s'échapper de ses lèvres. Un vrai muet !
-On l'emmène avec les autres et on posera les questions plus tard. Il va mourir de froid si on le laisse ainsi !
-Aida, est-ce que tes méthodes ne sont pas un peu trop...douces ?
-Tu préfères qu'il te claque entre les doigts avant que tu n'aies put l'interroger ?
Arka grogna avant de se relever, s'éloignant de Jeulin à pas rapide. La femme s'approcha ensuite de l'homme terrorisé, calant sa torche contre le tronc du pin avant d'aider Jeulin à se relever. Mais même ses jambes ne voulaient plus lui obéir.

-Un peu d'effort ! Je ne vais pas non plus vous traîner !
Jeulin ne répondit pas, se retournant pour vomir à côté du tronc d'arbre. Cette nausée passagère eut un effort positif sur son corps meurtri puisqu'il sembla retrouver à la fois l'usage de ses jambes et de la parole.
-Sérokine...elle l'a tué ! Elle a dévoré le c½ur de Sérokine !
-Oui je sais, je .l'aie vue. Mais je vous conseille de vous relever si vous ne voulez pas devenir un corps aussi froid que lui.
Un corps froid ? Jeulin se rendit compte qu'il était glacé jusqu'aux os. Ses pieds étaient si douloureux qu'ils semblaient pouvoir céder à la seconde près. Non ! Il ne voulait pas finir comme Sérokine ! Il voulait sortir de cette forêt maudite !
Il se força à se relever, s'aidant du tronc pour ne pas chuter de nouveau. Aida l'aida, plaçant son bras droit autour de son torse et le forçant à mettre son bras gauche autour de son cou. Cela fait, ils avancèrent...très lentement. Jeulin eut la nette impression que ses membres étaient devenus des blocs de glace qui risquaient de casser à tout moment.
Etait-ce le froid qui avait embrouillé son cerveau ? Quoiqu'il, le corps malmené de Sérokine ressurgissait régulièrement devant lui...une image qu'il ne parvenait pas à écarter de ses yeux.
-Tenak ! se surprit-il à hurler. Tout est de ta faute, Tenak !
-Qui est Tenak ?
Jeulin eut de nouveau la nausée mais se força à regarder un point invisible devant lui. A bien y repenser : parcourir la forêt Arboricole n'avait été que pure folie...Mais cela ne fit que renforcer la haine qu'il éprouvait à l'égard de ce berger de pacotille. Sa colère était telle qu'il semblait que le nuage froid qui engourdissait son esprit s'écartait, lui donnant une vision plus claire des choses.
Il était en compagnie d'une personne inconnue qui venait probablement de le sauver. S'il avait traversé cette forêt, c'était pour mettre la main sur le présumé Tenak et ainsi toucher la récompense...et tout cela pour la pauvre Bénédicte. Oui, tout lui semblait clair à présent, limpide.
-Qui est Tenak ? répéta la femme.
-C'est le bandit que le seigneur recherche. C'est ce gosse qui a fuit clandestinement Shihab pour ne pas subir les foudres du seigneur Kannan.
A l'évocation du nom du seigneur, Aida arrêta aussitôt sa marche, tournant sa tête encapuchonnée vers Jeulin. Sa voix chaude était devenue rapide, glaciale et surprise...tout aussi froide que la forêt elle même.
-Tu le connais ?
-Non mais je connais sa mère et j'ai passé du temps avec lui. Il s'est échappé lorsque j'ai voulut qu'il soit arrêté.
-Alors c'est donc toi qui a appelé la garde ce jour là ?
Jeulin acquiesça, grimaçant en sentant le froid lui nouer l'estomac. Il était aussi mort de faim que de froid. Mais la présence de cette Aida lui était de moins en moins rassurante...et si c'étaient des chasseurs de primes ? Dans ce cas, il était évident qu'il avait trop parlé !
-Nous avons beaucoup de choses à nous dire....ton nom !
-Jeulin...
**



-Je te répète, mon cher Ten, que tout sera à faire aujourd'hui.
-Mais, es tu sûr qu'il nous faille autant d'équipement ? Cela me parait un peu excessif, d'autant plus que ça coûtera beaucoup d'argents.
Le contrebandier soupira avant de porter sa tasse de thé à ses lèvres, vidant son contenue d'une seule traite. Tenak souriait : Savoir qu'Apolïncer buvait du thé ce matin mettrait sans doute celui-ci d'excellente humeur pour le reste de la journée.
Le jeune berger posa la main sur l'écorce sombre du chêne aquatique, sentant l'humidité à travers le bois. Tenak avait insisté pour venir s'attabler autour du grand chêne pour prendre le petit déjeuner, au grand déplaisir d'Alisha qui l'évitait comme de la peste.
Assise à même le sol de bois, Tenak était gêné de l'avoir entendu refuser la chaise qui lui proposait. « Pourquoi s'asseoir en hauteur alors qu'il vaut mieux être le plus près possible de la terre ? », avait elle répliqué. Ce raisonnement n'avait ni queue ni tête, mais il avait été impossible de résonner la jeune Navïn. Alors que l'anneau de sa chaîne était accroché à l'un des pieds de la propre chaise de Tenak, Alisha avait entreprit de faire sa toilette matinale.
Il avait été très difficile pour le jeune berger de détourner les yeux et donc de se concentrer sur sa salade de fruits.
-Mais peu importe la somme d'argents que nous devront dépenser ! Est-ce par ce que tu l'aimes l'avoir dans ta bourse que tu hésiterais à l'utiliser pour sauver ta vie, par exemple ?
-Je dois admettre que...c'est logique...
-Mais bien sûr que c'est logique Ten ! pouffa le contrebandier qui se resservait une nouvelle tasse de thé. Mais cela mettra peut être un certain temps à rassembler tout le matériel. Ici nous ne sommes pas à Shihab et il est parfois difficile de trouver ce que l'on veut.
-Et bien que proposes tu ?
-Je m'occupe du gros travail. Toi tu contenteras de trouver des vêtements acceptables à la femelle Navïn.
A l'énonciation de ce nom, Apolïncer jeta un regard noir à Alisha qui ne se rendit compte de rien, continuant tranquillement à lisser les poils blonds de sa longue queue lisse.
-Ca ne devrais pas être trop compliqué je pense...murmura le jeune berger.

-Et j'espère bien que cela ne sera pas trop compliqué ! Autrement, tu me désoleras. Je te laisse quartier libre pour t'occuper de tes propres affaires. On se retrouve pour le souper à l'auberge du serpent de pierre !
Et sans un mot de plus, Apolïncer vida une dernière fois sa tasse avant de se lever, plaçant sa cape sur ses épaules avant de s'emparer de son chapeau puis de disparaître par la porte.
-Il me parait bien énervé, ton ami humain. Fit tranquillement Alisha qui jetait un regard curieux vers la théière encore à moitié pleine.
-La il était calme. C'est un compagnon plus ou moins sympathique, mais il ne faut jamais lui chercher querelle.
-Il a une dent contre moi ou je me trompe ?
Tenak se mordit la langue. Fallait il révéler à Alisha ce qu'il savait des relations entre Apolïncer et les Navïns ? Cela ne pouvait pas nuire à quelqu'un, pensa t-il...
-Disons qu'il n'apprécie pas que les Navïns refusent les lois du marché. De plus il a eut une altercation avec l'un d'entre.
-Quelle genre d'altercation ?
-Il dit avoir été envoûté par une Navïn...mais il n'a pas voulut m'en dire plus.
Alisha éclata de rire sous l'½il interrogateur de Tenak. Comment pouvait on rire sur le sujet qui pouvait fâcher Apolïncer ? Tout en sachant que c'était à cause de cette bavure que le contrebandier se mit à haïr les Navïns comme jamais ?
-Les envoûtements ne produisent leurs effets que pendant un court moment. Et qui est la s½ur qui a osé faire un tel affront au blondinet ?
-Je ne sais pas...je sais quelle a les yeux jaunes...
Alisha se pinça le nez pour éviter de rire plus fort, en sachant que la plupart des clients de l'auberge du serpent de pierre leur jetaient des regards choqués. Décidément il aurait mieux fait de se taire ! La jeune Navïn ne tarda pas à se calmer, reprenant sa respiration.
-Je n'aurais jamais pensé qu'Emeline puisse faire pareille farce à un humain ! Quand je pense qu'elle nuit à notre réputation...qui n'est d'ailleurs pas fabuleuse.
-Qui est Emeline ?
-Tu le sauras en temps et en heures, jeune Tenak. Répondit Alisha, le regard pénétrant.
Pensant qu'il ne pourrait plus tirer aucune nouvelle information à la Navïn, Tenak se leva et dégagea la chaîne de la chaise avant de la placer à son ceinturon. Cela fait, il paya la petite note et sortit à son tour de l'auberge. Là, l'air marin de la cité portuaire vint les accueillir à l'extérieur.
Il y avait tant de choses à voir et ici, et encore plus à découvrir ! De plus, il était en présence de l'une des rares personnes qui pouvait savoir ce qu'il s'était passé entre Apolïncer et cette Emeline. En résumé, c'était une magnifique journée qui commençait.
-Par où veux tu commencer ? demanda Tenak avec excitation.
-Ce n'est pas moi qui suis censé choisir, « maître ». A toi de choisir, je ne pourrais qu'être d'accords.
C'était un peu facile comme réponse, bien qu'elle ne rembrunisse aucunement la joie du jeune berger. En sachant qu'il aurait toute la journée pour s'occuper efficacement avec la jeune Navïn, le mieux était de trouver des vêtements adaptés à cette dernière. Bien que son manteau de fourrure recouvre ses haillons, de nombreux passants lui jetaient des regards désobligeants. Peut être pourrait il lui fournir un chapeau également...pour lui épargner ce type de coups d'½il de la part des gens.
Tenak se tourna vers Alisha, un gentil sourire illuminant son visage. La Navïn lui rendit un regard à la fois curieux et méfiant, se demandant sans doute ce qui pouvait le faire sourire comme cela.
-Ca te dirait d'avoir des beaux vêtements neufs aujourd'hui ?
-Il est hors de question que je me débarrasse de ceux-ci ! Jeter de tels tissus rares serait à la fois un affront et une folie !
-Ah...fit le jeune berger dépité. Mais c'est ce que...si tu continue de te balader comme cela, tout le monde te regardera et...
-Je voie où tu veux en venir, jeune Tenak. Tu voulais une démonstration de magie, je suppose ? Quand nous étions dans la grosse barque.
-Tu peux les réparer ?
Tenak écarquilla les yeux à cette pensée, imaginant la jeune Navïn capable de remettre ses frusques à neuf dans simple claquement de doigt.
-Ne t'emballes pas trop vite, jeune humain. Je peux les réparer, oui, mais je ne peux rien faire apparaître ! Ce sont les illusionnistes qui font croire ce genre de stupidité. Je t'expliquerais tout sur place...pour le moment il faut trouver un marchand de tissu.
Tenak fut quelque peu déçut avant de recommencer à trépigner d'impatiente. La seule fois où il avait vu de la véritable magie à l'½uvre, c'était avec Jonathan à la bergerie. Il avait été capable de faire apparaître des formes bien distinctes dans un feu ! Alisha était, sans aucun doute, capable de réaliser des prouesses encore plus impressionnantes ! Sans un mot, il la prit par la main, l'entrainant doucement vers la grande place où se trouvait l'imposante statue de pierre de Célénistie.
Comme il s'y attendait, la foule restait à une distance raisonnable de la statue de Marjax le démon des mers, comme si elle craignait ou adorait le fameux héros qui l'avait terrassé. Tout autour, des auberges de toutes les formes et de toutes les tailles formaient un immense cercle. Mais il n'y avait rien qui ressemble à un marché.
Gardant la main d'Alisha dans la sienne sans trop la serrer, Tenak contourna la statue de Marjax avant de prendre un second chemin, toujours bordé d'auberges en tout genre. La main de la jeune Navïn était tiède, son dos également recouverte de fourrure moins dense et moins visible...et surtout très douce. Il n'avait jamais remarqué à quel point ses doigts étaient petits, finissant en de grands ongles noirs qui, il le savait, pouvaient rapidement se transformer en de redoutables griffes acérées. Le dessous du bout de ses doigts étaient un peu plus doux et plus rugueux...un peu comme les coussinets des pattes de chats.
Est-ce que les Navïns devaient leur physique à des ancêtres félins ? Jonathan semblait avoir connut la réponse...mais il n'avait pas eut le temps de la lui donner.
Le chemin qu'ils prenaient commença bientôt à s'élargir. De plus, les passants se faisaient de plus en plus nombreux, ce qui gêna le jeune berger pour éviter de lâcher la main d'Alisha. Il en avait presque oublié la chaîne qui la tenait lié à lui...c'était une bien triste façon de voir les choses...mais le contrebandier avait insisté pour qu'il ne la libère sous aucun prétexte, après lui avoir donné les clefs de son collier.

-Que de monde ici ! cracha la jeune Navïn. Ici l'air est vicié !
-Plus vite nous aurons trouvé ce que tu cherches, et plus vite nous pourrons sortir de ces rues bondées, tu ne crois pas ?
Alisha acquiesça silencieusement, regardant le ciel avec un soupir. C'était à cause de la présence des humains apparemment...les côtoyer trop longtemps devait véritablement l'agacer. Après une longue période de marche, Tenak entendit enfin ce qu'il voulait entendre : « fruit et légumes ! Par ici mes beaux fruits et légumes venu des meilleurs potagers du royaume ! » « Poissons tout frais péché de ce matin ! Qui veux mes beaux poissons ? » Et pleins d'autres tirades encore venant des marchands en tout genre...Même Célénistie possédait son propre marché !
Ici la foule se fit encore plus présente, presque dangereuse ! Comment une telle désorganisation était-elle possible ? Quoiqu'il en soit, ce n'était pas du tout la même chose qu'à Shihab. Maintenant, trouver un marchand de tissus !
Tenak dut bientôt jouer des coudes, gardant Alisha serré contre lui pour éviter de la perdre en route. Etre compressée d'une telle façon ne lui plaisait apparemment pas puisqu'elle jetait des regards furieux à qui osait porter les yeux sur elle.
-Ah ! Je pense qu'on a enfin trouvé !
Non loin d'eux, le jeune berger avait juste eut le temps d'entrapercevoir un étal comprenant des vêtements et toutes sortes de tissus colorés. Un dernier coup de coude et les deux jeunes gens émergèrent à l'air libre, se retrouvant en face d'une sorte de grand comptoir. Les vêtements et les tuniques étaient accrochés sur des cintres en bois, se balançant doucement dans le vide. Les tissus, quant à eux, étaient en plus faibles quantité et exposés sur une simple table de bois.
Alisha lâcha la main du jeune berger, se rendant d'elle-même vers les pièces d'étoffes. Tenak dut presque accélérer l'allure pour éviter que la chaîne de la jeune Navïn ne se tende...cela aurait été très gênant que les passants remarquent cela !
Ignorant superbement la jeune Navïn, une femme d'age mûre avec un grand châle bleu sur la tête se précipita vers Tenak, s'inclinant de toute sa hauteur avant de lui offrir un sourire presque édenté.
-Est-ce que je peux vous être d'une aide quelconque, jeune homme ?
Tenak lui rendit un sourire timide et gêné, désignant la jeune Navïn de la tête.
-Ce n'est pas pour moi...mais demandez le à Alisha. Elle saura vous renseigner.
La vieille tourna lentement la tête et écarquilla les yeux de terreur en apercevant les petites oreilles en triangle de l'intéressée. Presque sous un coup de fouet, la marchande se retourna aussitôt vers Tenak, le sourire toujours aussi présent mais quelque peu inquiet désormais.
-Est qu'est ce qu'elle veut ?
Apparemment, elle n'osait pas lui demander directement...Mais pourquoi les gens avaient ils aussi peur des Navïns ? C'était certainement à cause de Kannan et de ses mensonges...se résignant, le jeune berger se rendit auprès d'Alisha, regardant les vêtements d'un ½il désintéressé.
-Tu trouves ce que tu veux ?
-Il n'y a peu de choix et c'est de la piètre qualité ! Je me contenterais de la couleur...
Sur ses mots, Alisha attrapa un rouleau de tissu de couleur noire. Elle hésita puis prit également un plus petit rouleau, cette fois jaune dont de petits motifs de papillons étaient brodés dessus. Sans une parole de plus, elle les tendis à la vielle femme qui les empoigna d'un geste sec, n'accordant pas même un regard à la pauvre Navïn. La marchande les emballa dans un petit sac de toile avant de le donner au jeune berger, lui accordant un nouveau sourire sans dent.
-Et voila jeune homme ! Ca fera donc trois pièces d'argents.
Incapable de savoir si le prix était acceptable ou pas, Tenak lui donna la somme convenue après l'avoir prise dans sa bourse.
-Au plaisir de vous revoir, cher client !
A peine eut elle dit ça qu'elle en oublia très vite son fameux client, sautant sur une nouvelle victime qui avait à peine eut le temps de jeter un simple coup d'½il aux articles proposés. Au moins, les marchands ressemblaient beaucoup à ceux de Shihab...il ne risquait pas d'être dépaysé de ce coté !
Il ne restait plus qu'à revenir en arrière...seulement était-ce possible avec un tel monde ? Tout droit, le chemin continuait de s'éclaircir. Peut être pourrait il continuer d'avancer puis de faire le tour pour ensuite revenir vers l'auberge du serpent de pierre. C'était assez grotesque...mais au moins cela avait le mérite d'être faisable.
Dès que Tenak eut exposé son plan à la jeune Navïn, celle-ci approuva silencieusement de la tête, en partie soulagée de savoir qu'elle n'aurait pas à retraverser cette marée humaine.
Le jeune berger comprit très vite pourquoi la foule se faisait moins dense : les derniers étalages du marché n'offraient que des marchandises de piètre qualité. C'était souvent des marchands en haillons, tentant de vendre leurs maigres possessions. Pourtant, Tenak s'arrêta une fois, pour observer une petite fille qui disait vendre les livres de son grand-père. Malgré que Tenak ait prit goût à la lecture avec le « Mythe et Légendes » de Pavel, tous les articles proposé étaient écrits à la manière de Célénistie...en plus simple, c'était du charabia pour lui !
A la fois déçut et pressé de rentrer, le jeune berger continua sa route jusqu'à émerger dans une autre place, plus petite que celle qu'il avait déjà vue. Ici, les passants se faisaient bien plus rare et cinq autres chemins se proposaient à lui. Cela l'inquiéta, lui rappelant le labyrinthe que formait l'abri de Tanempa.
Otant pour le chemin qui lui semblait le plus logique, les deux jeunes gens reprirent leur marche. Seulement les ruelles commencèrent bientôt à toutes se ressembler et l'inquiétude de Tenak se précisa au fil des minutes.
-Euh...Alisha. Tu ne penses pas qu'il faudrait plutôt revenir en arrière ? On va se perdre je crois.
-C'est toi le « maître » ! Moi je me contente de te suivre !
Le jeune berger grogna d'agacement, observant deux nouveaux chemins en face de lui. Il allait prendre celui de droite lorsque des sifflements résonnèrent...tout près.
Tenak se retourna aussitôt, se demandant qui avait bien put produire un tel son. C'était un jeune homme, non loin de lui et appuyé contre l'un des murs d'une auberge. En compagnie de ce qui semblait être ses deux amis et tous habillés dans la même tunique grise, un sourire narquois ornait son visage.
-Vous voyez ce que je voie ? Je ne pensais pas qu'une des leurs auraient un jour l'audace de franchir nos murs.
Alisha gronda, devinant aisément que ces personnes étaient en train de parler d'elle. Inquiet, Tenak se pencha vers la jeune Navïn. Lui chuchotant à l'oreille.
-Ignore les...s'il te plait ne fais pas attention à eux, ce n'est pas le moment de s'attirer des ennuis.
Alisha gronda une seconde fois avant de pivoter, prête à faire demi-tour. Grave erreur : la chaîne qui était reliée à son collier n'en fut que plus apparemment.
-J'en reviens pas ! Hey vous avez vue ? Elle appartient à ce petit gars ! Je ne pensais pas que c'était possible !
-Tu parles, c'est presque impossible de faire d'une Navïn son esclave ! Et vue comme elle lui obéit, elle doit être drôlement bien dressée !
Alisha ? Lui obéir ? En entendant cela, la concernait se retourna aussitôt, les yeux injectés de sang et le regard plus haineux que jamais. Les trois comparses se redressèrent, se dirigeant vers ce qui était leur nouveau centre d'intérêt. Tenak, quant à lui, tentait de tirer la jeune Navïn par les bras, l'inquiètude se lisant sur son visage. Mais elle était comme devenue sourde.

-Un problème de discipline, on dirait ? En tout cas j'ai toujours voulut voir une femelle Navïn de près. Je peux ?
Et sans un mot de plus, le chef de la bande tira sur l'oreille droite d'Alisha. Celle-ci poussa un cri de douleur, se dégageant aussitôt et grondant furieusement.
-Mais laissez la tranquille ! Vous voyez bien que vous lui faites mal !
-On ne veut pas lui faire de mal ! railla le plus petit de la bande. On veut juste procéder à des inspections.
L'oreille de la jeune Navïn fut à nouveau tirée vers l'avant, comme l'aurait fait un jeune enfant s'amusant avec un animal. Une nouvelle plainte s'échappa de la gorge d'Alisha qui essayait toujours de s'éloigner. Peine perdue, elle fut bientôt encerclée.
-Je vous aie dit de la laisser ! hurla le jeune berger qui poussa brutalement l'un des adolescent.
-Sinon quoi ? Tu vas nous battre ? Tu vas aussi nous mettre au bout d'une chaîne ?
Comme pour le provoquer, celui qui avait parlé tira sur la queue d'Alisha...ce fut l'erreur la plus stupide et la plus terrible qu'il puisse commettre !
Dans un grognement furieux, Alisha griffa le jeune homme qui avait osé faire cela, zébrant sa joue gauche de trois longues traînées rouges. Les deux autres voulurent se retourner pour s'enfuir. Mais malheureusement, ils ne furent pas assez rapides pour la jeune Navïn à la surprenante agilité.
-Non, Alisha ! Ne fais pas ça !
Trop tard ! Ses petites dents se refermèrent sur l'épaule de l'adolescent le plus proche, arrachant un cri de douleur à sa victime qui tomba à la renverse sous le poids de la jeune femme. Un puissant coup à la mâchoire le fit taire, alors que son crâne heurtait le sol avec une violence incontestable.
Le seul rescapé à la fureur d'Alisha prit la fuite, hurlant sa détresse tel un forcené. Aussitôt, la jeune Navïn le prit en chasse sous les yeux épouvantés de Tenak. Il vit la chaîne remonter doucement à mesure qu'Alisha s'éloignait...elle allait se tendre et faire les tomber tout les deux...
Dans un tintement sonore, la chaîne explosa en une multitude de lumières clignotantes qui se dispersèrent très bientôt. De la chaîne qui faisait d'Alisha une esclave aux yeux de tous, il n'en restait rien...pour le plus grand malheur de celui qui avait osé provoquer sa colère.
Galopant à quatre pattes comme un tigre enragé, Alisha s'élança, retombant toutes pattes devant sur le dos de sa victime qui bascula en avant, tombant la tête la première sur la pierre de la route. Le choc avait été terrible...il ne bougeait plus...et Tenak non plus.
La seule fois où il avait vue une telle scène d'une rare violence, c'était à l'entrepôt des esclaves. Alisha venait de nouveau de lui montrer son attitude de fauve dangereux ! Savoir de quoi elle était capable l'épouvantait...qu'allez t'elle faire à présent ? Allait elle les achever...s'ils n'étaient pas déjà mort ?
-Alisha...qu'as-tu fait ?
La jeune Navïn ne répondit pas, se penchant sur vers l'un des corps étendu. Celui qui avait été griffé avait disparut...sans doute pour alerter les gardes !
-Légitime défense ! répondit elle enfin. Je ne supporte pas que l'on me tripote de cette façon !
-Mais...mais...mais je sais bien mais...c'est...agir ainsi dans un milieu public...imagine tous les ennuis que nous aurons...tout cela aurait put être traité avec calme et...
-Dans quel monde crois tu être, jeune Tenak ? Ton monde ? Si quelqu'un veut un jour te faire passer au fil de l'épée, te laisseras tu transpercer tout en tentant de calmer les choses ?
Tenak n'eut pas le temps de répondre à cette réplique cinglante, un cri derrière lui l'alarma. Une troupe de soldats armés accouraient vers les lieux de la bagarre, suivit du jeune adolescent au visage défiguré qui crachait des malédictions tout en désignant la jeune Navïn du doigt.
Un garde à la moustache imposante se détacha du groupe qui s'arrêta sur un ordre, se rendant vers le premier corps couché sur le sol poussiéreux.
-Par tous les esprits ! Mais qu'est ce qu'il s'est passé ici !
-Je vous l'aie dit ! C'est ce petit gars qui a jeté son esclave sur nous ! Elle les a tué, je l'ai vue de mes yeux !
L'homme à la moustache se pencha vers le jeune homme à l'épaule ensanglantée, tâtant son cou pour vérifier son pouls.
-N'aggravez pas les choses, celui là est encore en vie...et l'autre aussi ! dit il en pointant du doigt le second adolescent qui gémissait sur le sol. Est-ce que cette Navïn est à vous ?
Tenak sentit son visage pâlir au moment où le chef de garnison se tournait vers lui, l'½il sévère. Apolïncer allait être furieux...surtout après avoir apprit qu'Alisha s'était libérée tout seule.
-Ou...ou...oui.
-Et vous prenez souvent l'habitude de jeter cette folle furieuse sur les premiers passants venus ? Vous allez nous accompagner à la caserne, dès que nous aurons mit à mort votre esclave !
Le c½ur du jeune berger cessa de battre, alors qu'Alisha tournait le dos à la scène. Mettre Alisha à mort ? Mais c'était inconcevable ! Cruel même ! Le jeune homme encore conscient jubila, apparemment ravit de cette décision. Tenak se força à parler, la peur se traduisant dans sa voix.

-Mais vous ne pouvez pas faire ça ! Ils sont encore en vie !
-Peut être, mais imaginez que cela se reproduise derrière notre dos ! Les prochaines victimes n'auront peut être pas cette chance !
Déjà, le chef à la moustache faisait un signe à deux de ses hommes qui dégainèrent leurs épées, s'approchant à pas prudents de la jeune Navïn qui s'était remise à gronder, les menaçants de ses griffes noires. La panique submergea Tenak...et ce fut à ce moment qu'il perdit le contrôle total de la situation.
-Une petite minute, messieurs ! Puis-je réécouter les dires ce cette personne à propos de l'agression ?
-Vous êtes accusez d'avoir jeté votre Navïn sur trois personnes innocentes après lui avoir ordonné de tuer. Ne compliquez pas les choses...toutes tentatives de fuite sera retenue contre vous !
-Et naturellement, vous allez croire les paroles d'un jeune brigand sans une once de pitié ni de cervelle ?
Tous furent surpris par de telles paroles, y comprit Alisha qui avait rétracté ses griffes, observant le jeune berger d'un regard stupéfait. Avait elle seulement deviné que ce n'était pas lui qui était en train de parler ? Il sentait ses lèvres remuer, il entendait sa propre voix...et pourtant ce n'était pas lui qui était en train de s'exprimer en ce moment. Même ses bras se croisèrent sous son ventre sans qu'il ne l'eut voulut, le visage passible et tranquille.
-Mais qu'est ce que...commença le jeune adolescent.
-Donnez nous votre version des faits, dans ce cas ! le coupa le soldat, l'½il soupçonneux.
Tenak prit une profonde inspiration comme s'il trouvait tout cela ennuyeux. En vérité il était mort de peur.
-C'est bien simple ! Vous voyez ce sac de toile par terre ? Il contient les maigres affaires que j'ai achetées ! Hors, en voulant faire le tour du marché, je suis tombé sur ces trois voyous qui en eurent très vite après ma bourse et le contenue de ce sac.
-Que contient-il ?
-Mais, messire, vous n'allez pas croire ce que dit ce...
-Silence ! Vous, répondez à la question !
-De simples rouleaux de tissus !
-Tapiar, allait vérifier !

Le dénommé Tapiar rengaina son épée, s'éloignant de la Navïn pour aller ramasser le sac de toile qui était tombé tout près du jeune berger. Après s'être baissé pour le ramasser, il l'ouvrit fébrilement, exhibant le rouleau noir et celui aux motifs de papillons. Tenak en profita pour continuer.
-En sachant que ces trois jeunes brigands ici présent allaient en venir aux mains, je n'aie eut d'autres choix que de permettre à ma Navïn de me défendre, ce qui n'est, en somme, que de la légitime défense.
-Allons bon...nous avons deux versions différentes des faits...soupira le chef de garnison qui frottait son front d'un air ennuyé.
-Il ment, messire ! Il ment et sa bête m'a griffé, vous avez vue ça ?
-Il est vrai qu'elle y est allez fort. Voici un dédommagement !
Sur ses mots, Tenak mit la main la bourse, jetant au jeune adolescent une poignée de pièces de bronzes qui rebondirent sur le sol avant de s'immobiliser.
-Bon ! Cette histoire m'ennuie ! Je vous laisse tous partir ! Mais à l'avenir, appelez la garde pour éviter pareille confusion !
-Je n'y manquerais pas...
-Quoi ?
Bien que consterné, le « jeune brigand » s'empressa de ramasser les piécettes tandis que la garde s'éloignait à grands bruits de bottes et de métal. Une fois son butin fait, le jeune homme se dirigea vers Tenak à grandes enjambées, levant furieusement le poing vers le ciel.
-Toi, espèce de menteur !
A une incroyable vitesse, Tenak dégaina une partie de sa lame Navïn hors de son fourreau, laissant le temps à son agresseur de voir ses yeux épouvanté se refléter sur le métal polit et brillant. Celui-ci s'enfuit sans demander son reste, laissant ses deux amis inconscients sur le sol du chemin.
Le jeune berger sentit alors un affreux mal de tête le submerger, tandis qu'il titubait. Sa main droite se posa sur un mur de l'un des bâtiment...il semblait avoir retrouvé l'usage de son corps...enfin !
-Quelle assurance, jeune Tenak ! Et moi qui te sous-estimais...
Alisha s'avança doucement vers lui, replaçant son manteau de fourrure sur ses épaules. Mais Tenak n'était pas d'humeur à plaisanter...encore une fois, quelque chose d'anormal s'était manifesté alors qu'il était en situation critique. Mais cette fois, « on » l'avait aidé sans provoquer de nouveaux combats...Devinant d'où cet étrange évènement semblait venir, Tenak tira sur le haut de sa tunique de laine, découvrant son épaule droite ainsi que son tatouage. Tout semblait normal...si l'on ne comptait pas le petit symbole de droite qui brillait d'une pâle lumière jaune. D'ailleurs la clarté sembla clignoter avant de disparaître définitivement. Tenak se sentait las de tout cela.
-Rentrons...et j'aimerais que tu délit ta langue pour un moment. Je crois avoir mérité quelques explications !





Chapitre 14 Pierre des cinq lois

# Posté le mardi 29 janvier 2008 13:10