Chapitre 14
La lune...sa présence était une source de calme et de bienfaisance. Sans elle, que serait le monde ? La nuit ne serait que ténèbres sans aucune source de lumière pure. La lune...c'était l'une des rares choses qui pouvaient calmer Alisha, la nuit.
Assise tout près du lit de son, soit disant, maître, elle n'avait pas put trouver le sommeil. Pourtant elle devrait être ravie : Le jeune Tenak n'avait pas hésité, sans aucune parole, à soustraire les gros draps de son édredon, les plaçant sur le sol de telle sorte à en faire un petit nid douillet. Il avait fait cela lorsque Alisha avait refusé de prendre le lit qu'il lui proposait, le trouvant trop loin du sol. Pourquoi ces humains avaient besoin de fabriquer leurs lits avec des pieds de la taille d'un avant-bras ? Le sol était parfait après tout...
Non, la jeune Navïn ne parvenait pas à trouver le sommeil ce soir, constatant avec angoisse que la croissant de lune avait encore diminué. D'ici quelques jours, ce serait une nuit sans lune...les plus dangereuse de toutes !
Alisha se mordit la main pour ne pas trembler, entourant sa longue queue blonde autour de ses genoux repliés et aplatissant ses oreilles sur sa tête, telle une bête aux abois. Avec ces simples mouvements, la chaîne qui rattachait son collier à l'un des pieds du lit tinta doucement, frottant contre ce parquet de bois.
Cette comédie venant de ce grand blond devenait ridicule. Elle avait put voir le fond de ses yeux, lorsqu'il avait verrouillé la menotte métallique avec une clef de bronze, insistant sur le fait qu'au moins il serait sûr qu'elle ne s'échapperait pas. Cette haine qu'elle avait put voir dans ses pupilles...elle était encore plus ardente que celle qu'éprouvaient les citoyens normaux. Cela lui avait presque fait mal...mais à présent, elle était au dessus de tout ça !
Il était étonnant que le jeune Tenak, quand à lui, ne ressente que de la curiosité et de la...gentillesse ? Oui, cet humain était naturellement gentil avec elle, et Alisha commençait sérieusement à douter que c'était pour avoir quelque chose en retour. C'était peut être l'effet de la Pierre des cinq lois qui commençait à se faire ressentir...non, c'était trop tôt et la Pierre n'est pas censé apporter un changement radical du caractère !
La pierre...en y repensant bien, ce Tenak n'aurait pas dut être le porteur véritable...Est-ce que...est ce que son frère aurait échoué ? Est-ce qu'il avait été rattrapé par l'un des sans-noms, envoyés par le seigneur Kannan ? Non c'était impossible ! Alors pourquoi le jeune Tenak avait il été choisit par la Pierre ? Pourquoi lui et non celui à qui la Pierre était destiné ? Pourquoi ? Pourquoi !
Alisha observa l'étrange reflet que formait la lune à travers les vitres de la chambre. Cela ne servait à rien de se tourmenter l'esprit comme cela. Le résultat était là et elle devrait faire avec. A bien y réfléchir, les Reeyaks avaient été avec elle puisqu'elle était tombée sur ce garçon, peu de temps avant qu'il n'embarque vers le Célénistie.
Avec les connaissances de son peuple Navïn et beaucoup de ruses, peut être parviendrait-elle à comprendre le comment du pourquoi et à retourner le jeu en sa faveur. Si elle l'amenait assez prêt du territoire Navïn, il serait aisé de le neutraliser pour ensuite pouvoir se servir pleinement des capacités de la Pierre. Ensuite, détrôner le seigneur Kannan serait un jeu d'enfant !
Mais il restait deux problèmes...deux des premières lois avaient été activées ! Et il y avait aussi ce...comment l'appelait il ? Cet Apo ! Sous ses airs de beaux parleurs, Alisha savait pertinemment que cet humain était terriblement dangereux ! Dans tous les cas, le temps jouerait contre elle !
La jeune Navïn tourna la tête vers le petit âtre de pierre dans lequel un feu de bois achevait de se consumer. Cela eut pour effet de la calmer, alors que ses muscles crispés se détendaient enfin. Le mieux était de ne plus penser à rien...pour le reste, elle improviserait, tout simplement.
D'ailleurs cet endroit était si humide ! C'est vrai, toute cette cité se trouvait au dessus de l'eau ! Drôle d'idée, pensa t-elle avec un profond soupir. Pour ne plus ressentir cette humidité, Alisha eut envie de s'approcher du feu, de passer toute la nuit à coté si c'était possible. Mais sa chaîne était trop courte...impossible de faire plus d'un pas. Cela la frustra horriblement !
Alisha posa sa main gauche sur son épaule droite, fermant les yeux. Sa Source était calme, limpide, et ce depuis qu'elle avait retrouvé la terre ferme. Comme il aurait été facile, à présent, de faire céder cette chaîne. Mais la détonation qui en résulterait réveillerait forcément l'humain blond. La frustration gagna en intensité jusqu'à ce qu'elle reporte son regard sur le faible feu. Comment détruire cette chaîne tout en restant silencieuse ? Une idée germa dans son esprit.
Avisant le tout petit tas de bois non loin de l'âtre, elle tendit la main, tendant sa chaîne du même coup. Ses griffes se tractèrent, alors qu'elle tirait une bûche du bout de l'ongle. Une fois qu'elle fut suffisamment proche, la jeune Navïn la prit à deux mains, la jetant dans le feu en priant le silence. Fort heureusement, la bûche tomba sur la cendre chaude, éttoufant le bruit sourd qu'elle avait redouté.
Impatiente, en sachant très bien qu'elle n'avait pas pratiqué la magie depuis trop longtemps, Alisha s'appuya sur un coude, léchant le dos de la main de son autre bras tout en attendant que le feu reprenne.
Une fois que les flammes revinrent dévorer avec avidité le bois qui leur était ainsi offert, la jeune Navïn concentra son regard dessus, tout localisant sa Source dans son épaule droite. A genoux, ses bras semblaient comme dessiner d'étranges formes dans les airs, alors qu'elle puisait l'énergie de sa Source. Elle la sentit parcourir sa nuque, ondulant doucement à l'intérieur de ses bras avant de venir se concentrer dans le bout de ses doigts.
Ses bras s'arrêtent aussitôt, ses mains grandes ouvertes désignant maintenant le feu de l'âtre. Son idée était simple : elle voulait faire fondre la chaîne. Et pour cela, il n'y avait qu'une solution !
Relâchant l'énergie accumulée, Alisha attira la chaleur du feu à elle. Comme attaquée, les flammes ondulèrent plus vite avant de baisser en intensité. Sans chaleur, le feu ne tarda pas à mourir, ne laissant qu'une dernière voûte de fumée noire.
La jeune Navïn regardait maintenant la petite boule de lumière rouge qui lévitait doucement au dessus de ses mains. Rassemblée et compressée, la chaleur du feu était intense, dangereuse...suffisante ! C'était ce qu'elle voulait. Un sourire illumina son visage : cela serait plus facile que prévu finalement.
Prenant le soin de faire très attention à ce que la boule de chaleur ne touche rien, Alisha la fit se déplacer vers le bout de sa chaîne. Oui, le mieux était de commencer par là, c'était le plus dur. Dès que la minuscule sphère rouge rentra en contact avec le métal, celui-ci se mit à luire avant de rougir à son tour.
Très vite, un grésillement retentit, suivit d'une forte odeur de brûlée. Aie ! Elle n'avait pas pensé à cela ! L'odeur et le bruit allaient forcément attirer l'attention et réveiller le jeune Tenak ! Se servant de l'énergie restante accumulée au bout de ses doigts, Alisha imagina une seconde sphère, plus grande que la première. Placée autour de la boule de chaleur, elle étouffait le son et gardait l'odeur de brûlée prisonnière à l'intérieur. D'ailleurs, ça surface ne tarda pas à se recouvrir d'une mince couche de fumée grise.
Mobiliser à la fois l'énergie de sa main droite et de sa main gauche demandait beaucoup d'effort de concentration. Mais il y avait encore quelque chose que la jeune Navïn n'avait pas prévu : le métal fondu ! Elle augmenta la résistance de sa seconde sphère au moment précis où le métal céda, alors que quelques gouttes en fusion touchaient le fond de sa sphère. Le bout sectionné tomba sur le sol dans un tintement métallique.
Soulagée, Alisha poussa un profond soupir. Le plus dur avait été fait, il ne restait plus qu'à faire fondre le reste de sa chaîne. Relevant celle-ci avec sa queue, elle recommença son ½uvre, faisant avancer doucement sa petite boule de chaleur tout le long de ce qui avait été sa prison, alors que son autre sphère récoltait toujours l'odeur, la fumée et le métal en fusion.
Elle ne s'arrêta que lorsque la boule de chaleur fut trop près de son cou. Tenter de faire fondre également son collier était trop dangereux, cela risquait forcément de la brûler. Mais être en parfaite possession de ses mouvements était déjà une bonne chose. Il restait une dernière question à régler : que faire du métal fondu ? S'en débarrasser comme cela serait ridicule, elle pourrait facilement y trouver une utilité quelconque.
De sa main droite, la jeune Navïn faisait toujours léviter sa boule de chaleur, alors qu'elle observait la sphère que retenait sa main gauche. Le fond tinté d'une épaisse couche de métal encore chaud et la fumée noire ondulant dans ce qu'il restait de place, la sphère transparente se faisait de plus en plus lourde. Une goutte de sueur coula le long de son front. Il fallait vite trouver une idée, sinon elle devrait jeter le tout par la fenêtre !
A quoi pouvait servir le métal ? Une nouvelle idée illumina son esprit. Alisha replaça la petite boule rouge à l'intérieur de la seconde sphère, réchauffant d'avantage le métal qui rougeoya sous l'effet de chaleur. Une fois que le métal fut suffisamment chaud, elle jeta la boule de chaleur dans l'âtre, alors qu'elle éclatait silencieusement en plusieurs centaines de petites flammes jaunes.
Puis elle imagina un moule, servant à la confection des objets. Toujours transparent et impalpable, il était pourtant bien existant car le métal rougeoyant s'échappa de la sphère pour s'étaler doucement dans les airs, prenant rapidement la forme...d'un grand poignard. Sa lame fut rapidement tranchante, prenant la parfaite forme du moule qu'Alisha avait imaginé. Son manche, toujours en métal évidemment, fut agrémenté de plusieurs symboles que la jeune Navïn connaissait très bien et qu'elle avait voulut ajouter par coquetterie.
Prenant le soin de garder le futur poignard bien en lévitation, Alisha se dirigea vers la fenêtre, l'ouvrant le plus silencieusement possible avant de jeter la sphère de fumée. Celle-ci se perdit dans la nuit, laissant échapper son contenu qui s'élevait déjà vers le ciel.
Pour finir, Alisha garda son arme en suspension pendant un moment, attendant qu'elle refroidisse pour de bon. Normalement, confectionner un simple poignard comme celui-ci n'aurait demandé que peu d'efforts. Mais ayant voulut jouer en discrétion, Alisha avait presque entièrement épuisé sa Source. Elle ne se renouvellerait sans doute pas dans sa totalité avant le lendemain matin...
Quoiqu'il en soit, avoir prit de tels risques s'était avéré payant puisqu'elle n'était plus enchaînée...de plus, avoir une arme pourrait être utile en cas de force majeur. La jeune Navïn souffla, alors que le poignard de métal retombait dans sa main.
Cela ne valait pas les armes Navïns ! Mais au moins, c'était mieux que rien. Alisha soupesa son poignard, le tenant en équilibre sur son index. C'était un peu lourd...Avec un peu de chance, elle aurait encore la possibilité de l'améliorer. Mais pas ce soir, elle était trop fatiguée ! De plus, le jeune Tenak et l'humain blond se rendraient forcément compte que la chaîne avait disparut.
Alisha soupira de fatigue, cachant l'arme sous son manteau de fourrure qui se trouvait à côté de son nid. Elle réglerait ce problème cette nuit...mais pas tout de suite. Pour le moment, la chose que la jeune Navïn voulait, s'était de profiter du feu...tout simplement.
Elle s'approcha de l'âtre, alors que les flammes, qui avaient retrouvé leur raison d'être, s'en prenaient voracement à la bûche qu'elles n'avaient pas finit de dévorer. Alisha se coucha en boule près du feu, sentant la chaleur chauffer doucement sa peau. Elle avait simplement voulut dormir près de l'âtre...
-Rien n'est jamais facile. Murmura t-elle.
**
Il l'avait vu...Il était certain de l'avoir vu...cette chose, cette bête tout droit sortit des ténèbres. Il avait vu ses yeux...luisants, démoniaques. Il avait vue sa bouche se tordre en sourire avant de disparaître. Il avait sentit son odeur si familière : l'odeur de la mort.
Sa sueur collait ses cheveux et les maintenaient plaqués sur son crâne. Mais il était bien trop apeuré pour prendre le temps de passer une main tremblante dans sa chevelure pour y remettre de l'ordre. Partout, les arbres de la forêt Arboricole se dressaient, menaçants. Ici, aucun point de repères, même les étoiles étaient cachées par la voûte de feuilles et de branches.
Depuis combien de temps Jeulin avait-il été séparé de ses deux comparses ? Ici, le temps était inexistant. Seul le froid et le silence venaient lui tenir compagnie. Où étaient passées les chouettes qui hululaient au clair de lune ? Pourquoi les renards n'étaient pas sortis de leur tanière ? C'était à peine s'il parvenait à entendre les branches mortes qui craquaient sous ses pieds.
Avançant à l'aveuglette et ne faisant pas attention au froid mordant qui lui engourdissait les jambes, Jeulin tournait la tête en tout sens, n'osant pas appeler Vlad ou Taral de peur de La faire revenir...la bête !
Tout avait commencé le plus simplement du monde, alors qu'ils marchaient en rang serré à travers la forêt Arboricole. Puis Sérokine, qui avait voulut s'éloigner du groupe pour aller chasser...le temps d'installer un rapide bivouac et d'allumer, ils avaient entendu le cri déchirant du puissant homme.
Ils l'avaient retrouvé, à moins de quelques mètres là. Comment décrire l'état dans lequel Sérokine s'était trouvé ? Il était méconnaissable, alors que son c½ur semblait avoir été arraché de sa poitrine. Jeulin s'était agenouillé près du corps, pour tenter de comprendre, mais déjà Taral s'enfuyait, suivit de près par Vlad.
C'était en redressant qu'il l'avait aperçut...la bête ! Le temps d'un sourire...un horrible sourire qui avait laissé deviner de grandes dents recouvertes de sang...celui de Sérokine.
Jeulin s'arrêta, regardant un grand chêne à l'écorce rugueuse. Est-ce que le monstre savait grimper ? Non...il ne serait pas en sécurité pour autant. S'il ne bougeait pas, ce serait le froid qui aurait raison de lui. Quelle mort était la moins atroce ?
Il reprit sa route incertaine à travers le bois, ne sachant plus comment s'orienter. Pourquoi cette horrible odeur n'arrêtait pas de le suivre ? C'était comme s'il était poursuivit par la mort elle-même ! Mais il ne voulait pas mourir...il voulait vivre ! Vivre pour Bénédicte ! Vivre avec Bénédicte.
Mais il s'arrêta une nouvelle fois, les yeux exorbité. Son c½ur avait comme cessé de battre alors que ses cheveux se dressaient sur la tête.
Elle le regardait, ses yeux rouges luisants dans l'obscurité, telles deux flammes rougeoyantes. Assise sur son arrière train, la bête découvrit ses crocs, alors qu'un affreux rictus s'étirait sur sa gueule.
-Pas par là ! murmura une voix caverneuse et bourdonnante.
Mort de peur, Jeulin tourna sur la droite, s'éloignant du sentier et traversant un amas de fougère et de buissons à épines qui lui écorchèrent bras et jambes. La bête lui avait parlé...il était certain qu'elle venait de lui parler ! Et elle le narguait, comme si elle savait qu'il ne pourrait pas lui échapper.
Combien de temps ses jambes pourraient tenir à cette allure ? Il lui semblait qu'à me sure qu'il progressait, toute la forêt se refermait sur elle, comme un étaux. Est-ce que Taral et Vlad avait déjà connut le même sort que Sérokine ?
-Continue comme ça...
Jeulin faillit trébucher, alors qu'il manquait de se tordre une cheville. Le monstre était à nouveau en face de lui, assis tranquillement sur un tas de feuilles mortes. Un ricanement lugubre résonna aux oreilles de Jeulin, alors que la créature noire se relevait avant de disparaître dans les ténèbres de la forêt.
Il allait aussitôt faire demi-tour lorsque ce ricanement recommença, juste derrière lui. Jeulin hurla de peur, courant de nouveau à travers la forêt Arboricole. Cela ne dura pas...
Quelque chose percuta sa jambe, tandis qu'il tombait à la renverse. Le choc fut rude, tordant sa cheville sur le coup et recouvrant son c½ur de feuilles humides et décomposées. Incapable de se relever, il hurla à la mort, tentant de ramper le plus possible.
Non loin de lui, une flamme dansa dans les ténèbres, se rapprochant doucement de lui. Puis une seconde, plus à droite. Terrorisé, Jeulin joua des coudes, reculant jusqu'à ce que son dos rencontre la surface dure d'un pin. Ce n'était pas les créatures auxquelles ils s'attendaient.
-Le dernier est ici. Je crois que nous avons le groupe au complet...enfin, presque au complet !
C'était une femme qui venait de parler, Jeulin en était persuadé. Tenant une torche enflammée dans la main droite, la silhouette féminine était recouverte d'un mince vêtement sombre qui recouvrait la quasi-totalité de son corps. Seul le bas de son visage était visible, laissant apercevoir une bouche fort bien dessinée.
-Qu'est il advenu de l'autre ? demanda la seconde silhouette, cette fois un homme.
-Mort. Il la dévoré.
Jeulin sentit cet homme frémir sous sa cape, alors qu'il tournait son visage vers lui. D'où sortaient ces personnages ? Pourquoi étaient ils aussi...calme, alors qu'une bête de cauchemar rodait dans les environs ?
L'homme encapuchonné se pencha vers lui, levant sa torche au dessus de lui pour mieux voir son visage.
-Il est en état de choc...dit il à lui-même. Vous n'êtes pas blessé j'espère ?
Jeulin ne répondit pas, tremblant de tous ses membres et ne sachant imaginer si le danger était réellement écarté. Elle pouvait revenir à tout moment ! Elle leur sauterait dessus comme elle l'avait fait avec Sérokine ! Il se devait de les prévenir ! Mais aucun son ne sortait de sa gorge.
-Je vous demande si vous n'êtes pas blessé, répéta l'homme sur la même neutralité.
-Arrêtes, Arka ! Tu voies bien qu'il ne peut pas te répondre !
Arka soupira. Jeulin ne pouvait pas voir ses yeux, et pourtant il savait que cet homme le fixait. Il voulait se forcer à dire quelque chose, mais tous les mots qu'il voulait prononcer mourraient avant d'avoir put s'échapper de ses lèvres. Un vrai muet !
-On l'emmène avec les autres et on posera les questions plus tard. Il va mourir de froid si on le laisse ainsi !
-Aida, est-ce que tes méthodes ne sont pas un peu trop...douces ?
-Tu préfères qu'il te claque entre les doigts avant que tu n'aies put l'interroger ?
Arka grogna avant de se relever, s'éloignant de Jeulin à pas rapide. La femme s'approcha ensuite de l'homme terrorisé, calant sa torche contre le tronc du pin avant d'aider Jeulin à se relever. Mais même ses jambes ne voulaient plus lui obéir.
-Un peu d'effort ! Je ne vais pas non plus vous traîner !
Jeulin ne répondit pas, se retournant pour vomir à côté du tronc d'arbre. Cette nausée passagère eut un effort positif sur son corps meurtri puisqu'il sembla retrouver à la fois l'usage de ses jambes et de la parole.
-Sérokine...elle l'a tué ! Elle a dévoré le c½ur de Sérokine !
-Oui je sais, je .l'aie vue. Mais je vous conseille de vous relever si vous ne voulez pas devenir un corps aussi froid que lui.
Un corps froid ? Jeulin se rendit compte qu'il était glacé jusqu'aux os. Ses pieds étaient si douloureux qu'ils semblaient pouvoir céder à la seconde près. Non ! Il ne voulait pas finir comme Sérokine ! Il voulait sortir de cette forêt maudite !
Il se força à se relever, s'aidant du tronc pour ne pas chuter de nouveau. Aida l'aida, plaçant son bras droit autour de son torse et le forçant à mettre son bras gauche autour de son cou. Cela fait, ils avancèrent...très lentement. Jeulin eut la nette impression que ses membres étaient devenus des blocs de glace qui risquaient de casser à tout moment.
Etait-ce le froid qui avait embrouillé son cerveau ? Quoiqu'il, le corps malmené de Sérokine ressurgissait régulièrement devant lui...une image qu'il ne parvenait pas à écarter de ses yeux.
-Tenak ! se surprit-il à hurler. Tout est de ta faute, Tenak !
-Qui est Tenak ?
Jeulin eut de nouveau la nausée mais se força à regarder un point invisible devant lui. A bien y repenser : parcourir la forêt Arboricole n'avait été que pure folie...Mais cela ne fit que renforcer la haine qu'il éprouvait à l'égard de ce berger de pacotille. Sa colère était telle qu'il semblait que le nuage froid qui engourdissait son esprit s'écartait, lui donnant une vision plus claire des choses.
Il était en compagnie d'une personne inconnue qui venait probablement de le sauver. S'il avait traversé cette forêt, c'était pour mettre la main sur le présumé Tenak et ainsi toucher la récompense...et tout cela pour la pauvre Bénédicte. Oui, tout lui semblait clair à présent, limpide.
-Qui est Tenak ? répéta la femme.
-C'est le bandit que le seigneur recherche. C'est ce gosse qui a fuit clandestinement Shihab pour ne pas subir les foudres du seigneur Kannan.
A l'évocation du nom du seigneur, Aida arrêta aussitôt sa marche, tournant sa tête encapuchonnée vers Jeulin. Sa voix chaude était devenue rapide, glaciale et surprise...tout aussi froide que la forêt elle même.
-Tu le connais ?
-Non mais je connais sa mère et j'ai passé du temps avec lui. Il s'est échappé lorsque j'ai voulut qu'il soit arrêté.
-Alors c'est donc toi qui a appelé la garde ce jour là ?
Jeulin acquiesça, grimaçant en sentant le froid lui nouer l'estomac. Il était aussi mort de faim que de froid. Mais la présence de cette Aida lui était de moins en moins rassurante...et si c'étaient des chasseurs de primes ? Dans ce cas, il était évident qu'il avait trop parlé !
-Nous avons beaucoup de choses à nous dire....ton nom !
-Jeulin...
**
-Je te répète, mon cher Ten, que tout sera à faire aujourd'hui.
-Mais, es tu sûr qu'il nous faille autant d'équipement ? Cela me parait un peu excessif, d'autant plus que ça coûtera beaucoup d'argents.
Le contrebandier soupira avant de porter sa tasse de thé à ses lèvres, vidant son contenue d'une seule traite. Tenak souriait : Savoir qu'Apolïncer buvait du thé ce matin mettrait sans doute celui-ci d'excellente humeur pour le reste de la journée.
Le jeune berger posa la main sur l'écorce sombre du chêne aquatique, sentant l'humidité à travers le bois. Tenak avait insisté pour venir s'attabler autour du grand chêne pour prendre le petit déjeuner, au grand déplaisir d'Alisha qui l'évitait comme de la peste.
Assise à même le sol de bois, Tenak était gêné de l'avoir entendu refuser la chaise qui lui proposait. « Pourquoi s'asseoir en hauteur alors qu'il vaut mieux être le plus près possible de la terre ? », avait elle répliqué. Ce raisonnement n'avait ni queue ni tête, mais il avait été impossible de résonner la jeune Navïn. Alors que l'anneau de sa chaîne était accroché à l'un des pieds de la propre chaise de Tenak, Alisha avait entreprit de faire sa toilette matinale.
Il avait été très difficile pour le jeune berger de détourner les yeux et donc de se concentrer sur sa salade de fruits.
-Mais peu importe la somme d'argents que nous devront dépenser ! Est-ce par ce que tu l'aimes l'avoir dans ta bourse que tu hésiterais à l'utiliser pour sauver ta vie, par exemple ?
-Je dois admettre que...c'est logique...
-Mais bien sûr que c'est logique Ten ! pouffa le contrebandier qui se resservait une nouvelle tasse de thé. Mais cela mettra peut être un certain temps à rassembler tout le matériel. Ici nous ne sommes pas à Shihab et il est parfois difficile de trouver ce que l'on veut.
-Et bien que proposes tu ?
-Je m'occupe du gros travail. Toi tu contenteras de trouver des vêtements acceptables à la femelle Navïn.
A l'énonciation de ce nom, Apolïncer jeta un regard noir à Alisha qui ne se rendit compte de rien, continuant tranquillement à lisser les poils blonds de sa longue queue lisse.
-Ca ne devrais pas être trop compliqué je pense...murmura le jeune berger.
-Et j'espère bien que cela ne sera pas trop compliqué ! Autrement, tu me désoleras. Je te laisse quartier libre pour t'occuper de tes propres affaires. On se retrouve pour le souper à l'auberge du serpent de pierre !
Et sans un mot de plus, Apolïncer vida une dernière fois sa tasse avant de se lever, plaçant sa cape sur ses épaules avant de s'emparer de son chapeau puis de disparaître par la porte.
-Il me parait bien énervé, ton ami humain. Fit tranquillement Alisha qui jetait un regard curieux vers la théière encore à moitié pleine.
-La il était calme. C'est un compagnon plus ou moins sympathique, mais il ne faut jamais lui chercher querelle.
-Il a une dent contre moi ou je me trompe ?
Tenak se mordit la langue. Fallait il révéler à Alisha ce qu'il savait des relations entre Apolïncer et les Navïns ? Cela ne pouvait pas nuire à quelqu'un, pensa t-il...
-Disons qu'il n'apprécie pas que les Navïns refusent les lois du marché. De plus il a eut une altercation avec l'un d'entre.
-Quelle genre d'altercation ?
-Il dit avoir été envoûté par une Navïn...mais il n'a pas voulut m'en dire plus.
Alisha éclata de rire sous l'½il interrogateur de Tenak. Comment pouvait on rire sur le sujet qui pouvait fâcher Apolïncer ? Tout en sachant que c'était à cause de cette bavure que le contrebandier se mit à haïr les Navïns comme jamais ?
-Les envoûtements ne produisent leurs effets que pendant un court moment. Et qui est la s½ur qui a osé faire un tel affront au blondinet ?
-Je ne sais pas...je sais quelle a les yeux jaunes...
Alisha se pinça le nez pour éviter de rire plus fort, en sachant que la plupart des clients de l'auberge du serpent de pierre leur jetaient des regards choqués. Décidément il aurait mieux fait de se taire ! La jeune Navïn ne tarda pas à se calmer, reprenant sa respiration.
-Je n'aurais jamais pensé qu'Emeline puisse faire pareille farce à un humain ! Quand je pense qu'elle nuit à notre réputation...qui n'est d'ailleurs pas fabuleuse.
-Qui est Emeline ?
-Tu le sauras en temps et en heures, jeune Tenak. Répondit Alisha, le regard pénétrant.
Pensant qu'il ne pourrait plus tirer aucune nouvelle information à la Navïn, Tenak se leva et dégagea la chaîne de la chaise avant de la placer à son ceinturon. Cela fait, il paya la petite note et sortit à son tour de l'auberge. Là, l'air marin de la cité portuaire vint les accueillir à l'extérieur.
Il y avait tant de choses à voir et ici, et encore plus à découvrir ! De plus, il était en présence de l'une des rares personnes qui pouvait savoir ce qu'il s'était passé entre Apolïncer et cette Emeline. En résumé, c'était une magnifique journée qui commençait.
-Par où veux tu commencer ? demanda Tenak avec excitation.
-Ce n'est pas moi qui suis censé choisir, « maître ». A toi de choisir, je ne pourrais qu'être d'accords.
C'était un peu facile comme réponse, bien qu'elle ne rembrunisse aucunement la joie du jeune berger. En sachant qu'il aurait toute la journée pour s'occuper efficacement avec la jeune Navïn, le mieux était de trouver des vêtements adaptés à cette dernière. Bien que son manteau de fourrure recouvre ses haillons, de nombreux passants lui jetaient des regards désobligeants. Peut être pourrait il lui fournir un chapeau également...pour lui épargner ce type de coups d'½il de la part des gens.
Tenak se tourna vers Alisha, un gentil sourire illuminant son visage. La Navïn lui rendit un regard à la fois curieux et méfiant, se demandant sans doute ce qui pouvait le faire sourire comme cela.
-Ca te dirait d'avoir des beaux vêtements neufs aujourd'hui ?
-Il est hors de question que je me débarrasse de ceux-ci ! Jeter de tels tissus rares serait à la fois un affront et une folie !
-Ah...fit le jeune berger dépité. Mais c'est ce que...si tu continue de te balader comme cela, tout le monde te regardera et...
-Je voie où tu veux en venir, jeune Tenak. Tu voulais une démonstration de magie, je suppose ? Quand nous étions dans la grosse barque.
-Tu peux les réparer ?
Tenak écarquilla les yeux à cette pensée, imaginant la jeune Navïn capable de remettre ses frusques à neuf dans simple claquement de doigt.
-Ne t'emballes pas trop vite, jeune humain. Je peux les réparer, oui, mais je ne peux rien faire apparaître ! Ce sont les illusionnistes qui font croire ce genre de stupidité. Je t'expliquerais tout sur place...pour le moment il faut trouver un marchand de tissu.
Tenak fut quelque peu déçut avant de recommencer à trépigner d'impatiente. La seule fois où il avait vu de la véritable magie à l'½uvre, c'était avec Jonathan à la bergerie. Il avait été capable de faire apparaître des formes bien distinctes dans un feu ! Alisha était, sans aucun doute, capable de réaliser des prouesses encore plus impressionnantes ! Sans un mot, il la prit par la main, l'entrainant doucement vers la grande place où se trouvait l'imposante statue de pierre de Célénistie.
Comme il s'y attendait, la foule restait à une distance raisonnable de la statue de Marjax le démon des mers, comme si elle craignait ou adorait le fameux héros qui l'avait terrassé. Tout autour, des auberges de toutes les formes et de toutes les tailles formaient un immense cercle. Mais il n'y avait rien qui ressemble à un marché.
Gardant la main d'Alisha dans la sienne sans trop la serrer, Tenak contourna la statue de Marjax avant de prendre un second chemin, toujours bordé d'auberges en tout genre. La main de la jeune Navïn était tiède, son dos également recouverte de fourrure moins dense et moins visible...et surtout très douce. Il n'avait jamais remarqué à quel point ses doigts étaient petits, finissant en de grands ongles noirs qui, il le savait, pouvaient rapidement se transformer en de redoutables griffes acérées. Le dessous du bout de ses doigts étaient un peu plus doux et plus rugueux...un peu comme les coussinets des pattes de chats.
Est-ce que les Navïns devaient leur physique à des ancêtres félins ? Jonathan semblait avoir connut la réponse...mais il n'avait pas eut le temps de la lui donner.
Le chemin qu'ils prenaient commença bientôt à s'élargir. De plus, les passants se faisaient de plus en plus nombreux, ce qui gêna le jeune berger pour éviter de lâcher la main d'Alisha. Il en avait presque oublié la chaîne qui la tenait lié à lui...c'était une bien triste façon de voir les choses...mais le contrebandier avait insisté pour qu'il ne la libère sous aucun prétexte, après lui avoir donné les clefs de son collier.
-Que de monde ici ! cracha la jeune Navïn. Ici l'air est vicié !
-Plus vite nous aurons trouvé ce que tu cherches, et plus vite nous pourrons sortir de ces rues bondées, tu ne crois pas ?
Alisha acquiesça silencieusement, regardant le ciel avec un soupir. C'était à cause de la présence des humains apparemment...les côtoyer trop longtemps devait véritablement l'agacer. Après une longue période de marche, Tenak entendit enfin ce qu'il voulait entendre : « fruit et légumes ! Par ici mes beaux fruits et légumes venu des meilleurs potagers du royaume ! » « Poissons tout frais péché de ce matin ! Qui veux mes beaux poissons ? » Et pleins d'autres tirades encore venant des marchands en tout genre...Même Célénistie possédait son propre marché !
Ici la foule se fit encore plus présente, presque dangereuse ! Comment une telle désorganisation était-elle possible ? Quoiqu'il en soit, ce n'était pas du tout la même chose qu'à Shihab. Maintenant, trouver un marchand de tissus !
Tenak dut bientôt jouer des coudes, gardant Alisha serré contre lui pour éviter de la perdre en route. Etre compressée d'une telle façon ne lui plaisait apparemment pas puisqu'elle jetait des regards furieux à qui osait porter les yeux sur elle.
-Ah ! Je pense qu'on a enfin trouvé !
Non loin d'eux, le jeune berger avait juste eut le temps d'entrapercevoir un étal comprenant des vêtements et toutes sortes de tissus colorés. Un dernier coup de coude et les deux jeunes gens émergèrent à l'air libre, se retrouvant en face d'une sorte de grand comptoir. Les vêtements et les tuniques étaient accrochés sur des cintres en bois, se balançant doucement dans le vide. Les tissus, quant à eux, étaient en plus faibles quantité et exposés sur une simple table de bois.
Alisha lâcha la main du jeune berger, se rendant d'elle-même vers les pièces d'étoffes. Tenak dut presque accélérer l'allure pour éviter que la chaîne de la jeune Navïn ne se tende...cela aurait été très gênant que les passants remarquent cela !
Ignorant superbement la jeune Navïn, une femme d'age mûre avec un grand châle bleu sur la tête se précipita vers Tenak, s'inclinant de toute sa hauteur avant de lui offrir un sourire presque édenté.
-Est-ce que je peux vous être d'une aide quelconque, jeune homme ?
Tenak lui rendit un sourire timide et gêné, désignant la jeune Navïn de la tête.
-Ce n'est pas pour moi...mais demandez le à Alisha. Elle saura vous renseigner.
La vieille tourna lentement la tête et écarquilla les yeux de terreur en apercevant les petites oreilles en triangle de l'intéressée. Presque sous un coup de fouet, la marchande se retourna aussitôt vers Tenak, le sourire toujours aussi présent mais quelque peu inquiet désormais.
-Est qu'est ce qu'elle veut ?
Apparemment, elle n'osait pas lui demander directement...Mais pourquoi les gens avaient ils aussi peur des Navïns ? C'était certainement à cause de Kannan et de ses mensonges...se résignant, le jeune berger se rendit auprès d'Alisha, regardant les vêtements d'un ½il désintéressé.
-Tu trouves ce que tu veux ?
-Il n'y a peu de choix et c'est de la piètre qualité ! Je me contenterais de la couleur...
Sur ses mots, Alisha attrapa un rouleau de tissu de couleur noire. Elle hésita puis prit également un plus petit rouleau, cette fois jaune dont de petits motifs de papillons étaient brodés dessus. Sans une parole de plus, elle les tendis à la vielle femme qui les empoigna d'un geste sec, n'accordant pas même un regard à la pauvre Navïn. La marchande les emballa dans un petit sac de toile avant de le donner au jeune berger, lui accordant un nouveau sourire sans dent.
-Et voila jeune homme ! Ca fera donc trois pièces d'argents.
Incapable de savoir si le prix était acceptable ou pas, Tenak lui donna la somme convenue après l'avoir prise dans sa bourse.
-Au plaisir de vous revoir, cher client !
A peine eut elle dit ça qu'elle en oublia très vite son fameux client, sautant sur une nouvelle victime qui avait à peine eut le temps de jeter un simple coup d'½il aux articles proposés. Au moins, les marchands ressemblaient beaucoup à ceux de Shihab...il ne risquait pas d'être dépaysé de ce coté !
Il ne restait plus qu'à revenir en arrière...seulement était-ce possible avec un tel monde ? Tout droit, le chemin continuait de s'éclaircir. Peut être pourrait il continuer d'avancer puis de faire le tour pour ensuite revenir vers l'auberge du serpent de pierre. C'était assez grotesque...mais au moins cela avait le mérite d'être faisable.
Dès que Tenak eut exposé son plan à la jeune Navïn, celle-ci approuva silencieusement de la tête, en partie soulagée de savoir qu'elle n'aurait pas à retraverser cette marée humaine.
Le jeune berger comprit très vite pourquoi la foule se faisait moins dense : les derniers étalages du marché n'offraient que des marchandises de piètre qualité. C'était souvent des marchands en haillons, tentant de vendre leurs maigres possessions. Pourtant, Tenak s'arrêta une fois, pour observer une petite fille qui disait vendre les livres de son grand-père. Malgré que Tenak ait prit goût à la lecture avec le « Mythe et Légendes » de Pavel, tous les articles proposé étaient écrits à la manière de Célénistie...en plus simple, c'était du charabia pour lui !
A la fois déçut et pressé de rentrer, le jeune berger continua sa route jusqu'à émerger dans une autre place, plus petite que celle qu'il avait déjà vue. Ici, les passants se faisaient bien plus rare et cinq autres chemins se proposaient à lui. Cela l'inquiéta, lui rappelant le labyrinthe que formait l'abri de Tanempa.
Otant pour le chemin qui lui semblait le plus logique, les deux jeunes gens reprirent leur marche. Seulement les ruelles commencèrent bientôt à toutes se ressembler et l'inquiétude de Tenak se précisa au fil des minutes.
-Euh...Alisha. Tu ne penses pas qu'il faudrait plutôt revenir en arrière ? On va se perdre je crois.
-C'est toi le « maître » ! Moi je me contente de te suivre !
Le jeune berger grogna d'agacement, observant deux nouveaux chemins en face de lui. Il allait prendre celui de droite lorsque des sifflements résonnèrent...tout près.
Tenak se retourna aussitôt, se demandant qui avait bien put produire un tel son. C'était un jeune homme, non loin de lui et appuyé contre l'un des murs d'une auberge. En compagnie de ce qui semblait être ses deux amis et tous habillés dans la même tunique grise, un sourire narquois ornait son visage.
-Vous voyez ce que je voie ? Je ne pensais pas qu'une des leurs auraient un jour l'audace de franchir nos murs.
Alisha gronda, devinant aisément que ces personnes étaient en train de parler d'elle. Inquiet, Tenak se pencha vers la jeune Navïn. Lui chuchotant à l'oreille.
-Ignore les...s'il te plait ne fais pas attention à eux, ce n'est pas le moment de s'attirer des ennuis.
Alisha gronda une seconde fois avant de pivoter, prête à faire demi-tour. Grave erreur : la chaîne qui était reliée à son collier n'en fut que plus apparemment.
-J'en reviens pas ! Hey vous avez vue ? Elle appartient à ce petit gars ! Je ne pensais pas que c'était possible !
-Tu parles, c'est presque impossible de faire d'une Navïn son esclave ! Et vue comme elle lui obéit, elle doit être drôlement bien dressée !
Alisha ? Lui obéir ? En entendant cela, la concernait se retourna aussitôt, les yeux injectés de sang et le regard plus haineux que jamais. Les trois comparses se redressèrent, se dirigeant vers ce qui était leur nouveau centre d'intérêt. Tenak, quant à lui, tentait de tirer la jeune Navïn par les bras, l'inquiètude se lisant sur son visage. Mais elle était comme devenue sourde.
-Un problème de discipline, on dirait ? En tout cas j'ai toujours voulut voir une femelle Navïn de près. Je peux ?
Et sans un mot de plus, le chef de la bande tira sur l'oreille droite d'Alisha. Celle-ci poussa un cri de douleur, se dégageant aussitôt et grondant furieusement.
-Mais laissez la tranquille ! Vous voyez bien que vous lui faites mal !
-On ne veut pas lui faire de mal ! railla le plus petit de la bande. On veut juste procéder à des inspections.
L'oreille de la jeune Navïn fut à nouveau tirée vers l'avant, comme l'aurait fait un jeune enfant s'amusant avec un animal. Une nouvelle plainte s'échappa de la gorge d'Alisha qui essayait toujours de s'éloigner. Peine perdue, elle fut bientôt encerclée.
-Je vous aie dit de la laisser ! hurla le jeune berger qui poussa brutalement l'un des adolescent.
-Sinon quoi ? Tu vas nous battre ? Tu vas aussi nous mettre au bout d'une chaîne ?
Comme pour le provoquer, celui qui avait parlé tira sur la queue d'Alisha...ce fut l'erreur la plus stupide et la plus terrible qu'il puisse commettre !
Dans un grognement furieux, Alisha griffa le jeune homme qui avait osé faire cela, zébrant sa joue gauche de trois longues traînées rouges. Les deux autres voulurent se retourner pour s'enfuir. Mais malheureusement, ils ne furent pas assez rapides pour la jeune Navïn à la surprenante agilité.
-Non, Alisha ! Ne fais pas ça !
Trop tard ! Ses petites dents se refermèrent sur l'épaule de l'adolescent le plus proche, arrachant un cri de douleur à sa victime qui tomba à la renverse sous le poids de la jeune femme. Un puissant coup à la mâchoire le fit taire, alors que son crâne heurtait le sol avec une violence incontestable.
Le seul rescapé à la fureur d'Alisha prit la fuite, hurlant sa détresse tel un forcené. Aussitôt, la jeune Navïn le prit en chasse sous les yeux épouvantés de Tenak. Il vit la chaîne remonter doucement à mesure qu'Alisha s'éloignait...elle allait se tendre et faire les tomber tout les deux...
Dans un tintement sonore, la chaîne explosa en une multitude de lumières clignotantes qui se dispersèrent très bientôt. De la chaîne qui faisait d'Alisha une esclave aux yeux de tous, il n'en restait rien...pour le plus grand malheur de celui qui avait osé provoquer sa colère.
Galopant à quatre pattes comme un tigre enragé, Alisha s'élança, retombant toutes pattes devant sur le dos de sa victime qui bascula en avant, tombant la tête la première sur la pierre de la route. Le choc avait été terrible...il ne bougeait plus...et Tenak non plus.
La seule fois où il avait vue une telle scène d'une rare violence, c'était à l'entrepôt des esclaves. Alisha venait de nouveau de lui montrer son attitude de fauve dangereux ! Savoir de quoi elle était capable l'épouvantait...qu'allez t'elle faire à présent ? Allait elle les achever...s'ils n'étaient pas déjà mort ?
-Alisha...qu'as-tu fait ?
La jeune Navïn ne répondit pas, se penchant sur vers l'un des corps étendu. Celui qui avait été griffé avait disparut...sans doute pour alerter les gardes !
-Légitime défense ! répondit elle enfin. Je ne supporte pas que l'on me tripote de cette façon !
-Mais...mais...mais je sais bien mais...c'est...agir ainsi dans un milieu public...imagine tous les ennuis que nous aurons...tout cela aurait put être traité avec calme et...
-Dans quel monde crois tu être, jeune Tenak ? Ton monde ? Si quelqu'un veut un jour te faire passer au fil de l'épée, te laisseras tu transpercer tout en tentant de calmer les choses ?
Tenak n'eut pas le temps de répondre à cette réplique cinglante, un cri derrière lui l'alarma. Une troupe de soldats armés accouraient vers les lieux de la bagarre, suivit du jeune adolescent au visage défiguré qui crachait des malédictions tout en désignant la jeune Navïn du doigt.
Un garde à la moustache imposante se détacha du groupe qui s'arrêta sur un ordre, se rendant vers le premier corps couché sur le sol poussiéreux.
-Par tous les esprits ! Mais qu'est ce qu'il s'est passé ici !
-Je vous l'aie dit ! C'est ce petit gars qui a jeté son esclave sur nous ! Elle les a tué, je l'ai vue de mes yeux !
L'homme à la moustache se pencha vers le jeune homme à l'épaule ensanglantée, tâtant son cou pour vérifier son pouls.
-N'aggravez pas les choses, celui là est encore en vie...et l'autre aussi ! dit il en pointant du doigt le second adolescent qui gémissait sur le sol. Est-ce que cette Navïn est à vous ?
Tenak sentit son visage pâlir au moment où le chef de garnison se tournait vers lui, l'½il sévère. Apolïncer allait être furieux...surtout après avoir apprit qu'Alisha s'était libérée tout seule.
-Ou...ou...oui.
-Et vous prenez souvent l'habitude de jeter cette folle furieuse sur les premiers passants venus ? Vous allez nous accompagner à la caserne, dès que nous aurons mit à mort votre esclave !
Le c½ur du jeune berger cessa de battre, alors qu'Alisha tournait le dos à la scène. Mettre Alisha à mort ? Mais c'était inconcevable ! Cruel même ! Le jeune homme encore conscient jubila, apparemment ravit de cette décision. Tenak se força à parler, la peur se traduisant dans sa voix.
-Mais vous ne pouvez pas faire ça ! Ils sont encore en vie !
-Peut être, mais imaginez que cela se reproduise derrière notre dos ! Les prochaines victimes n'auront peut être pas cette chance !
Déjà, le chef à la moustache faisait un signe à deux de ses hommes qui dégainèrent leurs épées, s'approchant à pas prudents de la jeune Navïn qui s'était remise à gronder, les menaçants de ses griffes noires. La panique submergea Tenak...et ce fut à ce moment qu'il perdit le contrôle total de la situation.
-Une petite minute, messieurs ! Puis-je réécouter les dires ce cette personne à propos de l'agression ?
-Vous êtes accusez d'avoir jeté votre Navïn sur trois personnes innocentes après lui avoir ordonné de tuer. Ne compliquez pas les choses...toutes tentatives de fuite sera retenue contre vous !
-Et naturellement, vous allez croire les paroles d'un jeune brigand sans une once de pitié ni de cervelle ?
Tous furent surpris par de telles paroles, y comprit Alisha qui avait rétracté ses griffes, observant le jeune berger d'un regard stupéfait. Avait elle seulement deviné que ce n'était pas lui qui était en train de parler ? Il sentait ses lèvres remuer, il entendait sa propre voix...et pourtant ce n'était pas lui qui était en train de s'exprimer en ce moment. Même ses bras se croisèrent sous son ventre sans qu'il ne l'eut voulut, le visage passible et tranquille.
-Mais qu'est ce que...commença le jeune adolescent.
-Donnez nous votre version des faits, dans ce cas ! le coupa le soldat, l'½il soupçonneux.
Tenak prit une profonde inspiration comme s'il trouvait tout cela ennuyeux. En vérité il était mort de peur.
-C'est bien simple ! Vous voyez ce sac de toile par terre ? Il contient les maigres affaires que j'ai achetées ! Hors, en voulant faire le tour du marché, je suis tombé sur ces trois voyous qui en eurent très vite après ma bourse et le contenue de ce sac.
-Que contient-il ?
-Mais, messire, vous n'allez pas croire ce que dit ce...
-Silence ! Vous, répondez à la question !
-De simples rouleaux de tissus !
-Tapiar, allait vérifier !
Le dénommé Tapiar rengaina son épée, s'éloignant de la Navïn pour aller ramasser le sac de toile qui était tombé tout près du jeune berger. Après s'être baissé pour le ramasser, il l'ouvrit fébrilement, exhibant le rouleau noir et celui aux motifs de papillons. Tenak en profita pour continuer.
-En sachant que ces trois jeunes brigands ici présent allaient en venir aux mains, je n'aie eut d'autres choix que de permettre à ma Navïn de me défendre, ce qui n'est, en somme, que de la légitime défense.
-Allons bon...nous avons deux versions différentes des faits...soupira le chef de garnison qui frottait son front d'un air ennuyé.
-Il ment, messire ! Il ment et sa bête m'a griffé, vous avez vue ça ?
-Il est vrai qu'elle y est allez fort. Voici un dédommagement !
Sur ses mots, Tenak mit la main la bourse, jetant au jeune adolescent une poignée de pièces de bronzes qui rebondirent sur le sol avant de s'immobiliser.
-Bon ! Cette histoire m'ennuie ! Je vous laisse tous partir ! Mais à l'avenir, appelez la garde pour éviter pareille confusion !
-Je n'y manquerais pas...
-Quoi ?
Bien que consterné, le « jeune brigand » s'empressa de ramasser les piécettes tandis que la garde s'éloignait à grands bruits de bottes et de métal. Une fois son butin fait, le jeune homme se dirigea vers Tenak à grandes enjambées, levant furieusement le poing vers le ciel.
-Toi, espèce de menteur !
A une incroyable vitesse, Tenak dégaina une partie de sa lame Navïn hors de son fourreau, laissant le temps à son agresseur de voir ses yeux épouvanté se refléter sur le métal polit et brillant. Celui-ci s'enfuit sans demander son reste, laissant ses deux amis inconscients sur le sol du chemin.
Le jeune berger sentit alors un affreux mal de tête le submerger, tandis qu'il titubait. Sa main droite se posa sur un mur de l'un des bâtiment...il semblait avoir retrouvé l'usage de son corps...enfin !
-Quelle assurance, jeune Tenak ! Et moi qui te sous-estimais...
Alisha s'avança doucement vers lui, replaçant son manteau de fourrure sur ses épaules. Mais Tenak n'était pas d'humeur à plaisanter...encore une fois, quelque chose d'anormal s'était manifesté alors qu'il était en situation critique. Mais cette fois, « on » l'avait aidé sans provoquer de nouveaux combats...Devinant d'où cet étrange évènement semblait venir, Tenak tira sur le haut de sa tunique de laine, découvrant son épaule droite ainsi que son tatouage. Tout semblait normal...si l'on ne comptait pas le petit symbole de droite qui brillait d'une pâle lumière jaune. D'ailleurs la clarté sembla clignoter avant de disparaître définitivement. Tenak se sentait las de tout cela.
-Rentrons...et j'aimerais que tu délit ta langue pour un moment. Je crois avoir mérité quelques explications !